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Full text of "Mémoire sur la peste, qui, en 1771, ravagea l'empire de Russie, sur-tout Moscou, la capitale, & où sont indiqués les remedes pour la guérir, & les moyens de s'en préserver"

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http://www.archive.org/details/mmoiresurlapesOOsamo 


MÉMOIRE 

SUR   LA  PESTE, 

QuJj  en  ijyi  j  ravagea  l'Empire  de  Ruffle ,  fur-tout 
Mofcou  y  la  Capitale  y  &  oit  font  indiques  les 
Remèdes  pour  la  guérir ^  &  les  moyens  de  s'en 
préferver. 

Par^  M.   D.   S  a  m  o  ï  l  o  w  i  t  2  j, 

AflefTeur  des  Collèges  de  S.  M.  I.  de  Tontes-les  RufÏÏeS,, 
Dofteur  en  Médecine ,  Chirui,2;ien-Ma]or  du  Sénat  de 
Mofcou,  Membre  de  la  Commifllon  concre  k  Pcfle  dans 
la  même  Ville,  Aflocié  des  Académies  de  Dijon. &  de 
Nimes ,  du  Collège  Royal  des  Médecins  de  Nancy,  & 
du  Mufée  de  Paris,  Correfpondant  de  l'Académie  Royale 
de  Chirurgie  de  Paris,  des  Académies  de  Touloufe  &  d© 
Padoue. 

Dédié  a  Sa  Souveraine 

CATHERINE    IL 


A    PARIS:, 

Chez  •  L  E  G  L  E  R  G  ,   Libraire  ,   Quai  des  Auguflins^ 
à  la  Toifon  d'Or. 

_  j     Libraires ,  Commiflaires 

Chez   M.  W  I  L  K  o  xs'  s  K  y  ,  f  ^s  l'Académie  Impériale 

A    Moscou,  I  J','=    Sciences    de    Saint- 

Chez  M.  BoRissiAKOw, 


pLterfbourg. 


M.   DCC    LXXXIII. 

Avee  Approbation  O  Privilège  du  Roi, 


//•H/IL. 


A  SA  MAJESTÉ  IMPÉRIALE 

CATHERINE  II, 

Souveraine  de  Toutes-les-Rufîies ,  &c.  &c.  &cc. 


M 


ADAME, 


Le  Mémoire  que  je  publie  aujourd'hui^ 
fur  la  Pejle  qui,  en  tyyi  y  affligea  V Em- 
pire de  RuJJle  y  ù  particulièrement  MofcoUf 
VOTRE  Capitale  y  ne  pouvait  paraître  avec 
plus  de  fplendeur  6»  d^  authenticité  pour  mes 
recherches  y  que  fous  les  Aufpices  de  votre 
Majesté  Impériale  ,  Mère  hienfaifantc 
de  tous  les  Peuples  que  la  Providence  a 

a  ij 


iy  É  P  I  T  R  E 

ajjujettis  à  fa  domination ,  ù  confiés  à  fes 
foins. 

Ce  fut  alors  y  Madame  ,  que ,  par  une 
tendre  foUicitude ,  vous  montrâtes  à  Votre 
Empire  ,  même  à  V univers  entier ,  que  les 
Princes  doivent  être  comme  autant  de  di^ 
vinités  hienfaifantes  fur  la  terre.  En  effet ^ 
fi  malgré  les  ravages  j  que  ce  fléau  deftruàeur 
caufa  alors ,  dans  plu/ieurs  parties  de  vos 
vafies  Etats  ,  des  milliers  de  vos  fujets  n'en 
ont  pas  été.  viàimes  y  c^cfi  à  la  fageffe  des 
différentes  ordonnances  émanées  du  cabinet  • 
de  VOTRE  Majesté  Impériale  ,  qu^ ils  font 
redevables  de  la  lumière  dont  ils  jouiffent 
^.Hcore. 

Encouragé  par  les  bienfaits  que  votre 
Majesté  Impériale  daigna  dès-lors  ré^ 
pandre  fur  moi ,  je  me  fuis  livré  avec  une 
forte  d'' emhoufiafme ,  comme  témoin  ocu- 
laire j  comme  coopérateur  même ,  de  tout 
ce  qui  fe  fit ,  dans  ce  temps  de  détreffe , 
pour  la  guérifon  des  malheureux  pefiférés  ^ 


DÉDICATOIRE.       v 

a  faire ,  fur  ce  fujet ,  des  ohfervations ,  que 
je  me  crois  obligé  de  rendre  publiques.  Uon 
ne  f aurait  trop  multiplier  les  moyens  de  di* 
minuer  la  femme  des  maux  qui  affligent 
r humanité  ;  &'  c'^eji  rendre  un  fervice  effen- 
îiel  aux  hommes ,  que  de  les  inftruirc  de  ces 
moyens^ 

Ceji  dans  ces  vues  y  Madame  y  que, 
pour  publier  ce  Mémoire  ,  avec  le  mérite 
dont  il  peut  être  fufceptible ,  fai  cru  devoir 
le  décorer  du  Nom  Augujie  de  votre 
Majesté  Impériale  ,  perfuadé  qu^EiLE 
voudra  bien  pardonner  cette  liberté  à  unfujet 
fidèle  6*  refpectueux ,  G*  qu^EiLE  daignera  , 
peut-être ,  jetter  EiLE-même  un  regard  fa^ 
vorablefur  ce  faible  témoignage  de  mon  r^ele 
&  de  mon  dévouement  au  fervice  de  Ma 
Souv ERAiN E )  &  au  bien-être  de  ma 
Patrie, 

Dès  ma  plus  tendre  jeune ffe  ,f  ambitionnai 
la  gloire  de  lui  être  un  jour  utile.  Cette  am- 
bition^ la  feule  ^  peut-être  ^  dont  un  honnête 


vj  É  P  I  T  R  E 

homme  puijfe  faire  Paveu  fans  rougir ,  je 
Pai  vue  heureufement  fécondée  ,  par  des  en- 
couragemens  en  tout  genre ,  fruits  de  la 
hienfaifance  de  votre  Majesté  Impériale  ; 
titres j  honneur ,  penfions  j  tout  a  été' accordé ^ 
fi-non  à  mes  talens ,  du  moins  â  mon  ^ele. 

Mais  de  tous  les  bienfaits  dont  je  me  fuis 
vu  comblé  y  avant  mêwx  que  je  puffe  ou  que 
j^ofajfe  y  prétendre ,  il  n'en  eft  point ,  per- 
mette^-moi  _,  Madame  ,  d^en  faire  Paveu  , 
qui  put  flatter  davantage  mon  ambition , 
qui  contribuât  tant  à  P accomplijjement  de 
mes  vœux  y  que  la  permijfion  d^ aller  puifer 
de  nouvelles  connaijfances  che^  P  étranger  ^ 
ou  y  reàifier  celles  que  je  pouvais  avoir 
acquifes. 

Conftamment  occupé  de  mon  objet ,  j^ai 
tâché  de  profiter  de  cette  faveur  de  Mon 
Auguste  Souveraine ^ pour  rapporter  dans 
ma  Patrie  le  réfultat  de  mes  voyages ,  de 
mes  études ,  des  lumières  que  j^ai  puifées 
dans  la  converfation  &  la   correfpondanct  ■ 


D  É  D  I  C  A  T  G  I  R  E.     vij 

littéraire  des  favans  &  des  maures  de  Part, 
que  je  prends  la  liberté  de  mettre  aux  pieds 
de  Catherine  IL 

.  Puijfe  mon  travail,  Madame,  mériter 
Vapprohation  de  Votre  Majesté  Impé- 
riale !  De  tous  les  encouragemens  qui 
pourraient  aiguillonner  mon  y^ele ,  cejl^fans 
contredit ,  celui  que  j'' ambitionne  avec  h 
plus  d'ardeur. 

Je  fuis  avec  les  fentimens  du  plus  profond 
refpeâ,  &  la  plus  parfaite  foumiffion  ^ 

MAD  AME, 


De  Fûtre  Majesté  Impériale  ^ 


Le  très-Iiumble ,  très- 
Paris,  U'r^Août  IJS3,  obéiflant,    &  très -fidèle 

fujec , 

D.  Samoïlovixz. 


Defcends  du  haut  des  deux ,  augujîe  vérité  ^ 
Répands  fur  mes  Ecrits  ta  force  &  ta  clarté, 

Henriade,  Chant  I". 


JFANT-PROPOS, 


AVANT-PROPOS. 

Xj'Û  u  V  R  A  G  E  ,  que  je  publie  aujourd'hui ,  ne 
comprend  que  ce ,  dont  j'ai  été  témoin  oculaire  , 
&  ce  dont  j'ai  moi-même  réitéré  les  expériences. 
J'ai  vu  j  d'aufli  près  que  perfonne ,  les  effets  du. 
redoutable  Fle'au  de  la  Pefte ,  dont  j'ai  entrepris 
de  parler  j  mais  comme  il  y  a  eu  ,  depuis  plufieurs 
Siècles  _,  tant  d'opinions  différentes  fur  cette  cruelle 
Maladie  .y  je  ne  faurais  m'empêcher  d'en  propofer 
de  contraires  à  celles  d'une  foule  d'AuTEURs ,  qui 
en  ont  beau-coup  parlé.  Le  point  efl ,  i°.  d'avoir 
la  vérité  pour  guide  j  2°.  de  la  fuivre  fidèlement. 
C'eft  en  quoi  j'ai  tâché  d'être  irréprochable,  dans 
la  Defcription  que  je  fais  de  cette  maladie. 

Il  femble  d'abord  que ,  d'après  la  décifion  de 
tant  d'AuTEURS ,  il  n'y  ait  plus  rien  à  délirer  fur 
cette  matière  :  cependant  j  fi  l'on  excepte  quelques 
modernes ,  ils  font  tous  fondés  fur  des  Obferva.tions 
fans  vraifemblance.  Je  ne  parlerai  point  ici  des 
prétendues  malignes  influences  des  aftres  &  des 
comètes ,  fuites  infenfées  d'un  délire  aflrologique , 
qui  ont  fi  long-temps  impunément  infulté  au  favoir.^ 
mais  que  doit- on  penfer  aujourd'hui  des  vifîons  -de 
Forejius  {a)  f  Ce  favant  a  fouvent  vu  tomber  du 

(a)  Voyez  Op.  Med.  Tora.  I ,  Libr.  6 ,  Obfervat.  p  de 
Pefte  Delplienfî,  pag.  ip$. 

b 


X  AVANT-PROPOS. 

feu  &  même  des  étoiles  ,  fur  des  maifons  ;  d'où 
il  a  conclu  la  formation  du  miafme  peftilentiel 
dans  l'atmofphere.  Quand  Schrdber  nous  alTure  (3) 
que,  dans  les  lieux  infe6tés  de  la  Pejle^  les  oifeaux 
ne  volent  plus ,  parce  que  VAir  eft  alors  tout-à-fait 
corrompu  ,  ce  qui  ne  peut-être  (  c  )  j  quelle  foi 
doit-on  ajouter  à  de  pareilles  ailertions  ?  Difons 
que  les  rêveries ,  dont  ces  Ouvrages  font  remplis, 
conviennent  plutôt  à  un  peuple  fuperftitieux ,  qu'à 
des  favans. 

Elles  ne  peuvent  donc  fervir  de  guide  aux  Mé- 
decins _,  fi  malheureufement  la  Pejle  vient  à  régner, 
ni  de  relTource  au  vulgaire ,  dont  elles  favorifent 
les  préjugés.  Que  dis-je  ?  En  recherchant  la  caufe 
de  cette  Maladie  dans  le  firmament  &  dans  les 
aftres  5  n'eft-ce  pas  la  faire  envifager  comme  un 
Fléau  redoutable ,  qui  rient  à  des  révolutions  opé- 
rées dans  le  fyftême  du  monde  ,  &  faire  naître 
dès-lors  dans  le  cœur  des  peuples ,  des  fentimens 
de  frayeur  qui  en  multiplient  les  ravages  ?  Ne 
vaudrait-il  pas  beaucoup  mieux  leur  relever  le  cou- 


[b)  Voyez  Obfervat.  &  Cogitata  de  Peftilenc.  quae  annis 
173  8  &-3$i ,  in  Ucrainia  Grafîata  eft  ,  pag.  6,  Obfervat.  j , 
Corfe£tar.  j. 

(c)  Voyez  ci-deffous  le  xv\  §.  de  la  Première  Partie, 
&  dans  Ma  Lettre  à  l'Académie  de  Dijon ,  avec  Réponfe  à 
ce  qui  a  paru  douteuï  dans  Mon  Mémoire  liir  l'Iuoculaiion 
de  la  Pefte,  &c.  r  Article  1".  &  \\\ 


JFJNT-PROPOS,  xj 

tage ,  en  leur  démontrant ,  par  des  Ohfervatïons 
iimples  «Se  naïves  ,  jufqu'd  quel  point  on  doit  s'op- 
pofer  à  une  maladie  iî  cruelle  ,  6c  par  quels  moyens 
on  peur  en  empêcher  la  Propagation} 

Il  y  a  un  moyen  bien  fimple  de  détruire  tout- 
â-coup  les  préjugés  j  c'efl  de  faire  voir  que  XAtmof' 
phcre  ne  contribue  en  rien  à  la  nailTance,  ni  aux 
progrès  de  la  Contagion  peftilentielle  :  dès-lors  les 
aftres  &  le  firmament  doivent ,  à  plus  forte  raifon^ 
£tre  exclus  du  nombre  des  caufes  qu'on  lui  pro- 
digue. Or ,  il  eft  certain  que  la  Pejie  ne  fe  déve- 
loppe ,  (Se  ne  fe  propage  que  par  le  Contact  j  ainfî 
que  je  le  démontre  dans  Mon  Mémoire  ;  mais  dès 
qu'une  fois  le  J^irus  s'eft  ainfî  infînué  dans  la  maiïe 
des  humeurs ,  il  les  dénature  ,  en  leur  donnant  un 
caractère  fingulier  de  putridité ,  auquel  VAir  n'a 
pas  la  moindre  part.  En  effet ,  fî  l'on  confidere  le 
cadavre  d'un  peftiféré  après  une  m^aladie  à^fix  ou 
fept  jours  ,  ce  cadavre  n'exhale  pas  la  moindre 
foëtidité  ^  mais  toutes  les  articulations  en  font  û. 
foupies  ,  qu'on  en  peut  mouvoir ,  à  fon  gré ,  tous 
les  membres  [d).  Les  différentes  parties  du  corps 
qui  ont  pofé  fur  quelque  furface  folide,  deviennent 
d'une  couleur  violette.  Cependant  ces  imprefîîons 
violettes ,  que  quelques  Auteurs  ont  prifes  mal- 
à-propos  ,  pour  des  Signes  caradériftiques  de  la 
Pefte  5    &    qu'ils   ont   nommées    Vibiccs  _,   n'onc 

(iy  Voyez  ci-deffousle  vi^.§.  de- la  Seconde  Partie. 


xij  AVANT-PROPOS, 

jamais  caradérifé  la  Pejie^  &  ne  font  point  de  feS* 

Signes  externes  (^)  ,  puifqu'ils  fe  retrouvent  après 
d'autres  Maladies  putrides.  Si  l'^ir  était  le  véhicule 
de  la  Pejle^  il  n'y  aurait  pa^  ,  dans  une  grande  ville 
«mpeftée ,  un  citoyen ,  qui  pût  fe  garantir  de  la 
Pejie^  tan<lis  qu'il  fuffit,  pour  s'en  garantir,  de  ne 
rien  toucher  qui  ait  fervi  aux  Pejliférés ^  fîit-on  même 
au  plus  fort  degré  de  l'invafion  de  la  Pejle.  C'eft 
dans  ce  xviii^  Siècle ,  le  plus  éclairé  ,  que  nous 
avons  découvert  que  la  Contagion  de  cette  cruelle 
maladie  ne  peut  être  attribuée  à  aucune  qualité 
ni  de  l'atmofphere  ,  ni  des  alimens ,  &  que  la 
Pejle  ne  nous  infecte  jamais  que  par  le  Contact. 
Mais,  dira- 1 -on,  la  Pejle  ne  peut  fe  multi- 
plier que  par  les  miafmes  peftilentiels  :  or  ,  tout 
miafme  n'eft  autre  chofe  qu'une  fubftance  véné- 
neufe  invifible ,  qui  fe  foutient  &  fe  répand  dans 

l'air Le  preftigé  de  ce  raifonnement ,  qui 

pourrait  féduire,  fe  diilîpe  d'abord,  lorfqu'on  veut 
tant  foit  peu  l'approfondir.  Car  enfin  ,  que  les 
qualités  phyfiques  de  VAir  changent ,  que  la  rigueur 
de  l'hiver  vienne  à  l'engourdir ,  ou  que  des  vents 
tumultueux  fecouent  l'atmofphere  au  loin ,  les 
miafmes  difparailTent ,  ou  font  tranfporcés  ailleurs 
avec  leur  fuite  j  tandis  que  la  Pejle  ne  fufpend 
point  fes  ravages ,  dans  aucune  de  ces  circonf- 
tances  (/).    De   plus,   tout   miafme  eft   nuifible 

(£)  Voyez  ci-defTous  le  VII^  §.  àt  la  Seconde  Partie. 
(/)   On  doit  cependant  ici  comprendre  que  la  Pe/ie ,' 


AFANT-P  RÔP  os,  xuj 

a  nos  corps ,  non  par  le  Contact  j  mais  par  YAir 
même  ;  Se  en  cette  qualité  ,  il  diffère  de  la  Con- 
tagion _y  quoique  plufieurs  Auteurs  confondent 
l'une  &  l'autre  qualité. 

Comment  fe  propage-t-elle  donc  au  moyen  du 
Contact  j  S:  que  doit-on  entendre  par  Contagion  ? 
Toute  Contagion  eft-elle  animée,  &  chacune  a- 
t-elle  fon  efpece  particulière  de  petits  Animalcules  _, 
qui  la  produifent  &  la  multiplient  ?  Je  ne  .fais  trop 
que  répondre.  Cependant  il  paraît  très -probable 
que  la  Contagion  eft  le  réfultat  de  différentes  fubf- 
tances  combinées  enfemble  de  façon  à  ne  point 
tomber  fous  nos  (ens  ;  mais  qui  communiquent , 
a  nos  corps  ,  leurs  propriétés  nuifibles.  Certaine- 
ment le  Firus  variolique  ,  vérolique  ,  calleux,  pef- 
tilentiel ,  celui  de  la  rougeole ,  &c.  paffent  d'un 
corps  à  l'autre ,  par  contagion  :  ils  ne  fe  commu- 
niquent pourtant  pas  à  la  manière  des  efprits.... 
La  matière  contagieufe  efl-elle  donc  une  fubftance 


depuis  qu'elle  a  déjà  commencé  fes  ravages  ,  ne  fe  décruic 
jamais,  en  quelque  temps  ni  en  quelque  lieu  que  ce  foit, 
quelques  efforts  qu'on  faffe ,  fans  qu'elle  aie  parcouru  fes 
eroLs  citgrés.  Mais  après  qu'elle  l'aura  fait,  moyennant  des 
Dépuratoires  propres  â  ce  fujet,  on  peut  fi  favorablement  dé- 
truire tout  le  Venin  de  fa  contagion  ,  qu'elle  ne  peut  plus 
renaître.  C'eft  ce  que  prouve  la  l'efie  de  Mofcou  ,  qui  n^a 
pas  duré  plus  de  douie  mois,  (voyez  ci-defious  le  xxxi*. 
5.  (^la  Première  Partie)  &  qui  n'a  plus  reparu. 

;      b  ïij 


xlv  A  rA  NT^PROPOS. 

corporelle  ,  qui  fe  joint  à  d'autres  ?  .  .  .  C'eft  ce 
que  nous  ne  favons  point  j  8c  fi  l'on  veut  la  ciaflTer 
dans  la  fphere  des  caufes  morbifiques,  il  faut,  ce 
me  femble  ,  la  regarder  comme  une  caufe  occa- 
fîonnelle ,  Caufa  Procatarclica  j  des  maux  qu'elle 
produit,  puifque  fans  la  caufe  antécédente,  Caufa 
Pro'éoiimena  j  la  caufe  occafionnelle  n'a  pas  lieu. 
Quelques  Auteurs  ont  confidéré  \qs' Conta" 
g'ions  comme  autant  de  propagations  des  Anima/-' 
eu/es j  &  ont  conclu,  par  dQs  expériences  bien  des 
fois  réitérées ,  à  l'aide  du  Microfcope  j  que  toute 
Contagion  j  quelque  terrible  qu'elle  foit ,  doit  fon 
exiftence  ,  fa  multiplication  &  fa  célérité  à  leur 
prodige.  Ils  prétendent  démontrer  la  vérité  de  leur 
opinion  ,  par  la  propagation  des  Poux  ;  &  pour 
lui  donner  plus  de  poids  en  la  généralifant ,  ils 
.  pafTent  des  maladies  pforiques  aux  maladies  con- 
tagieufes   quelconques  ,  '  fans   excepter   même   la 

contagion  vénérienne Je  croirais  abufer  de 

la  raifon  ,  fi  je  l'employais  à  combattre  le  but  que 
l'on  donne  à  ces  légions  innombrables  d'Animal" 
cules ,  que  les  Microfcopes  découvrent  dans  les 
fubftances  qui  fe  décompofent,  &c.  Qu'on  prenne 5 
en  effet ,  le  moindre  filament  de  gelée ,  Muci  feu 
GdatiuA  j  qu'on  le  mette  dans  de  l'eau  pendant 
quelque  temps  ,  qu'on  l'examine  avec  un  Microf- 
cope j  on  y  découvrira  ,  fans  doute  chaque  fois , 
une  foule  de  petits  êtres  organifés ,  qui  ont  une 


A  FANT-P  RO  P  os.  xv 

forme  de  un  mouvement  très-viiîbles  (*)  ;  tel  que 
l'œil  armé  en  découvre  dans  le  Pus  variolique  ,  &c. 
Perfonne  cependant  n'airurera  que  ce  filament  gé- 
latineux foit  une  matière  contagieufe  \  preuve  que 
toutes  les  Contagions  nous  font  encore  incompré- 
henfibles. 

Ce  n'eft  donc  point  par  des  Animalcules  _,  ni 
même  par  des  Molécules  fenfibles  ,  qu'agilTent  les 
contagions  :  celle  de  la  Pejle  encore  moins  que 
toute  autre.  L'obfervation  nous  a  appris  que  les 
Semences  invilibles  de  celle-ci ,  fe  nichent  dans 
des  corps  folides ,  qui  peuvent  les  conferver  long- 
temps ;  ce  font  des  hardes ,  des  laines ,  des  balots 
de  marchandifes  ,  &zc.  (  g  )  renfermés  dans  des 
magafins ,  ou  dans  le  fein  de  la  terre.  Si  le  malheur 
veut  qu'on  touche  à  ces  corps ,  le  germe  fatal , 
qu'ils  contiennent ,  s'infinue  par  nos  pores ,.  &  la 
Fejle  renaît.  Cependant ,  fous  cette  condition , 
comme  je  l'ai  déjà  dit ,  qu  elle  ne  renaît  pas  de 
VAir  ^  comme  quelque  Maladie  contagieufe  par  le 
miafme  ,  mais  du  feul  Contact  :  puifque  ,  pour  que 
la  Pejle  renaifTe  après  plufieurs  années,  il  faut  que 
la  première  perfonne  empeftée  ait  touché  une  ma- 
tière contenant  le  J^enin  peftilentiel  j  autrement 
elle  ne  peut  jamais  renaître. 

(*)  Voyez  M.  Terechowsky  ,  DifTertar.  Inaugurai. 
ZooLogico-PliyJiologica  de  Chao  Infufofio  Linnœl  ,  &G. 
Argentoratidefenfa,  anno  1775. 

(|-)  Voyez  ci-deflbus  le  iv'.  §.  de  la  Première  Partie, 

b  iv 


Tevj  J  FANT-P  ROP  0&. 

Quant  à  ce  que  le  Germe  de  la  contagion  peut 
fe  conferver  long-temps  dans  des  hardes ,  &c^,  c'eft 
ce  qu'on  peut  voir  dans  un  Recueil  de  divers 
Auteurs  [h):  favoir,  Von-Helmont  aiTure  qu'une 
perfonne  contrada  mi  Charben  à  l'extrémité  du 
doigt ,  pour  avoir  touché  des  papiers  imprégnés 
du  virus  peftilentiel.  Un  Charbon  furvint  égale- 
ment au  pied  d'un  homme ,  pour  avoir  marché  fur 
de  la  paille  pénétrée  huit  mois  auparavant,  du 
venin  de  la  Pefte  (  i  ).  Des  oreillers  ont  reproduit 
la  contagion  peftilentielle  ,  fept  ans  après  avoir  été 
infedés  (/(:).  Je  pourrais  citer  encore  nombre  de 
faits  de  cette  nature ,  s'il  était  nécelTaire  ,  &  je 
Xerai  volontiers  de  leur  avis  ,  quand  on  conviendra 
que  ce  n'eft  que  parce  que  toutes  c^^  matières  con- 
tagieufes  ont  été,  tout  ce  temps,  enfermées  dans 
quelqu'endroit ,  &  qu'elles  n'ont  pas  été  expofées 
à  l'air  j  puifqu'il  fuffira  d'obferver  que  cette  funefte 
reproduction  ne  peut  jamais  avoir  lieu,  fi  cq^  corps 
empreints  y  ont  été ,  tout  ce  temps ,  expolés ,  ou 
purifiés  par  les  Fumigations  propres  à  ce  fu jet  (/)  j 


(A)  Voyez  Rapport  fur  plufieurs  Qtieftions  propofées 
a  la  Société  Royale  de  Médecine  de  Paris,  par  l'Ambaf- 
fadeur  de  la  Religion ,  &c.  pag.  zo ,  imprimé  à  Malte ,  ea 
3781. 

(i)  Diemerbroeck,  de  Pefte. 

(/^)  Alexandr.  Benedictus  ,  TmTiuI.  Peft. 

(  l)  Voyez  ci-delTous  le  xi%  §.  de  la  Troifîeme  Farde  $ 


J  rJNT-P  ROPOS.  xvij 

car  alors ,  le  Flrus  eft  détruit.  C'eft  pourquoi , 
d'après  une  telle  remarque  ,  on  ne  doit  pas  con- 
clure que  r^irpuilTe  ctre  le  véhicule  de  la  maladie; 
puifque  c'eft  lui  au  contraire  qui  l'anéantit,  en 
abforbant ,  pour  ainli  dire ,  toute  la  force  du  Venin 
qui  peut  produire  la  contagion.  S'il  n'en  était  pas 
ainfî ,  comment  les  Royaumes  ,  qui  confinent  à  la 
Turquie  :y  fe  préfeiTeraient-ils ,  par  le  moyen  des 
Quarantaines  j  ou  des  Lignes  j  que  l'on  établit  ? 
UAir  ne  reconnaît  point  ces  efpeces  de  barrières. 
Il  faut  donc  conclure  que  le  Venin  de  la  contagion 
peftilentielle  n'infeéle  perfonne  ,  par  VAir  ;  mais 
que  la  Pejie  tranfporte  Ton  virus ,  d'un  corps  em* 
pefté  à  un  autre  fain  ,  immédiatement  après  le 
Contact. 

Il  eft  vrai  que  la  Pejle  eft  la  maladie  la  plus 
terrible  pour  le  genre  humain  j  il  eft  aufli  très- 
vrai  qu'elle  ne  peut  naître  d'elle-même  dans  aucun 
Royaume  Européen  j  mais  que ,  quand  elle  y  exifte, 
c'eft  qu'elle  y  a  été  apportée  à' Ethiopie ^  à'Egypte^ 
ôcc.  {m).  C'eft  pourquoi,  il  ferait  dorénavant 
utile  pour  Conjlantinople  même ,  &  pour  les  autres 
contrées  de  cet  Empire  ,  d'expofer  à  l'air  &  aux 
vents ,  non-feulement  les  hardes  qui  ont  fervi  aux 
Pejiiférés  j  mais  encore  les  marchandifes  que  œttQ 
Capitale  tire  d'Egypte  &  d'Ethiopie ,  où  la  Pejîe 


&  dans  Mon  Mémoire  fur  l'Inoculation  de  la  Pefte  ,  &c. 
imprimé  à  Strajvourg  en  1781,  pag.__30,  31  &  31. 
(772)  Prcsper  Alpinus,  de  Medic,  iEgyptior.  • 


xvllj  JFANT-PROP  os. 

règne  C\  foiivent.  Celle  du  xvin*.  Siècle  ,  qui  i. 
fait  périr  tant  Je  monde  dans  notre  Empire  [n)^ 
a  autant  dû  fon  exiftence  au  tranfport  àes  hardes 
&  des  effets  de  commerce  ,  qu'à  la  marche  des 
troupes.  Après  avoir  repris  naifTance  en  Valachie  y 
lors  de  la  conquête  de  Jourgea  (  o  )  ,  elle  fe  ré- 
pandit jufqu'à  Mofcou  {p) ,  par  l'impoilibilité 
d'établir  des  Quarantaines  ^  mais  ces  Quarantaines 
une  fois  établies ,  le  virus  de  la  contagion  pefti- 
lentielle  ne  put  franchir  les  limites  que  lui  avait 
fixées  le  Gouvernement  j  ôc  Saint-Pétersbourg  fut 
a  l'abri  de  fon  invaiîon.  De  pareilles  Précautions 
garantiraient  fans  doute  la  Turquie  j  &  peut-être 
\ Ethiopie  elle-même.  Car  enfin ,  un  tel  Virus  con- 
tagieux ne  paraît  pas  devoir  y  naître  plutôt  qu'ail- 
leurs ,  &  les  raifonnemens  que  nous  faifons  de  la 
Turquie  j  par  rapport  à  nous  ,  &  de  V Ethiopie 
relativement  à  la  Turquie  ^  ne  perdent  rien  de 
leur  force  :  car ,  li  la  Pejle  ne  peut  naître  de  VAir 
en  Europe ,  comme  il  eft  déjà  prouvé  par  les  obfer- 
vations ,  ne  pourrait-on  pas  conclure ,  avec  vérité , 
que  celle  d'Ethiopie  &  d'Egypte,  n'y  doit  pas  naître 
d'elle  -  même ,  mais  qu'on  l'y  apporte  de  quel- 
qu'autre  partie  du  monde ,  &  qu'elle  a  peut-être  > 
dans  cette  partie  du  monde ,   quelques  Semences 


[n)  Voyez  ci-deiTous  le  x  x  x  i'.  §.  (îe  la  Premieïe 
Partie. 

(  o  )  Voyez  au  même  endroit ,  le  vi'.  §. 
{p)  Voyez  au  même  endroit  ,  le  xxv*^.  $. 


A  VA  NT-P  R  O  P  O  S.  xlx 

qui  nous  font  encore  inconnues ,  comme  le  Virus 
vtTolique  qui  a  été  apporté  en  Europe,  ôc  qui  exifte 
déjà,  dans  cette  partie  du  monde,  depuis  trois 
Siècles^  en  le  reproduifant  à  chaque  inibnt?  Pour- 
quoi ne  devons-nous  pas  fuppofer,  &c  même  avec 
vérité ,  que  la  Pejle  y  fut  aufli  apportée  d'une  autre 
partie  du  monde  ? 

Prosper  Alpinus  prétend  que  la  Pejle  vient 
chaque  année  en  Alexandrie ,  aux  mois  de  Juillet 
de  à' Août  j  parce  que  les  eaux  des  marais  d'alen- 
tour ,  qui  ne  font  plus  que  croupir  ,  depuis  que 
celles  du  Nil  font  rentrées  dans  leur  lit ,  exhalent 
des  vapeurs  putrides  &  infectées  ,  qui  y  caufent 
des  fièvres  peftilentielles  [q].  D'autres  Auteurs 
ajoutent  qu'en  différents  endroits ,  après  les  grands 
débordemens ,  les  eaux  de  la  mer  refluant  laifïènt 
quelquefois  à  fec  des  poifïbns  énormes ,  comme  des 
baleines  5  &c.  (r),  &  que  ces  poifTons  tombant 
à  la  longue  en  pourriture  ,  corrompent  l'armof- 
phere,  &  rendent  l'air  contagieux  &  peltilentiel.... 
Tous  CQS  récits ,  &  plufîeurs  autres  fem-blables , 
font  entendre  que  la  Pejle  provient  de  la  corrup- 
tion de  l'air.  Qu'il  fe  corrompe,  à  la  bonne  heure, 
j'en  conviendrai  volontiers  \  mais  qae  cette  cor- 
ruption engendre  la  Pejle ^  c'eft  ce  qui  paraît,  au 


-(:?)   Voye-^   H.  RuT2Ky,   Didetcar.  Inaugural.  Medic. 
de  Pefte.  Argenioiaii  dcfenfa,  anno  178 1  ,  pag.  5  ,  note  k. 
(r)  Voyez  H.  RuTZKY  ,  dans  le  même  Ouvrage,  la 
mêoie  page,  note  /. 


XX  JFJNT-P  ROPOS. 

premier  coup  d'oeil ,  contre  toute  vérité  ,  &  je 
n'en  conviendrai  jamais  j  car ,  fi  la  Pejle  pouvait 
provenir  de  la  corruption  de  l'air  ,  &  que  cctiQ 
corruption  engendrât  la  PeJle  d'une  telle  ma- 
nière,  combien,  n'y  a-t-il  pas,  en  Europe, 
d'endroits  marécageux  que  le  foleil  defleche  en 
été ,  &  qui  exhalent  au  loin  une  vapeur  Méphi- 
tique ^  fans  que  la  Pejle  y  ait  jamais  paru?  Il  y 
a  plus  :  dans  la  dernière  guerre  avec  les  Turcs  _, 
après  les  batailles,  l'une  près  de  Ckot^i/Uj  l'autre 
près  du  Kagoul  {/) ,  le  champ  de  bataille  fut 
couvert  d'ennemis  ;  quoiqu'enfuite  on  les  eût  en- 
terrés dans  une  même  folle ,  comme  ils  le  furent 
en  grand  nombre ,  parce  que  les  chaleurs  étaient 
alors  excelfives ,  l'^ir  qui  entourait  la  folfe ,  ré- 
pandait au  loin  une  puanteur  fi  infede  ,  qu'on 
pouvait  à  peine  y  pafler.  Si  l'^ir  j  dans  les  endroits 
ci-dellus  dits,  produit  la  Pejîej  pourquoi  cet  j4ir 
fi  fétide  ,  fi  mal  fain  ,  peut-être  même  plus  que 
tout  autre ,  &  qui  était  au  même  degré  de  chaleur 
que  celui  qui  engendre  hPeJle;  pourquoi,  dis-je, 
n'a-t-il  caufé  la  Pejie  à  perfonne  de  ceux  qui  furent 
fouvent  obligés  d'y  pafler  ?  Au  mois  de  Septembre^ 
toute  l'armée  pafla  près  de  ce  dernier  endroit ,  & 
n'elTuya  aucune  atteinte  de  la  maladie.  De -là, 
fans  alléguer  plufieurs  autres  faits  de  cette  nature , 
on  peut  conclure,  avec  certitude,  que  ce  n'eft  pas 


(/)  Voyez  ci-defTous  dans  le  vu*.  §.  de  la  Première 
Partie ,  note  &> 


j4  FANT'P  ROP  os.  xxj 

VAlr  qui  engendre  la  Pejlc^  qui  vient  de  la  Turquie 
en  Europe  j  mais  qu'elle  a  quelques  Semences  parti- 
culières de  contagion.  La  Pejîe  de  cette  nature  ne 
provient  nulle  part,  comme  je  l'ai  déjà  dit,  que  du 
Contact  à  quelques  matières  imprégnées  du  Firus 
peftilentiel,  quoiqu'elle  puifTe  être  tranfportée  bien 
loin  avec  ces  matières  (r) ,  ce  ne  fera  pas  cependant 
VAir  qui  la  communiquera  :  de  même ,  quoiqu'elle 
fifle  par- tout  les  ravages  les  plus  cruels,  cependant 
elle  ne  les  fait ,  ni  elle  ne  s'augmente  jamais  par 
VAir^  comme  l'on  prétend.  Je  ne  contredis  pas  que 
VAir  corrompu  par  les  accidens  deiignés  ci-defTus , 
ne  puiffe  caufer  quelques  Maladies  épidémiques 
très-contagieufes  [u)  ^  de  que  les  Auteurs  par- 
lent de  Fièvres  de  marais  ,  de  prifons  j  d'hôpitaux , 
&c.  qui  doivent  leur  exiftence  à  des  exhalaifons 
putrides ,  dont  VAir  fe  charge  j  mais  je  prétends 
qu'on  ne  doit  pas  les  nommer  Pejle  j  parce  qu'elles 
ont  des  Symptômes  ôc  un  caractère  tout-à-fait  par- 
ticuliers qui  les  diftinguent ,  de  m^ême  que  leur 
manière  de  fe  multiplier.  Rien  de  tout  cela^  je 
le  répète  encore ,  ne  leur  efl:  commun  avec  la 
Pejie^  dont  la  Marche  eft  finguliere  (v) ,  les  Symp^ 


(t)  Prosper  Alpinus  ,  de  Medic.  ^gyptior. 

(u)  Voyez  dans  A/^  Lettre  fur  les  Expériences  des  Prie- 
rions Glaciales  pour  la  Guérifon  de  la  Pefte  ,  &c.  imprimée 
à  Strafbourg  en  1781,  pag.  9  ,  note  i  ,  &  ci-deiTous  dans 
la  Première  Partie  ,  pag.  41  ,  43   &  44. 

(v)  Yoy-ez  ci-defîbuj  le  v*.  §.  de  la  Seconde  Farcie. 


xxlj         J  FA  NT  -  P  RO  P  OS. 

cornes  inrernes  uniques  (  w  )  ,  les  Signes  externeS^ 
très-caradériftiques  (  a*  )  ,  de  la  produdion  par  le 
Contact  3  d'une  manière  qui  nous  eft  prefqu'encore 
entièrement  inconnue ,  mais  tout-à-fait  propre  à 
cette  feule  efpece  de  Maladie.  A  cet  égard  ,  je 
foutiens  que  VAir  ne  peut  jamais  produire  la  Pejle^ 
en  quelque  lieu  que  ce  foit  j  mais  que  les  matières 
empoifonnées  de  fon  Venin  contagieux ,  la  repro-. 
d-uilent  par  les  Attouchemens. 

Telles  font  mes  idées  fur  la  reproduction  de 
la  Pefie  j  idées  qui  me  font  venues  de  celle  de 
Mofcou  j  comme  n'y  étant  pas  engendrée  de  VAir. 
Il  eft  donc  très-probable  qu'elle  ne  provient  de 
VAir  ni  dans  V Ethiopie  ^  ni  dans  V Egypte  ;  mais 
qu'on  y  apporte  fon  germe  ,  fans  que  nous  fâchions 
d'où  il  provient ,  ni  de  quelle  nature  il  eft.  C'eft 
pourquoi ,  il  ferait  à  fouhaiter  pour  le  genre  hu- 
miain ,  que  quelque  homme  de  l'art ,  fenfible  aux 
maux  qui  l'affligent,  pénétrât  jufqu'au  centre  de 
{'Ethiopie  pour  l'examiner  de  plus  près ,  étant 
préalablement  rempli  d'idées  vraies  fur  fa  nature, 
fes  fymptômes  Se  fes  fignes ,  telles  que  la  Pe/Ze  de 
Mofcou ,  clans  ce  xviii^.  Siècle,  nous  en  afait  naître. 
Peut-être  approfondirait-il  la  vraie  caufe  qui  la 
produit  &  la  multiplie  ;  au  moins  achèverait-il  de 
dépouiller  les  Defcriptions  qu'on  nous  en  adonnées, 
d'une  foule  de  rêveries  qui  obfcurcilTent  les  dé~ 


(  H' )  Voyez  le  vi^.  §.  de  la  même  Partie. 
{x)  Voyez  le  vu'.  §.  de  la  même  Farcie. 


A  rJNT-P  ROP  os.         xxllj 

couvertes  déjà  faites  fur  cette  matière  importante, 
&  qui  retardent  toujours  les  progrès  des  moyens 
curatifs.  Après  une  telle  Dcjcjipdon  ^  toutes  ces 
erreurs  répandues  dans  tant  de  Livres  feront  abo- 
lies ,  (Se  la  Médecine  découvrira  fans  doute  un 
moyen  fur  pour  la  guérifon  de  la  Pejle. 

J'ai  divifé  ce  Mémoire  en  Trois  Parties  _,  à 
deffein  de  bien  détailler  cette  matière.  Mes  Lec- 
teurs n'y  trouveront  ni  énergie,  ni  éloquence;, 
j'efpere  pourtant  qu'ils  me  pardonneront  comme 
a  un  étranger  dans  cette  langue.  Je  les  prie  de 
vouloir  bien  négliger  ce  qui  leur  femblera  de 
trop  ,  de  bien  examiner  la  matière  ,  fur-tout  celle 
qui  eft  tout-à-fait  nouvelle  ,  &  d'y  jetter  un  regard 
favorable  ;  regard  qui  fera  pour  moi  &  pour  mes 
Confrères  compatriotes ,  un  puillant  aiguillon  qui 
nous  preifera  toujours  de  mettre  au  jour  quelque 
chofe  de  nouveau. 

Si  je  parle  beaucoup ,  fur  -  tout  dans  les  Notes 
de  la  Première  Partie ,  de  chofes  qui  ne  regardent 
pas  tout-à-fait  notre  matière  ,  comme  des  foins 
que  prirent ,  dans  tout  ce  temps  fi  malheureux  , 
Notre  Auçufte  Souveraine  Catherine-la- 
Grande,  tous  fes  Miniftres  qui  contribuaient 
à  fes  voeux ,  ainfi  que  mes  Confrères  j  qui  fe  diftin- 
guaient  par  leurs  travaux  &  leurs  foins  pour  le 
bien-être  de  la  Patrie  j  de  quelques  détails  relatifs 
aux  établiifemens ,  &  enfin  de  quelques  defcrip- 
tions  hiftoriques  de  notre  Empire ,  ce  n'eft  que 
par  amour  patriotique  &  par  feniibilité  pour  mes 


xv^v  J  FANT-PROPOS, 

Confrères  vrais  patriotes  j  car ,  quand  je  vois  plil- 
fîeurs  Etrangers  qui  fe  mêlent  de  faire  quelque 
détail  de  notre  Empire  ,  &c.  (  j  )  ,  &  qui ,  après 
y  avoir  long-temps  féjourné ,  ne  favent  pourtant 
rienj  indigné  de  leurs  narrations  injuftes  (*),  j'ai 
cru  devoir  mettre  au  jour  une  fidelle  defcription 
de  toutes  les  chofes  qui  me  paraiiTent  intéreiTantes 
6c  curieufes. 

Eniin ,  j'ofe  prévenir  mes  Lecteurs  ,  que  tout 
ce  que  contient  ce  Mémoire  ^  ne  provient  ni  de 
quelques  Ouvrages  étrangers,  ni  d'aucuns  entretiens 
particuliers ,  mais  de  mes  propres  Obfervations  •  de 
fî  MES  Lecteurs  y  trouvent  quelqu'utilité  pour  le 
genre  humain ,  leur  approbation  me  flattera  infi- 
niment. Je  donne  la  matière  telle  qu'elle  eft  dans 
fa  pure  nature,  c'eft  ce  que  j'ai  vu  &  bien  fcruté 
pendant  dou:(^e  mois  confécutifs  { ^  ).  Qu'il  eft  trifte 
d'être  le  fpedateur  du  funefte  fort  de  fes  fem- 
blables  !  Plaise  a  Dieu  que  ce  faible  &c  premier 
elTai  de  mes  travaux  foit  utile  au  genre  humain  ! 
C'eft  mon  unique  but  6c  mon  unique  contente- 
ment. 


(jy)  Voyez  C.  de  Mertens  ,  Obfervat.  MeJic.  de  Febr. 
Puirid.  de  Pefte,  &c.  pag.  86. 

(*)  Voyez  ci  defîbus  dans  le  xii*^.  §.  de  la  Troifieme 
Partie  ,  pag.  z6o  ,  note  c 

(r)  Voyez  ci -defîbus  le  x  x  x  i'.  §.  de  la  Première 

Partie. 

MÉMOIRE 


MÉMOIRE 

SUR 

LA   PESTE   DE  MOSCOU 
En    ^77^* 


XKisssBsss&TŒKragBasiegs^iiXB&ffîssc 


jiiiattotaBéay 


PREMIERE    PARTIE. 

De  P  Origine  &  de  F  Entrée  de  la  Pefîa 

dans  r Empire  de  Ruffle  :  qu^elle  n'exifte  ^ 

ni  infeâe  -point  par  /'Air  \  mais  par  le. 

feul  Contad  :  qu''elle  rie  nous  tue  jamais 

comme  /'Air  Méphitique  :  que  celle ,  qui 

efl  propre   à  nous   empejler  ^   n'empejie 

jamais    les    autres    Animaux  ,   &   vice 

versa.   Ënjin ,  de  tous  les  Arrangemens 

pris  à  Mofcou ,  contre  cette  Maladie  , 

par  le  Sénat  ^  par  [on  Altejfe  le  F  rince 

d'OxXo-w  y  par  la  Commifïion  contre  h 

Pejîe ,  &c. 


r 


A 


UTANT  qu'on  en  â  pu  trouver  des  Preuves 
certaines ,  ce  xyiii^.  Siècle  a  vu  la  Pejie  ravageï 

A 


%  ■•  Mémoire  fur  la  Pejie  de  Mofcou , 
TEmpire  de  Ruiîîe  pour  la  tro'ijiemc  fois.  Elle  le 
ravagea,  pour  \a  première  fois  .^  dans  le  Siècle  précé- 
dent, &  alors  cette  cruelle  Maladie  affligea  Mofcouj 
la  Capitale ,  ainli  que  beaucoup  d'autres  Villes  & 
Villaees ,  de  la  manière  la  plus  horrible.  Elle  re- 
parut  en  l'annce  1 7  3  8  &-3  9 ,  pendant  que  1  iimpire 
de  Rulîie  était  en  Guerre  avec  les  Turcs  ;  mais  lans 
pénétrer  ailleurs  que  dans  la  Petite-Ruliie ,  VOu-' 
kraine  j  aux  environs  à^Poltawa  [a).  Nous  touchons 
de  près  à  la  Troijieme  Epoque ,  où  elle  renouvella 
£qs  Ravages  j  ce  fut  en  1 77 1 . 

§.     I  I. 

Cependant  fes  dégâts  ne  furent  jamais  plus  affreux 
qu'au  XV 11^.  Siede.  Ce  qui  le  prouve  ,  eft  une 
Lette-e  écrite  par  les  Boïarins  (b)  de  la  Capitale 
au  Tfar  (c),  Alexis  Michaïlovvitz  ,  lorfque  Sa 
Majefté  aiîiégeait  la  Ville  de  Smolensk  {d)  eu 
1654.  Cette  Lettre ,  qui  kii  fut  adreffée  par  le 
Knïafe  (e)  Michel  Pétrowitz  Pronsky,  &  autres,, 
eft  conçue  en  ces  termes  ; 


(a)  Ville  dans  la  Petite-RufTie  ,  VOukr^ne  ,  Se  Réfidence 
d'un  Régiment  des  Pi.jius^ners  ,  de  ce  nom.  Elle  eft  (àtuée 
fur  la  Rivière  de  ^orshlo  ,  &  connue  dans  route  l'Europe 
par  la  Bataille  entre  Sa  iMaj'efté  Pierre  le-Grand,  Em- 
pereur de  Toutes-les-Rulîies ,  &  Charles  XII  ,  Roi  de 
Suéde.  V'oyez  MM.  Polouktn  &  Muller  ,  dans  leur 
DJdtionnaire  Géographique  Rufle  ,  page  157. 

[h)  Boïaiin,  Ancien  Nom  des  principaux  Seigneurs  -de 
RufTie. 

(t  )  T/^r,  Ancien  Nom  des  Rois  de  Rufî;e. 

{d)  Grande  &  forte  Ville  de  Ru/He,  (uuée  fu;-  la  rive 
droite  du  Niepper,  ou  Bonjilienes. 

(c-)  Kniujc J  (igniiie  en  Langue  Ruiïe  un  Prince ^  Michel^ 


Pt^mkT'e  Punie,  5 

,.  A  Sa  ^laj^flé  le  Tlax  Alexis  Michailowïtz  , 
Grand-Duc  ,  &  Souveoin  de  Touces-les-RulIies, 
Grande  ,  Petite ,  Se  blanche.  Nous  ,  Sujets  de  Sa 
Majellc  ,  Michel  Pronsky  ,  &  autres: 

«  En  diiTcrentes  dates  du  Mois  de  Juillet  ^  ainii 
5>  que.  du  Mois  ^Acùt  de  l'année  palTée  ,  nous  , 
>3  vos  Sujets ,  avons  déjà  eu  l'honneur  d'écrire  à 
5>  V o TRE  Majesté,  que  pour  nos  Péchés ,  le 
35  Peuple  meurt  fubitement ,  &  en  grande  quantité 
5>  dans  la  Capitale  ,  ainii  que  dans  tous  \qs  envi- 
3>  rons  :  le  même  lort  ell  arrivé  dans  nos  maifons,, 
3>  ainii  nous,  vos  Sujets,  les  ayant  quittées ,  nous 
3'  nous  ionimes  retirés  dans  la  Capitale.  Et ,  en 
5»  ctx.\.Q  année  ,  depuis  lejour  de  la  S.  Simeon  (/)  , 
i?  la  Pefte  a  augmenté  de  jour  en  jour,  encore  plus 
»  cruellement ,  its  ravages  \  de  forte  que  dans  la 
>j  Ville ,  ainii  que  dans  tous  les  Fauxbourgs  ,  il  ne 
3>  refte  de  nos  Chrétiens  qu'un  très-petit  nombre. 
î»  De  tous  les  Stréléts  [g)  de  Vos  fix  Prikafes  (k)j, 
s>  il  nen  relie  pas  un  feul. ..»  Ainii  5  nous  n'avons 
3>  perfonrie:.qui  puifTe  monter  la  Garde  de  Votre 
5>  Majesté  :  les  Golowis  (i )  des  Stréléts ,  les  Sieurs 
3>  de  Kakowïnsky  _,  &  de  Goropkm  font  morts  , 
"   ainii  que  prefque  tous  leurs  Sotniks  (  k  ).  On  ne 


Â'ûm  -de  Baptême  ,  Pécrowicz  ,   Fils  de  Pierre  ,  Pronsky , 
j^'ojn  de  Famille. 

if)  Fête ,  félon  notre  Airaanach  vieux  Style  le  premier 
du  mois  de  Septembre  ,  &  le  iz  du  même  mois  nouveau 
Style. 

i  g  ]  Ancien  Nom  des  Régimens  de  la.  Gai'de  du  Corps 
des  Tfars  de  Ruffie. 

(A)   Prikafes,  Régimens  des  Scrélécs. 

(i)  Go/cJKvz ,  (îgniiie  un  Officier -en-Chef  d'un  Régimenî 
4es  Stréléts. 
..(.^J  Autres  OiSciers  des  Régimens  des  Stréléts. 

Aij 


^  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou  l 

3>  fait  plus  le  Service  Divin  dans  les  Egiifes  Ca- 
3>  thédrales  ,  ni  prefque  dans  aucune  paroiffiale  y 
53  car  prefque  tous  nos  Prêtres  font  morts.  On  a< 
33  pourtant  célébré  chaque  jour  la  Liturgie  jufqu'à 
v>   préfent  dans  la  Grande  Cathédrale  (  /)  j  quoi- 

j>   qu'avec  la  plus -grande  difficulté Ainfi  , 

33  tous  nos  Chrétiens  meurent  fans  Confelfeurs , 
33  ainii  que  fans  recevoir  l'Euchariftie.  On  les 
n  inhume  fans  Prêtres  j  &  fans  les  cérémonies  fu- 
35  néraires  des  Chrétiens.  Il  refte  dans  la  Ville ,  & 
33  dans  les  Fauxbourgs,  une  grande  quantité  de  Corps 
33  morts ,  fans  fépulture  ,  qui  deviennent  la  pâture 
33  des  chiens,  puifque  nous  n'avons  plus  de  Monde 
33  qui  puilfe  creufer  les  foffes  &  les  enterrer  j  car 
33  tous  ceux  qui  les  inhumaient ,  font  morts  eux- 
33  mêmes ,  &  le  Peuple  de  toute  efpece  qui  vit 
3»   encore ,  voyant  cet  épouvantable  Fléau  Divin , 

33   n'ofe  en  approcher 'Nos  Maifons  ,  Votre 

33  Majesté  ,  font  toutes  dévaluées  j  prefque  tous 
33  nos  Domelliques  font  morts ,  &  nous ,  vos  Sujets, 
3'  attendons  aulîi  le  même  fort  d'une  minute  à 
3>   l'autre  {m) » 


[l)  Dans  le  Krémie ,  nous  avons  Trois  Egiifes  Cathé- 
drales ,  dont  celle  de  l'Affomption  de  Notre-Duii^e  eft  la 
première,  &  dans  laquelle  nos  Empereurs  &  Impéra- 
trices (onc  facrés  &  couronnes.  On  y  voie  des  Richefles 
immenfes  ,  entre  autre  chofe  un  Lujîre  d'Argent  Maflif  d'une 
très-grande  Magnif.cence,  &  qui  pe(e  70  Fondes  ;  favoir  que 
chaque /'*(?«d'f  eft  de  40  livres.  On  y  voit  encore  une  Cioche , 
qui  pcfe  ïzooo Pouàes.  Voyez  MM.  Polounin  &  Muller, 
âans  leur  Dictionnaire  Géographique  Rude,  page  184. 

[m)  Voyez  le  Mémoire  ou  la  Description  de  la 
Perte,  qui  a  régné  dans  TEmpire  de  Ru/lîe  ,  &  fur-tout 
à  Mofcou  ,  depuis  1771  jufqu'en  1771,  où  font  iiiiprimées 
toutes  les  Ordonnances  émanées  alors  de  Sa  Majefté  I'Impé-» 


Vremlere  Partiâ.  Y 

î.a  même  année  où  cette  Lettre  fut  écrite  , 
après  la  S.  Spiridon  (/z),  c'ell-à-dire  ,  quelque 
temps  avant  Noël  ^  la  Pefte  commença  à  s'appaifer 
clans  la  Ville  ,  les  Fauxbourgs  &  les  environs.  Sa 
Alajellë   le  Tfar ,  après  la  conquête  àQ  Smolcnsk 
en  i6^^,  revint  aux  environs  de  Mo/cou  j  Se  choilit 
ceux-ci  de  préférence  pour  fon  Séjour  ^  malgré  que 
la  Tfaritfi  Marie  Illinitschna  (o)  ,  qui  s'était 
retirée ,  à  caufe  de  la  Pejlc  j  à  la  Campagne ,  fût 
déjà  rentrée  dans  la  Ville ,  où.  il  y  avait  encore 
bien  peu  de  Monde.   Sa   Sainteté   le   Patriarche 
Nikon  (p)  revint  également  de  fon  Monaftere, 
ôc  tous  les  autres  fuivirent  peu-à-peu.  Ce  Patriar- 
che j  à  (on  arrivée  dans  la  Ville ,  ordonna  de  tuer 
'  tous  les  chiens ,  parce  qu'ils  avaient  mangé  des 
Corps  peftitérés. 

Enhn  Sa  Majefté  le  Tfar  fe  rendit  proche  la 
Capitale  ;  mais  il  jugea  à  propos  de  s'arrêter  fur 
le  Mont   IVorohïewis-Gorls  C^),  jufqu'à  ce  que 

RATRiCE  ,  pour  feivir  d'Inftruftion  à  la  Coramifîlon  concre 
la  Pefte.  Cet  Ouvrage  a  été  dédié  par  la  Commiillon  à  Sa 
Majefté  Impériale,  &  imprimé  à  l'Univerficé  de  Mofcou 
en  1775  ,  avec  des  Planches  des  Lazareths  ou  Hôpitaux 
pour  les  Peftiférés  ,  page  637. 

[n)  Fête,  lelon  notre  Almanacli  vieux  Style  le  12  du 
Mois  de  Décembre  ,  &  le  13  du  même  Mois  nouveau  Style. 

{o)  Tfaritfj,  Ancien  Nom  de  la  Reine  de  Rulfie ,  Mari®, 
JVom  de  Baptême ,  Ulinitfchna  ,  Fille  c^Elie. 

(/>)  Nikon,  Nom.  de  Baptême.  Depuis  Pi  E  R  n  E- t  E- 
Graîid  5  l'Empire  de  Ruffie  n'a  plus  de  Patriarche  ;  il 
leur  fubftitua  le  S.  Synode,  compofé  d'Archevêques  & 
d'Evêques.  Voyez  MM.  Polounin  &  Muller,  dans  leur 
Dictionnaire  Géographique  RulTè  ,  page   i2S. 

(^)  C'eft  une  Montagne  très-élevée  ,  hors  de  la  Ville, 
d'oii  on  découvre  toute  la  Capitale.  Elle  eft  arrofée  par  la 
Moskwa ;  &  à  caufe  de  fa  belle  vue,  les  Tjars  y  avaient 
anciennement  leur  Palais  de  pbifauce. 

A  iii 


s  Mémoire  fur  la  Pefle  de  Mofcôu  j 

Sa  Capitale  fut  entièrement  nettoyée  j  &  le  pre- 
mier du  Mois  de  Février  ^  il  entra  dans  Son  Palais 
du  Kremle  {rjj  conduit  par  le  Patriarche  même, 
accompagné  de  tout  fon  Clergé,  &  avec  route  la 
Pompe  triomphale  tant  Civile  que  Militaire. 

§.     III. 

Cependant  les  Ravages  n'avaient  pas  également 
cefle  par-tout.  La  Pejle  s'était  étendue  dans  l'Em- 
pire d'un  côté  jufqu'à  JJlrachan  (f) ,  &  de  l'au- 
tre jufqu'à  Kiow  (t)j  ôc  ce  fut  en    1(^55  qu'elle 


(/■)  C'eft  le  Centre  des  Quatre  Parties  qui  conftituent 
Mofcou  ,  la  Capitale.  Voyez  ci-deffous  dans  le  xxii^.  §. 
de  cette  même  Partie  ,  note  it'. 

(f)  Ville,  dans  la  Riiflîe  Afiatique,  fituée  fur  le  ^olga^ 
dans  une  Ifle  nommée  Haïatclvy. 

(r)  Ville  confidérable  &  très-ancienne  dans  la  Petite- 
Ruiïîe  ,  VOuktaïne.  Elle  eft  lîtuée  fur  la  rive  droite  du 
JVlepper  en  Borijihenes.  Cette  Ville  fut  bâtie  en  450  par  un 
Prince  Sclavon  ,  nommé  Ky  ,  d'oii  elle  a  pris  le  nom  de 
Kiow  ;  après  lequel  elle  tomba  fous  la  domination  de  deux 
Princes  Warëagues ,  OskoLd  &  Dir.  Les  Grands-Ducs  de 
Novo'^orod-F'eliky  y  établirent  leur  Réfidence  en  880  ;  & 
en  10:57  ,  le  Grand -Duc  i'drofîaw  ^^Lidimérowit^  la  fit 
Capitale  de  Toutes- les- Ru/îîes  ;  ce  qui  a  fubflfté  jurqu'au 
XI II',  fiecle.  Vers  ce  temps  ayant  été  facagée  par  les  Tar~ 
tares  ,  elle  fut  foumife  aux  Lithuaniens  ,  enfuite  aux  Po' 
lonais  ,•  niais  à  la  paix  de  1 6^7  ,  elle  fut  cédée  pour  quelque 
temps  a  la  RuJJle  ;  enfin  elle  lui  fut  rendue  en  toute  pro- 
priété en  î686.  Kiow  comprend  trois  Villes ,  la -A'^^'wv^ , 
la  FleiUe  &  le  PodolL  II  y  a  dans  la  Première  ,  entre  autres 
chofes  des  plus  remarquables,  un  très-grand,  très-riche  & 
très -magnifique  Monaftere  nommé  Petchersky  y  conftruic 
tknsle  xi'.  Siècle  parles  Soins  de  deux  Religieux  Antoine 
8c  The'odofe ,  dont  on  conferve  les  Reliques  dans  la  Cathédrale 
de  ce  vafte  Couvent ,  ainfî  que  celles  de  beaucoup  d'autres 
différents  Sains.  Dans  la  Seconde  ^  un  grand  &  magnifique 


première  Partis,  y 

3éva(l:a,  peut-être  le  plus-cruellement,  ces  Deux 
Villes  »?v:  leurs  environs  (u).  Il  n'y  a  qu'une  feule 
partie  de  la  Rullie  qui  ait  été  épargnée  dans  ces 
deux  derniers  Siècles  ;  £ivoir  les  Lieux  qui  avoi- 
fînent  Nou-'Ogord-W^ellky  (v}j  ainfi  que  toutes 
les  Villes  &  les  Villages  maritimes. 

A  tout  ce  que  j'ai  dit  touchant  cette  horrible 
Epidémie  du  Siècle  paiFé  ,  il  m'eft  impoilible  de 
rien  ajouter  de  plus  précis.  Nous  ignorons  abfolu' 
ment  d'où  elle  provenait  :  quelles  furent  les  Pré- 
cautions ultérieures  C[u'on  prit  pour  la  dompter,  ou 
même ,  ii  l'on  en  prit  quelqu'une  \  car  nous  n'avons 
trouvé ,  dans  toutes  les  Archives ,  aucune  Defcription, 
à  ce  fujet  plus-claire  que  la  Lettre  que  j'ai  rap- 
portée. Ce  qu'elle  exprime  alfez  pathétiquement , 
ce  font  \qs  Ravages  qu'efîuyerent  les  Villes  ,  les 
Bourgs  &  les  Villages ,  où  elle  fe  manifeita.  Ra- 
vages  beaucoup  plus -grands  que   ceux  de  notre 


Monaftere  fous  l'Invocation  de  Sainte  Sophie  ,  qui  eft  tou- 
jours le  (îége  du  AîétropoUte  de  Kiow  \  8c  dans  le  Dernier^ 
un  Monaftere  nommé  Bratsky  ^  dans  lequel  eft  une  très- 
ancienne  Académie  .  où  il  y  a  quelquefois  plus  de  ijoo 
Etudians.  Voyez  MM.  Polounin  &  AIuller.  ,  dans  ieuc 
Diftionnaire  Géographique  Ruiïe,  page  134.  J'ai  eu  moi-* 
même  le  bonheur  d'être  élevé  dans  ce  feint  endroit. 

{il)  Voyez  le  Mémoire  ou  la  Description  delà  PeftCj 
qui  a  régné  dans  l'Empire  de  Rufile ,  fur-tout  à  Mofcou , 
&c.  page  659. 

(v)  C'était  anciennement  la  plus- grande  &  la  plus- riche 
Ville  de  Ruffie  ,  fituée  fur  le  ,^olhow ,  près  du  Lac  Jlinen, 
«  i\LM.  Polounin  &  Muller  ,  très-célebres  Hiftoriogra- 
»  phes  de  notre  Empire,  rapportent  dans  leur  Diftionnaire 
y>  Géographique  de  l'Empire  de  Ruflie,  page  ^^6  ■>  qu'entre 
»  autres  caufes  cette  Ville  a  été  ruinée  ,  principalement  par 
»  la  Ptjle  &  les  Incendies  arrivées  dans  les  diiîérentes  années; 
»  favoir  en  i'39i  ,  ^4,  1407,  p,  17,  24,  27,  ainfî  que 
»^daus  les  fuivantss.  » 

A  iv 


ï  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mo/cou  j 

•  Sieckj  qui  cédèrent  bientôt  aux  obftacles  que  voulue 
bien  y  oppofer  Catherine- la-Grande  ,  Mère 
Bienfaifante  de  tous  fes  Peuples. 

§.    I  V. 

I 

Maintenant  chacun  de  nous  doit  avoir  appris," 
par  les  Obfervations  des  Auteurs  ,  que  la  Pejle 
tire  toujours  fon  origine  des  Climats  chauds  ,  ôc 
qu'elle  règne  pour  la  plupart  du  temps  en  J/i€  j 
ôc  prefque  fans  cefle  en  Egypte  &  dans  les  autres 
parties  de  ce  Continent.  On  fait  aufli  parfaitement 
que  le  F^eninde  la  Contagion  peftilentielle,  ne  peut 
ctre  tranfporté  dans  les  Climats ,  foit  chauds ,  foit 
froids ,  aulîi  facilement  par  un  homme  empefté , 
que  par  des  hardes,  qui  le  font  j  vu  que  celui-ci 
ne  peut  foutenir  un  long  voyage  avec  fa  Maladie  , 
tandis  que  les  hardes  ou  tous  autres  q^qîs  infectés , 
peuvent  paffer  dans  les  Pays  du  Monde  les  plu-s 
éloignés ,  fans  égard  à  la  rigueur  du  froid  (m^)  y 
comme  notre  Climat  du- Nord,  ou  aux  chaleurs 
excelîives  ,  &  y  caufer  les  dégâts  les  pli\^-affreux. 

Outre  une  foule  d'autres  corps  qui  s'imprègnent 
de  ce  Venin  ^  on  peut  dire  qu'il  infeéte  particulière- 
ment les  hardes  faites  de  Pelleterie  ^  de  Laine  ^  de 
Coton  j  de  Soie  &  de  Fil  j  le  Papier  j  ôcc.  Et  iî 
ces  efîets  ont  été  enfermés  dans  un  endroit  peii 
acre  ,  comme  dans  une  Chambre  ,  dans  un  Coffre , 
fous  la  terre  mcme  ^  ou  s'ils  ont  été  entalTés  & 
emballés  j  pour  lors  le  Venin  de  la  Contagion  pefti-- 


(w)  Voyez  Jo.FRHD.ScfTREÏBERi,  Obfcrvat.  &  Cognata 
de  Peftilentia  aux  annis  1758  &  ^9  ,  in  Viraïnia  graffaca 
eft ,  page  5  ,  Obicrvac.  a  ,  Se  page  6 ,  Obfervac.  4. 


Première  Partie.  ^ 

îentielle  peut  fe  tenir  caché  long-temps,  8c  plufîeurs 
années  après  être  tranfporté  dans  les  Climats  les 
plus  lointains  ,  fans  ceirer  d'être  meurtrier  pour 
TEfpece  humaine,  (?c  l'infeder  par  le  feul  Concacij 
Se  ians  jamais  incommoder  aucun  Animal  ,  en 
C[uelque  lieu  que  ce  foit  de  la  terre. 

Telle  eft  la  fource  qui  infe6be  11  fouvent  Conf- 
iant inop  le  &  toute  la  Turquie  Européenne.  Les 
Turcs  entretiennent  avec  VAJîe  j  V Egypte  j  &c. 
un  commerce  continuel  des  Marchandifes ,  dont 
je  viens  de  parler  j  mais  n'ayant  aucune  précaution 
de  nettoyer  ces  Marchandifes ,  qui  fortent  des  lieux 
peftiférés ,  ils  éprouvent  prefque  chaque  année  ce 
FUau  deftrudeur  ,  qui  leur  enlevé  beaucoup  de 
Monde.  Ce  qui  n'arriverait  pas ,  s'ils  avaieilt  foin 
de  les  expofer  quelque  temps  à  Vair  j  ou  de  les 
puriher  par  les  autres  Moyens  déjà  alfez  connus  en 
Europe.  Il  fufnt  qu'une  perfonne  les  touche  en 
cet  Etat ,  pour  caufer ,  foit  en  Turquie  j  foit  dans 
quelqu'autre  Continent  de  l'Europe ,  des  Ravage| 
^u'il  eft  très-diiïicile  d'arrêter. 

§.    V. 

Eft-ce  donc  par  le  feul  Contact  de  quelque  Corps 
peftiféré  que  la  Pejle  fe  communique  ,  &  VAir 
entre-t-il  pour  quelque  chofe  dans  la  Contagion  ? 
La  Première  Propofition  me  paraît  aifée  à  démon- 
trer ,  tant  par  pluiîeurs  Obfervations  faites  par  àes 
Témoins  oculaires  ,  que  par  celles  que  j'ai  faites 
moi-même  pendant  mon  Séjour  en  Pologne  j  en 
Moldavie  j  en  Valachie  j  ôc  fur-tout  à  Alofcou  j 
Capitale  de  ma  Patrie ,  lorfque  la  Pejle  y  a  régné. 
Dans  ce  temps  malheureux ,  j'ai  été  dans  les  Trois 
•Pays  5  que  je  viens  de  nommer,  pendant  la  dernière 


^  o  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou  j 

Guerre  contre  les  Turcs  j  avec  le  Régiment  nommé 
Kaporshy  j  en  qualité  de  Ckirurgien-AIajor  ;  &  i 
mon  retour  en  RuJJicj  je  me  fuis  renfermé  à  Mofcou 
fucceflivement  dans  Trois  Hôpitaux  peftiférés ,  pour 
y  foigner  mes  Concitoyens.  Comme  j'ai  eu  le  bon- 
heur d'en  fauver  un  aflez  grand  nombre  (x)  ,  & 
que  j'ai  été  attaqué  moi-même  trois  fois  (y  )  de 
cette  cruelle  Maladie ,  j'efpere  qu'on  ne  refufera 
point  à  mes  Ref  exions  la  coniîance  qu'elles  mé- 
ritent. 

§.    V  I. 

L'Hiftolre  du  PafTage  de  la  Pejle  jufqu'à  Mofcou, 
eft  déjà  une  preuve  de  ce  que  j'avance.  En  1759, 
le  Général  de  Scktoffe/  ^  reçut  Ordre  du  Grand- 
Maréchal -Général  le  Comte  de  Roumiant:^o\c^ 
Sadounaïsky  (:{)  ^  d'aller  avec  fon  Détachement 
attaquer  Jourgea  j  dernière  Ville  de  la  Valachie 


(x)  Voyez  ci-deflous  dans  le  xxvi'.  §  de  cette  même 
Pairie ,  note  w ,  &  plus  bas  dans  le  même  §  ,  nombre 
1^00. 

(j^)  Voyez  C.  de  Merteîîs,  Obfervnt.  Medie.  de  Fe- 
bribus  Patridis ,  de  Pefte ,  &c  ,  page  95  ;  &  dans  J/j  Lettre 
à  l'Académie  de  Dijon  ,  avec  Réponfe  à  ce  qui  a  paru  dou- 
teux dans  Aîon  Mémoire  fur  Tlnoculation  de  la  Pefte,  &C, 
article  vi'. 

(^)  Sadounuisky ,  furnom  que  CATHr.RlNE-i.A-<jRANDB 
a  bien  voulu  ajouter  i  la  Famille  duComte'de  Roumiant^oWy 
pour  immortalifer  ce  Héros,  comme  Vainqueur  des  litres 
de  l'autre  côté  du  Danube.  Ainfî  que  Krbnsky ,  au  Piince 
de  Dolgorouky ,  comme  Conquérant  de  la  Crimée.  Tfchef- 
mensky  ^  au  Comte  Alexis  d'Orlot^'  ,  comme  Deftrudleur 
de  tome  la  Flotte  Turque  auprès  de  Tlfle  de  Tfchefma. 
Voyez  la  Description  de  la  Cérémonie  célébrée  à  Mofcou, 
la  Capitale ,  en  1775,3  l'Occafion  de  la  Paix  avec  les  Turcs , 
pages  i^ ,  ao  &  30. 


Première  Partie,  ir 

•fur  lè  Danube,  Ce  fut  dans  le  temps  même  de 
la  Foire  j  où  nombre  de  Turcs  Se  autres  Marchands 
de  ces  Contrées  apportent  des  Marchandifes.  Cette 
Ville  «Se  la  Fortereffe  fut  emportée  &  miié  au 
Pillage.  M.  de  Schwffel.,  ne  favait  pas  que  la  Pejlô 
y  régnait.  Il  eut  bientôt  lieu  de  sqw  appercevoir 
à  Bouhorcjl  j  Capitale  de  la  Valachie ,  lorfqu'il  y 
eut  conduit  àes  prifonniers  Turcs  Se  des  étoffes 
que. les  Marchands  débitaient  dans  la  Foire.  Ils  y 
répandirent  Vinfcclion  de  la  Contagion  peftilentielle 
parmi  nos  Troupes  ;  &  les  liabitans  du  Pays  de- 
vinrent la  victime  de  cette  conquête. 

S.  E.  Monfei2;neur  le  Comte  de  Fwiimianf^ow' 
Sadounaïsky  j  pour  prévenir  un  plus  grand  mal , 
ordonna  au  Général  de  Schtoffel  ^  de  paifer  fans 
délai  à  ^i^ffi  j  Capitale  de  Moldavie ,  avec  ce 
même  Détachement ,  d'y  faire  faire  les  Quaran- 
"  taines  les  plus-rigoureufes ,  &  de  mettre  féparément 
les  Peftiferes  clans  un  Hôpital  fait  exprès  près  de 
cette  Ville.  Il  y  dépêcha  auill-tôt  M.  Orreus  ^^  Mé- 
decin très-habile  ,  pour  avoir  Infpeclion  fur  le  fer- 
vice  de  leur  fan  té  ,  &z  adminiftrer  à  ces  malheureux 
tous  les  fecours  nécelTaires.  Malgré  les  Précautions 
lespius-fcrupuleufes,  M.  de  Schtoffelj  fut  lui-même 
attaqué  de  la  Pejle  j  &  en  m^oufut  au  Mois  de  Mai 
de  l'année  1770.  De-là  ^  fans  s'arrêter  dans  les 
Limites  qu'on  avait  voulu  lui  prefcrire  à  TaJJl , 
elle  pafTa  la  même  année  à  Chot^im  _,  Ville  fron- 
tière de  la  Moldavie  avec  la  Pologne.  Elle  eft  fituée 
au  bord  du  Nieficr.  De-là  ,  en  Pologne  même  \  de  la 
Pologne  au  Alois  d'Août  à  Kioïc^'  _,  clans  la  Petite- 
Rullie ,  de  au  Mois  de  Septembre  à  Sei^^sk  _,  Pre- 
mière Vifle  de  la  Grande-Ruffie  ,  d'où  elle  alla 
hifeder  Mojcou  _,  la  Capitale ,  au  Mois  de  Dé- 


'^1  Mémoire  fur  la  Pejlc  de  Mofcou  3 

cembre  {a).  Ce  fut  la  Marche  en  Partie  de  noft 
Troupes  ^  ôc  particulièrement  des  Effets  qui  pro- 
mena ce  Fléau  dans  tant  d'endroits  divers. 

§.     VIL 

Pour  convaincre  de  plus  en  plus  le  Lecteur; 
de  la  vérité  du  Syjlhne  que  j'embrafTe  ,  examinons 
ce  qui  fe  pafle  dans  les  Lieux  où  la  Pejle  entre- 
tient une  Epidémie  prefque  continuelle. 

Après  la  Victoire  remportée  dans  la  Bcffarahie 
près  du  ICagoul  [b) ,  Par  S.  E.  Monfeigneur  le 
Comte  de  Rouiniant^ox^-Sadounaïsky  ^  fur  le  Grand 
Vïjir  .y  je  fuivis  avec  Notre  Régiment  Kaporsky  y 
le  Général-Major  Alexandre  de  Khéraskow  j  qui 
eut  ordre  d'aller  atttaquer  Brdilow  j  Ville  de 
Turquie  dans  la  Valachie  fur  le  Danube.  Après 
avoir  traverfé  le  Prauth  ôc  plufieurs  Campagnes  d.e 
la  Moldavie  j  nous  arrivâmes  aux  environs  de  la 
ForterefTe.  J'entrai  avec  les  Officiers  dans  une  Cam- 
pagne, où  j'apperçus  de  loin  ,  près  d'une  chau- 
mière ,  une  Perfonne  fort  peu  à  l'abri  de  l'inteni- 
périe  de  la  faifon ,  &  qui  me  parut  Malade.  Comme 
mon  efprit  était  toujours  occupé  de  la  Pejle  j  je 
m'en  approchai ,  &  je  vis  en  effet  que  c'était  un 
Garçon  malade  de  la  Pefte.  Si-tôt  que  je  com- 
mençai à  l'interroger,  en  Langue  Moldavienne  (c). 


(a)  Voyez  le  Mémoire  ou  la  Description  de  la  Pefte 
qui  a  régné  dans  TEmpiie  de  Rufîîe,  &  fur-tout  à  Mofcou, 
&CC.  page  38. 

(i>)  Lac  dans  les  Défeits  de  la  BefTarabie  ,  entre  les  Villes 
Ifmai/ùw  ,  qui  eft  fur  le  Danube ,  &  Bender ,  qui  eft  fur 
le  Niefter. 

(c)  La  Langue  de  JlolJavIe  ,  ainfi  que  de  VaUchis  ^ 


première  Punie.  13' 

fur  fon  état ,  fa  Mère  ,  qui  fortit ,  m'afTura  qu'il 
récait  en  eftet  ,  (Se  qu'il  avait  le    Tchouma  [d)  ^ 
c'ell-à-dire  la  Pejie.  Aulîi-tôt  je  lui  demandai  C\ 
«lie  pouvait  me  montrer ,  fur  le  corps  de  ion  iils  , 
l'endroit  que  la  P^c;  occupait  j  mais  elle  me  ré- 
pondit qu'elle  n'ofait  le  toucher ,  crainte  de  s'em- 
peiter  elle-même.  Le  Garçon  qui  avait  encore  allez 
de  forces ,  me  fit  voir  un  Bubon  qui  occupait  fon 
Aine  droite  :  il  était  Malade  depuis  Dou-^e  jours. 
Corriment  donc  ,  dis-je  à  la  Mère  ,  pouvez-vous  , 
depuis  ce  temps ,  vous  garantir  de  la  Pejle  _,  vous , 
votre  Mari ,  de  vos  autres  Enfans  ?  C'eft ,  me  dit- 
elle  ,  en  nous  abftenant  de  toucher  le  Malade  & 
ce  ciui  l'enveloppe ,  ou  ce  qu'il  a  touché.  Enfuite 
elle  m'expliqua  ,  dans  les  termes  fuivanss ,  toutes 
les  autres  Circonftances  fur  lefquelles  je  l'inter- 
rogeai. 

Aulîî-tôt  que  la  Pefie  fe  manifefte  dans  notre 
Campagne,  tous  les  Habitans,  pourfuivit-elle,  en 
font  avertis  par  le  Capitaine-du-Tchouma  [e]-^  Sc 
dès  que  quelqu'un  eft  tombé  Malade  dans  quelque 
Maifon  j  on  doit  à ,  l'inftant ,  mettre  un  Signe  à  la 


n'eft  rien  de  plus  qu'une  Langue  corrompue,  comporée  de 
la  Langue  Latine  &  Italienne. 

(a'y  Tchouma  eft  un  Mot  turc,  qui  fignifie  dans  toute  la 
Turquie  Européenne  &  Alî.îcique ,  la  Pejle.  Ce  qui  a  été 
adopté  en  Pologne  &  en  Rullie. 

l_  c  )  En  Moldavie  aind  qu'en  Valachie ,  chaque  Ville  & 
Village,  à  proportion  de  leur  étendue  ,  (ont  divifes  en  Quar- 
ticis ,  &  il  y  a  dans  chaque  Quartier  un  Homme  qualifié 
Capitaine  au  Tchouma  \  {on.  devoir  eft  de  vilîter  les  Peil:i- 
férés  au  lieu  de  Médecins  ou  Chirurgiens  ,  d'autant  qu'ils 
fon:  'rès-rares  dans  ces  Pays.  Plufieurs  de  ces  Gens  donnent 
au  Peuple  des  Amulettes  empiriques ,  compofées  de  difFé- 
rentes  choies ,  ainfi  «qu'aux  Malades  peftiférés  différsoces 
Drogues,  &c. 


1 4  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mojcou  j 

Porte ,  &  avertir  le  Capitaine  de  fon  Quattiejr , 
qui  doit,  dans  le  moment,  vifiter  ce  Malade  j  àc 
s'il  le  trouve  attaque  de  la  Pefte..^-&c  que  ce  foie 
en  £ r/  j  comme  à  préfent ,  il  ordonne  de  faire 
fortir  le  Malade  avec  toutes  fes  hardes,  &  d'avoir 
foin  de  le  nourrir  dehors.  Mais  fi  c'eil  en  Hiver  _y, 
on  le  prend  dans  l'endroit  deftiné  pour  les  -PeJH-^ 
férés  ;  Ôc  s'il  en  meurt  quelqu'un  ,  les  Tchoklis  (f) 
l'enlèvent  ôc  l'enterrent.  Quand,  au  contraire  le 
Malade  fe  rétablit ,  on  le  lave  plufieurs  fois  dans 
la  Rivière  j  ainfi  que  fes  hardes ,  &  on  l'envoyé  dans 
fa  Famille.  Si  mon  Fils  recouvre  la  fanté ,  comme 
je  l'efpere ,  ajouta-t-elle ,  parce  que  fon  Tchouma 
eft  Bouon  [g] ,  je  le  conduirai  moi  -  même  à   la 


(/)  Tchoklis ,  efl-  le  Nom  qu'on  donne  en  Aloldavie  & 
en  f^alachie  à  ceux  qui  enterrent  les  l'cjiijérés.  Ce  font  de 
Gens  de  la  pius-balte  Condition  ,  &  pour  la  plupart  des 
Ivrognes.  Ces  Enterreurs  font  toujours  fous  les  Ordres  des 
Capitaines  du  Tclwuma  ;  &  ils  ont  pour  fe  prélerver  de  la 
têjie  ,  tout  le  Corps  &  les  Habits  oints  de  Poix.  Voyez 
cideffous  dans  le  xxvii^.  §.  dé  cette  même  Partie  ,  note  f. 
Plufieurs  d'eux  ,  entr'autres  Amulettes  ,  portent  encore  coula 
dans  leur  Turban ,  un  Charbon  d'un  Corps  peftiféré ,  coupé 
&  defléché,  ils  vendent  quelquefois ,  pour  un  t^'rix  -très- 
con(idérablc  ,  mais  fecretement  ,  au  Peuple  de  ces  Pays , 
leur  Amulette  d'un  tel  Charbon. 

(o)  Tchouma  ^  Bouon  fignifie  parmi  les  Peuples  de  la 
MoLduvie  &  de  la  Falaciiie  ^  la  Pelre ,  donc  les  Sj^mptonies 
ne  font  pas  graves  ;  mais  ils  appellent  Tchouma  Rêve  ,  la 
Pefte  ^  dont  les  Symptômes  font  très-graves.  Autant  que 
j'ai  pu  l'obferver  ,  ils  la  nomment  Tchouma  Bouon  .  lorlqu'il 
ne  paraît  que  des  Bubons  5  &:  lorfqu'ii  paraît  des  Charbons , 
alors  ils  la  nomment  Tchouma  Rêve.  Ainfi  ,  comme  au  Degré 
du  Commencement  de  l'invafion  de  la  Perte  ,  en  quelque 
lieu  que  ce  foie  ,  ainfi  qu'à  la  Fin  ,  elle  ne  paraît  fouvenï 
qu'avec  des  Bubons  &  autres  Symptômes  qui  ne  font  pas 
i\  graves ,  c'cft  pour  cela  qu'ils  la  tlommenc  Tch,  Bouon  j 


Première  Partie*  15 

Rivière  i  &:  je  lui  indiquerai  comment  il  doit 
fe  bien  laver ,  ainfi  que  toutes  Tes  h.irdes  qui  font 
encore  bonnes  j  pour  celles  qui  ne  valent  rien,  oa 
les  brûlera. 

Quoique  très-content  de  ce  Difcours  qui  me 
conrirmait  dans  monfentiment^fur  la  Communie  a-* 
îïon  du  venin  peftileiîtiel ,  par  le  feul  Contacl  ;  ce- 
pendant je  fus  encore  extrêmement  curieux  de 
parler  au  Capitaine  même  du  Tchouma.  Je  priai  donc 
cette  Femme  de  me  conduire  chez  lui.  Lorfque  j'y 
.  fus  arrivé  ,  je  l'informai  du  Difcours  que  j'avais 
tenu  avec  cette  Femme  ;  mais  lui ,  beaucoup  mieux; 
inftruit  fur  ce  fujet ,  me  fatisfit  bien  plus  claire- 
ment. Quoique  j'eulfe  déjà  quelque  connaif- 
fance  de  cette  Maladie,  tant  par  la  Ledure,  que 
par  les  Entretiens  que  j'avais  eu  très-fouvent  à  ce 
iujet ,  avec  M.  le  Baron  ^Asch  (A).  Ce  fut  pour 
la  première  fois  que  j'eus  une  Idée  jufte  de  (oa 
Origine j  de  la  Manière  dont  elle  fe  communique, 
des  Symptômes  internes  &  'des  Signes  externes  qui 
l'accompagnent ,  &  des  Moyens  de  s'en  garantir. 
Enfin  je  ne  doutai  plus  que  le  Contacl  ne  fût  la 
feule  Foie  par  où  elle  s'étend,  en  quelque  lieu  que 
ce  foit, 

§.     V  I  I  I. 
1.QS  Turcs  voyant  les  nôtres  approcher  àeEraïlow^ 


mais  5  comme  au  Degré  du  Milieu  ,  la  Pefte  paraî:  le  plus-* 
fbuvenc  avec  des  Charbons  Se  plulîeuis  autres  Symptômes 
très-graves  ,  alors  ces  Peuples  la  nomment  Lck.  Rêve  ,  puif- 
'qu'elle  enlevé  chez  eux  dans  ce  temps  les  Malades  bien 
rabicement. 

[h]  Confeilier-d'Ecaf ,  Membre  du  Collège  Impérial  de 
Médecine,  &  Premier  Médecin  de  toute  TAimée. 


1 6  Mépiolrc  fur  la  Pejle  de  MofcoU  j 

&  croyant  que  S.  E.  le  Comte  de  Roumiant^ow-^ 
Sadounaïsky  j,  commandait  en  perfonne,  abandon- 
xierent  en  tumulte  la  Ville  &  la  FortereiTe.  Dans 
l'intention  de  m'infcruire  toujours  plus  à  fond,  je 
parcourus  l'une  &  l'autre  pour  découvrir  quelque 
perfonne  avec  laquelle  je  pufle  parler  au  fujet  de 
la  PeJle  ;  ]q  défefpérais  du  fuccès ,  car  il  n'était 
pas  refté  un  feul  Habitant  dans  la  Ville  :  le  Hafard 
m'en  offrit  un  dans  le  Fort.  Je  l'interrogeai  en 
Langue  Moldavienne.  C'était  un  Confédéré  Polo- 
nais. Il  me  répondit  en  fa  Langue  qu'il  avait  le 
Tchoumaji  que  parmi  les  Turcs  ôc  les  Polonais  j 
il  y  en  avait  beaucoup  d'attaqués  de  cette  Maladie , 
Se  qu'il  en  périffait  un  grand  nombre.  Il  me  fit 
voir  un  Bubon  qu'il  portait  dans  VAine  j  &  m'ex- 
pliqua les  Symptômes  qu'il  avait  éprouvés  dès  le 
commencement.  Comme  fa  Langue  m'était  fami- 
lière 5  je  le  queftionnai  beaucoup  fur  la  manière 
dont  la  Pefe  fe  communiquait  parmi  eux  ,  &c  quels 
étaient  les  Moyens  préfervatifs  qu'ils  employaient. 
Toutes  {qs  Réponfes  ne  firent  cjue  confirmer  les 
propos  de  ceux,  dont  j'ai  parlé  à  l'Article  précédent , 
&  éclairèrent  mes  fentimens,  de  façon  que  je  ne 
doutai  plus  que  la  Contagion  peftilentielle  ne  fô 
communique  à  nos  corps  que  par  le  Contact» 

§.     I  X. 

Je  cherchai  toutes  les  occafions  d'être  au  plutôt 
de  retour  au  Quartier-Général ,  après  la  conquête 
de  Brailow  y  à  caufe  de  la  Maladie  que  j'avais 
foufferte  depuis  dix -huit  Mois  ;  mais  le  même 
Détachement  eut  Ordre  d'avancer  vers  Boukorefi  ^ 
Capitale  de  la  Valachie.  Dans  cette  marche  nous 
çraverfâmes  plufieurs  Villages  en  Moldavie  _,  fur  le 

bord 


Première  Partie.  î^t- 

feord  de  la  Rivière  SereCj  aiiilî  qu'en  T^alachie  fur 
VOlthc  ;  iSv.'  je  ne  pa(ïai  aucun  de  ces  Villages  fans 
y  queftionner ,  foie  le  Prêtre  j  foir  le  Capitaine  du 
Tchouma  j  au  fujec  de  la  Pejle.  Le  6  Décembre 
1770,  ce  Détachement  arriva  à  Boukorcjl  ^  Se  s'en 
empara.  Tous  les  Régimens  y  prirent  leurs  Quar-^ 
tiers.  Dans  celui  qu'occupait  le  Nôtre ,  je  crus  qu'il 
était  néceiTaire  de  faire  au  plutôt  ConnaiiFance  avec 
le  Capitaine  du  Tchouma  j  pour  lui  demander  j(i  la 
Pejîe  y  exiftait.  Comme  il  me  répondit  affirmati- 
vement, &  que  je  voulais  profiter  des  Connalifances 
de  cet  Homme  ,  je  propofai  à  M.  de  Lanskoy  j^ 
alors   Colonel  de  notre  Régiment  ,  de  lui   faire 
quelque  petit  Préfent ,  pour  qu'il  m'indiquât  les 
Malades  empeftés  dans  fon  Quartier  j  afin  de  m'ac- 
coutumer  à  connaître  la  Pefic  ^  fans  me  tromper»' 
D'ailleurs  je  ne  perdais  plus  de  vue  Alon  Syjlêm& 
fur  la  manière  dont  elle  fe  communique.  Les  Pré- 
{^ns  furent  faits  fous  cqs  conditions ,  &  pendant 
notre  féjour ,  cet  Homme  fut  exaél  à  remplir  fes 
promefTes.  Dans  plulieurs  entretiens  que  j'eus  avec 
lui ,  il  me  développa  une  foule  d'Idées ,  qui  me 
perfectionnèrent,  de  plus  en  plus  ,  dans  la  connaif- 
fance  de  cette  Maladie  j  &  quand  parmi  les  Ha- 
bitans  de  mon  Quartier ^  quelqu'un  devenait  empefté, 
il  me  le  montrait  chaque  fois ,  ou  ,  (i  parmi  nos 
Soldats  quelque  Malade  me  paraiflait  douteux ,  je 
cherchais  à  l'inftant  mon  Homme ,  pour  qu'il  m'é- 
clairât  fur  la  Nature  de  fon  mal  :  ii  ce  n'était  pas 
leur  Tchouma,  Par-là  je  parvins  à  un  double  but  5 
celui   de   reconnaître  la  Pejle  à  la  vue  feule  des 
moindres  Symptômes  qu'éprouvait  un  Malade  pef- 
tiféré  ,   &  celui  d'en  garantir  les  autres ,  en  leuE 
interdifjint  tout  Contact  avec  les  peftiférés. 

J'éprouvai  bientôt ,  d'une  façon  lenfibie,  combina 


j8  Mémoire  fur  la  Pejîe  de  Mofcou  ^ 

cette  Précaution  était  néceiTaire.  Après  avoir  fé- 
Journé  quelque  temps  à  Boukorejl  ^  vintj  un  matin, 
chez  moi,  une  Vieille  Bohémienne  [k)  avec  une 
Jeune  Fille  de  Valachïe  j  qu'elle  me  préfenta  pour 
me  l^rvir.  Ne  voyant  rien  à  faire  avec  moi,  elle 
apperçut,  au  fortir  de  ma  Maifon,  un  Officier  ds 
notre  Régiment ,  qui  la  pria  d'entrer  chez  lui  avec 
Sa  Compagne.  Cet  Officier  s'entretint  avec  ces 
deux  Créatures,  autant  qu'il  put,  en  leur  Langue  j 
mais  la  Jeune  lui  parut  trop  jolie  pour  s'en  tenir 
à  de  limples  Difcours  :  le  lendemain  dès  qu'il  me 
vit ,  il  me  raconta  toutes  fes  Aventures ,  en  me 
difant  qu'elle  lui  avait  paru  attaquée  de  la  Maladie 
vénérienne.  Sachant  par  mes  entretiens  avec  le 
Capitaine  du  Tchouma  _,  combien  de  femblables  ap- 
proches facilitent  &  accélèrent  la  Contagion  pefti- 
lentielie  (/),  je  craignis  pour  lui,  &  lui  répondis 
qu'il  fallait  bien  prendre  garde,  de  qu'on  pouvait 
aifément  gagner  dans  ce  pays  une  autre  Maladie. 

(/e)  Les  Bohémiens  fout  toujours  Efclaves  en  Turquie, 
en  Valachie  &  en  Piiloldavie ,  &  y  font  vendus  par  un  Seigneur 
à  un  autre. 

(  /)  Les  Filles  de  la  Valachie  &  de  la  Moldavie  com- 
muniquent aux  Hommes  leur  Tchouma ,  comme  celles  de 
nos  Villes  Européennes  communiquent  une  autre  Maladie, 
qui,  au  Commencement  de  fon  invafion,  a  été  plus-terrible 
t|ue  la  Pefle.  Dans  ces  Pays ,  chacune  de  ces  Filles  ayant 
déjà  vaincu  les  premiers  Symptômes  de  fon  Tchouma  Bouon  , 
fréquente  le  Peuple ,  quoiqu'encore  avec  fes  Bubons  ,  & 
lui  communique  la  PeJîe.  Mais  comme  le  Peuple  de  ces 
Pays  efi:  accoutumé  à  les  reconnaître ,  dans  cette  Maladie , 
par  le  Vifage  ,  qui  eft  toujours  très-pâle ,  alors  il  fe  garde 
d'elles  autant  qu'il  eft  polTible.  Pendant  mon  fejour  à  Bou- 
/^ori-y?,  je  reconnus  moi-même  quelques-unes  de  ces  Créatures 
empeftées  j  &  quand  je  leur  difàis  ,  vous  avez  le  Tchouma  , 
elles  me  répondaient  chaque  fois,  oui,  mais  difanc  toujours 
^ue  c'était  le  Tchçuma  Bouon. 


Première  Partie.  ip 

Je  "ne  prédilais  que  trop  la  véritc  ,  car  dans  Quatre 
à.  Cinq  jours  il  tomba  Alalade  j  Se  'dès  qu'il  m'en 
avertit,  j'étais  déjà  prefque  lur  qu'il  avait  la  Pejle» 
Après  l'avoir  queftionné  fur  les  Symptômes  qu'il 
relîentait  ;  «  n'ayez  pas  peur  ,  lui  dis-je  ,  vous 
»:>  avez  été  empefté ,  par  cette  Jeune  Fille ,  que  vous 
3>  avez  eue  chez  vous  ;  mais  votre  guérifon  n'eft 
35  point  impollible  >5.  Il  devint  prefque  mort  de 
la  crainte  qui  l'avait  faili.  De  peur  de  m'empefter 
moi-même  ,  ainii  que  ceux  de  notre  Régiment , 
je  le  confiai  aux  foins  de  A'I.  Krafowsky  [m],  Chi- 
rurgien-Major du  Régiment  Téndinsky  ^  dans  ce 
temps  à  l'Hôpital  Peftitéré  ,  qui  lui  ouvrit  deux 
Bubons  qu'il  avait  aux  Aines  ,  après  les  avoir  fait 
parvenir  à  une  Maturité  parfaite  (/z) ,  &  lui  fauva 
la  vie  en  lui  adminiftrant  les  Remèdes  deftinés  a 
combattre  la  Pejlc^ 

§.     X. 

Les  Généraux  eux-mêmes  veillaient  avec  foin  à 
la  Dejlruciïon  de  cette  cruelle  Maladie.  Quand 
S.  E.  M.  d'O/ir:^  j  Générai-en-Chef,  vint  de  Yajfij^ 
Capitale  de  Moldavie,  &  Quartier-Général  dans 
ce  temps ,  prendre  à  Boukoreji  le  commandement 
de  Notre  Corps  détaché  ,  fon  premier  foin ,  a  (on 
arrivée ,  fiit  d'établir  hors  de  la  Ville  ,  dans  un 
Monaftere  Grec ,  dévafté  par  les  Turcs  j  un  Hôpital , 
où  on  envoya  les  Pefliférés  de  chaque  Régiment. 
Al.  Krafou/sky  ^  dont  j'ai  fait  mention  dans  l'Ar- 


(  /7J  )  Voyez  dans  Is  x  x  v^.  §.  ds  eetre  même  Partie , 
Bote  /. 

(tt  )  Voyez  ci-deflbus  dans  le  vu*.  §.  de  la  féconde 

fo         sr 
artie ,  n  .  z   . 


j.  o  Mémoire  fur  la  Pejlc  de  Mofcou  l 

ticle  précédent ,  fut  chargé  de  leur  guérifon.  J'avaisl 
avec  moi  M.  TVïfchatïtsky  (  o  ) ,  qui  avait  été  dans 
l'Hôpital  peftiféré  de  Yajji:,  avec  M.  Orreus  ^  Mé- 
decin ,  un  Apothicaire  de  la  Ville  ,  &  quelques 
Moines  Grecs  aiTez  favants ,  tous  très-inftruits  fur 
les  caufes  &  les  Symptômes  de  la  Pejie.  Aux  en- 
tretiens àes  autres,  dont  j'ai  parlé  ci-delTus,  je 
joignis  les  leurs  auilî  fouvent  qu'il  me  fut  poffible  j 
Se  j'eus  la  confolation  de  voir ,  d'après  leur  propre 
expérience  ,  que  je  ne  m'étais  trompé  ni  lur  fes 
Symptômes  internes  ,  ni  fur  les  Signes  externes  , 
ni  fur  la  vraie  fource  de  la  Contagion  peftilentielle. 
Je  réfolus  donc  ,  à  mon  retour  de  l'Armée  à 
Mofcou j  de  me  rendre  utile  à  ma  Patrie,  lorfque 
cette  cruelle  Maladie  y  déployait  toute  fa  fureur  • 
éc  ce  de  ma  propre  volonté  [p  )  ,  conduit  par  le 
feul  amour  de  mes  Compatriotes  ôc  de  mes  Con- 
citoyens. J'entrai  fuccelllvement  dans  les  Trois 
Hôpitaux  peftiférés ,  pour  leur  procurer  tous  les 
fecQurs  de  l'Art  autant  qu'il  était  en  mon  pouvoir. 

§.    XI. 

Mais  5  dira-t-on ,  ce  que  vous  avez  avancé  n'ex- 
clue point  décidément  VAir  du  nombre  des  caufes 
de  la  Contagion  peftilentielle.  Il  prouve ,  à  la 
vérité  ,  que  le  Contact  de  quelque  corps,  ou  de 
quelque  harde  peftiférée ,  propage  la  Pejle  •  mais , 
il  ne  démontre  pas  qu'elle  n'infeâre  jamais  par 
lAir,  Pour  le  faire  voir  d'une  manière  plus  pré- 


^o)  Voyez  dans  le  x  x  v^.  §.  de  cette  même  Partie, 
note  k. 

(p)  Voyez  la  Description  de  la  Pelle  de  Mofcou,  pagç. 
71,  citée  ci-deflus,  page  4,  note  m,' 


Première  Partie'*  1 1 

cife ,  reprenons  donc  nos  preuves ,  Se  ajoutons-en 
de  nouvelles. 

Nous  avons  déjà  vu  qu'en  Moldavie  ainfl  qu'en 
Valachïe  j  dès  que  les  Habitans  ont  dans  leur 
Maifon  une  Perfonne  attaquée  de  la  Pefic  y  ils 
la  mettent  hors  de  la  Maifon  ,  &  la  nourrifTent 
jufqu'à  ce  que  la  Maladie  fe  termine  par  la  gué- 
rifon  ou  par  la  mort  (^).  Si  Y  Air  empeftait ,  ils 
devraient  l'être  tous  \  mais  comme  le  Contact  feul 
les  empefte ,  ils  n'ont  pas  peur  de  rendre ,  à  ce 
Peftiféré ,  les  fervices  ordinaires  fans  le  toucher. 

Ce  Contact  n'en  a  pas  moins  lieu  pour  le  premier 
qui  eft  infeélé ,  en  quelque  Région  que  ce  loit.  La 
Pejîe  entre  de  lieu  en  lieu ,  ainii  que  je  l'ai  déjà 
dit ,  6c  de  Région  en  Région  ,  par  des  Hardes  ou 
Aqs  Marchandifes  empeftées.  Malheur  à  celui  qui 
les  touche  le  premier.  La  Maladie  le  faiiit ,  pour 
attaquer  enfuite  tous  ceux  qui  le  toucheront.        * 

Les  Enfans  j  tels  que  celui  dont  j'ai  parlé  cî- 
delTus  (  r  ) ,  s'empeftent  de  même ,  quoique  le  Père 
ni  la  Mère ,  ni  aucune  autre  perfonne  de  la  Fa- 
mille n'ait  aucun  relTentiment  marqué  de  la  Ma- 
ladie. Quand ,  par  le  Contact  y  elle  s'eft  infinuée 
dans  un  Sujet  grand  ou  petit ,  elle  ne  le"  tue  jamais 
fubitement  [f] ,  comme  on  le  prétend ,  mais  elle 
peut  féjourner  dans  it^  humeurs  Deux  j  Quatre  y 
Six  y  jufqu'à  Dix  y  Dou'ye  &c  Quinre  jours  ,  fans  fe 
manifefter  au-dehors,par  des  Symptômes  aiTez-graves, 
pour  faire  connaître  Yinfeclion.  Je  démontre  plus 
amplement  cette  vérité  dans  la  Seconde  Partie  de 

(?)  Voyez  ci-deflus  le  vu'.  §. 
(/•)  Voyez  le  même  §. 

(/)  Voyez  ci-deffous  dans  le  xiv\  §.  de  cette  même 
Partie ,  note  k. 


11 


2  2  Mémoire  fur  la  Pejlc  de  Mofcou  j 

cet  Ouvrage.  Qu'arrive- t-il  de -là?  C'eft  que, 
malgré  quelque  mal-ètre  Se  quelque  faiblelTe ,  qui 
n'indiquent  point  la  nature  du  mal ,  on  vaque 
chacun  à  (es  Occupations  ordinaires  j  les  Femmes 
aux  détails  du  ménage  ;  les  Enfans  au  jeu  avec  les 
autres  En£ins  ^   les   Pvelations  Civiles  vont  leurs 

Cours  ordinaires j  de  ceux  qui ,  pour  lors,  fe 

trouvent  avec  ces  perfonnes  déjà  infectées  de  la 
Pefe  j  qui  fe  font  allis  auprès  d'elles ,  qui  les  ont 
touchées  ,  qui  ont  couché  dans  leur  lit ,  reçu  quel- 
que chofe  de  leurs  mains  ,  enfeveli  les  cadavres 
peftiférés ,  pris ,  après  leur  mort ,  de  leur  argent , 
de  leurs  hardes  ,  ou  enfin  toute  autre  chofe  de 
leurs  Maifons ,  dont  ils  fe  feront  fervi ,  pendant 
leur  maladie ,  ôcc.  j  ou  ii  les  Enfans  ont  joué  & 
badiné  avec  un  autre  Enfant  déjà  empefté,  même 
fî ,  ayant  les  pieds  mids ,  ils  ont  marché  fur  les 
pas  des  Peftiférés  ;  dans  toutes  ces  circonftances  , 
ôc  mille  autres  ,  on  ne  doit  pas  douter  Cju'iis  n'aient 
reçu  la  Co::tJgion  de  la  Pelle ,  fans  qu'ils  le  fâchent 
eux-mêmes.  Il  eft  vrai-  que  n'étant  pas  provenue 
d'un  corps  déjà  tout-à-fait  accablé  fous  les  Symp- 
tômes graves  de  la  Pefte ,  elle  ne  fe  manifefte  pas 
chez  eux  auffi  fubirement  j  mais  c'eft  un  germe 
engourdi ,  qui  fe. développe  enfin.  L'on  fait  d'ail- 
leurs qu'au  degré  du  Commencement  de  l'invafion 
de  la  Pefte ,  en  quelque  lieu  que  ce  foit ,  &  à  la 
Fin  des  Ravages  de  cette  cruelle  Maladie  _y  fes 
attaques  ne  font  ni  aufli  vives,  ni  auiîi  dangereufes, 
que  dans  fon  degré  du  Milieu  [t).  Elle  règne  pref- 
que  continuellement  en  Turquie^  indépendamment 
des  variations  de  VAir  ;  ce  qui  prouve  toujours 

(t)  Voyez  ci-deiïbus  dans  le  v^  î,  de  la  Seconde  Partie ^ 


PrcîTiierc  Partie.  i^ 

poftr  le  Contact.  Ces  Peuples ,  Efclaves  du  préjugé 
de  la  deftinée ,  croient  que  la  Pcjlc  eft  un  Fléau , 
contre  lequel  on  ne  doit  point  chercher  de  Remède. 
Ils  ne  connailFent  donc  ni  (Quarantaines  ^  ni  nom- 
bre de  Précautions  qui  nous  garantirent  puiiram- 
ment  de  la  Co/2ri^^ic»/z*peftilentielle  j  &z  les  fervices , 
qu'ils  fe  rendent ,  la  propagent  &  l'entretiennent. 
Aulîî  dans  routes  les  parties  de  la  Turquie  Euro- 
péenne ,  en  périt-il  un  plus  grand  nombre  que 
par-tout  ailleurs  \  car ,  en  Moldavie  Sz  en  Fa- 
lachie  j  il  arrive  le  contraire.  Les  Peuples  de  ces 
Contrées  font  Chrétiens  j  de  la  Religion  Greque  j 
ils  ne  croient  point  au  Deftin  comme  les  Turcs  ; 
ils  cherchent  dès-lors  à  éviter  cette  Maladie  con- 
tagieufe  ,  ôc  chaque  fois  que  la  Pejle  exifte  dans 
une  Ville  ou  un  Village,  les  Seigneurs  &  les  Riches 
fe  retirent  dans  leurs  Maifons  de  Campagne ,  ou 
s'enferment  dans  les  Monajleres ,  avec  des  Moines 
de  leur  Religion  \  &  par-là ,  ils  fe  garantiffent.  Ce- 
pendant 5  comme  le  Peuple  eft  Peuple  par-tout , 
&  que  ,  foit  ignorance  ,  foit  négligence  ,  il  ne 
nettoyé  point  alîez  foigneufement  les  Villes  ou 
Villages ,  qui  ont  fouffert  ce  Fléau  j  il  arrive  pref- 
que  chaque  fois  qu'il  dure  plulîeurs  années  de  fuite, 
comme  à  Boukorejl  j  ainfi  que  dans  fes  environs  ; 
où  la  Pejle  fit  confécutivement  trois  années  tant 
de  Ravages  qu'on  ne  put  totalement  la  détruire. 

§.     X  I  I. 

Oui ,  il  faut  abfolument  éviter  tout  Contai 
aux  chofes  empeftées ,  pour  ne  point  être  alTailli 
de  la  Pejle  ;  c'eft  là  tout  le  Myjlere.  Qu'on  me 
demande ,  pourquoi  la  Pejle  n'a  jamais  reparu  en 
aucun  des  Villes  ou  Villages  de  l'Empire  de  Rufïie, 

B  iv 


'i^:  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcciu  J 

qui  ont  eu  le  malheur  d'être  infedés  dans  cettô 
dernière  invafîon  de  cette  Maladie  li  cruelle  ?  Pour- 
quoi ,  au  contraire ,  ce  même  Empire  fut  il  cruel- 
lement ravagé ,  du  temps  du  Tfar  Alexis  Mi- 
CHAÏLOWiTz,  comme  le  confirme  les  Lettres  [u) 
que  les  Boïarins  écrivirent  au  Tfar ,  qui  faifait 
alors  le  iîége  de  Smolensk  f  Pourquoi  encore  la 
Petite-Rulîie  ,  pendant  la  Guerre  contre  les  Turcs 
en  1738  &-3  9  ,  en  fut  fi  aft'reufement  défolée  aux 
environs  de  Poltawa  (  v  )  /*  C'ell:  faute  d'avoir  pris , 
dans  ces  premiers  temps ,  les  Précautions  nécefiaires 
&  infaillibles  pour  dompter  ce  Fléau  j  ou  sqw  ga- 
rantir. Ces  foins  Maternels  étaient  réfervés  à  Notre 
Augufte  Souveraine  Catherine  II,  qui  n'a 
épargné  ni  (qs  Tréfors  (w),  ni  Çqs  peines  pour 
prefcrire  ,  une  fois  pour  toujours  ,  à  £es  Sujets ,  les 
loix  les  plus-juftes  &  les  plus-rigoureufes,  foit  afin 
d'arrêter  fes  Ravages ,  foit  pour  en  prévenir  le 
Retour.  On  établit  dès-lors  les  Quarantaines  ;  on 
iit  nettoyer,  par  des  Gens  deflinés  à  cqs  exécutions, 
toutes  les  Maifons  empeftées ,  &  autres  endroits 
dans  toutes  les  Villes  '&  Villages  de  l'Empire  ; 
enforte  que,  dans  toute  fon  étendue ,  Kiow  [x)  eft 
la  feule  Ville  qui  ait  eu  le  malheur  d'être  emp>eftée 


(«)   Voyez  ci-defTus  le  11^.  §. 

(v)  Voyez  Jo.  Fred.  Schreieeri,  Obfervat.  &  Co- 
gitaca  de  Peftilentia,  &c.  Ouvrage  ci-delTus  cité,  note  w> 

[w]  Voyez  le  Mémoire  ou  la  Description  de  la 
Pefte  ,  qui  a  régné  dans  TEmpire  de  Ruffie ,  &  fur-touc  à 
rvlofcou ,  &c.  page  II  de  la  Préface^  où  on  mande  que  pen- 
dant le  temps  malheureux  que  la  Pefte  a  ravagé  la  Rufïïe, 
on  a  dépenfé  plus  de  400000  Roubles  dans  la  feule  Ville 
He  JVIofcou.  Obfervez  que  chaque  Rouble  vaut  y  Livres 
Alonnoie  de  France. 

[x)  Voyez  dans  le  même  Ouvrage,  page  38, 


Première  Partie.  i  j- 

pour  \^  féconde  fois .  Malheur  qui  ceiïa  bientôt; 
car,  ayant  déjà  les  loix  de  Catherine-l a-Grande  , 
une  feule  Maifon  fut  la  vi6lime  de  cette  féconde. 
invalion.  Dès  que  ceux  qui  l'habitaient  furent  morts, 
\qs  meubles ,  les  liardes ,  la  maifon ,  tout  fut  réduit 
en  cendre.  Ceux  qui  avaient  fervi  les  mourants , 
furent  tranfportés  dans  des  lieux  convenables  pour 
y  féjourner  le  temps  prefcrit  par  les  loix  des  Qua^ 
rantaines  ■  de  façon  que  le  mal  fut  étouffé  a  fa 
naillance.  Permettra-t-on  d'admettre  que  les  in- 
fluences de  V^ir  aient  été  aufli-tôt  changées  ou 
détruites  ? 

§.     X  I  I  ï.     . 

Que  fî ,  dans  le  temps  de  cette  malîieureufe 
dernière  invallon  de  la  Pejie  dans  l'Empire  de  Ruffie, 
Mofcou  fiit  de  toutes  les  Villes  la  plus  cruellement 
ravagée,  il  efl  facile  d'en  rendre  Raifon  relative- 
ment à  mon  Syfleme.  D'abord  cette  Capitale  eft 
la  plus-peuplée  de  tout  l'Empire  (j)  :  en  iQ.zo\\à. 
lieu ,  le  Peuple ,  a,u  Commencement  de  l'invaiion 
de  l'Epidémie,  &  même  quelques  Médecins  {-f) y 
ne  voulurent  pas  croire  que  la  Pefle  pût  exifter 
dans  nos  Climats  du  Nord  ,  parce  qu'ils  font  trop 
froids  &  trop  éloignés  de  la  Turquie,  L'on  ignorait 
dans  le  vulgaire  qu'il  faut  abfolument ,  pour  ne 
pas  être  empeflé ,  fe  garantir  du  Contacl  ;  &  ce 
flit  par  cette  erreur  ,  que  la  Pejle  monta  parmi 
le  Peuple  jufqu'à  un  tel  degré.  Car  la  NoblefTe, 


(y)  On  confidere  Mofcou ^  la  Capîcale,  comme  la  plus 
grande  Ville  de  toute  TEurope  j  mais  on  n'y  compte  que 
5000CO  Habitans..  Voyez  MM.  Polounin  &  Muller  , 
dans  leur  Dicdonnaire  Géographique  Rufîe ,  page  183. 

iï)  Voyez  le  s:xii%  §.  de  cetre  même  Farcie. 


xd  Mémoire  fur  la  Pejîe  de  Mofcou  ^ 

\qs  Négocians,  les  Riches,  qui  favaient  que,  pour 
fe  garantir ,  il  fallait  éviter  la  foule  ,  &  n'avoir 
aucune  communication  avec  elle  pour  éviter  tout 
Contact^  ne  furent  point  infedés,  ni  dans  la  Ca- 
pitale [a),  ni  dans  les  autres  Villes  circonvoifines. 
Tous  cependant  refpiraient  le  mcme  Air.  Preuve 
que  le  feul  Contact j,  qu'ils  évitèrent,  les  garantit j 
&  ce  ne  fut ,  qu'en  fuivant  leurs  traces ,  que  le 
Peuple  commença  enfin  à  fe  préferver  du  Contact 
dans  les  Villes  &  les  Villages ,  de  même  qu'à 
Mofcou.  Alors  fa  fureur  s'adoucit.  Il  eft  vrai  que 
c'eft  une  chofe  affez  difficile  pour  le  Peuple ,  de 
s'en  garantir ,  puifqu  il  eft  expofé  chaque  jour , 
dans  les  achats  ou  les  ventes ,  à  fatisfaire  aux  befoins 
domeftiques  de  la  vie;  Cependant  les  Précautions 
confeillées  une  fois  prifes ,  l'on  s'apperçut  bientôt 
à  Mofcou ,  èc  dans  toutes  les  autres  Villes  &  Vil- 
lages empeftés ,  qu'il  périifait  beaucoup  moins  de 
Monde. 

L'on  voit  donc  que  le  Contact  feul  nous  com- 
munique le  Venin  de  la  Pefte  ,  &  que  ÏAir  n'en 
eft  point  le  véhicide.  Que  par  là  même ,  en  évi- 
tant de  toucher  les  Perfonnes  infectées,  ceux  qui, 
par  devoir  ou  par  quelqu'autre  motif,  doivent  fé- 
journer  dans  les  endroits  où  la  Pejle  exifte  ,  ne 
doivent  jamais  beaucoup  craindre ,  puifqu'elle  ne 
peut  jamais  attaquer  par  VAir  j,  en  quelque  lieu 
que  ce  foit  ;  mais  il  ne  faut  pas  fe  trouver  dans 
la  foule ,  pour  ne  point  recevoir ,  malgré  foi ,  quel- 
que Contact.  La  crainte,  l'horreur,  &  diftérenres 
autres  idées  terribles  fur  cette  cruelle  Maladie, 

(a)  Voyez  le  Mémoire  ou  la  Description  <le  la 
Pefte,  qui  a  régné  dans  l'Empire  de  Ruflie ,  &  fur-touî  à 
Mofcou ,  &c.  page  105. 


Première  Partie.  ^7 

agilîent  alors  beaucoup  fur  nos  âmes  ,  pulfqu'on 
nous  infpire  une  terreur  épouvantable  de  la  Pc/Ie_y 
même  dès  le  Berceau.  C'eft  ce  qu'il  faut  éviter 
foigneufement  ;  car  la  moindre  incommodité  peut 
produire  dans  Tinftant  une  véritable  Maladie,  & 
peur-être  la  PeJIe  même  ;  comme  je  l'ai  obfervé 
dans  les  Hôpitaux  peftiférés  ,  fur  tous  les  Sous- 
Chirurgiens  {^)  j  qui  y  étaient  pour  m'aider. 

§.    X  I  V. 

Que  la  Pejle  n'exifte  point  dans  V^ir,  ôz  ne  nous 
infede. point  par  V^ir.  J'ai  vu  moi-même ,  à  mon  ar- 
rivée à  Mofcou ,  S.  E.  le  Général  de  Yéropkin  (c), 
veiller  avec  foin  dans  la  Capitale ,  fur  toutes  les 
Précautions  prefcrites  par  Notre  Auguste  Sou- 
veraine ,  contre  ce  Fléau  j  viiiter  plufieurs  fois 
par  femaine  toutes  les  Quarantaines  êc  les  Hôpitaux 
peftiférés  ^  recevoir  chaque  jour  les  rapports  de  tous 
ceux  qui  étaient  fous  fes  ordres ,  pour  exécuter  les 
ordonnances ,  &c.  cependant  il  fe  préferva  d'un 
danger  qu'il  ne  craignait  pas ,  parce  qu'il  évitait 
tout  Contact.  Il  y  a  plus ,  un  de  fes  Domefiiques 
fat  empefté  dans  fa  propre  Maifon  ,  &  après  la 
vifîte  5  il  fut  envoyé  à  {Hôpital  des  Peftiférés.  La 
Pejle  .,  qui  paraiffait  s'être  emparée  de  fa  Maifon, 
difparut  totalement  par  les  Précautions  qu'on  prit , 
&z  ni  fa  Perfonne ,  ni  aucun  des  iîens  dans  toute 
la  Maifon ,  n'en  fut  déformais  attaqué. 

Nous  avons  un  pareil  exemple  dans  la  perfonne 


[h)  Voyez  le  XV!*^.  §•  de  cette  même  Partie. 
[c)  Voyez  dans  le   xxi%  §.  de  cette  même  Partie, 
»ote  u. 


i'J  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou  j 

de  ^on  Alteife  le  Prince  d'Or/ow  (c/).  Dès  qu'il 
fut  arrivé  à  Mofcou  ,  il  vifita  plufieurs  fois  toutes 
\ts  Quarantaines  &  les  Hôpitaux  peftiférés,  accom- 
pagné de  tous  les  Généraux  de  fa  fuite ,  pour  en- 
courager le  Peuple  par  fa  préfence  ,  &  relever 
l'efpérance  des  Malades  :  ils  refpiraient  tous ,  fans 
doute  ,  le  même  Air  ;  mais  les  foins  qu'ils  prirent 
de  ne  toucher  à  rien  de  ce  qui  appartenait  aux 
Pejliférés_y  ni  de  ce  qui  était  douteux  ou  tout-à-fait 
empefté ,  quoiqu'ils  leur  parlalTent  de  bien  près  ,  les 
préferverent.  De  plus ,  dans  le  Palais  même  oit 
Son  Altejfe  réfidait ,  un  Soldat  de  fes  Gardes  fe 
trouva  empefté  •  m.ais  en  l'envoyant  dans  Y  Hôpital 
peftiféré ,  &  en  prenant  toutes  les  Précautions  pref- 
crites ,  on  éloigna  la  Pejle  de  fon  Palais  pour  tou- 
jours, &  aucun  autre  de  fes  Gardes,  ni  de  toute 
fa  fuite ,  ne  fut  atteint  de  cette  terrible  Maladie, 
Je  pourrais  m'étendre  fur  d'autres  détails ,  s'il  était 
nécelTaire ,  &  demander  pourquoi  M.  Yaguelsky  ^ 
Médecin  (e),  &  M.  Gravé .^  Cliirurgien-Major  (/), 
qui  étaient  auprès  de  S.  E.  le  Général  de  Yérophin  j 
pour  viiiter  journellement  les  Quarantaines  ^  &  les 
Hôpitaux  peftiférés,  ainii  que  tous  les  autres  Mé- 
decins ôc  Chirurgiens  de  différents  Quartiers  (^)  de 
la  Ville ,  qui  viiîtaient  auiïi  tous  les  jours  les  Ma- 
lades ,  pour  que  tous  les  Pejliférés  fulfent  envoyés , 
par  les  Infpecleurs  de  Police  {h) ,  aux  Hôpitaux 
peftiférés ,  ne  furent  cependant  point  atteints  de 


[d)  Voyez  le  xxvii"^.  &  le  xxx^.  §.  de  cette  même 
Partie. 

{  £  )  Voyez  dans  le  XXII^  $.  de  cette  Partie ,  note  f. 

(f)  Voyez  dans  le  Xîçvi^.  §.  de  cette  Partie,  note  t. 

(g)  Voyez  dans  le  xxiv%  §.  de  cette  Partie,  note/;» 
(A)  Voyez  le  même  §.  &  la  même  note/. 


Première  Partie,  i^' 

la  Contagion  peftilencielle  ,  quoiqu'ils  eufTent  été 
chaque  fois  bien  près ,  &z  euireiic  refpiré  l'Atmof- 
phere  qui  entoumic  les  Pejiiférés  ?  C'eft  qu'ils 
n'avaient  pas  befoin  de  toucher  aucun  de  ces 
Malades ,  ni  aucune  autre  chofe  qui  leur  appar- 
tint. Par-là,  ils  évitèrent  tout  Contact ^  ôc  par  con- 
féquent  la  Contagion  même.  Pourquoi,  fi  j'ofe 
parler  de  moi-même ,  après  être  forti  des  Hôpitaux  _^ 
Se  avoir  fait  mes  Quarantaines  ^  ne  fus-je  point  atta- 
qué de  la  Pejie  chez  M.  le  Médecin  Yaguelsky  ^ 
dont  je  viens  de  parler  ,  &  où  je  logeais  ?  Pourquoi 
ne  le  fut-il  pas  ,  lui-même ,  tandis  que  fon  Cocher 
ôc  fa  Cuijinierc  le  furent  ?  C'eft  qu'après  les  avoir 
envoyés  l'un  &  l'autre  à  V Hôpital  j  nous  prîmes 
toutes  les  Précautions  néceffaires ,  en  faifant  fermer 
les  portes  de  leurs  chambres.,  en  iaiffant  les  fenêtres 
ouvertes ,  &  en  ordonnant  aux  autres  de  fe  laver  ^ 
de  changer  d'habits  &  de  linges.  Pourquoi  enfin , 
dans  la  Maifon  de  S.  E.  le  Prince  de  Wolkonsky  (i)  j. 
où  un  Domefcique  mourut  comme  fubitement  de 
la  PeJie  [k)  ^  elle  ne  fe  propagea  point,  malgré 
cette  catailrophe ,  qui  caula  les  plus-vives  alarmes  5 
enforte  que  ni  le  Prince  ^  ni  perfonne  de  fa  famille  , 
ni  de  fes  Domeftiques ,  ni  moi-même ,  qui  étais 
toujours  préfent,  pour  porter  les  fecours  nécelfaires, 
comme  Chirurgien-Major  du  Sénat ,  n'en  eûmes  pas 
le  moindre  refientiment ,  ni  la  plus  légère  atteinte? 


(i)  Premier  Procureur  du  Sénat,  préfencemeiit  Senaceur 
&  Chevalier  de  l'Ordre  de  Sainte  Anne. 

(^k)  Il  ne  tduc  pas  croire  que  cette  Jllort  fubite  fut  ua 
effet  de  la  Mj.Ud.ie  qui  eût  agi  fur  ce  Corps  comra^  un  coup 
de  foudre,  parce  qu'après  avpir  vilué  extérieurement  touç 
le  Caduvre ,  je  trouvai  des  Signes  externes,  qui  m'indi- 
quaient qu'il  était  déià  depuis  quelques  j'ouïs  accable  de  id, 
^aUdie,  Voyez  le  xvi%  §.  de  aeççe  même  Vdxm, 


5  o  Mémoire  fur  la  Pejlc  de  Mofcou  ^ 

c'eft  que  je  pris  dans  l'iiiftaiit ,  après  avoir  fait 
enterrer  ce  Cadavre  par  les  gens  deftinés  par  le 
Gouvernement  à  ce  flijec  (*),  toutes  les  Pré^ 
cautions  nécelfaires.  Preuve,  qu'en  refpirant  VAir, 
où  font  les  Pejliférés  j  on  n'eft  point  expofé  au 
danger  d'être  atteint  de  la  Contagion  peftilentielle. 
Outre  ces  Obfervations ^  que  j'ai  faites,  comme 
les  plus-frappantes ,  je  puis  encore  prouver  que  la 
Pefte  ne  nous  attaque  point  par  VAir  j  même  dans 
les  Hôpitaux  ;  ôz  voici  fur  quoi  je  le  fonde. 

Quand  S.  A.  le  Prince  à'Orlov^  j,  arriva  à  Mof- 
cou {*)  y  il  ordonna  de  convoquer,  fans  délai,  une 
AfTemblée  de  tous  les  Médecins  &  Chirurgiens  de 
la  Ville ,  afin  que  chacun  d'eux  répondît  à  Quatre 
Queftions  (  *  )  ,  dont  la  Seconde  était  de  favoir , 
ce  fi  le  Peuple  s'empefle  par  VAir  ^  ou  iimplement 
M  par  le  Contact  de  quelques  corps ,  ou  hardes 
>»  peftiférés  ».  A  quoi  tous  les  Médecins  ôc  Chi- 
rurgiens répondirent  unanimement ,  que  la  Pejîc 
n'infedte  perfonne  par  VAir  ^  mais  que  chaque 
individu  s'empefte  par  le  Contact. 

Quelques-uns  des  Membres  de  l'AlTemblée  ob- 
jeéterent ,  qu'il  y  avait  des  circonftances  où  XAir 
pouvait  empefter.  Par  exemple,  <«  li  quelqu'un 
entrait  dans  une  Maifon  ^  ou  un  Hôpital  ^  dans 
lequel  avaient  long-temps  été  dépofés  des  Pefii- 
férés  j  fans  que  ce  local  eût  été  nettoyé  ,  ou 
qu'on  y  eût  renouvelle  VAir  j  il  pourrait  fort 
bien  être  infeété  de  la  Contagion  peftilentielle  ». 
Oui ,  fans  doute ,  répondis-je ,  je  conviens  qu'il 

(*)  Voyez  dans  le  xxxi'.  §.  de  cette  même  Paitie, 
noce  £-. 

(*  )  Voyez  le  xxvii*.  §.  de  cetce  même  Partie. 
(*)  Voyez  le  même  §. 


Premlcrc  Partie,  3  i 

pourrait  en  être  infedé  j  mais ,  fans  qu'en  ce  cas 
même ,  XAir  dût  encore  être  cenfé  le  véhicule  de  la 
ContagLon  ^  puifque  tel  accident  ne  pourrait  pro- 
venir que  du  Contact  de  quelque  corps  renfermé 
dans  tel  endroit ,   ou  des  emplacemens ,  où  des 
Fcfiïfcrcs  auraient  été  dépofés  avant,  ou  après  leur 
mort ,   ou  de  quelques   liardes   qui  leur  auraient 
fervi ,  ou  du  plancher  même  fur  lequel  ils  auraient 
marché  ,  ou  enfin  de  la  muraille  même  qu'ils  au- 
raient touchée,  toutes  chofes  infedées  par  le  Contact 
des  Pcftiférés  ,  &  par  conféquent  propres  à  infeder 
quiconque  y  touche  ,  parce  que ,   en  y  entrant , 
quiconque  touche  le  premier  à  une  telle  chofe  em- 
peftée ,  fera  nécelTairement  le  premier  empefté  , 
comme  ne  le  démontre  que  trop  la  malheureufe 
expérience.   De-lâ ,   ne  devrait-on  paî  conclure  , 
qu'il  aura  été  empefté  par  le  ContaÊi  ■,  de  non  par 
yjir. 

Car ,  fi  Y  Air  peut  nous  empefter  ainfi  ,  pourquoi 
M.  de  W^oikow  (i)  ,  &  M.  Wfévolod  de  Wfé- 
rolodsky  [k]  ^  ayant^  été  plufieurs  fois  obligés  de 
queftionner ,  dans  une  chambre  particulière ,  les 
Criminels  de  la  révolte  (*)  ,  parmi  lefquels  il  fe 
trouvait  pluiieurs  empeftés ,  &  où. ,  étant  à  très- 
peu  de  diftance  ,  ils  refpiraient ,  fans  contredit , 
le  même  Air  ^  ne  relTentirent-ils  pas  la  moin- 
dre atteinte  de  la  Maladie  ?  C'eft  qu'ils  ne  tou- 
chèrent ni  aux  Malades  ^  ni  à  rien  de  ce  qui  les 

(z)  Voyez  le  xxix^.  §.  de  cette  même  Partie. 

{ k)  Confeilier-Privé-Aftuel  ,  Sénateur,  Chambellan-» 
Atluel  de  S.  M.  I.  de  Tou:es-les-Rufïîes ,  &  Chevalier  de 
rOrdre  de  Sainte  Anne.  Ce  Seigneur  était  venu  de  Saint 
Péterjbourg ,  à  la  fuite  de  S.  Al.  le  Prince  A'Odow. 

{*)  Voyez  dans  le  xxvi%  §.  ds  cette  même  Partie, 
çiGtes  c  ôc  û. 


•^  X  Mémoirz  fur  la  Pcjle  de  Mofcou  ; 

concernait,  quoique  V^ir^  qu'ils  refpiraient ,  leut' 
fût  commun.  Donc  VAir  n'empefte  pas  ;  donc  il 
ne  peut  empefter. 

Pourquoi  encore ,  M.  Orreus  j  Médecin,  obligé 
de  traverfer,  chaque  jour,  les  chambres  des  Pef- 
tifcrés  dans  l'Hôpital  à  YaJJi  (/)  j  néanmoins  de- 
meura intaâ;  de  la  Contagion  ?  Pourquoi  M.  Jo, 
Jac.^Lerché jy  Confeiller ,  Médecin  &c  Phyficien  de 
Saint  Pétersbourg  (/tz)  ,  envoyé  par  S.  M.  L  notre 
Auguste  Souveraine,  dans  les  deux  Armées, 
pour  faire  une  Defcrïption  exade  de  la  Pefte ,  qui 
ravageait  par-tout  nos  Soldats  ^  n'en  fut  point  at- 
teint 5  quoiqu'il  refpirât  XAïr  des  endroits  &  Hôpi- 
taux peftiférés  ?  Pourquoi  de  même  M.  Gravé ^ 
Chirurgien-Major ,  ayant  été  dans  l'Hôpital  pefti- 
féré  de  Chof^im  ^  enfuite  à  Mofcou  _,  alfujetti ,  con- 
jointement avec  M.  le  Médecin  Yaguelsky  _,  aux 
fréquentes  vifites  des  Malades  de  cette  Capitale  , 
tant  dans  les  Hôpitaux,  que, dans  \qs  Quarantaines, 

(/)  Voyez  C.  de  Merteks,  Obfervat.  Medic.  de  Febr. 
Putrid.  de  Pefte,  &c.  pag.  8i  ,  &  ci-defius  dans  le  x%  §, 
note  o. 

(m)  Auflî-tôt  que  la  Pejle  fe  manifefta  dans  les  Armées, 
Tune  alors  en  Crimée  ,  l'autre  en  Moldavie  &  en  Valachie  , 
VOTRE  Auguste  Scuveraii^e  s'empreiïa  d'y  envoyer  ce 
Médecin ,  comme  le  plus-confommé  dans  la  pratique  ,  en 
lui  accordant ,  pour  fon  voyage  ,  toutes  les  facilités  poffibles 
en  arsrent,  &  toutes  les  commodités  pour  fon  fervicej  elle 
alla  même  jufqu'à  ordonner  qu'on  lui  donnât  un  Equipage 
entie^-  de  la  Cour.  Il  était  envoyé  pour  prendre  toutes  les 
mefures  poffibles  de  faire  une  parfaite  Defcrïption  de  la 
Pefte  ,  >5c  de  trouver  les  ■A/qyens  les  plus  fûrs  de  garantir 
l'Empire  de  ce  terrible  Fléau.  Cependant,  quoiqu'il  fût  allé 
SL  Bender ,  dans  la  féconde  Armée ,  a  Chot^im  ,  dans  la 
première ,  &  dans  les  différents  autres  endroits ,  il  ne  nous 
a  pourtant  donné  aucune  Defcrïption  ^  ni  de  la  Pefte,  ni 
aucuns  Moyens  d'en  garantir  l'Empirç. 

ccliappa-t-il 


Première  Partie.  "3  5 

?cîiappn.-t-il  à  \x  Contagion  de  la  Pefte  ?  Pourquoi 
entîn  nombre  de  Médecins  &  de  Chirurgiens  ^  tant 
de  Mofcou ,  que  d'autres  Villes  empeilées ,  obligés, 
chaque  jour  ,  de  vifiter  les  Pejlijérés  dans  leurs 
Quartiers  (/z)  de  la  Ville,  &  ce,  fouvent  dans 
des  chambres  balTes ,  ëtroices  ,  mal  aérées ,  &z  par 
conféquent  moins  fufceptibles  de  la  prétendue  in- 
fluence maligne  ,  &c  qui  cependant  fe  dépeuplaient 
conftamment ,  ne  furent-ils  pa?  empeftés  ?  C'eft , 
encore  une  fois ,  parce  qu'ils  ne  touchaient  à  rien 
de  ce  qui  concernait  les  Pejiiferes.  Ces  preuves, 
contre  les  funeftes  imprefllons  de  l'^ir^  me  pa- 
railTent  fans  réplique. 

Je  pourrais  encore  donner  d'autres  Objèn'ations 
de  la  même  force  ,  Ci  je  ne  craignais  d'ennuyer  par 
de  trop  longs  détails.  Car  enhn  ,  lorfque  S.  M.  Im- 
périale propofa  de  faire  de  Nouvelles  Expériences 
fur  les  Peftiférés,  en  les  frottant  avec  de  la  Glace  (0), 
Expériences  que  j'ai  faites,  pendant  mon  féjour, 
dans  les  Hôpitaux  du  Monaftere  Ougrefchinsky  & 
Symonowsky  [p)  j  pourquoi  Al.  Gravé  j  Chirur- 
gien-Major ,  qui  faifait ,  fur  les  Charbons  j  des 
Expériences  de  l'application  des  Cantharides  fur  les 
uns ,  &  des  Oignons  cuits  fous  la  cendre  fur  les 


[n)  Voyez  dans  le  xxiv*.  §.  de  cette  même  Partie» 
noce  p. 

(o)  Atipeftîlentiale  Catharit^^e  II.  Voyez  dans  Mon 
Mémoire  fur  Tluoculation  de  la  Pefte,  &c.  pag.  3  ,  &:  pag.  li  , 
Boce  f;  aiiifii  que  dans  Ma.  Lettre  à  TAcadémie  de  Dijon , 
avec  Réponfe  à  ce  qui  a  paru  douteux,  &c.  page  15  , 
noce  *. 

(/))  Voyez  dans  Ma  Lettre  fur  les  Expe'riences  des  Fric- 
tions Glaciales  pour  la  Guérifon  de  la  Pefte  ,  Sec,  pages 
19  Se  31. 

c 


54  Mémoire  fur  la  Pejlc  de  Mofcou  ; 
autres  ,  Expériences  alors  propofées'par  S.  Alt.  le 
Prince  d'Or/ow  {q)  ^  quoiqu'il  iuz  obligé  d'entrer 
chaque  jour  dans  riiôpitai  du  Monaftere  Dany- 
lûwshy  j  pour  vifîter  les  Malades  ,  &  obferver 
l'eiîet  des  Remèdes  j  ôc  par  confét]uent  d'être  auprès 
d'eux  à  la  moindre  diftance  ,  ne  fut-il  pourtant 
pas  empefté  ?  Il  refpirait ,  fans  doute ,  le  même 
^ir  que  les  Peftiférés,  c'eft  aulîî  une  preuve  qu'il 
évitait  foigneufement  tout  Contact  j  d'autant  que 
le  Sous-Chirurgien  Bafile  Trochimowshy  [p)  était 


[q)  Voyez  cîr.ns  le  Mémoire  ou  la  Description  de 
la  Pcfte ,  qui  a  régné  dans  l'Empire  de  Ruffie ,  &  fur-touc 
à  Mofcou,  &c.  pag.  384. 

(p)  Dans  TEinpire  de  Rufile ,  les  Corps  des  Médecins 
&  des  Chirurgiens  font  dirigés  de  manière  que,  couc  Jeune 
Homme,  qui  lait  la  Langue  latine  &  les  humanités  ,  peut 
entrer  au  fervice  dans  un  Hôpital  quelconque  ,  (voyez,  dans 
le  xxiii*.  §.  de  cette  même  Partie,  noce  A.)  y  reçoit  les 
appointemens  de  la  Couronne  ,  &  doit  y  apprendre  gratuite- 
ment toutes  les  parties  de  cette  Science.  Chacun  des  Elevés 
doit,  pour  s'inftruire,  faigner  les  Malades,  les  panfer,  leur 
adminillrer  les  remèdes ,  &c.  ;  &  après  y  avoir  pafle  un , 
deux  ,  ou  trois  ans  ,  il  peut  fe  préfenter  à  un  premier  examen  ^ 
qui  fe  fait,  en  préfence  de  tout  le  Collège  de  Médecine  , 
(voyez  dans  le  xxii'^.  §.  de  cette  même  Partie,  note  ^) 
fur  l'Anatomie  ,  la  Chifurgie  ,  &c.  5  &  s'il  fatisfait ,  il 
devient  Sous-Chirur^lpi ,  Se  on  augmente  fes  appointemens. 
Après  avoir  p^ifTé  quelques  années  dans  cet  état ,  il  peut  fe 
préfèure;:  à  un  fécond  examen  ,  qui  fe  fait  pour  lors  fur 
toutes  les  parties  d'Anatomie  ,  de  Chirurgie  ,  de  Médecine  , 
de  Pharmacie  ;  &c.  Après  cet  ex.imen ,  il  peut  devenir  Cld- 
rurgien.  Il  y  a'  au  moins  un  tel  Chirurgien  dans  chaque 
Ville  de  l'Empire.  Il  y  en  a  aufC  un  avec  deux  Sous-Chi- 
rurgiens dans  chaque  Régiment  de  l'Armée,  ainfi  que  trois, 
ou  quatre  Barbiers  dans  chaque  Compagnie.  Après  avoir 
long-temps  lérvi ,  on  accorde  aux  Chirurgiens  ^  fclon  leur 
mérite,  le  grade  de  Chirurgien- Major,  il  n'y  a  qu'un  ieul 
de  ces  derniers  employé,  avec  un  'Médecin^  dans  chaque 
Dlviji«n  de  l'Armée  ,   pour  avoir  Inf^eliion  fur  tous  les 


Première  Partie.  ^f 

chargé  du  Panfement  de  ces  Peftifërés.  Ne  puis-Je 
donc  pas  me  Hatcer  ,  d'après  toutes  ces  Obferva- 
tions  j  d'avoir  dcmontré  à  mes  Lecteurs,  que 
l'Air  ne  nous  en:ipell:e  nulle  part ,  &  que  la  Con." 
tagion  de  la  Pelle  ne  fe  propage  pas  par  VAir  ^ 
mais  que  c'eil  le  feul  Contact  qui  nous  la  com- 
munique. 

Car ,  il  ce  n'était  pas  par  le  Contact  j  pourquoi 
tous  [qs  Chirurgiens  &  les  Sous-Chirurgiens  ^  qui,, 
par  état ,  panfaient  les  Pcjîiférés  dans  les  différents 
Hôpitaux  ci-deiTus  &  ci-  delîous  mentionnés  j  pour- 
quoi tant  de  nos  Prêtres  j  qui ,  par  devoir ,  àdmi- 
niftraient  les  Pejiiférés  ^  tant  dans  les  Régimens 
de  notre  Armée  ,  que  dans  les  Hôpitaux ,  fur- 
tout  à  Mofcou  {*)y pourquoi  enfin  tous  ceux  qui 
fervaient  les  Pejiiférés  ^  éprouverent-ils  les  Symp- 
tômes du  mal ,  ôc  furent ,  en  un  mot ,  tous  em- 
peftés  ?  La  raifon  du  Contact  fe  préfente  d'abord^ 
comme  caufe  infaillible  de  ce  trille  événement  5 
&:  tous  ceux  d'entr'eux  qui  n'eurent  pas  la  force 
de  furmonter  les  attaques ,  y  fuccomberent.  Donc 
on  ne  peut  être  empefté ,  même  dans  toutes  ces 
çirconjlances  qu'on  m'a  objectées ,  que  par  le  ContaB. 

Mais ,  quand  fon  Venin  eil-il  le  plus-fubtil  & 
le  plus-volatil ,  &  quand  nous  attaque -t-elle  le 
plus-promprement ,  &  le  plus-cruellement ,  foit  dans 
les  Hôpitaux  peftiférés ,  foit  ailleurs  ,   &  ce ,   au 


Chirurgiens  de  la  Divifion.  On  en  place  auflî  quelques-uns 
ians  les  grandes  Villes.  Chaque  Chirurgien- Major ,  8c 
autres  ,  à  l'exception  des  Sous  -  Chirurgiens ,  exercent  la 
Médecine  &  la  Chirurgie. 

(*j  Voyez  dans  Jfa  Lettre  à  TAcadémie  de  Dijon, 
avec  Réponfe  à  ce  qui  a  paru  douteux  dans  J/c/z  Mémoire 
fur  rinsculacion  ds  la  Pefte^  page  48  ,  note  c 

c  ij 


'^(;  Mémoire  fur  !a  Pejle  de  Mofcou  i 
moyen  du  moindre  Contact?  Ce  n'eft  jamais  quej 
loriqu'elle  eft  au  degré  du  Milieu  de  (on  cours 
d'invafion  [n).  Car,  au  de^jré  de  (on  Commence- 
ment j  ainli  que  de  fon  Déclin  ou  de  fa  Fin  j  elle 
n'a  pas  un  F'enin  Ci  fubril ,  ni  fi  volatil  :  fes  Symp- 
tômes internes  ne  font  pas  ii  fâcheux  y  ni  fes  Signes 
externes  li  compliques  qu'au  degré  du  Milieu.  Voici 
mes  Réflexions  &  mes  Obfervations  _,  qui  prouvent 
évidemment  la  folidité  du  Syflême  que  j'embralTe," 
pour  fa  diviiîon,  en  trois  degrés  diftinélifs. 

Si  la  Pefle  nous  attaquait  de  la  même  manière," 
avec  des  Symj.'CÔmes  auflî  fâcheux  ,  &  des  Signes  . 
externes  aulîî  compliqués  à  chaque  Degré  de  fon 
cours ,  qu'à  celui  de  foa  Milieu  •  pourquoi  mon 
Predécejjeur  (o)j  avec  trois  Sous-Chirurgiens  {p) ^ 
entrant  dans  l'Hôpital  du  Monaftere  Ougref- 
chinsky  {q)  j  pour  y  prendre  foin  des  Pefliferés  _, 
y  refta-t-il  depuis  le  Mois  d'avril  j  jufqu'au  Mois 
de  Juin j,  fans  que  ,  ni  lui,  ni  aucun  de  fes  Aides ^ 
éprouvât  la  moindre  atteinte  de  la  Pefle  ?  C'eft 
qu'ils  n'y  furent  expofés  que  dans  le  temps  ,  où 
elle  ne -faifait  que  commencer  à  s'étendre  (r).  Le 
même  bonheur   arriva  â  M.  le  Médecin  Pogo- 


.    ( n)  Voyez  ci-dcfTous  dans  le  v^.  §.  de  \a  Seconde  Partie, 

(o)  M.  3Iurgraff,  Chirurgien,  qui  étaic  alors  à  Morcou, 
Praticien  libre  fans  fervjce. 

(f)  Voyez  ci  deilus ,  p<^ge  34,  note/'. 

(^)  Place  hors  de  la  Ville,  ainfî  appellce ,  il  y  a  im 
Couvent  'ie  Religieux  fous  l'Invocation  de  S.  Nicolas, 
que  le  Sénat  choilit  premièrement  pour  fervir  à'Hopira/  au 
Peftifërés.  Voyez  C.  de  Mertens  ,  Obfeivat.  Medic.  de 
Fcbrib.    Pinrilis  de  Pelle,  &c.  page  7H. 

(r)  Voyez  C.  de  Mertens  ,  dans  le  même  Ouvrage, 
page  7î. 


Première  Partie.  37 

retsky  (/).  Il  avait  avec  lui  un  Chirurgien  j  8z  quel- 
ques Sous-Chirurgicns  j  pour  foigner  les  Pejlijcrés 
de  l'Hôpital  du  Palais  de  Le-Fort  (r).  Leurs  foins 
continuèrent  depuis  le  Mois  de  Novembre ^  jurqu'à 
l'époque  où  la  i-'<?/?e  fut  totalement  détruite  ^  c'eft 
qu'ils  n'y  furent  que  vers  le  degré  du  Déclin  ou 
de  la  Fin  de  fon  cours  [u).  Dans  l'Hôpital  du 
Monaftere  Pohrowshy  (v)j  où  Al.  Mek-^er  (w)  ^ 
&:  AI.  Kirdan  j  un  de  nos  plus-habiles  Chirur- 
giens ,  donnait  fes  foins  aux  Malades  _,  conjointe- 
ment avec  quelques  Aides.  La  Pefte  les  refpedta 
de  même  ^  ainli  que  Al.  Rombowsky  [x)  ^  Chi- 
rurgien-Alajor  ,  &  fes  Sous- Chirurgiens  J  dans 
celui  du  Alonaftere  Symonowsky  [y).  Cependant 


{f]  Voyez  le  xxx*.  §.  de  cette  même  Partie.  Il  fauc 
favoir  que ,  fi  je  parle  ici  de  M.  Pogoreisky ,  comme  d'un 
homme  qui  n'a  pas  été  empefté  ,  tandis  qu'il  l'a  été  ,  fuivanc 
fon  Rapport  à  la  CommilTion  contre  la  Pefte ,  c'eft  que  je 
regarde  cette  Pejle  pour  lui  comme  Inoculation  de  la  Pelle; 
mais  puifque  ceux  qui  l'ont  aidé  ,  ne  l'ont  pas  été  ,  je  l'ai  auffi 
exclus  ici  du  nombre  de  ceux  qui  ont  été  empeftés. 

(/)  Palais  d'un  de  nos  Anciens  Seigneurs  Favori  de 
Pierre  le-Grand.  Ce  Pahis  appartient  aujourd'hui  à  la 
Couronne.  Voyez  le  xxx*.  §.  de  cette  même  Partie. 

(«)  Voyez  C.  de  Mertens,  Obfervat.  Medic.  de  Febr. 
Futrid.  de  Pefté  ,  &c.  page  78. 

(v)  Couvent  de  Religieux,  hors  de  la  Ville,  fous  ITn- 
vocation  de  la  Sainte  Vierge.  Voyez  le  xxx*.  §.  de  cette 
même  Partie. 

{ >v  )  Voyez  dans  le  xxx*.  §.  de  cette  même  Partie  , 
note  g. 

i^x)  Voyez  le  même  §. 

{y)  Couvent  de  Religieux,  fous  l'Invocation,  de  Saint 
SiMÉON  ,  fitué  hors  de  la  Ville  ,  fur  la  rive  de  la  Aloskwa, 
au  fommet  d'une  colline  fort  élevée  ,  &  qui  domine  la 
Ville.  Le  Sénat  choifit  ce  Couvent  pour  fervir  à'Hopliai 
aux  Peftiférés ,  lorfque  la  Pefie  Te  fut  confiderablement  dif- 
perfée  dans  la  Ville.  Il  eil  d'une  li  valte  étendue  ,  qu'en 

C  iij 


5  s  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou  3 

il  s'écoula  alTez  de  temps  ,  depuis  le  Mois  de 
Novembre  3  jufqu'à  l'extindion  totale  de  la  Pejle; 
èc  quoique  tous  ces  Hôpitaux  fuflent  encore  fournis 
de  quantité  d'autres  perfonnes  pour  les  befoins  des 
Malades  j  comme  de  Barbiers  ^  à' Infirmiers  _3  ainfî 
que  pour  tranfporter  les  Morts  dans  les  Cimetières, 
&c.  à  peine  quelques-uns  furent-ils  attaqués  \  en- 
core n'éprouverent-ils  que  de  très-faibles  Symp- 
tômes j  parce  que  c'était  dans  le  temps  où  la  Pefl^^ 
commençait  à  s^'appaiier ,  6c  que  fon  T^enin  con- 
tagieux avait  prefqu'entiérement  perdu  fa  dange- 
reufe  aétivité. 

Un  des  Sous-Chirurgiens  j  qui  était  avec  mon 
Predécejfeur  j  dans  l'Hôpital  du  Monaftere  Ougref- 
chinsky  j  en  fortit ,  comme  je  l'ai  déjà  dit ,  intaét 
de  la  Contagion ,  lorfque  j'y  entrai ,  ce  même 
Sous-Chirurgien  n'était ,  dans  le  degré  du  Milieu^ 
comme  je  le  nomme ,  que  Vifiteur  des  Malades 
dans  un  Quartier  de  la  Ville  (  *  )  j  mais  au  degré 
du  Déclin  de  la  Pefte ,  c'efl-à-dire ,  à  la  Fin  j  il 
voulut  entrer ,  pour  une  féconde  fois ,  avec  M.  le 
Médecin  Pogoretsky j  ôc  autres,  dans  l'Hôpital  du 
Palais  de  Le-Fort  j  &  y  foigner ,  avec  eux ,  les 
Pefiiférés  _,  jufqu'à  l'extinction  totale  de  la  Pefte  5 
de  manière  que ,  quoique  ce  Sous-Chirurgien  eâc 
été  à  Deux  différentes  reprifes ,  &  même  dans 
Deux  différents  Hôpitaux  peftiférés  j  cependant , 
comme  ce  n'avait  pas  été  au  degré  du  Milieu  j  ii 
ne  fiit  pas  infedé  de  la  Pejle  _,  ni  dans  le  premier , 
ni  dans  le  fécond.   Preuve  non  moins  évidente , 


cas  de  befoin  ,  o'i  y  pourrait  placer  plus  de  irais  mille  Ma-» 
lades.  Voyez  ci-deilous  le  xxvI^  §.  de  cette  même  Partie. 

(*)  Voyez  ci-deflbus  daus  le  xxiv'.  $.  Je  cette  mésaq 
Fariie ,  note  /, 


Première  Partie.  3^9 

i|iie  k  Péjîc  ne  nous  infeâ:e  dans  ces  Deux  degrés  j 
ni  11  promprement ,  ni  il  violemment. 

'Il  n^n  hit  pas  de  même  depuis  le  Mois  è^Août^ 
jufqu'au  Alois  de  Novembre  -^  car,  dans  ce  laps  de 
Quatre  Mois  (*),  la  Pejle  fut  dans  fon  de^ré  du 
Milieu,  Je  reftai  tour-à-tour  dans  les  Trois  Hôpi- 
taux peftiférés,  &:  Trois  fois  j'y  fus  empefté  (r). 
De  tous  les  Sous-Chirurgiens  qui  y  étaient  pour 
m'aider  dans  les  panfemens ,  ècc.  j  de  tous  ceux  qui 
s'y  .  étaient  enfermés  avec  moi  pour  foigner  les 
Alalades  j  aucun  d'eux  n'échappa  aux  atteintes  de 
cette  cruelle  Maladie  ;  &  quoique  je  fiffe  tous  mes 
eftorts  pour  les  conferver  ,  en  leur  applic]uant  des 
Cautères  j  même  jufqu'à  Deux  &  Trois  (  *  )  ,  à 
ceux  qui  étaient  bien  corpulents ,  en  leur  admi- 
niftrant  les  Remèdes  nécefïaires,  comme  préfervatifs, 
en  \qs  faifant ,  chaque  fois ,  revêtir  de  leurs  Re- 
dingotes Se  Gants  de  toile  cirée,  en  les  exhortant 
à  ne  point  fe  laiiTer  abattre  par  la  crainte ,  en  leur 
montrant ,  pour  les  encourager ,  les  Signes  externes 
de  la  Pefte ,  que  je  portais  dans  mes  Aines  (  ^  )  , 
en  un  mot ,  en  leur  procurant  tout  pour  leur  con- 
ferver la  vie ,  cependant  le  fuccès  n'en  fut  pas  plus- 

(*)  Voyez  ci-d'elTous  le  x  x  x  i*.  §.  de  cette  même 
Partie. 

(£■)  Voyez  C.  de  Mertens  ,  Obfervat.  Medic.  de  Febr.- 
Puttid.  de  Pefte  ,  &c.  page  pj  J  &  ci-delTous  le  xxiS  i* 
de  cette  même  Partie. 

(*)  Voyez  un  plus-fatisfaifanc  détail,  au  fujet  des  Cau^ 
leres ,  dans  Ma  Réponfe  à  M.  Gonnand ,  Secrétaire  Per- 
pétuel du  Collège  Pvoyal  des  Médecins  de  Nancy  ,  for  la 
Queftion  a  fi  les  Cautères  peuvent  être  quelque  préfervatiF 
»  contre  la  Pefte  pendant  fes  Ravages  ,  »  inférée  dans  rEfpric 
des  Journaux  français  &  étrangers,  pour  k  mois  de  Juiiï 
1785  ,  Tom.  VI,  page  311. 

(tf)  Voyez  ci-d^fTous  le  xxi*.  §.  de  cette  même  Partie^ 

C  iv 


40  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou  j 

heureux,  &  de  Quin-T^e  de  mes  Sous-Chlrurgîens ^ 
je  n'en  pus  fauver  que  Trois.  Tandis  que  tous  ceux 
qui  y  ont  été  avant  &  après  moi ,  quoique  fans 
Cautères  [*) ,  ou  autre  Préfervadf^  n'ont  pas  écé 
empeftés ,  comme  je  l'ai  déjà  dit.  Ce  qui  prouve 
évidemment  que  la  Pejle  était ,  pendant  tout  ce 
laps  de  temps ,  dans  fon  degré  du  Milieu  ;  c'eft- 
à-dire ,  au  comble  de  fa  malignité  ;  &  que  fon 
Venin  eft  alors  fi  fubtil ,  &  s'infinue  fi  rapidement , 
àhs  Je  moindre  Contact  _,  dans  nos  corps ,  qu'il  eft 
non-feulement  prefqu'inévitable ,  mais  qu'on  op- 
pofe  difficilement  des  barrières  à  fes  cruels  Ravages. 

§.    X  V. 

Que  deviennent  dès-lors  ces  fables  qu'on  débite 
dans  plufieurs  Ouvrages  ,  de  qui  toutes  ont  pour 
fondement  Vexijlence  de  la  Contagion  peftilentielle 
dans  VAir  ?  C'eft  par-là  ,  prétend-on  ,  que  la  Pejle 
infeéte  jufqu'au bétail  &  aux  autres  animaux,  quelle 
abfurditéi  car,  combien  y  avait-il  à  Mofcou  de 
Chevaux  deftinés  à  tranfporter  les  Malades  peftifé- 
rés  dans  les  Hôpitaux;  &  les  Morts,  tant  des  quar- 
tiers de  la  Ville ,  que  des  Hôpitaux ,  dans  les  Ci- 
metières ?  Ces  Chevaux  avaient  même  leurs  locals 
dans  ces  derniers  endroits  (  *  )  j  cependant  aucun 
ne  fut  attaqué  de  V Epidémie ,  dont  je  parle.  Ces 
Auteurs,  pleins  d'emphafe  ,  n'en  exceptent  ni  le 
Bétail  ni  même  les  Oifeaux  ;  cependant ,  il  y 
avait  afTez  d'Oifeaux  &  de  Belliaux  de  toute  ef- 


(*)  Voyez  la  même  Réponfe  à  M.  Gormand ,  dans  le 
même  Ouvrage,  cité  ci-deffus  page  351,  note  *. 

(*)  Voyez  dans  le  xxviii'.  §.  de  cette  même  Partie , 
note  iXt 


Première  Partie.  4T 

pece  dans  les  Villes  &  les  Villages  de  ValacKie  ^  de 
Moldavie,  de  Pologne,  de  la  petite  (Se  grande  Rnf- 
fie,  '^oiwiins,  -  nous  à  Mofcou  ;  cette  Capitale  en 
contenait  une  nombreufe  quantité  ;  néanmoins, 
XOhfcrvatïon  la  plus-lcrupuleufe  ,  &  les  F^echerches 
.  les  plus  exaéles  n'ont  pu  découvrir  qu'aucun  de 
ces  Animaux  ait  été  la  victime  de  la  ContaG;ioii 
peftilentielle.  Je  voyais  moi-même  une  très-grande 
quantité  d'Oifeaux  de  différentes  efpeces  voltiger 
à  l'entour,  éc  nicher  fur  les  Tours  &  les  Eâti- 
mens  de  trois  Hôpitaux  peftiférés  {*  )  ,  ou  j'ai 
été  fuccefîîvement  renfermé  ^  &  je  parle  ,  après 
avoir  été  témoin  oculaire.  Qu'on  dife  donc  encore 
qu'ils  ne  volent  jamais  où  la  Pejle  exifte,  parce 
que  ï^ir  de  ces  endroits  les  tue  fubitement  (  /  )  ?  De 
pareilles  abfurdités  doivent  être  à  jamais  bannies  de 
tous  les  Livres  de  la  Médecine.  Il  eft  vrai  que  nous 
avons  eu  un  cas  où  les  Bejliaux  &  les  Hommes  ont 
péri.  Notre  Auguste  Souveraine  ,  ayant  lu  dans 
Mon  Profpeclus  (*  )  de  ce  Mémoire,  préfenté  à  cette 
gr'ande  Princesse,  par  S.  E.  le  Prince  de 
Wiasémsky  {m).  Mon  Alfertion ,  que  la  Pef.e, 
qid  nous  infecte  ,  ne  peut  rien  fur  les  autres  ani- 

(*)  Voyez  dans  le  même  §,  la  même  note  x. 

(l)  Voyez  Jo,  Frid.  Schreieeri,  Obfervâc.  &  Cogitar. 
<îe  Peftilenr,  qu^  annis  1738  &-39  ,  in  Ucraïnia  graffaca 
eft,  pag.  <s ,  Obfervar.  j. 

{  *  )  Voye2  Ma  Lettre  fur  les  Expériences  des  Friûions 
Glaciales  pour  la  Guériibn  de  la  Pefte ,  &c.  imprimée  à 
Paris. 

(m)  Confeiller-Privé-Acluel  de  S.  M.  î.  de  Tontes-Ies- 
RufHes  ,  I\Iembre  du  Grand  Confeii ,  Procureur- Général 
du  Sénac  ,  Tréforier- Général  de  l'Empire  ,  &c.  ^c.  Sec.  & 
Chevalier  des  Ordres  âeS.  André,  de  S.  Alexandre-Newsky , 
de  S.  Wiadimjr  de  la  Première  Claffe ,  de  l'Aigle  Blanc 
&  de  Saince  Anne. 


4*  Mémoire  fur  la  Pcjlô  de  Mofcou  j 

maux  ,  &  vice  verfd ,  fit  réflexion ,  &  ordonna  a 
Ce  Minijlre ,  de  me  communiquer ,  que  dans  le 
Gouvernement  de  ÏF'iZ'oz/r^  en  Finlande,  l'an  17(^3  , 
il  était  mort  pendant  l'été  Jix  Vaches  &  quatre 
Chevaux  ,  qui  avaient  été  enfouis  dans  une  Foret; 
que  quelque  temps  après ,  un  Ours  j  pafTant  par 
cet  endroit ,  avait  déterré  quelqu'une  de  ces  cha- 
rognes ,  dont  il  s'était  rafTafié  ;  que  de-là,  il  était 
allé  mourir  à  une  diftance  d'environ  une  Lieue  de 
Suéde  j  qu'un  P^^y^^  de  l'endroit  j  l'ayant  trouvé 
mort ,  le  dépouilla ,  &  vendit  fa  peau  au  Minijlre 
de  la  ParoilTe;  que  celui-ci  la  prit  &  la  donna 
à  un  Tanneur ,  pour  la  préparer ,  ce  qui  caufà  une 
Maladie  Contagieufe  ^  au  mois  de  Décembre  fuivanr, 
que  le  Payfan ,  le  Miniftre  &  le  Tanneur  en  mouru- 
rent ,  ayant  des  Signes  externes  à-peu-près  femblables 
à  ceux  de  la  Pejle  \  que  le  Tanneur  ,  qui  ne  fe  dou- 
tait nullement  du  danger ,  ayant  lailfé  négligem- 
ment les  Parties  réfultantes  de  la  préparation  de 
la  peauj  tous  les  Animaux  qui  en  mangèrent , 
moururent ,  même  ceux  qui  burent  dans  la  cuve 
où  cette  peau  avait  été  préparée.  Fait ,  qui  paraît 
contraire  à  Mon  AJfertion  ;  n'ayant  pas  la  Def- 
cription  qu'en  fit  M.  le  Médecin  Jo.  Jae\  Lerché^ 
envoyé  alors  de  Sa  Majesté  pour  y  remédier  aa 
plus-vite  ,  &  en  donner  une  fidelle  Defcription  ;. 
je  ne  puis  détailler  par  quel  genre  de  Contagion 
cette  Epidémie  était  contagieufe  pour  le  Genre- 
Humain.  Etait-ce  la  Pejle  véritable ,  ou  quelqu'autre 
efpece  de  Maladie  contagieufe  ?  on  peut  voir 
par  les  raifons  que  j'ai  déjà  données,  que  cette  Epi- 
démie n'était  pas  la  Pejle  ,  mais  quelqu'autre  Ma- 
ladie d'un  genre  putrjde. 

De  ce  que  des  Animaux  font  péris,  parce  qu'ils 
avaient  mangé  les  Parties  réfultantes  de  la  prépa-- 


Première  Partie.  45 

ration  de  la  peau  _,  de  bu  dans  la  cuve  ;  ce  n'eft 
pas  un  Rcfultat  aoii  on  doive  conclure  que  cette 
épidémie  lut  la  Pcjlc  ;  car  ,  lî  les  Animaux  font 
péris,  c'était  jugement  leur  Pejlc,  s'il  eft  permis 
de  la  nommer  ainli  :  en  fécond  lieu  ,  c'était  la 
propre  voie  par  laquelle  tous  les  Animaux  s'em- 
peftent ,  car  nous  ne  recevons  jamais  la  Contagion 
de  la  Pefte ,  que  par  le  Contact  ;  les  Animaux  au 
contraire  la  reçoivent  par  la  bouche  j  &  jamais  par 
le  Contaci  j  comme  nous  le  prouvent  les  Expé- 
riences faites  en  France  fur  les  Annnaux,  ôcc. 

Quant  à  ce  qui  concerne  les  hommes  qui  furent 
malades,  on.  fait  allez  que  V Attouchement  à  quelque 
corps  corrompu  par  la  Putriditéj  peut  caufer  une 
Maladie,  dont  la  Contagion  fe  répandra  à  raifon  du 
Degré  de  la  Putridité ,  par  lequel  ce  corps  fera  dé- 
généré :  je  conviens  qu'une  telle  Epidémie  peut  fe 
nianifefter  avec  quelques  Signes  externes  à-peu-près 
femblables  à  ceux  de  la  Pefce  ;  mais  je  foutiens 
que  cette  Epidémie  n'approche  point  de  la  Pejie^ 
qui  de  Turquie  vient  ravager  l'Europe. 

Nous  avons  dans  toute  la  Sibérie  [b)  une  efpece 

[h)  Le  Royaume  de  Sibérie  fuc  conquis  en  1533,  par 
un  Ataman  ,  Officier  fubalterne  ,  des  Cofaques  du  Don  , 
nommé  Yermak  Timofeîew  ;  il  l'a  même  depuis  afTujeui  à 
la  Grande-Ruflîe ,  fous  le  Régne  du  Tfar  Iwan  Wassi- 
iiEwiTZ.  Ce  Royaume  était  habité,  avant  ce  temps-là, 
par  des  Payens  ,•  mais  après  qu^on  eue  créé  ,  en  Ié^  1  ,  dans 
la  Capitale,  un  Siège  AJétropolitain  ,  un  de  ces  Métropo- 
lites ,  nommé  l-'hiLofeye ,  fe  ht  grand  honneur  de  la  con- 
verfion  des  Payens  à  la  Religion  Gréque  :  il  avait  par- 
couru tout  ce  Â 07 j///72e ,  depuis  Tan  1705,  jufqu'cn  1711, 
pour  prêcher  &  convertir  ces  Payens.  Toholsk  ,  eft  la  Ca- 
pitale de  ce  Royaume  ,  &  la  Réiïdence  aûuei'e  du  Gou- 
verneur àz,  la  Sibérie.  Cette  Ville  eft  fituée  fur  la  rive  gauche 
iilnijilie  y  au  confluent  de  la  l«boU.,.,  Cette  Capitale  fuc 


'44  Mémoire  fur  ta  Pejle  de  Mofcou  j 

de  Contagion  pedileiitielle  ,  dit-on,  qui  fe  fait  coit^ 
naître  par  des  Charbons ,  félon  la  defcription  po- 
pulaire ,  ce  dont  je  juge  tout  autrement  ;  car  ,  fi 
cette  Maladie  j  quoique  contagieufe,  était  hPeJIej 
dont  je  fais  la  Defcription  dans  ce  Mémoire,  la 
/Sibérie,  devrait  être  aujourd'hui  tout-à-fait  dépeu- 
plée j  mais  ,  comme  ceux  qui  y  ont  voyagé  depuis- 
peu  ,  m'ont  détaillé  ce  genre  de  Charbon,  dont 
ils  ont  reconnu  la  nature ,  comment  les  Peuples 
de  cette  vafte  Contrée  fe  guériiTent ,  en  appliquant 
deffus ,  au  lieu  de  Cataplâmes  ^  une  feuille  de  Ta- 
bac humedtée  dans  de  Teau  chaude  ,  Sec,  je  con- 
clus que  ce  n'eft  qu'une  efpece  d'Anthrax  malin  ; 
car,  ils  m'ont  dépeint  ces  Charbons  comme  une 
Fronde  j  qui  s'étend  quelquefois  jufqu'à  la  lar- 
geur de  la  Paume  de  la  main  ,  &  qui  s'élève  affez- 
haut.  Je  démontre  [c]  que  les  Charbons  peftilen- 
tiels  ne  s'élèvent  jamais  cie  cette  manière.  Ils  ajou- 
tent encore  que  ,  quand  cette  Tumeur  s'eft  afifez 


reconftniice  ,  dès  le  commencement  i!e  ce  Siècle  ^  au  fommet 
fort  élev'é  de  l.i  rive  o^auche  A' Irilchè  ,  de  la  même  façon 
que  le  K rende  eft  confiruic ,  au  centre  de  la  Ville  de  Mofcou, 
auflî  au  fommet  d'une  Colline  fort  élevée.  TohoUk  ,  eft 
divifé  en  Haute  &c  Baffe  Ville.  Dans  la  Première,  ou  nouveau 
Krémle  ,  on  voit  deux  magnifiques  Eglifes  Cathédrales  ,  un 
Archevêché  ,  un  Puits  ,  qui  eft  de  la  profondeur  de  ;  5  Sa- 
génnes  de  Ruffie;  favoir ,  ifi  Pieds  de  Pioi ,  un  Collège, 
un  Couvent  de  Religieuf.s  ,  trois  Eglifes  paroifllales ,  une 
Chancellerie,  grande  quantité  de  belles  Boutiques,  &c.  On 
voit  dans  la  Baffe  Ville,  7  Eglifes  paroifllales,  un  Cou- 
vent de  Religieux,  un  Séminaire,  16 1  Boutiques,  &c. 
TohoLsk ,  eft  éloigné  de  Saint  Pétenhoiiny  de  3118  ^erjles 
deRulTie,  il  en  faut  quatre  pour  une  li^ue,  des  ij;  au  degré. 
Voyez  le  f^fte  dans  le  Didionnaire  Géographique  Ruflè  de 
MM.  PoLOUKiN  &  MuLLER,  pages  3î?i   &  391. 

(c)  Voyez  ci-defTous   dans  le   vii'.   §•   de  la  Seconde 
Partie,  n°.  11*.  &  dans  le  IX^  §.  n'.  in% 


Première  Partie.  j\.f 

clevée ,  elle    perce  en  pluiîcurs  endroits,   par  où 
ûiinre  la  Sanid  ichoreule  ;   les  Charbons  pc-ftilen- 
tiels  ne  percent  &  nefuintent  jamais  [d).  D'après 
ces  Ohfcrwiûons  ^  on  peut  conclure  que  ,  quoique 
cette  Maladie  foit  contagieufe ,  &  qu'elle  ait  des 
Signes  externes  à-peu-près  femblables  à  ceux  de  la 
Pejîe,  ce  n'eil   pourtant   pas  une  Pejle  telle  que 
celle  qui  dans  ce    x  v  i  1 1^.  fiecle  a  tant   ravagé 
Marfeilk   &  Mo/cou ,  Capitale   de   Ruffie  j    car  , 
cette  Pejle  j  qui  vient  de  la  Turquie  j  n'agit  que 
d'après  le  Contacl  :  celle  de  hSiheriej  jufqu'à  Kamtf 
chatha  (  e  )  ,  a  un  caractère  tout  autre. 

Pour  être  empefté  par  le  Contacl  ^  faut-il  que 
la  perfonne  faine  le  reçoive  fur  quelques  Parties 
nues  de  fon  Corps,  ou  fulîit-il  qu'on  la  touche  feule- 
ment fur  quelqu'un  de  fes  vêtemens. 

Comme  nous  n'avons  jufqu'à  préfent  aucune 
idée  claire  de  la  nature  du  Berlin  peftilentiel ,  il 
me  paraît  que  ce  ferait  une  cliofe  très-difiîcile  à 
quiconque  voudrait  réfoudre  ce  Problème.  Car^ 
fi  l'on  prend  que  VAir  en  eft  chargé,  &c  que  la 
Pejle  nous  envoie  fa  Contagion  par  notre  bouche  ,&c. 
je  crois  avoir  déjà  aifez  démontré  le  contraire  (*): 

(^)  Voyez  les  mêmes  endroits. 

i^e)  Le  Kamtfchatka  ,  eft  une  étendue  qui  forme  une 
Pcnlnfule  du  côié  de  l'Orient.  Cette  grande  étendue  était 
déjà  connue  à  Yakoutsk  dès  \6ço  ,  d'où  on  y  envoya,  pour 
la  première  fois,  en  i6ç6  ,  foixante-feize  Cofi^ues  , --àvec 
leur  Ataman  ,  Officier  fubalterne  ,  nommé  Morosko  ^  mais 
ils  ne  purent  parvenir  jufques-l.i.  En  1^517  ,  le  Comman- 
dant à'A'iuJlrsk  y  nommé  AtUJJ'oiv ,  s'empara  du  Fleuve  du 
Kamtschatkd  \  •Si  en  1706,  une  partie  du  Corps  Militaire 
perça  jufqu'aux  Bornes  occidentales  de  cette  grande  /Vw//2- 
fule.  Voyez  le  refte  dans  le  Diûionnaire  Géographique 
Rufle  de  MM.  Polounin  &  Muller  ,  pag.  119. 

(*)  Voyez  dans  M*  Lettre  à  l'Académie  de  Dijon  ,  avec 


4^  Mémoire  fur  la  Pejîe  de  Mofcou  , 

fî  l'on  prend  que  les  différentes  températures  d© 
VAir  communiquent  plus  facilement  leur  Conta-- 
l^io/z  j  tandis  que  les  autres  ne  le  font  qu'avec  plus 
de  difficulté  j  je  démontre  aulîi  ailleurs  (/)  ,  que 
la  Pcjle  n'a  égard  ,  ni  aux  Climats ,  ni  aux  Saifons  , 
ni  à  aucune  autre  température  :  &  que  l'hiver 
le  plus  froid,  &  l'été  le  plus  chaud  ont,  à  cet 
égard,  la  m.ème  influence. 

Après  QÇ.^  Obfervatïons  3  je  conclus  que  potir 
être  empefté ,  il  fufHrait  qu'une  perfonne  faine 
reçût  le  Contaci  fur  quelque  partie  de  ies  habille- 
mens ,  par  quelques  hardes ,  ou  autre  corps  folide 
àè]2.  empeflésj  après  quoi,  moyennant  fes  habil- 
lemens  ,  elle  parvient  à  fe  communiquer  dans  fa 
maifon  à  différents  endroits ,  par  où  elle  l'aura  fous 
peu  de  temps  à  quelque  partie  de  fon  corps  nu  j 
car  ,  il  nous  conlidérons  ,  combien  de  Mille  per- 
fomies  ont  emporté  les  deux  Pelles  de  ce  xviii^ 
fîecle  ,  l'une  à  Marfeille,  l'autre  il  récemment  dans 
l'Empire  de  Ruflie ,  &  fur-tout  à  Mofcou  [g] ,  eft- 
ii  poiîible  qu'ils  aient  tous  eu  de  prime  abord  le 
Contaci  fur  leurs  corps  nus  ?  Non  ,  cq^  une  chofe 
impoflible,  11  fufnt  donc  de  fe  trouver  dans  une 
foule  ôz   de  toucher  à  quelques  hardes  ou  quel- 


Rf^ponfe  à  ce  qui  a  paru  douteux  dans  Mon  Mémoire  fur 
rinocuîation  de  la  Pefte  ,  page  i6,  i'AnicIe  i".  &  ii*. 

(/')  Voyez  ci-delTous  le  ii%  §.  de  la  Seconde" Partie. 

\  g)  La  Pefte  de  ALirjeille,  en  1720-2  i-zî  ,  a  fait  périr 
en  Provence  S7666  perfonnes.  Voyez  le  Mémoire  fur  les 
Moyens  à  employer  pour  s'oppofer  aux  ra^'ages  de  la  Va- 
fiole  ,  par  M.  Maset  ,  page  44  ,  note  44  ;  celle  de  Mofcou 
en  177  I  ,  &  de  toutes  les  autres  Villes  empeftées  dans  cet 
Empire,  en  a  emporté  ^"-,1x9$.  Voyez  ci-defîows  le  XXXI*. 
$.  de  cette  même  Partie, 


Premicre  Partiel  47 

Iju'autre  corps  folide  déjà  empoifonné  du  Venin 
peiHlentiel.  C'eft  ce  qui,  comme  dans /ni//e  autres 
pareils  cas ,  a  fait  périr  à  Mo/cou  tant  de  nos  Prê^ 
très ^  qui,  ne  fâchant  pas  qu'il  fallait  abfclumenc 
éviter  toutes  les  foules  populaires ,  faifaient  très- 
fouventj  par  une  dévotion  bien-mal  placée  pour 
ce  temps  ,  des  ProceJJi.ons  avec  des  Images,  &c. 
Par-là ,  ils  périlfaient  eux-mêmes  ,  &  donnaient 
occaiion  du  Contact  à  une  infinité  d'autres  per- 
fonnes  [h]  ,  qui  ayant  aulîî  reçu  le  principe  de 
la  Contagion  j  fans  penfer  qu'on  pût  s'empefter  de 
cette  manière,  sqw  retournaient  chacun  chez  foi , 
&:  touchaient  avec  ces  parties  empeftées  les  diffé- 
rents endroits  de  la  Alailon.  Ces  endroits,  après  un 
tel  attouchement ,  doivent  être ,  faijs  contredit ,  ré- 
putés empoifonnés  du  même  Venin  j  après  quoi , 
on  ne  faurait  douter  que  chacun  ne  parvînt  à  les 
toucher  avec  quelque  partie  du  corps  nu  j  d'où  la 
Contagion  s'infinue  par  les  pores  dans  nos  humeurs  ^ 
les  dégénère  dans  une  telle  putridiré  ,  qu'elle  caufe 
la  jnort.  C'eft  ainiî  que  je  fuppofe  qu'eft  périe 
toute  ZQX.IQ,  multitude. 

J'ai  déjà  dit  plus-haut  ,  que  la  Pejie  ne  nous  tue 
jamais  fubitement ,  comme  on  l'a  autrefois  ima- 
giné. Si  XAir  avait  quelque  véhicule  pour  nous 
empefter,  quelle  multitude,  dans  chaque  Ville 
où  elle  fait  fes  ravages ,  ne  devrait  pas  l'être 
chaque  jour  ,  puifqu'on  eft  obligé  de  le  refpirer 
conftamment  ?  Cependant ,  elle  n'y  fait  fes  meur- 
tres que  peu-à-peu ^  &  fi  on  obferve  de  près,  on' 
trouvera ,   fans   doute ,  que   toutes   les  perfonnes 


(y^)  Voyez  dans  Mon  Mémoire  fur  TlBoculat; 
Fcfn,  &c,  pag.  17,  noicf. 


lion  de  la 


48  Mémoire  fur  la  Pcftc  de  Mofcqu  j 

quicleviennent  cmpeftces ,  ont  eu  quelque  Comucl'y 
mais ,  comme  chacune  le  reçoit  ordinairement  fans 
s^en  appercevoir,  il  ell:  trcs-ciifticile  à  chaque  per- 
fonne  cie  fe  fouvenir  quand,  &  de  quelle  manière 
elle  l'a  reçu. 

S'il  m'ell  toute-fois  permis  de  propofer  mes  idées 
à  l'appui  de  mon  Syjîcme  j  les  voici  :  fi-tôt  qu'une 
pcrionne  a  reçu  de  quelque  corps  empefté  le  Con~ 
tacl  fur  quelque  partie  de  fes  habiUemens ,  la 
Contagion  pellilentieiie  l'entoure,  pour  ainfi  dire, 
de  la  mcme  manière  qu'entoure  quelque  corps 
VAir  éledrifc ,  qu'on  peut  ,  ce  me  femble  ,  ap- 
peller  Tourhiiion  (i).  Cet  air  contagieux,  con- 
denfé ,  .venimeux  ,  en  l'entourant  ainiî ,  doit  in- 
dubitablement fe  mêler  avec  la  Tranfpiration , 
&i  eii  fe  confondant ,  tioit  entrer  par  les  Pores 
abforbants ,  dans  les  humours  ,  &  caufer  cette 
cruelle  Maladie ,  qui ,  après  s'être  manifeftce  ,  fe 
joint  de  prime  abord  au  ticfefpoir,  à  la  terreur  ôc  à 
différentus  autres  idées  terribles,  qu'on  nous  infpire 
au  fujet  lie  la  Pejle^  même  dès  le  berceau;  &c  ceux 
qui  n'auront  pas  alfez  de  forces,  ni  alfez  de  courage 
pour  la  fupporter ,  ou  qui  auront  déjà  dans  leur  corps 
quoique  matière  étrangère ,  qui  puille  aider  au 
plus  prompt  développement  ciu  Venin  peftilentiel, 
ceux-là,  fins  doute,  périront.  C'eft-là ,  ce  me 
femble,  la  manière  dont   on  peut  croire  que  le 


(/)  Voyez  les  Figures  d'un  Ouvrage  excellent  fur  l'EIec- 
tricico  ,  donne  par  S.  E.  le  Prince  Dimùri  de  Gulliiiin  , 
Chambcllan-AcTiocl  de  S.  M.  I.  de  Toutes-Ies-Ru/îîes ,  & 
Chevalier  de  l'Ordre  de  Sainte  Anne,  autrefois  fon  Envoyé 
Extiaoïdinairc  auprès  de  leurs  Hautes-Puifîances  ;  Ouvrage 
mipiimé  à  Id  Haye,  chez  DîtuiH.y  Libraire. 

Contati 


Premkre  Partie.  i^.^ 

'Côntacl  îigic  pour  empeller  chaque  Iiulividii,  qui 
mitait  le  malheur  de  le  recevoir;  de  manière  que, 
il  nous  devons  admettre  ce  Syjicmc  ,  il  eft  évident 
que  M.  le  Médecin  Pogorccsky  (/t) ,  portant  quel- 
que temps  Vjlppardl  d'une  plaie  peftilentielle ,  fous 
un  talon  de  fes  fouliers  ,  a  été  ainfi  empefté  ;  eu 
cas  qu'il  n'eût  pas  eu  quelqu'autre  occafîon  de 
toucher  différents  endroits ,  cians  (qs  appartemens  , 
avec  ce  même  Appareil  j  &  qu'il  n'eût  pas  enfuite 
touché  ces  mêmes  endroits  avec  fes  mains,  ou 
quelqu'autre  partie  nue  cie  fon  corps.  Si  cela  était 
ainfi  ,  on  pourrait  plus  -  aifément  convenir  ,  que 
cette  voie  eil  la  plus  propre  a  communiquer  le 
Venin  j  par  la  tranfpiration  qui  entourait  fon  corps 
-de  qui ,  dans  l'efpace  qu'il  l'a  porté  ,  pouvait  s'in- 
finuer  dans  (on  corps  de  la  manière  ci  -  delfus  , 
pour  lui  caufer  la  Pefie ,  qu'il  a  eu  le  bonheur 
de  lurmonter. 

Que  tout  corps  eîl  fufceptible  d'être  em- 
pefté  ,  &  de  communiquer  la  Contagion  à  tout  in- 
dividu qui  le  toucherait ,  je  vais  ici  rapporter  quel- 
ques Ohfervations  i  comme  les  plus  propres  d  le 
démontrer. 

Un  Ouvrier ,  d'un  Bourg  proche  de  Mofcou  , 
appelle  Selo  -  Poufchhino  ,  ayant  vu  mourir  dans 
cette  Capitale  ,  où  il  travaillait  ,  beaucoup  de 
perfonnes  qui  occupaient  la  même  maifon  que 
lui ,  s'en  retira  ,  dans  le  deifein  de  .rejoindre  fa 
Femme.  Avant  de  s'en  aller  ,  il  acheta ,  par  ha- 
fard ,  une  Coëffure  pour  lui  en  faire  préfent.  Cette 
Çoeffure ,  appellée  Kakofchnik  _,  avait  appartenu  a 


i^k)  Voyez  Mon  Mémoire  fur  l'Inoculation  de  la  Pefle, 
«ce.  pag.  14. 


'5  o  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mo/cou  , 

une  Perfonne  morte  de  la  Maladie  qu'on  n'envlfa* 
geait  pas  encore ,  dans  ce  temps  ,  comme  la 
Pefie.  C'était  déjà  juftement  un  Germe  fatal,  qui 
devait  la  reproduire.  Ce  Malheureux,  fa  Femme, 
fes  Enfans ,  le  Bourg  prefqu'entier  ,  devinrent  la 
yiclime  de  fon  bon  cœur,  &  à  peine  réchappa-t-il 
quelqu'un  des  Habitans  (/).  . 

Dans  la  Petite  Ruflle  ,  la  Ville  de  KoféletT^  fut 
aufli  empeftée  de  la  même  manière.  Un  KaLitant 
ayant  été  ^xKïovj  [m)  ,  dès  le  commencement  des 
ravages  que  la  Pefte  y  faifait,  acheta  wyi  ItLinuau, 
qui  avait  aufli  déjà  ce  fatal  Germe ,  &  en  rerciir- 
liant  chez  lui ,  il  y  apporta  avec  ce  Mûiiteau.  j  la 
Contagion,  qui  infeÂa  toute  {zMaifonj  &  beau- 
-coup  d'autres  qui  y  eurent  quelque  communica- 
tion {  n). 

Pareil  cas  arriva  dans  une  maifon  à  Kiow  ,  pen- 
dant que  la  Pejle  ravageait  cette  Ville.  Un  Chat  de 
la  m.aifon,  où  tout  le  monde  était  péri  par  hPeJie  j 
étant  entré  daîis  une  autre  maifon  l'empoifonna  j 

(  /}  Voyez  le  Mémoire  ou  la  Description  de  la  Pefte, 
qui  a  ravagé  l'Empire  de  Rufîîe  ,  fur -tout  MoTcou ,  &c. 
page  j6 ,  Se  ci-delTous  le  xxxii*.  §.  de  cette  même 
Partie. 

{m)  Voyez  ci-defTus  dans  le  iii%  §.  note  r,  &  ci-deflbus 
le  xxxii^.  §.  de  cette  même  Partie. 

(/z)  Je  tiens  cette  Obfervation  de  M.  JtulinsÂy ,  autre- 
fois Chirurgien-Major  d'un  Régiment  de  Cavalerie,  préfen- 
teraent  Dodleur  en  Médecine ,  fort  connu  &  fort  eftiraé  des 
Savans  de  Londres ,  &c.  &  dont  notre  Corps  de  Médecine 
regrettera  toujours  beaucoup  la  perte.  Sa  faible  fanté  le  met- 
tant hors  d'état  de  fupporter  l'intempérie  de  notre  Climat, 
Fa,  pour  ainfi  dire  ,  forcé  de  s'expatrier  pour  faconfervation. 
On  fait  cju'il  eft  orné  d'une  profonde  érudition  ,  dont  il  peuc 
^commodément  donner  des  preuves  en  /mit  Langues.  En  un 
«lot^'ori'd'ev^ait  le  regarder  comme  le  premier  de  nos  Mé- 


^S-tON  MEÔ/^^^ 


Première  Parue.  51, 

^e  manière  que  toute  la  Famille  devint  la  proie 
de  la  Pejle.  Cet  événement  ii-fâclieux  eft  connu 
de  tout  le  monde  à.  Kiow,  Preuve  que  les  Animaux 
ne  s'empoiibnnenr. jamais  eux-mêmes  par  cette 
Pejie  j  qui  eft  un  Fléau  fi  redoutable  au  Genres 
Humain  j  &  n'en  périlTent  jamais  j  mais  que  le  Ke- 
nin  peftilentiel  adhère  à  leurs  Poils  j  &  qu'ils  em- 
pelcent ,  de  cette  manière ,  beaucoup  de  monde  (0). 
Cela  prouve  ,  qu'il  y  a  bien  des  voies  différentes , 
par  lelquellesun//2a'mi/z/peut  s'empefter,  fans  qu'il 
s'en  apperçoive.  Ces  Obfervations  pourront  être 
un  exemple  des  plus-trappants  ,  d'où  on  doit  con- 
clure qu'il  n'y  a  d'autre  moyen  de  s'empefter  que 
le  Conraci. 

§.     X  V  L 

J'ai  dit  plus  -  haut ,  qu'un  Domejîique  mourut  l 
comme  iubitement ,  de  la  Pejîe.  J'en  ai  va,  plu- 
fieurs  autres ,  tomber  &  mourir  j  mais  ce  n'était 
pas  mourir  de  la.  première  atteinte  de  la  PeJîe  , 
comme  on  le  prétend.  Ces  prétendues  morts  fu- 
bites  font  encore  une  erreur  ,  dont  il  faut  détrom- 
per le  public.  Un  Homme  empefté  ,  qui  a  lutté 
contre  l?. Maladie,  fans  que  les  Symptômes  internes. 
Se  les  Signes  externes  ,  qu'il  doit  éprouver  ,  fe 
foient  déclarés  ,  fuccom^be-t-il  fous  leur  violence  ? 
Non.  Un  Homme  fimple  voit  tomber  un  Malade 
empefté  ,    ol   mourir   fubitement  ,    il  conclue  à 


(<?)  Cette  Ohfervation  y  entre  autres' demandes  que  j'ai 
faites ,  au  fujet  des  ravages  que  la  Pejîs  avait  taiiS  à  Kiow , 
m'a  été  communiquée  à  taris  ,  par  une  Lettre  du  R,  P.  Jac, 
Biiliawsky  ,  Archiprêtre  &  Membre  du  Confiftoire  en  cette 
Ville.  Voyez  ci-defTous  dans  le  viii'.  §.  de  la  Troifîeme 
Partie ,  noce  <■. 

Di[, 


j  1  Mémoire  fur  la  PeJIe  de  Mo f cou  j 

rinftant  que  la  Pejle  l'a  tué  comme  un  coup  de 
foudre.  11  publiera  ,  par  -  tout  ,  qu'il  a  vu  lui- 
mcme  tomber  du  Monde  ^  &  mourir  fubitement. 
Le  Kécït  vole  de  bouche  en  bouche  ,  &  s'accrédite  , 
au  point  qu'il  paife  pour  un  Fait  inconteftable.  De 
là  ces  Fables  répandues  dans  l' Univers ,  &z  auxquelles 
les  Fajles  de  la  Médecine  femblent  avoir  imprimé 
le  Sceau  de  la  vérité. 

Rien  de  plus  faux  ,  cependant ,   que  ces  ^Jjèr- 
lions ,  dont  le  preftige  s'évanouit  au  flambeau  de 
V Obfervation.  J'ai  vifité  moi  -  même ,  &  à  pluiieurs 
reprifes  différentes  ,  les  Cadavres  de  ceux  que  le 
Peuple    de   Mofcou  difait    morts  fubitement ,  & 
ils  m'ont  toujours  offerts  des  Signes  externes  ,  qui 
indiquaient  que  depuis  dix  ^  dow^e  Se  quinze  joius  y 
ils  avaient  été  attaqués  de  la  Maladie ,   dont  ils 
étaient  morts.    La  Pejie  ne  nous  tue  donc  point 
comme  un  Gas  méphitique  ,  ou  un  Air  privé  de  fon 
élafticité.    C'eft  une  Maladie ,  fufceptible  de  Gué-^ 
rifon  ,  comme  toutes  les  autres.   C'eft  une  Fièvre , 
qui  a  fon  Cours  réglé ,-  lorfqu'ell^uit  {qs  Périodes 
ordinaires  j  de  qui ,  lorfqu'elle  s'en  écarte  ,  produit 
quelquefois,  comme  les  Fièvres  les  plus-fimples, 
des  événemens  inattendus  ,    que  l'on  qualifie  de 
Subits  ,  pour     pallier    l'inadvertance.    Elle    n'at- 
taque que  ceux  qui  ont  eu   quelque  Contact ,  ou 
à  des  Corps ,  ou  à  des  Hardes  peftiférés  ,  autrement 
jamais  Perjonne  i\Qn  -fera  infedé  [*  ). 


(*)  On  verra  la  fuite  des  Nous  de  ce  §;  c'eft-à-dire ; 
il ,  o  ,  p  -,  tj  ,  r ,  f,  t  ^  u  ,  V  ,  w ,  X  ,jy  &  f ,  ci-deffus  dans  le 
3;iv%  §,  depuis  la  page  36^  jufqu'à  la  3P% 


Prcmicrc  Partie,  55- 

§.    X  V  I  I. 

J'ai  déjà  donné,  ci-defTus  (^)  ,  les  Obfcrvaûons 
\ç.i  plus -frappantes  ,  pour  prouver  que  la  Pcjîe  ^ 
(es  trois  degrés^,  cSc  qu'elle  nous  attaque  le  plus 
violemment  ,  3c  au  moindre  Contact  ,  dans  fou 
degré  du  Milieu.  Il  eft  ici  plus-tacile  de  prouver  , 
encore  plus-amplement,  la  Vérité^  de  ce  que  j'avance, 
que  la  Fcjlo,  eft  toujours ,  en  quelque  lieu-  que  ce 
foit ,  dans  le  degré  du  Milieu  de  fon  cours  ,  la 
plus  dangereufe  ,  par  fa  Contagion.  Ce  qui  fit  que, 
ni  mon  Prédécejjcur^  ni  aucun  autre,  nefutempellé , 
c'eft  qu'ils  ne  fe  trouvèrent  tous ,  les  uns ,  qu'au 
degré  du  Commencement  de  fon  invafion ,  les  autres 
à  la  Fin. 

Pour  confirmer  de  plus  cette  Vérité ,  il   fufïît  de 
jetter  un  coup  d'œii  fur  le  Nombre  de  perfonnes 
mortes  à.  Mofcou ,  pendant  tout  le  temps  que  ce 
Fléau  dépeupla  cette  Ville.  Ce  Calcul  eft  dillribué 
par  chaque  Mois  de  l'année  (  c  )  ,  fuivant  le   Cours 
de  l'Epidémie  ,  &  démontre  que  ,  fi  la  Pejie  n'avait 
pas  ,  dans  le  degré   du  Milieu  ,  un   venin    plus- 
contagieux  ,  plus  -  fubtil ,  &  plus  -  volatil  que  dans 
les  autres ,  on  ne  verrait  pas  qu'elle  fit  périr  beau- 
coup plus    de  Monde  dans   les  mois   d'Août^  de 
Septembre  j  d'Oclobre  _,  Se  au  commencement  de 
Novembre  j  que  dans   les  mois  d'Avril  j  de  Mai  j 
de  Juin  j  &  au  commencement   de  Juillet  j  anifi 
que  dans  les  Quatre  derniers  ,  je  veux  dire.  Décem- 
bre _,  Janvier  ,  Février  j  Se  Mars ,  où  elle  était  beau- 


{l>)  Voyez  le  kiv'.  §,  page   -^6  &  Cuiv. 
(c)  Voyez  ci-deiTous  le    x  x  x  i'.   §.  de  cette  même 
Partie. 

Diij 


■j4  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou  j 

coup  moins  meurtrière.  Auffi  les  Alalades  ,  au  Com" 
mencement  de  fon  invaiion  ,  &  vers  la  Fin ,  n'a- 
vaient-ils que  des  Bubons,  tandis  que  dans  fon  degré 
du  Milieu ,  ils  étaient  très-rares ,  &  que  les  Cadavres 
étaient  couverts  de  Charbons  &  de  Petechies ,  parmi 
lefquelles  il  s'en  trouvait  moins  de  petites  que  de 
grandes.  Les  mêmes  événemens  ont  fourni  ,  à 
Nief^m  (  c  )  &  à  Kiow  (  ûf  ) ,  les  mêmes  Obferva- 
tions. 

C'eft  ,  d'après  elles  ,  que  j'ofe  conclure  que  la 
Contagion  pcftilentielle  ne  fe  propage  pas  fuivanr 
la  Difpojidvfi  des  corps  \  mais  fuivanr  la  Différence 
des  degrés  de  fon  Invajion.  Qu  un  Homme  fain  foigne 
les  Peftiférés,  lorfque  la  Pejle  eft  à  fon  comble ,  ôc 
qu'il  ne  fe  garantiiTe  pas  du  Contact  des  Corps  , 
ou  des  Hardes  erapefcés  j  fut-il  la  fanté  même  ,  il 
n'évitera  point  la  Contagion  ,  &  le  venin  aura  , 
à  peine ,  glilTé  dans  fon  Corps ,  qu'il  excitera ,  dans 
toute  l'CEconomie  animale  ,  les  troubles  les  plus 
affreux  ,  &  produira  ,  au  dehors  ,  les  plus  dange- 
reux Signes  externes  j  tandis  que  ces  dérangemens 
feront  beaucoup  moindres  ,  fi  le  même  défaut  de 
Précautions  lui  arrive  à  toute  autre  époque  de  fon 
Cours.  Cependant  il  avoit  toujours ,  &  en  tout 
temps,  la  même  Difpofition  de  corps,  &c  j'ai  déjà 
prouvé  que  VAir,  même  dans  le  temps  le  plus  dan- 
gereux ,  ne  nous  infeéte  jamais. 

J^t  qu'on  ne  dife  pas  avoir  vu  quelqu'un  qui ,, 
après   s'être  allîs    à    côté    d'un    Peftitéré ,    s'être 


{c)  Ville  de  la  Petite  - Ruffie  ,  VOukraïne,  &  Rédcîence 
J'un  Régiment  des  Piquigners ,  de  ce  nom ,  fîtuée  fur  la 
Rivière  à'O/îra. 

{d)  Voyez  ci-defTus  dans  le  m*.  §,  note  s. 


Premiers  Partie.  ç  j 

couché  avec  lui  dans  fon  lit  ,  &cc.  n'aura  pas  été 
infecl:é  ^  ces  fables ,  qui  s'accréditent  de  loin ,  s'éva- 
nouilTent  au  flambeau  de  l'obiervation  ;  car  la  Pejlc 
s'inliiiue  toujours  par  la  voie  du  Contact^  à  quelque 
Degrc  qu'elle  foit  j  hit-elle  à  fon  degré  du  Com- 
mencement ou-  vers  la  Fin.  Il  eft  vrai  qu'il  ne  faut 
point  prendre  alors  d'aulîi  rigoureufes  Précautions , 
crainte  de  décourager  les  autres  Perfonnes  faines , 
qui ,  peut  -  être  ,  tomberaient  malades  de  la  feule 
crainte  ,  &  même  en  mourraient.  C'eft  pour  cela 
qu'on  doit  ,  chaque  fois  ,  obferver  bien  fcrupu- 
leufement ,  quel  eft  le  Degré  de  la  Pefte  ,  dans 
lequel  ce  cas  eft  arrivé  j  car,  li  c'eft  dans  le  degré  du 
Milieu  ,  on  doit  dire  ,  fans  héfiter ,  qu'une  telle 
perfonne  fera  immanquablement  empeftée  ,  & 
qu'il  faut  prendre  toutes  les  Précautions  ,  pour 
garantir  les  autres.  Je  parle  d'après  l'expérience  y 
Se  je  crois  ,  après  avoir  approfondi  la  Marche  ^ 
les  Symptômes  internes  ,  &  les  Signes  externes  de 
ce  terrible  Fléau  ,  pouvoir  mériter  la  coniiance 
qu'infpire  l'amour  de  la  vérité. 

§.    X  V  I  I  I. 

C'eft  cet  amour ,  qui ,  relativement  à  la  PeJIe  \ 
me  conduit  de  préjugé  en  préjugé  pour  les  com- 
battre. Cette  Maladie  ,  aifure-t-on  ,  peut  ,  dans 
fon  Cours  d'Invafton  ,  en  quelque  lieu  que  ce 
foit  ,  attaquer  la  même  perfonne  Plujieurs  fois. 
J'ofe  encore  aflurer,  avec  ceux  qui  font  de  mon 
Syfième  ,   le  contraire  (*)  ,  &  je  prétends  le  dé- 

(*)  Voyez  TiMONÉ,  Phiiofoph.  Tranfad.  n°.  364,  oïl 
cet  Auteur  démontre  que  la  Pefte  n'attaque  pas  plujieurs 
fois  la  même  Perfonne. 

Diy 


'5(î  Mémoire  fur  la  Pefu  de,  Mo/cou  ; 

montrer.   Voici  mes  Ohfcrvatïons  à  ce  fujet.' 

Si  la  Pefle  pouvait  nous  attaquer  Plujleurs  fois  J 
dans  fon  Cours  d'invafion  ,  de  la  même  année  , 
pourquoi,  renfermé  dans  l'Hôpital  du  Monaftere 
Symonovjsky , .  lorfque  je  me  trouvai  réduit  à  la' 
dernière  extrémité  ,  en  foignant  les  Pejliférés ,  vu 
que  tous  ceux  qui  devaient  m'aider  ,  de  tous  mes 
Infirmiers  ,  étaient  morts ,  je  fis  venir  de  l'Hô- 
pital du  Monaftere  Ougréfhinsky  ,  Quatre -Vingt 
hommes  ,  pour  m'aider  de  leur  fecours  [e).  Ils 
avaient  déjà ,  tous  ,  furmonté  la  Maladie  ,  il  eft 
vrai  j  mais  ils  arrivaient  dans  l'Hôpital  du  Mo- 
naftere Symonowsky ,  au  moment  le  plus  cruel ,  où 
la  Pefic  était  dans  toute  fa  vigueur.  La  Contagion 
fe  communiquait  avec  la  dernière  promptitude  ,  & 
la  Nature  fuccombait  de  toutes  parts.  Il  n'eft  pas 
difficile  d'imaginer  à  quelles  dangereufes  fatigues 
furent  expofés  ,  à  caufe  du  grand  nombre  de  Ma^ 
ladcs  (/)  qu'ils  devaient  foigner ,  zç.s  braves  Auxi- 
liaires ,  que  l'Amour  de  l'Humanité  avait  amenés. 
Cependant  ,  aucun  d'eux  ne  fut  empefté  une 
féconde  fois  ,  ni  dans  cet  Hôpital  ,  ni  dans  les 
autres,  où  ils  allèrent  enfuite,  de  leur  propre  moui 
vement ,  fervir  les  Malades  pendant  tout  le  refte 
du  temps  que  la  Pefie  régna  à  Mofcou.  Ce  Phé- 
nomène eft-il  aflez- frappant ,  pour  conclure  que 
le  mal  de  la  Pefte ,  une  fois  entièrement  furpafé , 
ne  revient  plus  dans  la  même  épidémie  de  la  même 
année  ? 


[e)  Voyez  le  xxvi''.  §.  de  cette  Partie,  où  je  parle  de 
ces  Quatre-vingt  hommes  ;  &  dans  3Ia  Lettre  à  rAca\Jémie 
de  Dijon ,  avec  Réponfe  à  ce  qui  a  paru  douteux  dans  Mqh^ 
Mîinolre  fur  l'Inoculation  de  la  Pelle,  l'Article  V*« 

(/}  Voyez  le  xxvi^  §.  de  cette  Partie. 


Première  Partie,  57 

Nouvelle  Ohfervatiojî  ,  non  -  moins  àèciÇwQ, 
Comme  j'étais  encore  à  Boukoreft ,  avec  le  Rcgi- 
ment  Kaporsky  ,  la  Pefte  attaqua  un  Barhicr  de  ce 
Régiment.  Il  fut  envoyé  à  l'Hôpital  peftiféré,  &; 
guéri  par  les  foins  de  M.  Krajowsky  [g]  ,  qui 
en  était  Chirurgien  -  Major  j  mais  ,  après  fa  gué- 
rifon  5  il  lui  fut  ordonné  ,  par  {es  Supérieurs  ,  d'y 
refter  tant  que  la  Pejie  régnerait  dans  la  Ville. 
Il  y  relia  en  effet,  8c  prit  foin  d'aider  le  Chirur- 
gien dans  la  Guérifon  des  Pejliférés ,  qui  y  entrèrent 
tout  le  temps  qu'exifta  l'Hôpital.  A  peine  eut-il  reçu 
fon  congé  ,  qu'il  vint  me  voir  à  Mofcou ,  où  il 
paiïa  pour  aller  â  fa  garnifon.  Entr'autres  dé- 
tails ,  il  m'annonça  la  mort  de  pluiieurs  de  mes 
Confrères  très- habiles,  &  de  qui  on  pouvait  atten- 
dre ,  fur  la  Pefte  ,  les  Ohfervaùohs  les  plus-frap- 
pantes. Il  m'en  fit  en  même  temps  faire  une  ,  qui 
eil:  pour  affermir  mon  Syjlême  ;  c'eft  que  ,  pendant 
tout  le  refte  de  fon  féjour,  à  l'Hôpital  de  Bouko^ 
reji ,  il  n'avait  point  été  infeété  une  féconde  fois , 
malgré  les  fatigues  qu'il  y  avait  elTuyées  ,  pendant 
iî-long- temps  ,  &  les  dangers  continuels  qu'il  avait 
encourus. 

Ces  Phénomènes  ne  font-ils  pas  aifez  frappants  ,' 
pour  conclure  ,  que  le  mal  de  là  Pefte  ,  une  fois 
entièrement  furpaifé ,  ne  revient  plus  dans  le-mème 
Cours  d'Invafion ,  comme  je  l'ai  déjà  dit. 

Mais  n'allons  pas  plus  loin  ^  fî  la  Pejle  attaquait 
plufieurs  fois,  dans  le -même  Cours  de  fon  Invaiion, 
ceux  qui  ont  une  fois  pleinement  triomphé  de  fou 
intection  ,  nous  aurions  au  moins  trouvé  quelques- 
unes  de  ces  triftes  vidimes ,  pendant  tout  le  temps 

{§)  Voyez  ci-defTus  le  x".  §,  ci  defTous  le  xix\  £:  dans 
le  xxv^.  de  cette  Paide,  note  /. 


5  S  Mémoire  fur  la  Pejïe  de  Mofcou  j 

que  la  PeJIe  a  ravagé  Mofcou  ,  qui  eût  été  empefté 
deux  fois  •  mais  malgré  toutes  les  recherches  ,  il  ne 
s'en  eft  trouvé  aucune  ,  &  nous  n'avons  pas  même 
oui  parler  d'une  feule  ,  non  plus' que  dans  les  autres 
Villes  de  Ruffie  ,  où  ce  Fléau  s'était  répandu.  Il 
faut  donc  qu'on  n'y  foit  expofé  quiine  feule  fois. 

§.     XIX. 

Pour  ne  point  être  empefté  deux  fois  ,  dans  le 
même  Cours  de  l'Invafion  ,  où  la  Pejle  fait  fes 
ravages  ,  n'y  a-t-il  pas  quelques  conditions  nécef- 
faires  à  celui  qui  a  été  empefté  pour  la  première 
fois?  Oui  ,  quiconque  a  été  une  fois  empefté,  doit 
abfolument  fe  foumettre  à  la  condition  de  furpajfer 
tout-ii-fait  la  Pefte  ,  &  de  s'en  guérir  radicalement. 
Voici  comment  je  m'explique  à  ce  fujet. 

Si  quelqu'un  a  un  Bubon  peftilentiel ,  en  quelque 
Région  du  Corps  que  ce  foit ,  il  faut  abfolument , 
qu'après  une  parfaite  maturité  (  A  ) ,  il  foit  ouvert 
par  une  incijion  ,  afin  que  le  pus  forte  ,  que  l'abcès 
fe  dégorge  parfaitement  ,  Se  que  la  Plaie  fe  gué- 
rifte  tout-à-fait.  La  -  même  ehofe  doit  s'entendre 
des  Charbons  ,  dont  la  Séparation  totale  des  chairs 
vives  eft  inévitablement  nécelfaire  (  i  ) ,  pour  qu'il 
s'y  forme  une  cicatrice  faine  &  complette.  Ce 
ii'eft  qu'après  l'entière  guérifon  des  Signes  externes , 
qu'on  doit  conclure  ,  avec  certitude  ,  que  telle 
perfonne  a  tout-à-fait  furpajfé  la  Pefte  \  parce  que , 
quand  les  Plaies  externes  font  totalement  guéries. 


{h  )  Voyez  cl-defTous  dans  le  vii°.  §.  de  la  Seconde  Partie^ 
{i)  Voyez  au  même  endroit,  n**.  il*- 


Première  ParùK  5f 

^*eft  une  preuve  certaine  que  la  Fièvre  ,  ôc  les  autres 
Synijuomcsïmeines-ont  dilpara  par  avance  (/(:)j 
^-  Il  même  ,  par  un  liafard  ,  c]ue  je  ne  prcfume 
pas  ,  on  venait  encore  à  fentir  quelque  mal-ètre  , 
il  n'y  aurait  rien  de  mortel.  Ainii  ,  quiconque  aura 
furp.2jji  la  Pelle  de  cette  manière  ,  celui  -  là  n'en- 
courra aucun  danger ,  &  ne  doit  pas  craindre  de 
la  gagner  une  féconde  fois, 

§.    XX. 

On  m'obje6tera  ,  peut  -  ccre  ,  qu'en  Moldavie  , 
en  ValacKie  ,  &:  fur-tour  en  Turquie  ,  il  fe  trouve 
des  Perfonnes  ^  qui  ont  été  plufieurs  fois  infedtées 
de  la  Contagion  peftilentielle  :  d'autres  qui ,  après 
la.  féconde  j  la  quatrième  ^  ou  peut-être  la  dixième 
attaque  ,  font  enfin  fuccombées  fous  la  violence  du 
mal.  Je  l'ai  moi-même  oui  dire  dans  zq^  P<^y^  S 
mais  VObjeciion  n'en  ps.raît  pas  plus  concluante 
contre  mon  Syfieme,  En  effet ,  je  n'ai  jamais  vu 
pareille  chofe  ,  pendant  la  Pefle  de  Mofcou ,  quoi- 
qu'elle y  ait  ravagé  le  Peuple  Dou-^e  mois  confé- 
cutifs  (  *  )  5  cependant  ,  fi  l'on  examine  bien  en 
quel  temps  cts  Perfonnes  ont  été  attaquées  à  diverfes 
Reprifes,  on  verra  que  ce  n'a  été,  m  lam.ême  année, 
ni  dans  le-même  Cours  de  fon  ïnvafion  ,  ni  dans 
fes  mêmes  trois  degrés.  Je  ne  prétends  pas  moi-même 
démontrer  que  la  Pejie  ne  puifTe  infecter  une  per- 
ionne plufieurs  fois  dans  fa  vie  ,  mais  je  foutiens  que 
ce  ne  peut  arriver  que  dans  différentes  années ,  & 
par  conféquent ,  dans  différents  Cours  de  fon  In- 


[k)  Voyez  clans  Ala  Lettre  fur  les  Expériences  des  Fric- 
tions'Glaciales  pour  la  guérifon  de  la  Pefte ,  &c.  pag.  43?. 
{*)  Voyez  ci-defîousle  xxxi%  §.  de  cette  raême  Farcie. 


^o         Mémoire  fur  la  Pefte  de  Mofcou  _, 
vafîon  j  &  je  démontre  ,  qu'elle  n'empefte  perfoiift«? 
deux  fois  dans  le  même  cours  de  fes  trois  degrés. 
Voici  comment  on  doit  le  comprendre. 

Suppofons ,  par  exemple  ,  que  la  Pefe  ,  etl  quel- 
qu'endroit  que  ce  foit ,  ait  duré  plus  d'un  an  ,  ou 
bien ,  comme  celle  de  Mofcou  ,  Dou^e  mois  con- 
fécutifs  3  &  qu'après  une  telle  durée  ,  fon  Germe  ^ 
après  avoir  pris  toutes  les  Précautions  néceiTaires , 
ait  été  tout-à-fait  détruit ,  au  point  qu'il  n'y  ait 
aucun  rifque  de  s'empefter  encore.  Dans  toute  cette 
durée  ,  on  ne  doit  pourtant  confidérer  ,  &  com- 
prendre ,  qu'un  feul  Cours  de  fon  Invafîon.  On 
ne  doit  cependant  pas  oublier  l'époque  de  fes  trois 
degrés  ;  c'eft-à-dire  ,  le  commencement  _,  le  milieu  ^ 
Se  Iq déclin  ou  Izfn.  Or ,  je  prétends  que ,  quiconque  , 
dans  un  tel  laps  de  temps  ,  aura  été  empefté  ,  & 
l'aura  tout-à-fait  furpajfée  cette  fois -là  ,  celui-là 
ne  fera  plus  infecté  pendant  le  refe  de  la  durée, 
de  tout  ce-  Cours  de  fon  Jnvafîon. 

Suppofons  ,  au  contraire  ,  qu'après  trois  ^y  quatre  ^ 
fx  j  dix  ans  ,  &  même  plus  ,  la  Pejle  reparailfe 
dans  ce-même  endroit ,  à  Mofou-meme  fuppo- 
fons,  on  doit  confidérer  cette  féconde  entrée,  comme 
un  fécond  Cours  d'Invafion  ,  &  qui  doit  avoir 
{es  trois  degrés  ,  alors  les  Perfonnes  qui  doivent 
abfolu ment  être  ,  par  devoir,  auprès  des  Malades 
peftiférés  ,  •  pour  les  guérir  ,  pour  les  fecourir  ,  ou 
pour  les  fervir  j  en  un  mot  ,  tous  ceux  qui  ne 
peuvent  éviter  le  Contacl ,  quoiqu'ils  aient  été 
empeftés  ,  dans  un  premier  Cours  d'Invafion  ,  peu- 
vent être  empeftés  dans  celui-ci  pour  la  féconde 
fois  ,  &  mourir  ou  la  furpajfer  encore.  Je  foutiens  , 
cependant ,  comme  je  l'ai  déjà  fait,  que  ce  ne  fera , 
'  ni  la-même  année  ,  ni  dans  le  -  même  courant  de 
la-même  Epidémie  j  de  manière  que  fi  on  dit  que 


Première  Partie.  ?i5 

quelqu'un  a  été  deux  fois  empeftc ,  il  £iut  abfolu- 
nient  le  louvenir  de  cette  dijlinciion  ,  par  laquelle 
on  peut  reconnaître  ,  qu'il  ne  l'a  été"  que  dans  diffé- 
rents Cours  de  llnvalion  de  la  Pcjie  ;  mais  c|uelle 
eft  la  raifon  pourquoi   elle  ne   nous   attaque  pas 
deux  fois  de  fuite  dans  le-même  Cours  de  fon  Inva- 
fion  èc  de  les  trois  degrés  (  /),  &z  qu'elle  nous  atta- 
que cv  nous  fait  quek]uei:ois  mourir  dans  les  autres? 
J'avoue  ,  de  bonne  loi  ,  que  je  ne   puis  donner 
raifon  d'un  pareil  Phénomène.   Cependant ,  je  ne 
i'envifage  que  comme  les  attaques  de    toutes  les 
autres  Maladies  que  nous  voyons  tous  les  jours  , 
qui  ,  par  la-même  caufe ,  ont  de  femblables  Phafes  , 
Bc  qui  fe  reproduilent  dans  des  temps  quelquefois 
très-éloignés  les  uns  des  autres.  Mais  que  ce  Phé- 
nom.ene  ,  dans  la  Pefte  ,  n'eft  pas  moins  réel ,  je 
puis  en  fournir  des  preuves. 

I.  Dans  le  temps  que  M.  Orreus ,  Médecin  ,  & 

M.  W^ifçhatitshy ,  Chirurgien,  foignaient  enfemble 

Its  Pejliférés  ,    dans  l'Hôpital  de  YaJJi  {  m) ,  ce 

dernier  fut  infedré ,  &  eut  le  bonheur  d'échapper 

aux  cruels  Symptômes  qu'il  éprouvait  cette  fois  là. 

Son  Régent  fut  obligé  d'aller  enfuite  à  Boukorejl , 

où  nous  nous  rencontrâmes  \  mais  nous  n'y  reliâmes 

pas  long  -  temps    enfemble.    Le    fort  voulut  que 

M.  W^^ifchatitsky ,  remplaçât  un  -de  nos  Confrères  , 

M.  Krafowsky  ,  que  la  Pefte  avait  fait  périr  dans 

l'Hôpital  du  Monaftere  Grec  [n]  ,  où  il  donnait 

fes   loins   à  nos  Soldats   empeftés.  Ce  fut-lâ  que 

M.   Wifchatitsky  ,  Rit  lui  -  même  victime  de  cette 

cruelle  Maladie.  Cet  habile  Chirurgien.  d-vAt  furpaffé 


(/)  Voye::  ci-dslTus  le  XVIII^  $. 
(  7/2  )  Voj- ez  ci-defTus  le  x'.  §. 
]^r.)  Voyez  le  même  §,' 


Cj.  Mémoire  fur  la  Pefte  de  Mojcou  3 

la  Pefie^  étant  dans  l'Hôpital  de  Yaffi,  Ôc  n'en  avair 
plus  été  attaqué ,  quoiqu'il  fût  refté  dans  cet  Hôpital 
jufqu'à  l'extinétion  totale  de  la  Pejie  j  mais  en  rem- 
plaçant fon  Confrère  ,  M.  Krafov^sky,  auiTi-habile 
Chirurgien  que  lui ,  dans  l'Hôpital  de  Boukorejl , 
il  en  fut  attaqué  de  nouveau  ,  en  i-j-j2.  ,  &  il 
y  mourut  viciime  de  fes  fervices  ,  en  confervanc 
nos  Braves  Guerriers. 

II.  Pendant  mon  féjour  à  Boukorejl ,  j'avais  une 
Servante  ,  dont  le  Père  &c  la  Mère  étaient  morts 
àtlxPeJte^  ôc  elle  en  avait  été  attaquée  elle-même 
alors  pour  Iz  première  fois  •  mais  comme  elle  était 
dans  fa  tendre  jeunelTe,  elle  avait,  cette  fois  là,  heu- 
reufement  furpajfé  cette  cruelle  Maladie.  J'appris 
pourtant ,  à  mon  retour  à  Mofcou^  par  M.  Kojlréw  [o). 
Chirurgien,  que  cette  Malheureufe  Fille  avait  été 
empeftée  une  féconde  fois  j  &c  qu'elle  était  morte  j 
mais  il  y  avait  eu  un  laps  de  trois  années  d^intervalle 
entre  les  deux  atteintes ,  dont  la  dernière  lui  fut 
funefte.  Ce  ne  fut  donc  plus  le  même  Cours 
d'Invaiion  de  la  Pefte.    ' 

III.  Pareil  malheur  arriva  à  M.  Mitrofanow , 
qui,  quoique  iVfc^(^a7/2  très-habile,  ne  put  cependant 
fe  conferver  l'exiftence.  Il  avait  été  premièrement 
envoyé  à  Kiow^  pour  donner  Aqs  fecours  aux  Habi" 
tans ,  dans  le  temps  que  cette  Ville  était  le  plus 
cruellement  affligée  [p  ).  Il  y  fut  attaqué  lui-même , 
&  furmonta  heureufement  pour  cette  fois  la 
Maladie  j  mais  deux  ans  après  ,  obligé  de  fe  rendre 
à  la  première  armée  ,  il  fe  trouva  à  Boukorejl , 
iuftement  dans  le  temps  que  la  Pefe  ravageait  cette 
Ville.   Il  y  en  fut   attaqué  pour  la  féconde  fois  , 


(o)  Voyez  le  xxv".  §-  de  cette  même  Partiei 
[f)  Voyez  (iaus  le  même  §,  noce  /?. 


Première  Partie.  6^ 

âc  n'ayant  pas  aiTez  de  forces  pour  la  furpajjer ,  il 
en  hu  la  trille  vicilmc  ,  comme  tant  d'autres. 

Je  pourrais  encore  donner  pluiieurs  autres  Obfer- 
X'adons  fur  ce  lujet  ;  mais  celles  que  j'ai  données 
me  paraillent  luffilantes  pour  prouver  ce  que  j'ai 
avancé  :  encore ,  a-t^il  fallu  puifer  chez  l'Etrange 
que  la  Pejîc  ne  nous  attaque  jamais  (^ixune  fois ,  dans 
un  même  cours  &  dans  une-mème  année  j  car  à 
Mofcou ,  où  elle  n'a  régné  qu'une  année  ,  il  n'eut 
pas  été  polîible  de  trouver  que  la  même  Perfonne 
eût  été  infectée  complètement  deux  fois  ,  &  aucune 
occafion  n'en  a  fourni  de  Preuve  ,  puifque  la  Pejie 
n'y  a  fait  qu'un  Cours  ,  mais  les  autres  Obfervations 
données,  prouvent  que  la-même  Pefie,  après  quel- 
ques an/zzes ,  &  dans  un  autre  Cours  de  Ion  Inva- 
lion  ,  nous  infecle  pour  la  féconde  fois  ,  &  peut 
quelquefois  nous  faire  mourir. 

§.     XXL 

Vous-même  ,  me  dira-t-oii  ,  vous  avez  marqué 
dans  vos  Ecrits,  que  vous  avez  été  empefté rroij  fois 
la -même  année.  Si  l'on  fait  attention  à  l'explica- 
tion que  j'ai  donnée  fur  ce  mot ,  furmonter  ende'- 
rement  la  Pejle ,  la  contradiâiion ,  dont-on  m'accufe 
ne  fera  plus  qu'apparente.  Je  dois  ,  à  ce  fujet ,  faire 
le  Récit  de  ce  qui  m'eft  arrivé. 

J'étais ,  au  mois  de  Juillet ,  dans  l'Hôpital  pefti- 
féré  du  Monaftere  Ougréfchinsky  (  ^  )  ,  lorfqué 
la  Contagion  àQ  la  Pefte  m'alFaillit  pour  Iz  première 
fois.  Les  Symptômes  étaient  alTez  graves  ;  ils  difpa- 
rurent  néanmoins  ,  à  l'exception  d'un  Bubon  que  je 
portais  à  l'aine  ,  &  qui ,  le  jour  fuivant ,  fe  trouva 
coniidérablement  augmenté  j  cependant  ,    comme 

{q)  Voyez  ci-defTus  dans  le  xvi'.  §,  note  ^, 


<?4  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou  J 

tous  mes  autres  Symptômes  graves  étaient  calmés  ^ 
je  pouvais  déjà  me  lever  à  cette  époque  ,  &  me 
ptomener-mème  dans  ma  chambre.  Le  lendemain  , 
mes  Symptômes  étaient  encore  diminués ,  de  forte 
que  je  pouvais  déjà  fortir  de  la  maifon  pour  prendre 
Xdir  ,  quoique  la  douleur  de  mon  Bubon  ne  celTât 
pas ,  fans  pourtant  qu'il  s'augmentât.  Le  furlende- 
main,  je  me  trouvai  en  état  de  vifiter  mes  Mala- 
des. Mon  Bubon  feul  reftait  dans  le- même  état  ^ 
fans  auciui  ligne  de  Suppuration.  Enfin  ,  au  bout 
de  quelques  jours  ,  au  lieu  de  fuppuration ,  la  Kéfo- 
lutïon  totale  s'en  fit  \  par  conféquent ,  quoique  je 
fulïè  infeâ;é  de  ce  venin  peftilentiel  cette  fols  là  j 
comme  mon  Bubon  n'était  pas  diflipé  par  la  Sup- 
puration ,  il  eft  évident  que  le  venin  de  la  Conta- 
gion peftilentielle  était  rentré  dans  la  maife  du  fang , 
ce  qui  me  donna  bientôt  à  fentir  que  la  Victoire  , 
dont  je  me  flattais ,   n'était  qu'incomplette. 

En  effet ,  quelques  Semaines  furent  à  peine  écou- 
lées ,  que  j'éprouvai  les-mêmes  Symptômes  que 
\à. première  fois ,  avec  cette  différence ,  que  le  Bubon 
reparut  à  l'aine  gauche.  Les  Symptômes  fe  dilli- 
perent  comme  auparavant  ,  &  le  Signe  redoutable , 
au  bout  de  quelques  jours  ,  difparut  encore ,  fans  la 
moindre  Suppuration,  Je  ne  pouvais  donc  encore 
dire  pour  cette  fois  /à,  que  j'euife  entièrement  j^r- 
monté IzVeù-Q  y  car,  fans  une  parfaite -E'v^c:^^rio/7  de 
cette  matière  venimeufe  ,  foit  par  une  Suppuration 
du  Bubon  (  r)  ,  foit  par  une  Séparation  totale  du 
niort  d'avec  le  vif,  dans  le  cas  de  Charbon  [f), 
comme  cela  eft  abfolumentnécelfaire,  pour  s'alfurer 

(;•)  Voyez  ci-defTous  dans  le  v  1 1".  §.  de  la  Seconde 
Panic,  n°.  i". 

C/)  Voyez  au  même  endroit,  n°.  ii*. 

que 


Première  Partie.  C<^ 

ijue  le  venin  de  la  Contagion  n'infecflera  plus  les 
humeurs;  je  devais,  d'autant  que  le  venin  reliait 
encore  dans  mon  corps ,  m'attendre  a  un  troijieme 
choc  ,   qui  ne  tarda   pas  à  arriver. 

J'étais  déjà  pallé  à  l'Hôpital  du  Monaftere  Symo- 
nowsky  (  r  ) ,  où  cette  troijieme  fcene  fe  palTa.  Les 
Symptômes  furent  des  plus  terribles.  De  petites 
Pétcchi-es  me  couvrirent  tout  le  corps ,  ôc  je  fus 
obli2;é  de  garder  le  litune  femaine  entière.  Cependant 
j'eus  le  bonheur  de  furpajjer  ces  graves  Symptômes  , 
èc  de  fauver  ma  vie  pour  œiiQ  troijieme  fois .  A  cette 
époque  ,  S.  E.  le  General  de  Yéropkin  [u]  me  tira 
des  Hôpitaux  ,  pour  ne  me  plus  expofer  aux  cruelles 
irrigues  qui  m'attendaient  encore.  Je  fus  donc  trois 
fois  attaqué  de  la  Contagion  peftilentielle ,  mais  je 
ne  puis  direqu'uney^///e/oii',  je  V -xie  furmontée  entiè- 
rement ;  (Se  il  je  fulfe  encore  refté  dans  les  Hôpi" 
taux  ,  fans  doute  la  Pejle  eût  pu  me  livrer  un  qua- 
trième alTaut ,  dont  je  n'aurais  pu  fortir  vidorieux  ^ 
ôc  ne  l'ayant  pas  furw.ontée  ,  j'aurais  peut-être  pu 
mourir  ,  comme  bien  d'autres  ;  car  je  n'étais  poinc 
encore  content  de  la  manière  dont  je  m'étais  rétabli. 

Ces  quatre-vingts  hommes ,  dont  j'ai  parlé  ci- 
delfus  ,  qui  fervaient  les  Malades  peftiférés  con- 
fiés à  mes  foins,  n'avaient  plus  les -mêmes  crain- 
tes ,  parce  que  tous  leurs  Signes  de  la  Pefte  s'é- 
taient tout-à-fait  diiîipés  ,  à  l'aide  d'une  parfaite 
Evacuation  du  venin  peftilentiel,  par  \2l  Suppuration. 
des  Bubons  \  &  dans  les  cas  des  Charbons  ^  par  la 
Séparation   totale  du  mort  d'avec  le  vif.   Aulîî  les 


(/)  Voyez  ci-defTus  dans  le  xvi".  §,  note^. 
(«)  Voyez  ci-delTus  le  xiy%  §,  &  ci-deiTous  le  xxix' 
4e  eet:e  même  Partie, 

JE 


^<^  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou  y 

ai -je  vus  fervir  les  Pejiiférés ,  avec  le  plus-granA. 
courage  ,  &  la  plus  ferme  alTurance,  étant  surs  de 
n'en  point  être  attaqués  une  féconde  fois. 

Ce  n'eft  pas  que  je  prétende  ,  à  la  faveur  de 
ces  Obfervations  j  qui  me  font  particulières ,  exhor- 
ter témérairement  l'Univers  à  croire,  qu'il  fufïit 
de  ne  point  craindre  la  Pefle^^  pour  ne  pas  en 
être  la  vidtime.  A  Dieu  ne  plaife  que  je  penfe 
ainfi  !  Je  n'ai  eu  d'autre  intention  que  de  cfiiriper 
\qs  vaines  frayeurs  de  tous  ceux  qui,  après  avoir 
été  infeélés,  ont  furmpnté  tous  les  Symptômes 
d'un  mal  qu'ils  redoutent  encore ,  &  c'ell  par  ceux- 
là  même  que  j'ai  voulu  procurer  aux  malheureux 
Peftiférés  les  Secours  qu'on  ne  leur  rend  qu'eu 
tremblant.  Quel  avantage  ferait -ce  de  trouver, 
dans  le  temps  malheureux ,  où  la  Pefte  fait  fes  ra- 
vages ,  des  Perfonnes  qui  voulufTent  bien  rendre 
Service  à  une  Ville  empeilée ,  fur-tout  à  un  Hôpital 
peftiféré  ?  Puilfent  d'heureux  fuccès  couronner  mon 
attente  ,  &  prouver  à  tous  ces  grands  Génies  ,  qui 
font  l'admiration  de.  l'Europe  ,  une  vérité  aulîi 
utile.  Ce  ferait  pour  moi  la  plus-flatteufe  récom- 
penfe  de  mes  travaiLx.  \ 

§.     X  X  I  I. 

Je  parlerai  maintenant  de  Mon  Retour  de  l'Ar^ 
mée  à  Mofcou^  Capitale  de  ma  Patrie,  d'où  j'é- 
tais fi  éloigné  :  je  rapporterai  encore  les  Obferva-'^ 
lions  _,  que  j'ai  faites  au  fujet  de  la  Pefte,  en 
traverfant  la  Valachie  j  la  Moldavie  j  la  Pologne 
&  la  Petite  Rufjîe  ':  enfin  ,  je  dirai  quels  ont  été 
\qs  motifs  qui  m  ont  engagé  à  entreprendre  la  gué- 
rifon  des  Malades  peftiférés  dans  Iqs  trois  Hôpi- 


Première  Partie»  éy 

laùx  (v)  :  je  marquerai  au  plus-jufte  le  IStomhrt 
de  ceux  qui  font  péris  de  la  Pcjle  3  tanr  dans  les 
Hôpitaux  peiHFérés ,  que  dans  cetce  Grande  Kille 
Se  ailleurs  (w),  pendant  tout  le  malheureux  temps 
qu'elle  a  ravagé  l'Lmpire  de  Ruiîie ,  pour  que 
V Europe  j  informée  du  Nombre  des  morts  par  un 
Calcul  exact  (  a:  ) ,  fe  garde  bien  d'ajouter  foi  aux 
fables  j  qu'on  a  imprimées  ôc  débitées  au  fujet  de 
cette  Pejle. 

Lorfque  j'étais  encore  dans  l'Armée  générale 
en  Bejjarahie  j  près  du  Kagoul  {y)^  je  priai  le 
Collège  de  Médecine    (:^)   cie   fufpendre  les  fati- 

(v)  Voyez  ci-delTus  dans  le  xvi'.  §,  note  {-. 
(w-)  Mofcou  ,  Capitale  de  l'Empire  de  RufTie  ,  fut  fonde'e 
en  1147,  par  George  Wladimérowit^  ,  Grand-Duc 
de  Rullie.  Cette  Capitale  conlifte  en  IV  Villes  circu- 
laireiiient  renfermées  VUne  dans  V Autre.  La  première  ap- 
pelléc  ,  K  rende ,  ell:  au  centre,  fur  le  fommet  d'une  Collinâ 
aiïèz  élevée.  La  féconde  appellée  ,  Kitay  ,  figure  un  pre- 
mier Cercle.  La  troilîeme  appellée  ,  Btloi-Gorode  ,  figure 
un  fécond  Cercle.  Enfin  la  quatrième  ,  Sémlianoï-Gorode  j 
figure  un  troifieme  Cercle ,  &  qui  renferme  les  trois  autres. 
Cette  Capitale  a  4c  ^erjhs  de  citconféience  ,  ce  qui  fait  à- 
peu-près.  15  petites  Lieues  de  France.  Voyez  MM.  PclcuniN 
&  AluLLER  ,  dans  leur  Diftionnaire  Géographique  RulTe  , 
pag.  Î83  ;  &  C.  de  Mf.rtens  ,  Obfervat.  Aiedic.  de  Febrib* 
Putrid,  de  Pefte,  &c.  pag.  85. 

[x )  Voyez  dans  M^  Lettre  fur  les  Expériences  des  Fric- 
tions GlaciciL-s  pour  la  Guériion  de  la  Pefte  ,  &c.  pag.  13  ^ 
note  I  ,  imprimée  à  Paris  en  178!  >  réimprimée  la  même 
année.  Dans  le  Courur  de  TEuiope,  n°.  xxxvi'.  vol.  x% 
page  î8î  ,  &  dans  le  xxxi^.  §.  de  cette  même  Partie. 
{y)  \  oyez  ci-deflus  dans  le  Vil*.  §,  note  b» 
(^  )  Dans  l'Empire  de  Ruffie  ,  le  Corps  de  Médecine  en 
générai  cft  gouverne  par  un  CclUge  de  JPIcaccine  de  S.  M.  Im-* 
?ÉRIALE  5  Etabiillement  dont  nous  fommes  redevables  à 
Catherine  U.  U 'e(t  à  perpétuité  à  Saint  Péterfbourg,  & 
Son  Comptoir  à  Mofcou.  Ce  Célèbre  Collège  eit  compofé 
à' un  Fréfident ,  de  quatre  Médecins ,  d'«/2  Chirurgien-Major  3 

£lj 


69  Mémoire  fur  la  Pejie  de  Mofcou  ; 

gués  qui  m'avaient  fuccefiivement  caufé  une  Maf 
iadie  de  dix-huit  mois  ,  Maladie  ,  qui  avait  cruel- 
lement délabré  ma  lanté.  En  féjournant  à  Boa-* 
koreji  (^),  je  reçus  du  dit  Collège  la  permiilion  de 
quitter  l'Armée  ,  &  de  me  rendre  à  Orénbourg  [b). 

Ae  deux  Chirurgiens ,  &  à' un  Apothicaire.  Un  Médecin  & 
l/n  Coramiffaire  prélidenc  au  Compioli.  Ce  Collège  adroit 
de  gouverner  tout  le  Corps  de  Médecins  ,  de  Chirurgiens- 
Majors  ,  de  Chirurgiens ,  d'Apothicaires ,  &c.  d'avoir  Inf- 
peftion  fur  tous  les  Hôpitaux  de  l'Empire ,  fur  toutes  les 
Piiarmacies ,  &c.  d'élever  les  Sous-Chirurgiens  ,  les  Chi- 
rurgiens ,  les  Apothicaires  ,  Sec.  de  les  examiner  ,  de  les 
graduer  ,  &  de  les  envoyer  ,  vu  leurs  Talens  ,  dans  les 
différentes  places  fixées  par  les  Réglemens  ou  Statuts  de 
l'Empire  ,  où  ils  reçoivent  leurs  Appointemens  de  la  Cou- 
ronne. De  plus,  il  doit  examiner  le  plus-rigoureufement , 
tous  les  ÂÀédecins  qui  airivent  des  Pays  Etrangers,  &  qui 
n'ont  pas  encore  été  au  fervice  de  l'Empire.  Chacun  de  ces 
Médecins  doit  fe  foumettre  à  l'examen  de  ce  Collège ,  fans 
quoi  il  ne  peut  exercer  la  Pratique  en  aucun  endroit  de 
l'Empire.  Dans  l'Liftitution  de  ce  Collège  ,  S  M.  Impériale 
a  régie  qu'il  y  aura  toujours  un  de  fes  Membres  qualifié 
Secréiuire  favant  ou  doue.  Ce  Secrétaire  doit  fe  diftinguer 
par  fes  Talens  ,  favoir  plulieurs  Langues  ,  faire  connaiffance 
avec  les  Savans  de  l'Europe ,  être  en  Corrcfpondance  avec 
eux  ,  faire  les  Rapports  de  toutes  les  Nouvelles  découvertes 
dans  l'Art ,  &  leur  communiquer  toutes  celles  de  notre 
Empire.  Ce  Collège,  avec  tous  ces  Privilèges  particuliers, 
fut  fondé  en  1761  ,  par  Catherine  -  la  -  Grande  ,  qui 
voulut  bien  lui  accorder  une  Patente  ,  par  laquelle  le  Vré- 
Jîdent  a  droit  de  préfenter  direftement  à  S.  M.  Impériale, 
chaque  affaire  preflante  concernant  ce  Corps. 

{a)  Grande  Ville  de  la  Turquie  Européenne,  &  Capi- 
tale delà  Valachie  ,  Réfidence  du  Hofpodar  as  la  Valachiej 
c'eft-à-dire  du  Prince  régnant,  mais  qui  dépend  de  rEm", 
pire  Ottoman. 

[h)  Ville  de  la  Ruflie  Afiatique  dans  la  Tartarie  ,  fîtuèe 
fur  le  Fleuve  Yaïck.  Voyez  MM.  Polounin  &  Muller, 
<Jaiîs  leur  Didionnajre  Géographique  RwHè,  page  217  5c 
.ftiiv. 


Tremiere  Pardc  6^ 

Ea  traverfint  la  Valachie  pour  arriver  à  TaJJl  [c]  j 
■j'avais  examiné  cette  Maladie  dans  plufieurs  Cam-- 
pagnes  où  elle  régnait ,  &  à  mon  arrivée  dans  cqxxq 
Capitale  ,  je  m'en  étais  entretenu  avec  M.  le  Ba- 
ron 6!Afchj  Premier  Médecin  de  route  l'Armée. 
J'en  avais  aulli  difcouru  avec  M.  Timkowsky  ^ 
A^Iédecin  de  l'Hôpital-Général  de  cette  même  Ar- 
mée ,  lorfque  je  pafTai  par  la  Pologne.  J'en  avais 
enfuite  contéré  à  Kiow  avec  M.  Mitrofanow  (</), 
Médecin  très  -  habile  ,  qui  demeura  dans  cette 
Ville,  tour  le  temps  que  cette  cruelle  Maladie 
la  ravagea ,  &  qui  y  fit  beaucoup  de  bien  j  à  Nief(m , 
avec  M.  Mardnowit^  (  ^  )  j  Chirurgien  plein  de 
favoir  &  d'humanité ,  qui  y  était  refté  dans  les 
mêmes  circonftances  :  enfin  à  Mofcou  j  avec  M. 
Yaguelsky  (/) ,  Médecin  excellent ,  vrai  Patriote , 
Citoyen  vraiment  vertueux ,  &  le  feul  de  fon 
Art  qui  s'oppofât  à  tous  les  Médecins  de  la  Ca- 
pitale, entêtés  de  la  faufTe  Opinion  que  la  Pefier' 
ne  pouvait  y  exifter. 

(c)  Grande  Ville  de  la  Turquie  Européenne,  &  Capi-.- 
taie  de  la  Moldavie,  Réfidence  du  Hofpodar  de  ce  Paysj 
c'eft-à-dire ,  du  Prince  régnant ,  mais  qui  dépend  de  TEm- 
pire  Oitoman. 

(  d  )  Voyez  ci-deffus  dans  le  xx'.  §  ,  n°.  ili^.  &  ci-deîTous 
dans  le  xxv"=.  de  cette  Partie,  noce  n. 

{e)  Voyez  dans  le  même  xxv=.  §,  note  o. 

(f)  Natif  de  Ruffie ,  &  peut-être  le  plus-habile  Médecin 
qui  ait  été  à  Mofcou.  Il  fut  élevé  à  Kiov/.  (Voyez  dans  le 
lii^.  §.  de  cette  Partie ,  note  /.)  Après  y  avoir  fait  fes  Etudes, 
il  en:ra  au  fervice  dans  THopital  de  la  Marine  à  Saint  Pc- 
terfbourg,  (voyez  dans  le  xxiii'-  §.  de  cette  même  Partie, 
cote  h.)  où  il  parvint  au  grade  de  Chirurgien.  (Voyez  ci- 
delTus  dans  le  xvi'''.  §  ,  note  p.)  Après  il  fut  envoyé,  aux 
dépens  de  la  Couronne,  â  l'Univerlué  de  Leyde  ,  étudier 
la  Médecine  ,  où  il  fe  fit  graduer  Dotieur  en  Médecine.  De- 
là, il  voyagea  en  Fiance  &  en  Allemagne.  A  fon  retour 

E  iij 


70  Mémoire  fur  la  Pejîe  de  Mo/cou  j 

Une  chofe  qui  furprendra  peut-être  tous  les 
Savans  de  l'Europe ,  c'eft  la  Difcorde  qui  s'éleva 
a  Mo/cou  entre  les  Gens  de  l'Art ,  au  fujet  de 
l'exiftence  de  la  Pejle ,  &  contre  laquelle  M.  Ya- 
guelsky  ,  eut  tant  à  lutter ,  pour  démontrer  que  la 
prétendue  Epidémie  ,  qui  commençait  à  ravager 
la  Fille  j  était  véritablement  la  Pejle.  Quoique 
fes  Idées  &  (on  Diagnoftic  fulTent  fondés  fur  les 
meilleurs  principes ,  il  efluya  cependant  bien  des 
traverfes  pour  triompher. 

Dès  que  cette  prétendue  Epidémie  commença  à. 
fe  faire  fentir ,  on  voulut  définir  le  mal.  Alors  il 
s'éleva  de  grandes  Difputes  fur  fa  Nature.  L'un 
prétendait  que  ce  n'était  qu'une  Epidémie  iimplej 
l'autre  foutenait  que  ce  n'était  qu'une  Fièvre  putri- 
de ,  &c.  Cette  Dijj'enjion  porta  le  Peuple  à  croire 


dans  fa  Patrie  ,  il  entra  à  l'Hôpital  -  Général  -  Militaire  de 
Mofcou ,  en  qudliré  de  ProfelTeur  de  Chirmgie  ,  &  de 
Médecine,  (  Voyez  ci- deflus  dans  le  x  v  i'.  § ,  note /7.  ) 
Et  quand  la  Pejle  fe  manifefta  dans  cette  Capitale  ,  il  fuc 
le  premier  qui  démontra  qu'il  fallait  abfolumenr  prendre, 
cop.tr'elle  ^  toutes  les  Précautions  pofilbles  dès  le  commen- 
cement. De  même  quand  elle  ravagea  la  Ville,  il  fut  le 
premier  auprès  de  S.  E.  le  Général  de  Yéropkin  .^  (voyez 
ci-defTus  dans  le  xxi*.  §,  note  «.  )  où  il  effuya  beaucoup 
de  Fatigues  ,  qui  font  pour  jamais  fon  Eloge.  Mais  mal- 
heureufemeut  ces  Fatigues  lui  cauferent  La  Phtijîe ,  &  enfin 
la  mort  même,  eu  i77î.  Ce  vertueux  Citoyen  ne  cefla  3 
même  à  fon  dernier  moment ,  de  faire  du  bien  à  fes  Com- 
patriotes ;  car  il  laiflTa,  par  T.ejlament y  tous  fes  biens  à  un 
Sous-Chirurgien  de  fes  Elèves ,  qui  lui  paraiflait  le  plus- 
digne,  &  le  plus- habile  ,  afin  qu'il  pût  paffer  dans  les  Univer- 
fités  Etrangères ,  pour  y  étudier  la  Médecine ,  &  s'y  taire 
digne  Médecin  pour  le  Service  de  fa  Patrie.  Mais  par  mal- 
heur fon  choix  tomba  mal,  d'autant  que  ce  jeune  Homme, 
ne  voulant  pas  profiter  d'un  ïel  bonheur,  prodigua  tous  ces 
^iens. 


Première  Partie.  yi 

^iien  effet  la  P^e  ne  pouvait  exifter  dans  l'Empire  , 
non-plus  qu'à  iMofcou  ,  à  caufe  de  la  rigueur  du 
froid,  comme  l'affuraienc  hautement  tous  ces  Méde^ 
cins.  Pour  confirmer  ces  AJferdons  j  l'un  en  jurait 
par  fa  Pratique.  «  Je  fuis  ,  difait-il,  à  Mofcou  un 
j>  Praticien  de  tant  d''années  ^  &  j'ai  appris  par  une 
j5  longue  expérience  que  la  Pejle  ne  peut  pas  même 
5î  fe  montrer  dans  nos  Climats  ».  D'autres,  non 
contents  de  l'alTurer  de'vive  voix,  oferent  encore 
démontrer  par  écrit  que  cette  Epidémie  n'était  pas 
la  Pe(le  [g).  Il  n'y  avait  que  M.  Yaguclsky  & 
quelques  autres ,  qui  foutenaient  alors  le  contraire. 
Ils  parvinrent  enfin  à  le  perfuader  ,  au  point  qu'on 
entrevit  la  nécelîité  de  prendre  les  Précautions  né- 
celFaires  pour  arrêter  ce  Fléau  redoutable  qui  pou-». 
Vait  dévafter  l'Empire. 

§.     X  X  I  I  I. 

Quelques  Malades  de  VHôpital-Général-MiUtairc 
(de  la  Capitale  en  avaient  d'abord  été  frappés  (  A  )  5 


{g)  Voyezie  Mémoire  ou  la  Description  de  la  Perte 
^ui  a  régné  dans  TEinpire  de  RufTie,  &  fur-tout  à  Mofcou, 
&c.  pages  5z  ,  i30  &  240  ,  ainfi  que  le  xxx^.  §.  de  cette 
même  Partie. 

{h)  Dans  les  Principales  Villes  de  l'Empire  de  Rufîîe  , 
où  il  y  a  des  Hôpitaux  Militaires,  &  pour  la  Marine  ,  comme 
à  Mofcou,  à  Saint  Péterfbourg,  à  Cronil:ad,'à  Riga,  à  • 
Rével ,  à  Archangel ,  à  Orénbourg,  à  Tobolsk ,  en  Sibérie, 
&e.  il  y  a  dans  chaque  Hôpital ,  un  Médecin ,  &  un  Chi-* 
turgien-Major  ,  pour  le  gouverner,  &  pour  avoir  Infpeftion 
fur  d'autres  Chirurgiens ,  qui  s'y  trouvent  ,  depuis  cinq. , 
jufqu'à  dix ,  des  Svus-Chirurgiens  ,  depuis  di?c ,  jufqu'à  vingt ^ 
des  Elèves  ,  depuis  vingt-cinq  ,  jufqu'à  cinquante  ,  &  plus  , 
ïelon  le  temps  :  un  /ipotfiUaire  &  une  Pharmacie ,  ua  Jardin 

E  iv 


7i  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou  ; 

M.  Schafonsky  (  i  ) ,  premier  Médecin  de  cet  Ho-i 
pital ,  en  ayant  conféré  avec  M.  Yaguelsky  (  k  ) 
fon  Confrère,  en  lit  auiîi-tôt  fon  Rapport  au  Comp- 
toir (/)  du  Collège  de  Médecine.  Sur  ce  Rapport _y 
le  Comptoir  fut  obligé  d'en  informer  S.  E.  Më^  le 
Comte  de  Soltikow ,  Maréchal-Général ,  &  Pre- 
mier Gouverneur  de  Mofcou  ,  ainfi  que  le  Sénat. 
Le  Sénat  décida  fur  le  champ  qu'il  fallait  convoquée 
les  Médecins  de  la  Ville,  pour  qu'ils  déclaralTênt  ab- 
folument,  ce  fî  V Epidémie  :,  qui  régnait  alors,  était 
sj  véritablement  la  Pejle  j  ou  non  :  &  en  cas  que  ce 
3>  fut  lu.  Pejle  j  quelles  feraient  les  Précautions  les  plus 
55  sûres  qu'il  faudrait  prendre  pour  le  falut  de  la  Na- 
55  tion  5»  ?  Ce  fut  alors  qu'il  fiit  beau  d'entendre  les 
murmures  des  Médecins  j  qui  ne  favaient  aucune  de 
nos  Loix ,  Se  qui  ignoraient  jufqu'à  la  Langue  na- 
tionale {m),  &■  de  les  voir  difputer  entr'eux,  avec 


de  Botanique  pour  rinftruftion  des  Sous-Chirurgiens  &  des 
'Elevés  :  un  "Ihéâtre  d'Anatomie  &  deS  Profefleurs  ,  pour 
leur  donner  des  Leçons  fur  tout  ce  qui  concerne  la  Ctii- 
rurgie  ,  la  Médecine  ,  &c.  (Voyez  ci-defTus  dans  le  xvi'^.  §. 
ûôicp.)  Ceft  ainfi  que  l'Empire  de  Ruffie  fait  inftruire  fes 
Elèves  dans  les  Principaux  Hôpitaux ,  d'où  on  en  envoyé 
un  Chirurgien  &  deux  Sous-Chirurgiens  dans  chaque  Ré- 
giment ,  &c.  (Voyez  dans  le  même  §,  la  même  note/;.) 
Tous  ceux  qui  conftituent  ces  corps  dans  les  Hôpitaux  ,  ainu 
que  tous  ceux  qui  fervent  les  Malades  dans  leurs  Chambres, 
reçoivent  leurs  Appointemens  de  la  Couronne. 

(i)  Voyez  le  xxix^.  §.  de  cette  même  Partie,  &  dans 
Jlla  Lettre  fur  les  Expériences  des  Friftions  Glaciales  pour 
la  guérifon  de  la  Perte  ,  &c.  pag.  50. 

{k)  Voyez  ci-deiïus  dans  le  xxii%  §,  note/",  &  dans 
£^a  Lettre^  la  même  page  ço. 

(/)  Voyez  ci-deflus  dans  le  xxiiS  $,  note  f. 

{m)  Nous  avons  au  Service  des  Médecins ,  des  Chirur- 
giens-Mo^jors ,  &  des  Chirurgiens  Etrangers  ,  qui  feryenç 


Tremierc  Portk.  y  3" 

clValeur,  fur  un  objet  aufli  important  au  Gouverne- 
ment (Se  à  la  Nation.  Ce  fut  U  que  M.  Yaguelsky 
commença  à  combattre  tous  leurs  fentimens ,  &  dé- 
clara aux  Sénateurs  .,  que ,  ce  quiconque  ferait  d'un 
î>  avis  contraire,  il  engageait  fa  tece  que  celui-là 
«  avait  tort  ;  que  la  Maladie  adruelle  était  vérita- 
>»  blement  la  Pejle  j  ôc  qu'il  fallait  dès  le  commen- 
3>  cernent  oppofer  promptement  des  Barrières  à  la 
V  propagation  de  fa  Contagion  ^k    . 

§.     XXIV. 

Qu'on  me  permette  ,  dans  le  courant  de  ce 
récit ,  une  petite  DigreJJlon  relative  à  un, des  Méde-. 
ans  convoqués ,  qui  jouilTait  alors  d'une  grande  ré- 
putation dans  Mofcou ,  fans  favoir  cependant  la 
Ziz/z^i^^  nationale  ,  &  qui,  après  avoir  quitté  la 
Ruliîe ,  s'eft  fait  palfer  en  Europe  pour  un  très-cé- 
lebre'  Auteur  ,  en  donnant  un  Ouvrage  fur  la 
Pcjiô  de  1771  ,  qui  ravagea  l'Empire  de  Ruflie  , 
&  fur -tout  Mofcou.  Ce  célèbre  Praticien  de  ce 
temps  ,  ayant  été  mterrogé  aux  fins  de  déclarer 
s'il  penfait  que  l'Epidémie  ,  qui  commençait ,  fût 
la  Pejle  ,  ou  non ,  répondit  en  plein  Sénat ,  que , 
»  n'ayant  jamais  vu  la  Pejie  j  il  n'en  connaiffait 
»  pas  les  Symptômes  internes ,  ni  les  Signes  exter- 
3'  nés ,  &  qu'ainfi  il  ne  pouvait  répondre  à  la  QueJ- 
y>  tion  35.  Les  Sénateurs  furent  très-contents  de  la 
fmcérité  de  fa  Réponfe  ,  &  le  comblèrent  d'éloges. 


quelquefois  plus  de  Cinquante   ans  ,   &  qui  ne  favent  pas 
la  Langue  du  Pavs;  ils  guériflent  pourtanc  les  Malades..., 


74  Mémoire  fur  la  Pcjlc  de  Mofcou  j 

Moi-même  ,  étant  Chirurgien-Major  du  Sénat ,  faî 
plufieurs  fois  entendunos  Sénateurs  préconifer  i'Au- 
TEUR ,  dont  je  parle.  Que  ne  puis-je  lui  rendre  le 
même  hommage,  ainfi  qu'à  fon  Ouvrage  !  Mais,  il 
faut  être  vrai  ;  je  le  crois  peu  fondé  fur  les  Obferva' 
lions.  J'ai  eu  l'honneur  d'être  Membre  de  la  Corn- 
îniflion  contre  la  Pefte  (  a2  ) ,  &  je  puis  afTurer  que 
notre  Auteur  n'a  pas  eu  trois  fois  occafion  de  voir 
cette  Cruelle  Maladie-^  encore  ce  n'a  été  qu'au 
Commencement  de  l'Invafion  de  la  Pefte  (  o  )  j  temps 
auquel  il  était  impoiiible  de  fcruter  à  fond  tous 
fes  Symptômes  internes  &  {es  Signes  externes.  Di- 
fons  plus  ,  il  n'a  jamais  aflifté  à  aucune  de  nos  Af- 
fembléès ,  dans  le  temps  que  la  Contagion  était  dans 
fa  fureur:  il  n'a  jamais  eu  aucun   Quartier  {p} 


(n)  Voyez  le  xxix*.  §.  «le  cette  même  Partie. 

(o)  Voyez  le  MÉMOIRE  ou  la  Description  delaPefîe, 
qui  a  régné  dans  l'Empire ,  &  fur-tout  à  Mofcou ,  &c.  pag, 
50 ,    181  &   Zip. 

(p)  Mofcou  ,  Capitale  deRuflle  ,  fut  divifée  en  ii  Quar-" 
tiers,  dès  le  Commencement  de  Tlnvafion  de  la  Pejle  ; 
mais  lorfque  fa  Contagion  fut  devenue  plus-redoutable ,  & 
qu'elle  infefta  les  Sujets  en  plus-grande  Quantité ,  on  la 
divifa  en  14.  Il  y  avait  dans  chaque  Qu^irticr  ■,  un  Inf- 
pefteur ,  &  un  Médecin  ou  Chirurgien.  Ces  InfpeBeurs 
étaient,  pour  la  plupart,  des  Officiers  des  Régimens  de  la 
Garde  de  S.  M.  I.  envoyés  de  Saint  Péterfbourg  ;  d'autres 
étaient  de  l'Etat  Civil.  Ainfi  ,  dès  que  l'injpeileur  du  Quar- 
tier apprenait  de  fes  SubaUemes ,  qu'il  y  avait  un  Malade 
dans  quelque  Maifon ,  il  y  allait  à  l'inftant  avec  fon  Mé- 
decin ,  ou  Chirurgien  j  &  fi  ce  dernier  trouvait  que  ce 
Malade  fut  peftiféré  ,  on  l'envoyait  auflî-tôt  à  VHopiral 
par  ceux  qui  étaient  deftinés  à  les  tranfporrer  }  mais  s'il 
trouvait  quelque  mort  de  la  Pejîc  ,  on  l'envoyait  dans  le 
Cimetière  de  ion  Quartier.  Voyez  le  Mémoire  ou  la 
Description  de  la  Pefte,  qui  a  régné  dans  l'Empire  de 


Première  Partie.  7f 

îdans  la  Ville,  pour  vificer  les  Mdades  peftiférés, 
comme  les  autres,  qui  p.^r-là  ont  eu  occaiion  d'ac* 
quérir  des  connaiinmces  juftes  &  précifes.  Quelle 
confiance  eft-il  donc  polîible  d'avoir  en  un  Ow- 
yrage ^  qui,  quoiqu'aifez  bien  compofé  pour  mé^ 
riter  l'éloge  des  Savans,  n'eil  que  le  truit  des  en- 
tretiens vagues,  que  I'Auteur  a  eus  avec  ceux  qui 
avaient  été  dans  les  Hôpitaux  peftiférés,  &  dans  lequel; 
I'Auteur  s'eft  approprié  les  O^/^rvizrio/zj  d'autrui, 
contre  les  Loix  de  l'honneur  qui  nous  défendent 
d'ufurper  ce  qui  ne  nous  appartient  pas.  Quelle 
eft  d'ailleurs  la  bonne  foi  de  notre  Auteur  ,  lorf- 
qu'il  atefte  la  Divinité  {q)  3  Deum  tefior  3  dit- 
il  ,  qu'il  fut  le  premier  qui  âlTura  le  Sénat  que  la 
Maladie  qui  régnait  à  Mofcou  était  véritablement 
JaPç/Zc. 

Que  cet  Auteur  ne  trouve  point  mauvais ,  iî 
je  fuis  encore  obligé  dç  relever  quelques  Propo- 
rtions ,  où  la  vérité  brille  avec  autant  d'éclat.  Il 
dit  (r) ,  qu'à  l'arrivée  de  S.  Al.  le  Prince  d^Oriow, 
dans  la  Capitale,  ce  Prince  lui  ordonna,  ainfi  qu'aux 
autres  Médecins  &  Chirurgiens,  de  donner  féparé- 
ment  ,  &  par  écrit ,  chacun  leurs  Obfervations  fur 
la  Pefte.  Il  eft  vrai  que  les  Ordres  de  ce  Prince 
,  furent  que  nous  donnerions  tous  nos  Obfervations  ; 
mais  notre  Auteur  n'était  même  plus  alors  dans 
la  Ville.  La  preuve  en  eft  ,  que  les  Noms  de 
tous  ceux  qui  les  donnèrent ,  &  qui  affifterent 
aux  Ajjemblées  ,  font  tous  imprimés  ,   excepté  le 


Ru/Tie ,  &  fur-touc  à  Mofcou,  &c.  pages  244,  soy?' 
3^8  &  55^,  ainfi  que  dans  le  xxxi%  §.  de  certe  Panie^ 
Doie^.  I 

(q)  Page  78. 

(/}  Pa_ge  88, 


76"  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou  j 

Sien  (/).  Il  dit  ailleurs  {t):  ce  que  le  lo.  du  mois 
»  d'Ocioère ,  il  obferva  le  premier  froid  j  que  les 
sï  deux  derniers  mois  de  Tannée,  le  froid  était  par-^ 
S'  venu  à  la  plus  grande  rigueur,  puifque  le  Mer- 
»î  cure  de  fon  Thermomètre  de  Reaumur  refta  conf- 
55  tamment  entre  le  i6^.  &  le  2.i^  degré  au-defTous 
»  du  point  de  Congélation.  C'eft  ce  froid  rigou- 
»'  reux  ,  conclue-t-il,  qui  adoucit  les  Symptômes  in- 
5'  ternes  &  les «Si^/2ej  externes  de  la  Pejie,  &  diminua 
5>  {qs  ravages  jj.  Cette  Obfervation  n'eft ,  fans  doute, 
inférée  dans  VOuvrage  de  notre  Auteur  ,  que 
pour  y  donner  plus  de  poids  \  mais  ,  il  n'eft  pas 
difficile  d'en  découvrir  le  Charlatanifme  ,  &  la 
fauflTeté.  En  effet,  fi  la  Pe/?«?  ne  faifait  fes  ravages 
qu'en  Eté  ,  pourquoi ,  dans  pluiieurs  Villes  &  Vil- 
lages de  la  Falachie ,  de  la  Moldavie  êc  de  la  Po- 
logne  j  les  commence-t-elle  en  Hiver ,  Se  les  finit- 
elle  quelquefois  au  fort  de  l'Eté  ?  Ce  fut  au  mois 
d'-^o^r  qu'elle  fe  manifefta  à  Kiow  ;  mais  fa  fu- 
reur deftruétive  ne  fe  déploya  que  dans  les  mois 
à'Ociobre  ôc  de  Novembre  j  temps  auquel  il  règne  le 
plus  grand  froid  j  &  elle  ceifa  totalem.ent  au  mois 
de  Février  fuivant  {u).  D'après  des  faits  auifi  po- 
fitifs ,  il  ferait  plus  naturel  de  conclure  qu'aulfi- 
tôt  que  la  Pejie  penche  vers  la  Fin  du  période  de 
fon  Cours  d'Invafion ,  en  quelque  temps  &  en 
quelque  lieu  que  ce  foit ,  elle  n'eft  point  foumife 
à  l'influence  ni  du  chaud  ni  du  froid  (  v).  C'eft  ce 


(/)  Voyez  le  Mémoire  ou  la  Description  de  la  Pef^e, 
qui  a  régné  dans  l'Empire  de  Ruflie,  &c.  pag.  Jjo,   353 

&  330. 

{t)  Pages  89  &  (jo. 

(«)  Voyez  dans  le  xxx^^  §.  de  cette  Partie,  note  c. 

{v)  Voyez  Je.  Fred.  Schreïberi,  Obfervat.  &  Cogitât. 


Première  Partie.  ^*f 

■qu^on  pourra  encore  vérifier  par  le  Calcul  du  nom- 
bre des  morts  a  Mo/cou  (  w  ),  dans  les  Mois  d'Oc- 
Eohre  j  Novembre  &  Décembre.  Il  ell  certain  que 
durant  ces  trois  Mois ,  il  fit  le  froid  le  plus  .  ri- 
goureux j  cependant  la  Mort  moilFonna  encore 
Quantité  de  Vidimes ,  &  ce  ne  fut  que  vers  la 
fin  de  Novembre  que  le  Déclin  du  Cours  d'Inva-« 
lion  de  la  Pejle  commença. 

Aulîi ,  pour  prouver  fon  Syficme ^  l'Auteur  ajou- 
te-t-il  ,  Note /2  (a:),»  qu'il  eft  étonnant  qu'en 
»  AJie  j  &  en  Afrique  ,  la  Pefte  cefTe  ordinairement 
9>  vers  le  Solftice  d'Eté  55.  Pour  moi  je  ne  vois  rien 
en  cela  qui  doive  l'étonner,  mais  bien  le  renverfe-i 
ment  de  ce  qu'il  avance.  Nous  verrons  conftammenc 
que ,  dès  que  la  Pejie  a  rempli  fon  Cours  d'In- 
valîon  ,  &  fini  fon  Type  j  comme  je  l'ai  déjà 
démontré ,  elle  ne  dépend  point  des  Saifons ,  & 
qu'elle  s'éteint  également  en  Eté  comme  en  Hiver» 

En  lifant  cet  Auteur ,  je  me  promené  toujours 
avec  plaifir  de  vérité  en  vérité  ,  &  de  merveilles 
en  merveilles.  Il  fe  flatte  aufli  (y  )  d'avoir  confervé 
la  Maifon  Impériale  des  Orphelins  ,  je  ne  vois  pas  de 
quelle  manière ,  à  moins  que  ce  ne  foit  par  les  vœux 
qu'il  aura  formés  pour  elle.  Car ,  voici  ce  qu'on  lit 
dans  r  Ouvrage  que  la  Commillion  contre  la  Pefte  a 
donné  à  Mofcou  au  fujet  de  cette  Maifon  (:(). 

t<  La  Maifon   Impériale  des  Orphelins ,  a  pro- 


'^e  Peftilenr.  &c.  page  5  ,  Obfervac.  2  ,  &  page  6 ,  Obfer-» 
7ar.  4. 

(jv)  Voyez  le  xxxi^.  §;  de  cette  Partie. 

{x)  Page  56. 

(jv)  Page  55.    '^ 

/^)  Voyez  le  Mémoire  gai  la  Description  de  laPeilej 
qui  a  régné  4^ns  l'Empire  de  PvufHe,  &c,  pag.  78. 


^8  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcoul 

j.  duit  un  exemple  bien  frappant  ,  &  qui  fer* 
j>  toujours  pour  nous  une  leçon  bien  importante* 
s>  En  effet ,  tour  le  temps  que  la  Pejte  ravagea» 
•jj  Mofcou ,  cette  Mai/on  contenait  dans  fon  en-^ 
j>  ceinte  plus  de  mille  perfonnes,  tant  Enfans  que 
»  Domejiiques.  Et  comme  cette  iVfai/0/2  était  fermée 
w  de  tous  côtés  ,  fans  avoir  aucune  communication 
»  avec  la  Ville  ,  &  qu'd  n'était  permis  à  perfonne 
»  d'y  entrer  ni  d'en  fortir ,  elle  fe  fauva  ii  heu- 
»  reufement  ,  que  pas  un  feul ,  d'un  fi  grand 
n   nombre  5  n'y  fut  empeflé  ». 

j>  Or  ,  comme  cette  Maifon  était  tout  -  à  -  faic 
jj   fermée  ,  &  qu'on  n'y  recevait  plus  ai  Orphelins  ^ 
!>   M.  diQDoiirnowO:,  Confeiller-d'Etat-Aétuei  de 
»  S.  M.  Impériale  de   Toutes  -  les  -  Rulîies  ,   &■ 
j>  un  àts  Premiers  Tuteurs  du   Confeil  de  cette 
3î   Maifon ,  Perfonnage  d'une  hofpitalité  peu  com-« 
»   mune ,  méprifant  généreufement  tous  les  dan- 
»  gers  que  la  Contagion  de  la  Pefte  caufe  j  ce  digne 
»5   Citoyen  ouvrit  dans  fa  Propre  Maifon  un  Ajylc 
»   pour  tous   lés   Orphelins   infortunés,  qu'on  ne 
j>   pouvait  plus  admettre  dans  cette  Maifon  Impé- 
ii  rïale  j  jufqu'à  ce  qu'elle  fat  tout-à  fait  ouverte. 
5>   Par  cette  noble  aétion  ,   ce  Monjleur  conferva 
«   la  vie   à  tous  ces  malheureux,   qui  n'auraient 
»   pas    manqué  dette  autant  de   victimes    de   la 
»   Pefte  ;  &  lorfque  ladite  Maifon  fut  ouverte,  il 
55   les  y  fit  entrer  au  nombre  de  27  ■>•>.  Je  demande 
à  préfent  comment  notre  Auteur  ofe  alTurer  publi- 
quement qu'il  a  confervé  cette  Maifon,  Car  ,  ou 
il  y  était  enfermé  j  ou  il  n'y  ctait  pas  :  s'il  y  était 
enfermé ,  comment  a-t41  eu  occalion  d'approfondir 
les  Symptômes  &  les  Signes  de  la  PeJte  chez  Ïqs 
Malades ,  au  point  d'en  donner  un  Ouvrage  aufîî- 
complet  ?   ôc  §'il  n'y  était  pas  ,  il  ne  pouvait  cer-' 


Première  Partiel  ^'p 

tûlnement  y  entrer  :  donc ,  il  ne  doit  pas  dire 
qu'il  a  coniervé  la  Mai/on  Impériale  des  Orphe^ 
lins  [a) 

Cependant  ,  en  lifant  encore  d'autres  AJfer^ 
dons  de  cet  Auteur  ,  on  ferait  tenté  de  le  croire 
fur  fi  parole.  Il  dit  encore  ,  «  quand  nous  avons 
5>  yiCizé  les  Pejliferés  ,  nous  en  avons  toujours  été 
5>  biea  oroche  ^■>.  Il  iniinue  probablement  dans 
cet  endroit  qu'il  ne  faut  jamais  avoir  beaucoup 
de  crainte  de  la  Pejle  ;  mais  éviter  bien  fcru- 
puîeufemenc  tout  Contacl,  Je  lui  rends  juftice 
fur  ce  point  ,  &  je  crois  qu'il  l'a  bien  fcrupu- 
leufement  évité  j  puifqu'il  n'a  pas  vu  trois  fois 
les  Peitiférés,  encore  était-ce  au  Commencement 
de  rinvafion  de  la  Pejle ,  comme  je  l'ai  déjà  die 
ci-deifus. 

Qu  on  juge  d'après  cela  de  la  juftice  des  Def-- 
criptions  de  notre  Auteur  :  qu'on  raifonne  de  la 
Pejie  d'après  les  Symptômes  internes  &:  les  Signes 
externes  ,  dont  il  a  donné  le  récit  :  qu'on  décide 
de  r  efficacité  des  Remèdes  ,  qu'il  propofe  ,  fans  les 
avoir  adminiflrés  :  qu'on  fe  repofe  fur  la  véracité 
des  entretiens  ,  qu'il  s'eft  appropriés  &  qu'il  a 
accommodé  à  fa  mode  :  enfin ,  qu'on  juge  du  plus 


{a)  Cecce  3faifon  doit  fou  Coramencemeiit  en  1764,  à 
CaTHerine-la-Grande  ,  Mère  Bienfaifance  de  tous  ces 
malheureux ,  qui  ,  avant  cet  EtablifTement ,  étaient  expofés 
À  è:re  les  viftimes  de  Tinfortune.  On  y  reçoit  les  Enjans 
malh^ureufement  nés;  on  les  y  élevé,,  on  leur  y  fait  ap- 
prendre toutes  fortes  de  Métiers. .  . .  Chaque  Femme  peut 
y  entrer  pour  faire  fes  Couches  ,  puifqu'on  ne  demande 
jamais  le  Nom  de  Perfonne  ,  &  y  laiiïer  fon  Enjant. . .  ,. 
La  Nation  en  retire  déjà  de  grands  avantages. . . .  Voyez 
r.L'vl.  PoLouNiN  &  MuLLER,  dans  leur  Didtionnaiis  Géo-' 
graphique  Rude,  page  i^o. 


'Sa          Mémoire  fur  la  Pejîe  de  Mofcou  j 
ou  moins  de  Danger  d'une  Maladie ,  dont  il  a  donne 
l'hiftoire  d'après  fon  Imagination^  ôc  qu'au  com- 
mencement il  ne  connailïait  pas 11  me  fem- 

ble  que  je  n'en  dois  pas  dire  davantage  pour  dé^ 
montrer ,  qu'un  tel  Ouvrage  j  n'eft  qu'une  Collec- 
tion de  jfes  converfations  avec  ceux  qui  avaient 
€té  dans  les  Hôpitaux  peftiférés.  N'eft-ce  pas  d'a- 
près la  Nature  qu'on  en  a  tracé  le  tableau?  Pour 
moi  je  puis  alTurer  que  la  Pejle  eft  une  Maladie 
très  -  dangereufe  pour  quiconque  en  veut  appro- 
fondir tous  {^^  Symptômes  :,  Sec. 

§.     XXV. 

On  prétend  que  la  Pejie  fut  portée  à  Mofcou 
par  le  moyen^  de  quelques  Balles  de  Laine  de 
Turquie  ,  &  qu'elle  s'empara  d'abord  d'une  Fa- 
brique de  draps ,  où  cette  laine  fut  travaillée  ,  &c 
d'où  les  Ouvriers  j  qui  en  furent  les  premiers  at- 
taqués j  fans  favoir  que  ce  fût  la  Pejle  j  la  répan- 
dirent par  toute  la  Ville.  Il  eft  vrai  que  les  Ou- 
vriers de  cette  Fabrique  furent  empeftés ,  &  que  dès 
la  première  viiite  des  Médecins  (b)  _,  M.  Yaguelsky 
alTura,  comme  j'ai  déjà  dit  ci-deffus ,  malgré  l'O^- 
-pofition  des  autres ,  que  c'était  la  Pefie  j  ce  qui 
n'était  que  trop  vrai.  Cependant,  il  eft  prefqu'im- 
poflible  de  favoir ,  fi  elle  n'était  pas  déjà  parmi 
les  Habitans  ,  avant  ces  vifîtes.  Quoi  qu'il  en  foit , 
foit  qu'elle  ait  commencé  par  les  Ouvriers  de  la 
^Fabrique ,  foit  qu'elle  fut  déjà  parmi  les  Habi- 
tans J  il  eft  certain  qu'elle  n'avait  pas  été  apportée 


(^)  Voyez  le  Mémoire  ou  la  Description  delà  Fefl-e, 
qui  a  régné  clans  l'Empire  de  Rufîie,  &  fur-touc  â  Mofcou, 
&c.  pag.  45  &  460 

par 


Première  Partie.  §i 

^âr  V^lr  _,  mais  par  quelques  Hardes  ou  autres 
Effets  empeftés ,  <Sc  qu'elle  ne  s'elt  pas  répandue 
parmi  les  Habitans  de  la  Ville  par  VAir  ^  mais 
par  le  ieul  Contacl. 

Auilî-côc  que  le  Sénat  fut  convaincu  par  le  Rap- 
port des  Médecins  Obiervateurs ,  que  la  Pejle  ré- 
gnait dans  la  Ville  (  <^  )  ,  &  qu'il  fallait  abfolu- 
ment  prendre  toutes  les  Précautions  poiîibles  pour 
l'arrêter,  il  lit  faire  par-tout  des  Quarantaines ^  8c 
établit  un  Hôpital  pour  les  peftiférés  hors  de  la 
Ville  ,  dans  leMonaftere  Ougréfchinsky  (d)  j  pour 
qu'on  les  y  envoyât  tous  j  enfuite  il  nomma  un 
Chirurgien  pour  en  prendre  foin  (  e  ).  Il  y  était 
refté  depuis  le  mois  d'Avril j  jufqu'au  mois  de 
Juin  (  f)  ji  temps  auquel  j'arrivai  à  Mofcou  en 
1771.  Mais ,  comme  la  Pejîe  com.mençait  alors  à 
faire  fes  plus  grands  ravages  parmi  les  Habitans  j  il 
demanda  fa  démiflion  ,  ôc  pria  continuellement: 
le  Sénat  de  lui  nommer  un  Succeffeur.  C'étaic 
alors  que  tout  vertueux  Citoyen  aurait  pu  fignaler 
fon  zèle  pour  la  Patrie,  en  demandant  de  plein 
gré  à  occuper  cette  place  vacante  j  mais  on  vin 
avec  la  plus-grande  douleur  que  ,  de  tous  ceux 
à.  qui  on  en  fit  la  Propqfition  j  aucun  ne  voulut  l'ac- 
cepter. J'ai  ma  propre  Maifon  ,  difait  l'z^^  _;  jai 
des  enfans ,  difait  Vautre  j  un  troijieme  s'excufaic 
fur  une  multitude  de  Pratiques  en  Ville;  enfin, 
au  lieu  de  fe  prêter ,  par  devoir  &c  par  Etat ,  au 


(c)  Voyez  ci-deffus  dans  le  xxiii^.  §,  note  /. 

(i)  Voyez  ci-defTus  dans  le  xvi'.  §,  iK)ce  q, 

(  f  )   Voyez  dans  le  même  § ,  note  0. 

if)  Voyez  le  Mémoire  ou  la  Description  de  la  Pefte,' 
qui  a  régné  dans  TEmpire  de  RufTie,  &  fur-tout  â  Mofcou, 
fec.  pp.g.  71  ôc  iz, 

-  F 


Si  Mémoire  fur  la  Pefle  de  Mo/cou  y 

iervice  des  malheureux ,  ils  employèrent  tous  mlllâ 
prétextes  pour  s'en  défendre,  quoiqu'ils  fufTent 
tous  appointés  de  la  Couronne  (^).Ce  fut  dans 
d'aulli  triftes  circonftances ,  que  notre  Augufte  Sou- 
veraine Catherine-l  a-Grande  voulutbien  s'expo* 
fer  avec  fermeté  aux  dangers  de  la  Contagion  j  &  fe 
rendre  en  perfonne  dans  fa  Capitale  ,  pour  accélérer 
les  moyens  d'arrêter  les  progrès  de  ce  terrible 
Fléau, 

Cependant,  malgré  un  exemple  auffi-encoura- 
geant ,  puifqu'il  ne  s'y  trouvait  prefque  pas  un  de  nos 
Chirurgiens  nationaux ^  il  n'eft  pas  étonnant  qu'on  ne 
vit  point  paraître  nombre  de  ces  braves  Patrio- 
tes, dont  M.  Paris  fait  mention  dans  Son  Mé- 
moire fur  la  Pelie  (  /t  ) ,  couronné  par  la  Faculté 
de  Médecine  de  Paris ,  en  cqs  termes  : 

ce  Obligé  par  Etat  d'étudier  les  maux  de  mes 
y>  femblables  ,  pour  en  chercher  les  Prefervatifs  ou 
les  Remèdes  ^  me  trouvant  dans  les  Pays  ou  la 
Pejîe  régne  prefque  toujours ,  ne  devais-je  point 
travailler  pour  contribuer  à  un  but  auiîi-glc-« 
rieux  ?  L'entreprife  était  noble ,  mais  elle  n'était 
pas  fans  danger.  L'exemple  de  tant  de  Perfonnes 
diftinguées ,  qui  fe  font  facrifiées  pour  leur  Pa- 
trie ,  m'animait  ;  mes  Ayeux  avaient  été  \<^s  vic-^ 
times  de  ce  Fléau  ^  pendant  la  dernière  Pejlô' 
qui  parut  en  Provence.  La  Ville  à' Arles  (  i  ) 
récompenfe  encore  ma  Famille  du  zèle  avec  le-  ; 
quel  Mon  Grand-Pere  avait  foigné  fes   Compa* 


(g)  Voyez  ci-defTus  dans  le  xxii%  §,  note  £. 

[/i]  Voyez  pag.  ïi'.  de  la  Préface. 

(i)  Belle,  grande  &  ancienne  Ville  de  France  dans  le 
Gouvernemenc  de  Provence,  avec  un  Archevêché,  une  Aca-; 
4t^miej  &c.  Elle  eft  fituée  fur  le  Kkône^ 


Première  Partie.  S  5 

%  trlotes  dans  ces  temps  mAlheureux.  L'amour  de 
31  la  Patrie  infpira  à  ce  vertueux  Citoyen  l'héroifme 
il  de  s'enfermer  dans  les  Hôpitaux  où  les  Malades 
r>  étaient  dépofés  ;  Se  par  un  ûcrilice  volontaire  , 
»>  iourd  aux  cris  d'une  Famille  éplorée  ,  ce  refpec- 
*>  table  Chirurgien  mourut  Martyr  du  Patriotifme, 
?>  &  donna  à  li  poftérité  l'exemple  de  cette  Bien- 
*>  fàifance  dont  le  limple  récit  excite  toujours 
)i  l'admiration.  ...» 

Un  pareil  facrifice  ,  pour  la  Ville  de  Foixj  im- 
«nortalifera  M.  le  Dodeur  Duvexy  :  en  voici  les 
circonftances  ,  telles  qu'elles  font  rapportées  dans 
Iq  Journal  de  Paris  y  n°.  297,  le  24  Oîlobre  1782. 
«  L2.Suette  Aliliaire  (zi),  cette  Maladie  Epidé- 
«  mique,  quia  caufé  tant  de  ravages  &tant  d'al- 
3i  larmes  dans  le  Languedoc j  s'eft  étendue  aulîî 
a>  à  la  Ville  de  Foix  ^  où  elle  éclata  le  i  o  Mai 
jj  dernier.  La  dévaluation  qu'elle  avait  caufée  dans 
T>  les  environs  ,  était  bien  propre  à  effrayer  les 
j>  Habitans  de  cette  Ville.  Leurs  craintes  aug- 
3>  menterent,  lorfqu'ils  virent  leur  Aîédecin  ordinaire 
i>  attaqué   lui-même  de  cette  cruelle  Maladie. 

»  M.  Duvexy,  Seigneur  de  Bénac,  Dodeur 
i->  en  Médecine ,  &  Membre  du  Confeil  de  Ville , 
5'  qui  depuis  long-temps  avait  abandonné  l'exercice 
*>  de  la  Médecine,  dans  laquelle  il  s'était  acquis 
-j'  une  jufte  célébrité ,  s'empreiTa  de  le  reprendre 
»  dans  Cette .circonftancefâcheufe.  Sa  bienveillance 
î>  &  fon  humanité  lui  firent  quitter  fa  retraite, 
î>  pour  voler  au  fecours  de  fes  Concitoyens.  Sa 
»  prudence  j  fes  favantes  Méditations ,  ion  expé-r 
j>  rieace  mirent  en  ufage  ,  dès  les  premiers  mo- 


{a)  Sudor  Anglicus,  five,  Hydionofos  &  Hydropyreîos. 


84  Mémoire  fur  la  Pefie  de  Mofcou  ^ 

35  mens  les  traitemens  les  plus-convenables  pont* 
»>  opérer  une  prompte  guérifon  ,  &  il  doit  à  la 
«  Méthode  qu'il  a  cru  devoir  employer  les  fuccès 
"  les  plus-conftants.  De  plus  de  .-jog  Malades  qu'il 
M   a  traités ,  il  n'en   eft  péri  aucun. 

s>  Le  Maire,  le  Lieutenant  de  Maire,  le  C6n- 
feil  &c  le  Conful  de  la  Ville  de  Foix  j  alTem- 
blés  le  14  Juillet,  ont  arrêté  par  délibération 
de  donner  une  Marque  flatteufe  de  reconnaif- 
fance  &  de  fenfibilité  au  Citoyen  qui  avait  (î- 
bien  mérité  de  fa  Patrie.  Le  Difcours  du  Maire 
à  cette  occafion  efl;  très-intéreiTant  èc  très-bien'^ 
fait.  La  dillindion  qu'accordaient  les  anciens 
Romains  à  celui  qui  avait  fauve  la  vie  à  un 
Citoyen  (  *  )  devait  naturellement  être  rappellée, 
&  c'eft  celle  que  la  Ville  de  Foix  a  cru  de- 
voir à  M.  DuvEXY.  Il  fut  arrêté  en  confé- 
quence  que  le  Corps-de-Ville  en  entier ,  les 
Ofticiers  Municipaux  à  la  tête,  irait  préfenter, 
le  même  jour ,  à  la  tin  de  la  féance  ,  une 
Couronne  Civique  qu'on  attacherait  à  fa  porte 
avec  tout  le  cérémonial  ulité  en  pareil  cas  ^  le 
Ccrre^e  ,  précédé  par  un  détachement  des  Com- 
pagnies Provinciales  fous  les  Armes,  avec  mu- 
fique  militaire  ,  le  tout  annoncé  par  trois  falves 
de  moufqueterie  &  c!e  trois  pièces  d'artillerie  du 
Châte.  u  ,  au  momient  où  la  Couronne  Civique 
ferait  placée.  Il  fut  arrêté  encore  que  M,  Duvexy 
ferait  prié  d'accepter  tous  les  témoignages  d'ef* 
time  &  d'attachement  dont  le  Corps-de- Ville 
en  particulier  ,  &  tous  les  Habitans  en  général 
lui   font  le  plus  -  pur  hommage ,    &  qu'on  le 


(*")  Voyez  ci-deffus  dans  le  v'.  §?  no:c  %, 


Première  Partie,  85 

»  prierait  d'accepter  Copie  de  cette  délibération. 
-'  Cette  Cérémonie  touchante  ,  infpirée  par  la  re-^ 
»  connaiirance  ,  ne  fait  pas  moins  d'honneur  à 
»  ceux  qui  l'ont  ordonnée ,  qu'à  celui  qui  en  eft 
5>  l'objet. 

>j  On  ne  peut  qu'applaudir  aux  fuccès  fî-di- 
»  gnement  couronnés  de  M.  Duvexy  ;  mais  ne 
«  ferait-ce  pas  obliger  doublement  le  Public ,  que 
'j  de  lui  faire  connaître  la  Méthode  qu'il  a  em- 
i>  ployée  dans  cette  circonftance  avec  tant  d'à- 
3î  vantage  " . 

A  la  vérité  ,  il  n'y  a  eu  que  nos  Chirurgiens 
nationaux  &  nos  Médecins  ^  qui  fe  foient  diftin- 
gués  par  leur  zèle  dans  les  Hôpitaux  peftiférés ,  tant 
à  l'Armée ,  pendant  la  Guerre  contr'e  les  Turcs  ^ 
qu'en  différents  autres  endroits  de  l'Empire;  &  qui 
aient  mérité  de  pareilles  récompenfes ,  tels  que  M. 
le  Médecin  Yagudsky  (**),  M.  Wifchatitsky  [k) ^ 
Chirurgien-Major  dans  l'Hôpital  peftiféré  en  Mol- 
davie &  en  Valachie;  M.  Krafowsky  (  l)  ^  Chi- 
rurgien-Major dans  l'Hôpital  peftiféré  en  Valachie , 


(**)  Voyez  ci-defTus  le  xxiii*.  §,  &  dans  le  xxii". 
note  f. 

[k j  Un  de  nos  Chirurgiens  nationaux,  qui  fut  envoyé 
pour  ia  première  fois  à  M.  Orréus ,  Médecin  ,  dans  ua  Hô- 
pital peliiferé  à  YjJjI ,  (voyez  ci-deflus  dans  le  xxii*.  §, 
note  c.)  où  ii  furpalTa  aff^z  heureufein  nt  la  l-'cfie.  Après 
quoi,  étant  déjà  Chirur^ien^Major  du  Régiment  Téndiriàky ^ 
il  eut  ordre  d'enrtr  dans  un  autre  ïiopital  pelliferé  à  Hou- 
korejl y  (  voyez  dans  le  même  §  ,  note  a.)  où  ii  fut  attaqué 
pour  la  fdconad  J'ois ,  &  y  mourut. 

(/fj  Un  de  nos  Chirurgiens  nationaux  j  qui,  écinc  dans 
un  Hôpital  peftiféré  â  Boukoreji ^  (voyez  ci  deffus  dans  le 
xxii'.  §  ,  note  a.  )  y  fauva  très  îieureufenient  i-lufieurs  de 
nos  Soldats  \  mais  ii  y  ru:comba  lui  même  dans  le  temps 
^ue  la  Fejlc  éraic  à  fon  plus  féverc  Degré 

F  iif 


s  s  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou  ^ 

êc  après  fa  mort.  Son  SuccefTeur  M.  Kojîréw ^ 
Chirurgien  ,  de  même  que  M.  Baranowit^(m)  , 
Médecin  ,  ayant  l'Infpedion  de  l'Hôpital  peftiféré 
à  Chotzim  j  M.  TimkoM^-ihy  j  Médecin  ^  à  THô- 
pital-Général  de  l'Armée  en  Pologne  j  M.  Mïtro- 
janow  (n  )  _,  Médecin ,  avec  pluiîeurs  Chirurgiens  à 
Kio\7  j  M.  Marnnou^'U^  ( o) ^  Chirurgien-Major  à 
Niefzin  dans  la  Petite-Ruiïie  j  M.  Strébjfchewsky  (p)y 


[m)  Un  de  nos  Médecins  nationaux  ,  qui ,  étant  à  Chotzim 
pour  avoii-  l'Infpedion  de  i'Hôpicai  peftiféré ,  y  mourut  de 
ia  Pelle. 

(n)  Un  de  nos  Médecins  nationaux,  qui  fut  exprès  en- 
voyé à  Kiow,  (voyez  ci-delTus  le  vi^.  §,  &  dans  le  ili^» 
note  /)  dans  le  temps  que  cette  Ville  était  cruellement  ra- 
vagée d?  la  Pejte.  Ce  L  élebre  Médecin  y  fit ,  pour  ainfî 
dire  ,  des  Miracles  ,  par  Ton  Erudition  ;  de  forte  que  le  3fa- 
gijîrat ,  pour  récompenfer  fes  Services ,  lui  fit  un  prélenc 
digne  de  les  travaux  ,  quoiqu'il  fût,  comme  tous  les  autres, 
appointé  de  la  Couronne.  Il  y  fut  attaqué  lui  même  de  la 
Pefie  ,  &  la  furpaffa  ;  mais  aulli-tôt  qu'elle  eut  cefle  dans 
cette  Ville  ,  il  fut  obligé  de  fe  rendre  à  un  detachemenc 
de  la  première  Armée,  alors  à  Boukorefi.  (Voyez  ci-defl\is 
dans  le  xxii'.  §,  note  a)  où  la  Pejie  régnait,  &  où  il 
fut  attaqué  pour  la  féconde  Jois  ,  &c  y  mourut. 

(o)  Un  de  nos  Chirurgiens  nationaux,  qui  fut  dans  cette 
Ville  tout  le  temps  que  la  Pejie  la  ravagea.  Il  y  fit  tant 
de  bien",  que ,  pour  le  récompenfer  de  fes  fervices ,  le  Ma- 
gîjîrar  de  cette  Ville  pria  le  Collège  de  Médecine  ,  (  voyez 
ci-defTus  dans  le  yxii"^.  §  ,  note  {•)  de  lui  accorder  d'y  palier 
le  refte  de  fa  vie.  Il  y  fut  attaqué  de  la  Pejle ,  &  la  fur- 
paiTa  pourtant  très-heureufement. 

[p)  Un  de  nos  Chirurgiens  nationaux,  qui  fe  fit  tant 
d'honneur  par  fon  Erudition  &  fa  Capacité  dans  un  Hôpital 
peftiféré  en  Crimée^  que  S.  E.  le  Prince  de  Dolgorouky^ 
Krimsky  ^  alors  Général-en-Chef ,  fit  paiFer  fuccefîîvemenc 
par  toute  l'Armée ,  trois  circulaires  ,  dans  lefquelles  il  faifait 
les  plus-grands  Eloges  de  fes  fervices,  &  de  l'Iieureux  fuccès 
«jn'il  éprouvait  conftamment  dans  la  guérifon  des  Peftiférés. 
Ce  C^ebre  Chirurgien,  fut  ponrtanc  lui-même  attaqué  ds 


Première  Partie.  S  7 

Chirurgien  -  Major  dans  THôpital  en  Crimée  ; 
AL  Schafonshy  (  q  )  3  Médecin  dans  l'Hôpiral-Gé- 
néral-Miiicaire  à  Mofcou  ;  fans  parler  de  tous 
les  Sous-Chirurgiens  que  j'ai  eu  dans  les  Hôpitaux 
peftiférés  ,  Se  qui  ,  malgré  tous  mes  foms  de 
conferver  leur  vie  ,  y  font  morts  pour  la  plu- 
part (r> 

§.    XXVI. 

A  peine  fus  -  je  arrivé  à  Mofcou ,  que  je  nie 
rranfportai  chez  M.  Yaguelsky  (/)  ,  Médecin, 
pour  lui  faire  vifite.  Notre  entretien  roula  beau- 
coup fur  V Epidémie ,  dont  les  ravages  augmentaient 
de  jour  en  jour.  M.  Yaguelsky  ^  goûta  mes  Oh  fer- 
rations  Sc  mes  idées  fur  la  Pejie.  11  me  pria  de 
l'accompagner  dans  différents  Quartiers ,  pour  voir 
quelques  Malades  peftiférés  ,  &  en  conférer  enfuite 
avec  S.  E.  le  Gçuéralde  Yéropkin  (  r  )  ,  à  qui  il  était 
attaché ,  pof^  lui  faire  les  Rapports  de  tous  les  Pejlifé- 
rés.  Ce  Général ,  après  m'avoir  beaucoup  queftionné 
fur  les  Maux  que  cette  Contagion  avait  faits  à  notre 
Armée ,  &  fur  la  manière  dont  elle  s'annonçait , 
me  raconta  ,  avec  intérêt,  jufqu'à  quel  point  l'on 
était  aveuglé  fur  fon  exiftence  à  Mofcou ,   &  me 


la  Pejîe'j  mais  il  la  furpafTa  très-heureufenient.  Il  a  eu  le 
bonheur  de  fauver  la  vie  à  un  grand  nombre  de  nos  Mi- 
litaires. Après  ces  travaux  ,  il  s'eft  reciré  dans  une  petite 
Ville  de  RufTie  ,  nommée  Jiorowik  ,  çoinme  Praticien 
libre. 

(?)  Voyez  ci-deiïUs  dans  le  XX!!!*^.  §,  note  /. 

(r)  Voyez  ci-delTus  la  fin  du  xvi''.  §,  &  C.  de  MertenS, 
Obfervat.   Medic.  de  Febrib.  Putrid.    de   Pelle  ,  &c.  page 

(/")  Voyez  ci-defliis  le  xiv^  §. 
(^  j  Voyez  le  même  §,  &  le  xxîxS  de  cette  Partie» 

F  iv 


8  g  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mo/cou  1, 

pria  de  voir  quelques  Malades  ,  avec  M.  Yaguelsky) 
Je  l'avais  déjà  fait ,  &  parmi  ceux  que  j'avais  vus  j 
Tj'en  avais  trouvés  avec  des  Bubons ,  &  quelques-uns 
avec  des  Charbons  ôc  des  Pétéchies  :  aulli  aflurai-je 
Son  Excellence  ^  qu'ils  étaient  tous  attaqués  de  la 
Pejle  y  qui ,  fous  les-mêmes  Symptômes  internes  , 
ôc  fous  les-mêmes  Signes  externes  ,  ravageait  la 
Valachie  &  la  Moldavie  j  èc  qu'il  était  de  la  dernière 
importance  de  faire  connaître  au  Peuple  qu'il  devait 
foigneufement  fe  garantir  du  Contact  des  Malades  , 
ou   de .  ce  qui  les  enveloppait. 

Comme  j'ai  déjà  dit  à  l'Article  précédent ,  que 
petfonne  ne  voulait  de  bon  gré  remplacer  le  Chi- 
rurgien qui  avait  continuellement  demandé  fa  dé- 
million ,  &  qui  l'avait  obtenue  ,  le  Comptoir  du 
Collège  de  Médecine  (  u  )  avait  nommé  M.  Poma- 
ransky ,  un  de  nos  Chirurgiens  nationaux ,  pour 
le  remplacer.  Je  le  vis  chez  M.  Yaguelsky  ,  dans 
les  pkis  -vives  alarmes.  Comme  il  était  d'une  très- 
faible  conftitution  ,  il  craignait  beaucoup  pour  fa 
vie.  Les  fatigues  &  les  dangers  de  la  Contagion 
l'effrayaient.  Sachant  par  mes  Obfervations  ,  que 
prefque  tous  ceux  qui  font  craintifs  en  périfTent ,  je 
lui  propofai  de  le  tirer  de  danger  ,  en  le  rempla- 
çant moi-même  ,  8c  je  priai  ce  Médecin  ,  ainfi  que 
M.  Gravé  (  v)  ,  Cliirurgien-Major  ,  de  dire  à  S.  E. 
le  Général  de  Yéropkin  ,  que  j'entreprendrais  volon- 
tiers de  foigner  les  Pejliférés  dans  cet  Hôpital ,  que 
tout  le  monde  redoutait. 

Ce  Géncral'j  fatisfait  de  ma  bonne  volonté ,  me 
pria  à  l'inftant  de  venir  chez  lui  ,  &  me  préfenta 

■>-■...■  --——,.         ■         ,■■—,■■■■■—  .m  .1      I        iMi   ,    ■■■■■        ■,..      i.M         ■   ■    -■       ■  ■      ■        I  I  I     ■'    »    ■   ■         I        II         Ml^ 

(«)  Voyez  ci-deiTus  dans  le  xxii^.  §,  note  £•. 
{v)  Voyez  ci-delTus  le  xiv'.  f ,  &  le  xxix".  de  cette 
Partie. 


Première  Partie,  %% 

lui-mlme  au  Sénat  ^  &z  à  S.  E.  le  ComteAeSohikow , 
Maréchal-Général  de  Gouverneur  de  la  Ville.  Ce 
Seigneur  me  reçut  avec  beaucoup,  de  bontés  ,  &c 
m'airura  que  notre  Auguste  Souveraine  ne  me 
frullerait  pas  de  la  récompenfe  due  à  un  tel  facriJîce 
volontaire.  Ainiî,  vers  la  fin  du  mois  de  Juin  , 
AI.  Gravé  me  conduiiit  dans  V Hôpital  peftiféré  , 
qui  fe  trouvait'  encore  dans  le  Monaftere  Ougréf- 
chïnsky  (  w  ) ,  où  je  m'enfermai  avec  les  Malades, 
Je  n'y  trouvai  en  entrant  qu'une  vingtaine  de  Pefti- 
férés  j  mais  le  nombre  commença  a  augmenter  de 
jour  en  jour,  &  un  mois  après  ,  il  montait  jufqu'a 
200,  dont  j'eus  le  bonheur  de  fauver  plus  de  la 
moitié. 

Cependant  la  Pejle  commençait  de  plus  en  plus 
à  ravager  la  Ville  j  &  parce  que  cet  Hôpital  en 
était  très-éloigné  (a:)  ,  le  Sénat  jugea  à  propos  d'en 
établir  un  plus  proche  \  il  choifit  à  ce  fujet  le 
'b^io'az^iQTQ  Symonowshy  [y).  Comme  il  fallait  abfo- 
lument  un  Chirurgien  dans  ce  nouvel  Hôpital  ,  S.  E. 
le  Général  de  Yéropkin  me  fit  l'honneur  de  m'écrire 
à  ce  fujet  ,  vu  que  tous  les  Sous-Chirurgiens  (  :{  )  , 
qu'on  y  avait  envoyés  ,  étaient  morts ,  &  que  les 
Malades  y  étaient  fans  aucun  fecours. 

La  Lettre  de  ce  Seigneur  contient  les  éloges  les 
plus  flatteurs  ,  8c  loin  de  me  donner  fes  ordres , 
comme  il  le  pouvait ,  dans  ces  malheureufes  cir- 

[w)  Voyez  le  MÉMOIRE  ou  la  Description  de  la  Perte, 
qui  a  régné  dans  TEmpire  de  Ruffie,  &c.  pag.  71  &  71  ,  & 
ci-deflus  dans  le  xvi*.  §  ,  noce  q. 

{x  )  Voyez  C.  de  Mertens  ,  Obfervat.  Medic.  de  Febrib« 
Putrid.  de  Pelle ,  &c.  pag.  75;. 

(^)  Voyez  ci-deflus  dans  le  xvi'.  §,   note^. 

iï)  Voyez  C.  de  I\ïebtens,  dans  le  même  Ouviage, 
pag.  5^ 


^ô  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou  , 
confiances,  il  m'exhorte  à  accepter  ce  nouvel  &  plnS* 
dangereux  emploi,  ce  Puifque  vous  avez  ,  me  dit-il , 
3î  li-généreufement  méprifé  les  dangers  pour  vous 
»'  rendre  utile  à  la  Patrie ,  en  toutes  circonftances, 
»  je  n'exige  pas  de  vous  un  nouveau  facrifice  ; 
3»  cependant ,  iî  vous  voulez  bien  entreprendre  en- 
"  core  une  fois  ces  travaux  ,  quoique  bien  plus- 
»   fatigants  &  même  plus-dangereux ,  vous  me  ferez 

>*  Je  plus-grand  plaiiir 35.  Voyant  que 

Ce  digne  Citoyen  en  agilfait  fi-honnètement  avec 
moi  ,  me  laifTant  libre  d'accomplir  ,  ou  non  ,  mon 
facrifice  ;  voyant  d'ailleurs  ,  avec  douleur  ,  les 
Maux  qu'enduraient  mes  Concitoyens  ,  je  lui  ré- 
pondis ,  que  j'étais  très-flatté  que  Son  Excellence 
trouvât  en  moi  celui  qu'elle  délirait  dans  ce  temps 
malheureux  ,  &  que ,  pour  remplir  fes  vues  pa- 
triotiques ,  &  foulager  mes  femblables  ,  les  périls 
ne  m'effrayaient  pas  ....  Ainfî  ,  vers  la  fin  du 
Mois  de  Juillet,  je  me  rendis  dans  l'Hôpital  du 
Monaftere  Symonowsky  (  ^  ) ,  où  je  m'enfermai  , 
pour  la  féconde  fols  _,  avec  les  Peftiférés. 

Il  y  en  avait  déjà  plus  de  Mille ,  &  pour  les 
fervir  ,  je  ne  trouvai  qu'un  feul  Homme  ,  qui  eût 
déjà  éprouvé  tous  les  Symptômes  de  la  Maladie  , 
&  qui  l'eût  tout-à-fait  furmontée.  Dénué  de  tout 
fecours  ,  avec  tant  de  Malades  ,  que  pouvais  -  je 
faire  ?  J'écrivis  donc  promptement  à  S.  E.  le  Général 
de  Yéropkin ,  pour  le  prier  de  m'envoyer  incefiam- 
ment  quatre -vingt  Hommes  de  ceux  que  j'avais 
guéris  dans  le  premier  Hôpital ,  afin  qu'ils  m'ai- 


{a)  Voyez  le  Mémoire  ou  la  Description  de  la  Perte, 
«jui  a  régné  dans  l'Empire  de  Ruflie,  &  fur-tout  à  Mofcou, 
'&c.  pag.  71  &  71, 


Première  Partie,  ^% 

-idafTent  ^ans  un  befoin  aiiffi  preflaiir ,  tant  pout 
les  Panf^menSj  en  me  préparant  les  Appareils,  que 
pour  tout  ce  qui  regardait  le  fcrvice  des  Malades  ; 
ce  que  ce  General  rît  auilî-tôc  exécuter. 

Je  reliai,  dans  ce  fécond  Hôpital,  jufqu'auMois 
de  Septembre  j  temps  auquel  je  tombai  Malade 
pour  la  troijiemc  jois  (  ^  ).  Ce  fat  alors  que  S.  E.  le 
Général  de  Yéropkin ,  m'en  fit  fortir  pour  me  faire 
palfer  dans  l'Hôpital  du  Monaftere  Danylowsky  (c), 
afin  d'y  palfer  les  Quarantaines  ,  fous  une  Tente  ^ 
près  de  ce  Monaftere ,  dans  lequel  on  venait  d'établir 
un  Trûi/leme  Hôpital ,  pour  les  Malades  qui  avaient 
furmonté  tout-à-fait  les  Symptômes  internes ,  Sc 
les  Signes  externes  de  la  Pefte ,  mais  dont  les  Plaies 
n'étaient  pas  encore  parvenues  à  une  parfaite  cica- 
trice. Ce  qui  était  abfolument  néceifaire  ,  d'autant 
c]ue  l'Hôpital  Symonowsky  ,  était  ii-rempli ,  qu'on 
ne  pouvait  plus  y  recevoir  de  Malades  j  qu'à  mefure 
qu'il  en  fortait.  Auiîi  avais-je ,  fous  ma  direction  ^ 
lians  ce  nouveau  local  ,  jufqu'à  i^oo  convalef- 
cents  ,  à  qui  j'ofe  dire  ,  que  j'avais  auparavant 
fauve  la  vie.  J'y  reftai  jufqu'au  i  <j  de  Septembre  , 
jour  plus  dangereux  pour  moi  que  tous  ceux  que 
j'avais  pafifé  au  fort  de  la  Contagion.  La  Populace 
s'était  alors  révoltée  (  d  )  contre  tous  les  Médecins 


[b)  Voyez  ci-deflus  dans  le  v%  §,  nore^  ,  &  dans  le 
xxi^.  notes  q ,  t  SiC  u. 

(  c  ;  Couvent  de  Religieux  fous  l'Invocation  de  S..  Daniei, 
fîtué  fur  la  rive  de  la  Afoskwj ,  près  l'Hôpital  Pawlowsky, 
C'eft  auprès  de  ce  Couvent,  que  le  \6  de  Septembre  ^  fur 
les  TO  heures  du  matin  ,  la  Populace  révoltée  dans  la  Ville 
s'était  rendue.  Voyez. le  xxx^.  §.  de  cette  même  Partie.     , 

{d)  Voyez  C.  de  Mertens,  Obfervat.  Medic.  de  Febr. 
Pucrid.  de  Pefte,  &c.  pag.  g^.  MM.  Polo^kin  &  Muller,, 


92  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou  ^ 
&  Chirurgiens.  Je  tombai  le  premier  entre  les  mains 
des  Révoltés ,  qui  s'étaient  poftés  auprès  du  Mo- 
naftere  Danylowsky.  Ils  fe  faifirent  de  moi ,  &: 
après  m'avoir  chargé  de  coups ,  me  demandèrent 
fi  J'étais  le  Chirurgien  qui  avait  foin  des  Malades 
de  cet  Hôpital  ?  La  crainte  de  périr  d'une  mort  fî- 
affreufe,  me  détermina,  je  l'avoue,  à  unmenfonge, 
qui  me  fauva  la  vie.  Je  les  affurai  que  je  n'étais 
que  Sous  -  Chirurgien  de  l'Hôpital  Pawlowsky  (e)  , 
près  duquel  je  me  trouvais  ;  alors  ces  frénétiques 
croyant  que  c'était  la  vérité ,  s'appaiferent  &  me 
lailTerent  entrer  dans  cet  Hôpital  :  par  ce  moyen  ^ 
j^échappai  aux  ingrats  qui  voulaient  ma  perte. 

§.    X  X  V  I  I. 

Cependant  le  voyage  de  notre  Auguste  Sou- 
veraine ,  dans  fa  Capitale,  pour  y  faciliter  les 
moyens  d'arrêter  ce  terrible  Fléau  ,  &  pour  encou- 
rager fon  Peuple  par  son  Auguste  présence, 
était  fixé  au  mois  de  Septembre.  Cette  Mère  bien- 


dans  leur  Diâiionnaire  Géographique  Rufle,  pag.  i8^;  & 
le  Mémoire  ou  la  Description  de  la  Pefte  ,  qui  a  régné 
dans  l'Empire  de  Ruflîe  ,  &  fur-tout  à  Mofcou  ,  Sif,  pag. 

{e)  Hôpital  du  Nom  de  Paul  Pétrcwitz  ,  Grand- 
Duc  de  Toutes -les  -  Ruflies ,  &c.  Cet  Etabliffement  fut 
fondé  en  1763  ,  par  ce  Prince  Bienfaifant.  Il  y  a  dans 
cet  Hôpital  ,  un  Médecin  ,  un  Chirurgien  -  Jllujor  ,  deux; 
Sous  ~  Chirurgiens  ,  un  ^apothicaire '^  plufieurs  autres  Per- 
fonnes  néceffaires  pour  le  fervice  des  Malades ,  &c.  Tous 
ceux  qui  fervent  dans  cet  Hôpital,  reçoivent  leurs  Appoin- 
temens  du  Grand-Duc  ,  qui  fournit  encore  à  l'entretien 
des  Malades ,  &  de  l'Hôpital  même.  Voyez  une  Dêfcription 
plus-détaillée  de  cet  Hôpital ,  dans  le  Di£lionnaire  Géogra- 
phique Rulfe  de  MM.  PoLOUNiN  &  MuLLERj  page  ips. 


Vremierc  Partie.  ï>5^ 

Faifante  de  fon  Peuple ,  avait  déj à  fait  publier  plufieurs 
Ordonnances ,  pour  le  préferver  d'une  Maladie  Ç\  fu- 
nefte  par  fa  contagion ,  &  ordonné  tous  les  Prépara- 
tifs nécelîakes  pour  iow  départ  j  mais  comme  l'Em- 
pire était  alors  en  guerre  avec  les  Turcs ,  il  ne  fat 
pas  poiîible  à  Sa  Majesté  Impériale  de  fe  mettre 
en  marche.  Dans  ce  temps  de  crife ,  Mofcou  pa- 
railTait  trop-éloigné  de  Saint-Pétersbourg  ^  où.  fe 
décident  tous  les  affaires  d'Etat ,  &  où  la  préfence 
de   S.  M.  eft  abfolument   néceffaire. 

Voyant ,  avec  le  plus  grand  chagrin ,  tous  ce^ 
malheureux  inconvéniens  ,  Sa  Majesté  prit  lé 
parti  d'y  envoyer  un  de  Ses- Premiers  Miniftres  , 
S.  Al.  le  Prince  d'Or/ow ,  avec  plufieurs  autres 
Perfonnes  de  l'Etat  ,  tant  Civil  que  Militaire  ,  en 
accordant  à  cet  Illuftre  Patriote  ,  plein  pouvoir 
de  faire  tout  ce  qu'il  croirait  devoir  contribuer 
au  bien  de  la  Patrie. 

Ce  Prince  arriva  à  Mofcou  le  16  Septembre  * 
et  il  déclara  d'abord  ,  par  un  Manifejle  ,  qu'il  était 
;>  envoyé  de  la  part  cle  S.  M.  I'Impératricej 
w  qu'ELLE  était  informée  que  la  Maladie  qui  rava- 
33  geait  fi  cruellement  fa  Capitale  &  les  environs , 
K)  était  laPeJie,  ôc  que  V  Opinion  contraire  devait 
«  être  rêjettée  comme  une  Erreur  dangereufe  j  que 
i>  tous  les  .Habitans  eulTent  donc  à  fe  conformer, 
3'  fans  délai ,  à  toutes  Ordonnances  émanées  de 
»  S.  M.  Impériale  ,  du  Sénat,  &c  du  Confeil  des 
»  Médecins  ,  ainfi  qu'a  toutes  celles  qui  pourraient 
i->   en  provenir  par  la  fuite  jj. 

Après  la  Publication  de  fon  Manifefte  ,  le  Prince 
ordonna  ,  fur  le  champ  ,  de  convoquer  une  AjJ'em-* 
blée  de  tous  les  Médecins  ôc  Chirurgiens  de  la  Ville, 
afin  que  chacun  d'eux  répondît  aux  Quejlions  qui 
]€ur  feraient  faites ,  &  qui  furent  les  fuivaaces. 


^4         Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou  ; 

i*.  L'Epidémie ,  qui  ravage  fi-cruellement  îô 
peuple  dans  cette  Capitale  ,  ell-elle  véritablement 
la  Pejie  ? 

2°.  Le  Peuple ,  eft-il  empefté  par  l'^ir,  ou  fîmple- 
ment  par  le  Contact  de  quelques  Corps  ou  Hardes 
Peftiférés  ? 

3*.  Quels  font  les  Moyens  les  plus  sûrs  pour  ne 
pas  être  empefté  ? 

4°.  Y-a-r-il  quelques  Moyens  pour  la  guérifoii 
ides  Peftiférés  ,  &  quels  font  ces   Moyens  ? 

U AJfemblée  fe  tint  dans  l'Hôtel  de  S.  E.  le  Géné- 
ral de  Yeropkin ,  &:  ce  furent  Nos  Seigneurs  les  Séna- 
teurs de  Yeropkin  {f}&:  de  W^olkow  [g) ,  venus  de 
iSaint-Pétersbourg  à  la  fuite  du  Prince ,  qui  y  pré- 
sidèrent, conjointement  avec  M^\  de  5^jy^^X:ow()^), 
Se  Orreus ,  Médecin. 

Les  Quejlions  faites ,  tous  les  Médecins  ôc  les  Chi- 
rurgiens de  l'AiTemblée  répondirent ,  unanimement. 

A  la  Première  ,  que  l'Epidémie  qui  ravageait 
la  Ville  ôc  les  environs  ,  était  la  Pejle  véritable. 

j4  la  Seconde  ,  que  Iz  Pejle  n'exifte  pas  dans  Vair^ 
êc  que  ïair  n'empefte  jamais ,  mais  que  les  individus 
s'empeftent  eux-mêmes  par  le  Contact  à  des  corps  ou 
à.  des  hardes  peftifërés  ....(*). 

A  la  Troijieme  Queftion  ,  je  fis  ,  à  m.on  tour ,  une 
Réponfe  analogue  à  celle  que  j'avais  faite  à  la  fé- 
conde^   «  Je  déveloopai  les  foins  que  l'on  devait 


If)  Voyez  le  xxix*.  §.  de  cetce  même  Partie. 

(o  )  Voyez  le  même  §. 

(A)  Voyez  le  même  §. 

(  *  }  Voyez  le  refte  ci-deïïtis  §.  xi*.  pag.  ai ,  &  le  xiv*. 
pag.  30,  ^i  ,  31  &  33.  Ou  verra  aufli  dans  ce  dernier, 
îa  fuite  des  J^ous  de  ce  §3  c'elt-à-dire,  /,  k,  /,  w,  n^ 


'Première  Partiel  ^'(|^ 

Ici  prendre  pour  fe  garantir  du  Contacl  des  Pefti- 

8J  tcrés  ,  oblervant  qu'il  fallait  abfolument  ne  pas 

5'  s'expoler  dans  la  foule  du  Peuple ,  n'avoir  aucune 

»'  communication    avec    lui  ,    &c   ne  recevoir   de 

3J  quiconque  ,    aucune    marchandife  ,   ou  autres 

5j  e'^Qts  mobiliaires  ,  avant  d'être  sûr  qu'ils  n'a- 

v>  valent  point  palfé  par  des  mains  empeftées  :  que 

*}  les  maifons   habitables  devaient  être  bien  pro- 

>j  prement  tenues  ,  & ,  autant  qu'il  ferait  poflible  , 

3>  ouvertes  à  Vair  :  qu'il  était  également  néceiïaire 

3>  de  fe  laver  très-fouvent  avec  de  l'^^z/pure,  fraî- 

«  che  ,  à  laquelle  il  ferait  bon  d'ajouter  une  por- 

3j  tion   de  vinaigre  :  que  la  table   devait  toujours 

35  être  fervie  en  légumes,  racines  &  en  toutes  fortes 

Si  d'herbes   potagères  ,  ou  fruits  ,    parmi  lefquels 

3'  les  acides  devaient  avoir  la  préférence ,  évitant 

9'  aulfi ,  dans  ce  temps  critique  ,  de  ne  point  manr 

35  ger  beaucoup  de  viande ,  foit  fraîche ,  foit  ùi-^ 

9->  lée  ,  ôcc.  (/")". 


{r)  On  peut  voir  dans  le  Mémoire  ou  la  Descriptioîî 

de  la  Pefte ,  qui  a  régné  dans  l'Empire  de  Rufiie ,  &  fur- 
tout  à  Mofcou  ,  &c.  page  330  &  fuiv.  plulîeurs  autres 
Jiîcyens  propofés  dans  cette  Ajfcmblée ,  par  chaque  ^/e- 
dt:cin  &  Chirurgien.  Je  ne  crois  pas  que  je  doive  ici  afïigner 
jiommémenc  toutes  les  iortes  de  légumes ,  de  racines  & 
d'herbes  potagères  qui  doivent  être  fervies ,  ainiî  qu'on  les 
fpécifie  ordinaireniienc ,  pour  chaque  Malade ,  dans  tous  nos 
Livres  de  Médecine;  car,  pendant  les  Ravages  de  la  Pefte j 
on  doit,  fans  obferver  aucun  régime  ,  manger  &  boire  cc 
qu'on  veut ,  &  ce  qu'on  peut  ;  mais  toujours  fobrement  » 
pour  ne  le  pas  caufet  quelque  forte  d'indigeliion  .  ou  quel- 
qu'aucrc  incommodité.  En  etïet ,  dans  ce  temps,  la  moindre 
inàifpofition  ,  fur-tour  l'indigeition ,  puilqu'on  a  vulgaire- 
ment reçu  le  Fomi^iement  pour  premier  Symptôme  de  la 
Pefte,  caufe  de  fî  grandes  frayeurs,  qu'on  penfera  tout  de 
fuite  être  empefcé.  Ne  doit-il  pas  provenir  de»ià,  beaucoup; 


55(7         Mémoire  fur  la  Pefle  de  Mofcou  ; 

Quant  à  la  Quatrième  Queftibn ,  S.  A.  le  Princfii' 
d'Or/ow  ,  voulut  qu'elle  fût  décidée  dans  une  autre 
Affemhlée  particulière ,  à  laquelle  on  inviterait  les 
Médecins  &  Chirurgiens  expérimentés  dans  le  Trai- 
tement de  cette  terrible  Maladie ,  afin  qu'ils  pref- 
crivilTent  les  Moyens  les  plus-fimples  ,  &  dont 
chaque  F aniculier ^owx.r.Ax.  fe  fervir  lui-même,  dès 
le  moment  qu'il  le  fentirait  attaqué.  Pour  éviter 
tout  délai ,  le  Prince  fe  réferva  de  faire  imprimer 
&  publier  ,  le  plutôt  poflible  ,  le  Réfultat  de  leurs 
décifions.  Nous  y  affiliâmes  MM.  /o.  Jac.  Lerché  ^ 
Erafmus  _,  Schafonsky  j  Yaguelsky  j  Orreus  j  Po- 
goretsky  _,  &  Sihelin  _,  Médecins  \  M.  Gravé  j 
Chirurgien-Major  ,  M.  Margraff,  Chirurgien  ,  ôc 
Moi.  Nous  propofâmes  nos  Moyens  curatifs  ,  que 
le  Prince  fit  imprimer  fur  le  champ  ,  &  dont  voici 
le  détail  ........ 

«  3®.  Si ,  par  malheur,  quelqu'un  tombe  malade 
î>  de  la  Pefle  ^  dans  quelque  Maifon  ,  il  faut  a 
»  l'inftant  le  faire  paiTer  dans  un  endroit  parti- 
s)  culier  ,  &  tous  ceiix  qui  étaient  avec  lui  doivent 
j>  fe  retirer  dans  une  autre  Chambre  \^  ou  mieux 
»  encore  ,  dans  une  autre  Maifon ,  s'il  eft  poffi- 
sj  ble.  Ceux  ,  fur  -  tout ,  qui  l'ont  approché  de 
ï»  plus'  près  de  l'ont  touché  ,  doivent  aulîi-tôt  chan- 
3î  ger  d'habits  en  entier ,  &  fe  laver  avec  de  \eau 
«  fraîche  ,  coupée  d'une  certaine  quantité  de 
sj  vinaigre  :  après  quoi  ,  ils  doivent  encore  prendre 
?j  les  Remèdes  fudorifiques  ci-delTous ,  &  fe  mettre 
»  au  lit,  pour  provoquer  la  Sueur.   Mais  après  la 


de  dérangemens  dans  la  famille,  &  dans  toute  la  maifon?.... 
Voyez  le  leiie  ci-deffous  dans  le  VIII^  §'  de  la  Troifiemc 
Partie, 

»?  convalefcence , 


Première  Partie:  <^j 

r^  convalefcence  ,  ou  la  more  d'un  Peftiféré^  il  faut 
w  abfoiument  brûler  toutes  fes  hardes, 

>■>  4°.  Puifque  la  Pejle  attaque  maintenant  le 
»>  Monde  avec  une  vicelfe  incroyable  ^  8c  qu'elle 
»î  s'étend  fur  le  Peuple  avec  une  rapidité  écon- 
«  nante  ,  àxns  la  crainte  que  ceux ,  qui  s'en  trou- 
«  veiit  fubitement  atcaqués  ,  ne  puillent  pas.  fe 
3>  procurer  des  Médecins  ou  Chirurgiens  ^  ëc  qu'en 
»>  ce  cas,  ils  ne  relient  fans  Secours  ,  voici  les 
»>  Moyens  les  plos-iimples ,  &  dont  chacun  peut 
«  aifément  faire  ufage  dès  le  Commenctment  de  la 
s5  Maladie ,  ou  par  lui-même  ,  ou  par  quelqu'un 
>î   de  fes  proches  ,  fans   autres  Secours. 

M  I.  Aulii-tôt  que  quelqu'un  s'appercevra  du  pre- 
ï3  mier  Symptôme  ,  qui  coniift^  en  des  douleurs 
a»  de  tête  ,  pourvu  que  ce  ne  foit  pas  après  avoir 
»î  mangé  ,  alors  il  doit  à  l'inftant  fe  mettre  au  lit  ^ 
î>  febien  couvrir  ,  boire  fuffifamment  de  l'eau. 
31  chaude ,  acidulée  de  vinaigre  ,  ou  de  quelqu'autre 
35  fuc  acide  ,  ou  une  Décoction  de  Camomille  ,  oa 
s»  d'Auronne  ,  pour  provoquer  la  Sueur ,  &  il  doit 
3>  refter  en  cet  état,  jufqu'à  ce  qu'il  ait  fué  alTez 
»  largement.  Pour  provoquer  plus-facilement  la 
3»  Sueur ,  il  fera  encore  bon  de  verfer  du  vinaigra 
3'  fur  une  Brique  ,  ou  fur  une  autre  Pierre  brû- 
ss  iante  ,  pour  que  le  Malade  ,  fe  tenant  bien 
3>  couvert ,  en  reçoive  les  Fapeurs  j  jufqu'à  ce 
3J   qu'il   fue  abondamment. 

33  IL  S'il  arrive  que  quelqu'un  ait  des  douleurs 
33  de  tête  ,  accompagnées  de  la  naufée ,  ou  du  vo- 
33  miiTement  -  même  ,  fur-tout  ,  fi  la  Maladie  fe 
33  déclare  après  avoir  mangé  j  alors  il  doit  exciter 
33  le  vomilîement  le  plus  -  abondant ,  au  Moyen 
33  d'un  y'omitij ,  compofé  d'eau  chaude ,  mêlée  de 
j3   quelque  forte  d'huile  à  manger  j  après   quoi  il 

G 


^a>8  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mo/cou  i 

j>  boira  beaucoup  d'eau  chaude  pure,  jufqu*à  c6 
»  qu'il  ait  abondamment  vomi.  Et  pour  que  ce 
»  Vomitif  o'ÇQiQ  plus-commodément  &  plus-vîte  , 
«  il  fera  bon  que  le  Malade  accélère  lui  -  même 
M  l'Opération  ,  en  introduifant  fon  doigt  dans  le 
Si  golkr ,  &  que  ,  quand  il  aura  aifez  vomi ,  il  fe 
»  mette  au  lit  ,  &  provoque  la  Sueur  de  la  ma- 
»  niera  ci-delfus, 

»  III.  S'il  arrive  que  quelqu'un  foit  accablé 
i>  par  tout  le  corps ,  d'une  chaleur  brûlante ,  accom- 
»  pagnée  d'une  faibleiîè  extraordinaire  ,  alors  on 
»  doit  lui  appliquer  j  inceifamment  ,  fur  le  front , 
sj  un  Epitheme ,  compofé  de  Pain  noir  &  de  vinaigre , 
3>  ou  de  queiqu'autre  fuc  acide  ,  &  il  doit  très-fré- 
M  quemment  boire  de  l'eau  froide  ,  acidulée  de  vi- 
»  naigre  ,  ou  autre  fuc  acide  ,  ou  bien  ufer  d'une 
»ï  Boiifon  ulitée  parmi  le  Peuple  de  Ruflie ,  & 
»ï   qu'on   nomme  Kisloï  KwaJJ'. 

«  IV.  S'il  arrive  qu'il  fe  manifefte  fur  quelque 
«  Peftiféré  ,  un  Bubon  ^  foit  dans  les  Aines ,  foit 
M  fous  les  Aif elles  ,  foit  derrière  les  Oreilles , 
M  alors  il  faut  tâcher  de  le  faire  fuppurer  le  plutôt 
35  poffible  ^  &  5  pour  faciliter  cette  Suppuration  , 
»  il  faut  y  appliquer  ,  très-fréquemment ,  un  Ca* 
SB  taplâme ,  compofé  d'une  Pâte  de  farine  blanche  , 
3î  délayée  avec  du  Miel  pur  ,  ou ,  au  lieu  de 
fi  Miel  5  d'oignons  cuits  fous  la  cendre.  Il  faut 
83  réitérer  l'application  de  quelqu'un  de  ces  Ca- 
il  taplâmes  ,  jufqu'â  ce  que  le  Bubon  foit  crevé 
s5  de  lui--même  ;  èc  quand  il  fera  crevé ,  on  eon- 
•9?  tinuera  d'y  appliquer  la  mane  Pâte ,  à  l'excep- 
5ï  tion  des  oignons  s  &  ce  ,  jufqu'à  ce  que  la  Plaie 
s»   foit  tout-à-fait  confolidée. 

5»  V.  S'il  arrive  qu'il  fe  manifefte  un  ,  ou  deux  , 
»  ou  pluiîeurs  Charbons ,  en  quelqu'endroit  que 


I  Première  Partie.  99 

«»  ce  foie  à\l  corps  d'un  PeJIifére\  alors  il  faut  à 
j»  i'inftant  y  appliquer  ,  ou  de  la  Poix  [f] ,  me- 
j>  lée  avec  de  la  mie  de  Pain  blanc  ,  ou  de  ÏAil 
»>  pilé  &  étendu  fur  un  morceau  de  linge  ,  ou  àa 
»>  Fromage  à  la  crcnie  ,  de  la  même  manière  ,  & 
ij  continuer  chaque  jour  quelqu'un  de  ces  Pan-' 
»  fcmcns  ,  jufqu'à  ce  que  le  Charbon  foit  tout-à- 
«  fait  détaché.  Après  qu'il  fera  tombé  ,  on  ap^ 
i>  pliquera ,  fur  la  Plaie  j  du  Miel  pur ,  étendu 
j»  fur  un  morceau  de  linge ,  &  op.  continuera  jufqu'à 
»  ce  que  la  Plaie  foit  tout-à-fait  guérie. 

n  On  peut  encore  faire  un  Onguent  j  compofé 
«  d'une  Portion  égale  de  graifle  blanche ,  de  cire 
«  vierge ,  &  d'huile  à  manger  ,  le  tout  combiné 
»>  &  fondu ,  dont  on  fera  des  Emplâtres  -,  qu'on 
"  appliquera  fur  la  Plaie  jufqu'à  ce  qu'elle  foil 
M   confolidée. 

»  5".  On  a  déjà  dit  ci-defTus  que  les  Malades 
î>  empeftés  doivent  abfolument  être  tranfportés  dans 
sï  un  endroit  particulier  ,  où  perfonne  ne  doit 
3>  entrer.  Mais  comme  l'humanité  &  la  Religion 
»  ne  nous  permettent  pas  d'abandonner  aucun 
j>  Malade ,  ni  de  lui  refufer  les  fecours  néceflaires  j, 
»?  il  doit  donc  fe  trouver  quelqu'un  ^  ou  des  Pa^ 
?3  rens  ,  ou  d'autres ,  qui  puiiTent  leur  donner  tous 
35  les  fecours  poiTibles ,  fur  -  tout  dans  le  temps  que 
.  >ï  les  Malades  n'ont  pas  la  force  de  marcher  ,  dC 
>9  parconféquent  ne  peuvent  fe  fecourireux-mêmeSo 
î»  Dans  cette  extrémité  ,  voici  les  Principales  Pré' 


(f)  Il  faut  choifir,  pour  ce  Remède  ,  la  Poix  la  plus* 
liquide,  la  phis-claire,  &  la  plus-pure  j  c^eft  à  dire,  Gellô 
qui  fort  la  première,  lorfqu'on  diftille  la  Poix  de  Sapin  j 
de  Pin ,  de  Larix  ,  &c.  &  qu'on  nomme  eil  Langue  Ruflcj 
Tihljhi  Z>io^oie> 

0  \] 


I  oo       Mémoire  fur  ta  Pejle  de  Mofcou  ^ 

»»  cautions  que   doivent,  prendre  ceux  qui  feront 

»>  auprès  d'eux  ,  pour  ne  p^.s  s'empefter  eux-mêmes. 

r>  En  premier  lieu  ,  ils  fe  garderont  bien  de  tou- 

»>  cher,  les  miins  nues,  foit  les  Malades,  foit  les 

>5  harJes  qui  font  autour  d'eux.  E  ifuite,  ils  auront 

»  quelques  Paires  de  Gants  &  qiieiques  Rodingotes , 

»  ou  Surtouts  j  de   grolTe  toile  ,  dont  ils  fe  cou- 

»  vriront   quand  il  faudra  fer /ir  les  Malades ,    &" 

»  aufli- tôt  qu'ils  les  auront  fervis  ,  ils  fe  désha- 

»»  billeronr ,  &  ils  mettront ,  pour  quelque  temps , 

«  leur  Rodingote  j  ou  Surtout  ^    ôc   leurs  Gants , 

»»  dans  de  l'eau  chaude ,  beaucoup  falée  ,  ou  dans 

M  de  l'eau  froide  beaucoup  acidulée  de  vinaigre  (  r  )* 

»  Ce  qui  doit  fe  faire  toutes  les  fois  qu'ils  appro- 

sî  cheront  des  Pejîiférés.  Enfin,  comme  tous  ceux, 

>»  qui    ferviront  les  Pejîiférés ,    ne    doivent  avoir 

»  aucune  communication   avec  les  autres,  il  faut 

>5  que  ceux  qui  font  encore   en  bonne  fauté  leur 

M  apportent  tout  ce  qui  leur  fera  néceflfaire  pour 

»)  eux  ,  &c  pour  les  Malades  j  &  qu'ils   mettent  le 

ï>  tout ,  dans    un  endroit  deftiné  auprès  de  leurs 

»>  Chambres  » . 

Imprimé  dans  le  Sénat,  à  Mofcou,  le  7  Ocio" 
ère  1771. 

§.    X  X  V  î  î  L 

Après  qu'on  eut  lu  ,  dans  une  nouvelle  ^Jfem- 
èlée  générale ,   le  Réfultat  de  notre  j^Jj'emlUe  par- 


(f  )  Il  faut  obferx-er  ,  qu'ils  ôteront  la  Rodingote  ou  Sur' 
tout  ^  avant  les  Gants  ,  &  qu'ils  le  plongeront  dans  de  l'eaii 
falée  ou  acidulée  ,  en  enfonçant  eu  mêaie  temps  ,  pour  un 
moment ,  les  Gants  avec  les  laains.  Apiès  quoi,  ils  les  met- 
uoac  dans  la  même  eau. 


Première  Partie.  loi 

cîcLiIiere ,  le  Prince  propofa  encore  les  Quatre  Quef- 
tions  fuivantes. 

I.  Y-a-t-il  fulîïramment  de  Quarantaines  ? 

IL  L'Ordre  &  les  Ltabliflemens  des  Quaran- 
taines font-ils  alfez-bien    exécutés  ? 

IIL  Y-a-t-il  alTez  d'Hôpitaux  pour  les  Pefti- 
férés  ? 

IV.  N'y-a-t-ii  rien ,  ou  dans  l'Ordre  ,  ou  dans 
rEtabliirement  àts  Hôpitaux  Peftiférés ,  où  il  faille 
ajouter  ou   retrancher  ? 

A  ces  Quatre  Queftions ,  l'AfTemblée  de  tous 
les  Médecins  <Sc  Chirurgiens  de  la  Ville  répondit-  : 

1°.  Que  les  Quarant aines  devaient  abfolument 
être  augmentées  ,  tScc.  (  u). 

i".  Que  LOrdre,  ainiî  que  les  EtabliiTemens  des 
Quarantaines  ,  étaient  affez  -  convenables  ,  &  bien 
exécutés ,  &:c.  (v). 

5°.  Que,  quand  aux  Hôpitaux  peftiférés,  il  fallait 
abfolument  en  augmenter  le  nombre  jufqu'à  IV  , 
6i  les  difpofer  de  manière  qu'il  sqïï  trouvât  Un  â 
chaque  Coin  de  la  Ville  ,  &c.  (  w  ). 

4"*.  Que ,  pour  ce  qui  concernait  l'Ordre  &  l'Eta- 
blilTement  des  Hôpitaux  ^  il  ny  avait  rien  à  ajouter, 
ni  à  retrancher  ,  pour  ce  qui  concernait  l'entretien 
des  Malades  ;  mais  qu'il  fallait  abfolument  que 
chaque  Médecin  ou  Chirurgien  ,  qui  ferait  dans 
un  Hôpital  y  fuivît  les  Arrangemens  que  j'avais  déjà 
introduits  dans  les  Hôpitaux  des  Monalleres  Ougref- 


(^li)  Voyez  le  refte  delà  Rcponft;  à  cette  Qiieftion ,  dans 
le  Mémoire  ou  U  Description  de  la  Pefre,  qui  a  régné 
diiis  TE  r.pire  de  Ruflîe ,  &  fur-couc  à  Mofcou ,  &c.  page 
337  &  fuiv. 

(v)  Voyez  le  refte  de  la  Réponfe  ,  au  même  endroit. 

(iv)  Voyez  le  telle  de  là  Répoufe,  au  mêaie  eiidroiso 


lot  Mémoire  fur  la  Pejîe  de  Mofcou ^ 
chlnsky ,  Symonowsky  [x]  j  &  Danylowsky.  Arran* 
gemeiis,  que  j'avais  déjà  donnés  par  écrit  à  S.  E,  lo 
Général  de  Yeropkln ,  en  ces  Termes.  «  Le  Mé-' 
«  decin  ou  Chirurgien  doit  arranger  dans  fon  Hôpi- 
^>   tal  5  les  Chambres  des  Malades  de  manière  : 

>»  I  ''.  Que  les  Malades  ,  qui  ,  à  leur  entrée  ,' 
»>  font  fi  cruellement  attaqués  de  la  Pejle  ,  qu'on 
^^  ne  pcut  d'abord  juger ,  par  les  Symptômes  in- 
*9  ternes  ,  s'il  eft  poiîible  de  les  guérir  ou  non  , 
3>  foient  tous  placés  d'un  côté  j  dans  des  Chambres 
»>  particulières. 

»>  1**.  Que  ceux  qui  auront  déjà  triomphé  de 
M  tous  ces  Symptômes ,  &  qui  n'auront  aucune 
3>  Plaie ,  foient  tous  placés  d'un  autre  côté ,  dans 
»>  des  Chambres  particulières. 


(jf)  Dès  que  la  Pejîe  fe  manifefta  ï  Mofcou  ,  le  Sénat 
choific  premièrement,  pour  fcrvir  d'Hôpital  aux  Pcftiférésj 
îe  Monaftere  Ougréjchinsky-^  &  quand  la  Pejie  fe  fut  con- 
fîdérablement  difperfée  dans  la  Ville,  on  choifit  le  Monaf- 
tere  Symonowsky.  De  ces  deux  Couvens  ,  ain(î  que  de  ceux 
qui  furent  affignés  dans  la  (uirc  pour  le  même  ufage,  tous 
les  Moines  furent  tranfportés  dans  d'autres  Couvens.  Ainfi, 
j'eus  la  liberté  d'ôter  toutes  les  cloifons  qui  formaient  les 
différentes  Cellules  de  Ces  Moines  ,  pour  ne  faire  qu'une 
feule  Pièce  de  chaque  endroit ,  afin  d'y  placer  plus-com- 
rnodcment  un  plus  grand  Nombre  de  Lits  ,  &  fur-tout  dans 
le  Monaflere  Symonowsky  ,  où  il  y  avait  plus  de  200 
Petites  Cellules  ,  &  où  je  plaçai  plus  de  looo  Lits, 
Dans  chacun  de  ces  Hôpitaux ,  il  y  avait  des  Chevaux , 
depuis  cin^  jufqu'à  dix,  avec  des  Chariots  pour  tranfporter 
les  Morts  dans  les  Cimetières.  De  tous  ces  Chevaux  ,  ainfî 
que  de  tous  les  Oij'eaux  ,  qui  faifaient  leur  retraite  fur  les 
"Tours  des  Bâtimens  de  ces  Couvens,  il  n'en  périt  aucun, 
&  on  n'apperçut  jamais  qu'il  fût  péri  un  feul  Oifiju,  Preuve 
bien  évidente ,  que  VAir  ne  tue  ni  les  Oifcaux ,  ni  aucun 
autre  Individu,  &  que  la  Pejle  n'a  aucun  pouvoir ,  même 
par  le  Coniaii^  fur  les  Beftiaux.  Voyez  ci-deffus  le  x  v*.  §. 


Première  Par  de.  ioj 

»  5*.  Que  ceux  qui  amont  déjà  furmonté  U 
55  Maladie,  mais  qui  auront  encore  des  Plaies  après 
»>  les  Bubons  ou  Charbons  ^  foienc  tous  placés  d'un 
»  troilieme  côté  ,  dans  des  Chambres  particu- 
*>  lieres. 

»  4°.  Enfin  ,  qu'il  y  ait ,  à  l'entrée  de  l'Hôpi- 
»>  tal ,  une  grande  Chambre ,  deftinée  à  recevoir 
»  les  Malades  qui  entrent  ,  afin  qu'on  les  puifle 
j>  examiner  5  &  j'-^ger,  par  leurs  Symptômes  inter- 
»  nés  &  leurs  Signes  externes,  dans  quelle  claife 
«   de   Chambres  on  doit  les  placer  35. 

Cette  dernière  Difpojidon  eft  d'autant  plus-né- 
celTaire  ,  que  chaque  Médecin  ou  Chirurgien  connaî- 
tra plus-facilement ,  aulli-tôt  qu'il  verra  entrer  un 
Malade  ,  où  il  doit  le  placer  ,  &  dans  Îqs  vijites 
journalières  ,  il  faura  de  même  quels  Malades  il 
doit  vificer  pour  la  première  fois.  En  outre ,  ceux 
qui  feront  déjà  un  peu  rétablis  ,  ne  feront  pas 
frappés  du  défefpoir  de  fe  guéry  ,  puifqu'ils  ne 
verront  pas  que  plulîeurs  de  ceux  qui  entrent  meu- 
rent prefqu'en  entrant  ,  ou  peu  d'heures  après. 
C'eft  une  remarque  que  je  n'ai  que  trop-fouvenc 
faite  dans  l'Hôpital  du  Monaftere  Symonovjsky , 
où  l'on  amenait  fouvent  plus  de  cent  Perfonnes 
par  jour,  déjà  fi  cruellement  accablées  de  graves 
Symptômes ,  qu'elles  mouraient  ,  pour  la  plupart , 
à  leur  entrée  ,  ou  quelques  heures  après.  Un  Specta- 
cle aulfi  effrayant  ne  peut-il  pas  caufer  aux  autres 
Malades  une  frayeur  mortelle  ? 

§.    X  X  I  X. 

Après  que  le  Prince  eut  examiné  par  lui-mêmô 
les  avis  de  tous  kes  Médecins  ôc  Chirurgiens ,  il 
jugea  à  propos  ,  conformément  aux  Vœux  de  sa 

G  iy 


î04  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou^ 
SouvEPvAiNE  ,  pour  le  bien  de  (qs  Sujets  ,  d'étabUi 
auprès  du  Sénat  de  Mofcou  ,  deux  Commiffions  ^ 
dont  l'une  avait  pour  Titre  ,  *  Commiffwn  contre  la 
Pejie  •  &  la  féconde  ,  CommiJJion  pour  l'Exécution  : 
ce  qui  fut  exécuté  le  12  du  Mois  A' Octobre 
Î771  [y)' 

A  la  Commifflon  contre  la  Pejle  j  Présidai  T, 

S.  E.  M.  DE  YÉROPKîN, . . .     Confeiller  -  Privé- 

Aduel  de  S.  M.  I.  de 
Toutes-les-RufTies ,  Sé- 
nateur ,  &  Chevalier 
des  Ordres  de  Saint- 
André,  de  S.-Alexan- 
dre  -  Newsky  ,  Ôc  de 
Sainte-Anne. 

.  Confeiller  -  d'Etat 
de  S.  M.  î.  de  Toutes- 
Îes-Ruffies,  ôc  Vice- 
Préfident  de  la  Chan- 
cellerie de  Tutelle  ^ 
pour  les  Colonies. 

Du  Rev.  p.  Alex.  Lewschin.     Archiprêtre    de   la 

Grande  Cathédrale  du 
Krémle  {^)  ,  ôc  Mem- 
bre du  Confiftoire  du 
Saint  Synode. 


//  était  afïlllé 


De  m.  de  BaSIcakow.  . . , 


(y)  Voyez  le  Mémoire  ou  la  Description  Je  la  Perte, 
qui  a  régné  dans  TEmpire  de  Ruflîe,  &  fur  touc  à  Mofcou^ 
&c.  pag.  'oo  &  ^41. 

(  î  )  Voyez  ci-defTus  dans  le  Ji*.  § ,  note  /, 


Première  Parue.  105 

De  m.  Schafonsky.  ...     Médecin  de  l'Hôpi- 

tal-Général-Militaire, 
enfuite ,  Confeiller  , 
.Médecin  -Phyficien  à 
Mofrou  ,  &  Membre 
du  Comptoir  du  Col- 
lège de  Médecine. 

De  m.  y  a  g  u  e  l  s  k  y  . . , .  Médecin  de  l'Hôpi- 
tal-Général -Militai- 
re 5  &  Profeireur  à^s 
Elevés  de  cet  Hôpi- 
tal (  a  ). 

D  £  M.  O  R  R  É  u  s  .'.;...  Confeiller  &c  Mé- 
decin. 

De  M.  Gravé  ....  .     Chirurgien-Major, 

enfuite  AiTefleur  des 
Collèges  de  S.  M.  Im- 
riale  de  Toutes  -  les- 
Rufîîes. 

Db  M.  D,  SamoÏlowïtz.  Chirurgien  de  l'Hô- 
pital -  Général  -  Mili- 
taire ,  enfuite ,  AiFef- 
feur  des  Collèges  de 
S.  M.  Impériale  de 
Toutes  -  les  -  Rufîies  , 
Docteur  en  Médeci- 
ne ,  Chirurgien-Major 
du  Sénat,  &c. 

Enfin,    DE    M.  DoLGow.     Négociant,  enfuite 

Confeiller-Tituiaire. 


(d)  Voyez  ci-defTus  dans  le  xa:ii%  S,  noicft 


icfS       Mémoire  fur  la  Pejlc  de  Mo/cou  j 

  la  CommiJJlon pour  l'Exécution^  PRÉSIDAIT. 

S.  E.  M.  D  z   W  o  L  K  o  w.     Confeiller-Privé  de 

S.  M.  Impériale  de 
Toutes  -  les  -  Ruffies , 
Sénateur  ,  Préiîdent 
du  Collège  des  Ma- 
nufadfcures  ,  &  Chev 
valier  des  Ordres  de 
S.-Alexandre-Néwsky, 
Se  de  Sainte-Anne. 
Il  était  aJJ^é» 

lot  M.  D*A  R  c  H  A  R  0  W . . . .     Major  ■>  Généra! , 

Maître  de  Police  à 
Mofcou ,  &  Cheva- 
lier de  l'Ordre  de 
Sainte-Aune. 

Et  ds  m.  de  Borissow.     Confeiller  -d'Etat 

de  S.  M.  Impériale  de 
Toutes-les-Ruflîes. 

Le  devoir  de  la  CommiJJlon  contre  la  Pejle  (  ^  )  j 


(è)  Afin  que  perfonne  ne  demande  pourquoi  la  Corn- 
mijjion  contre  la  Pejle  était  compofée  de  Seigneurs ,  &  fur- 
tout  d'un  Archipiêtre  &  d'un  Négociant ,  tandis  qu'il  femble 
que  les  Médecins  &  les  Chirurgiens  feuls  devaient  y  être 
appelles i  je  dirai  que,  dans  le  temps  que  la  Pejle  ravagea 
J\iofcou  ,  il  s'éleva  un  bruit ,  que  la  PdpulaCe  foupçonnait  le? 
Médecins  &  les  Chirurgiens,  comme  j'ai  déjà  dit  ci-defîus, 
de  faire  périr  exprès  les  Malades  dans  les  Hôpitaux  pefti- 
fcrés ,  &  dans  les  Quarantaines ,  d'où  il  provint  un  grand 
défordre,  qui  alla  jufqu'à  la  Révolu ^  &  même  au  meurtre. 
(Voyez  à-deffus  daiis  le  sasvi*.  §,  note  d.)  Ainfî  ,  pour 


Première  Partie.  lo-^ 

^ait  de  recevoir  chaque  jour  les  Rapports  de  cous 
les  Mcdecins  j  Chirurgiens  ^  Infpccleurs  de  Police 
de  chaque  Quartier  de  la  Ville  (  c)  j  d'établir» 
pour  [qs  Pejlifires ,  autant  d'Hôpitaux  &  de  Qua^ 
rantaines  ,  qu'il  ferait  néceiîaire  ,  &  d'y  entretenir 
autant  de  Médecins  ôc  Chirurgiens,  que  befoin  ferait, 
en  payant  à  ceux  qui  voudraient  ,  de  leur  propre 
mouvement,  entreprendre  ces  travaux,  imQfommê 
aifez-confidérable  (  d  ).  En  un  mot  ,  la  Commiffion 
devait  chercher  tous  les  moyens  poflibles  de  domp- 
ter tout-à-fait  la  Pejie  ,  ôc  d'en  préferver  à  jamais 
l'Empire  deRiiiîle. 

§.    XXX. 

Nous  avons  déjà  dit  plus-haut  que  l'Hôpital  du 
Monaftere  Ougrefchinsky  avait  été  abandonné  par 
rapport  à  (o-a  trop-grand  éloignement ,  &  qu'il 
était  uniquement  deiliné  à  être  VAfyle  ^qs  Pau- 
vres alors  entretenus  aux  dépens  de  la  Couronne. 
Il  ne  reliait  donc  pour  les  PeJIifére's  que  deux 
Hôpitaux  ,  celui  du  Monaftere  Symonou^sky ,  ôc 
celui  du  Monaftere  Danylcwsky  j  mais ,  comme 
ils  n'étaient  pas  alfez-vaftes  pour  contenir  tous 
les  Malades  ,  le  Prince  ordonna  ^tw  établir  un 


faire  connaître  au  Peuple  fon  Erreur  ,  wotre  Auguste 
Souveraine  voulut  bien  compofer  cette  Comtnijjion  de 
différents  Membres  de  lEtar  ,  â  delTein  de  le  tranquillifer, 
puifqae  ces  ditïérents  Membres  n'y  étaient  pas  comme  Mé^ 
decins  ,  mais  comme  Témoins  oculaires  de  ce  qui  fe  faifait 
pour  le  Salut  de  la  Patrie. 

(  c  )  Voyez  ci  deïïus  dans  le  Xîciv'.  §  ,  note  p. 

(d)  Voyez  C.  de  Mertens  ,  Obfervat.  Medic.  de  Febr» 
Patrid.  de  Pefte ,  -fec ,  page  8^. 


toS  Mémoire  fur  là  Pejle  de  Mofcou  ^ 
Troifieme  dans  le  Palais  de  Le-Forc  (e  )^  Ôc  un 
Quatrième  dans  le  Monaltere  Pokrowsky  (  f)  ; 
en  lin  ,  il  ouvrit  fa  Maifon  à  la  Nobiejje  j  en  cas 
que  quelque  Perfonne  fût  attaquée  de  la  Pejîe. 
Sa  Grandeur  d'Ame  pénétra  tellement  les  cœurs 
de  reconnaiffance  ,  qu'on  érigea  pour  fon  entrée 
a  S.-Pétersbourg,  Un  Arc  de  Triomphe  du  plus- 
beau  marbre  ,  portant  Une  Infcrïpnon  qui  doit 
en  conferver  le  fouvenir  à  la  Poftérité. 

II  fe  préfenta  bien-tot  des  Sujets  habiles  pour 
fervir  dans  cq^  nouveaux  Hôpitaux  ;  puifqu'on 
avait  promis  une  Somme  affez-confidérable ,  comme 
l'ai  déjà  dit  à  l'article  précédent,  yi.  Po gorets ky  y 
Médecin  très-habile,  Fut  le  premier  qui  donna 
l'exemple  j  il  déclara  qu'il  fe  chargerait  volontiers 
du  premier  Hôpital  ,  quoiqu'il  eût  Femme  ,  En- 
fans  ,  &  fa  propre  maifon.  M.  Mclf^er  (  g  )  j  pour 
îe  fécond  Hôpital  j  &  avec  lui  M.  Kirdan  j  un 
de  nos  plus  -  habiles  Chirurgiens  nationaux  ,  qui 
dédira  aulîi  fe  char2;er  volontiers  de  ce  fom. 
M.  Jo.  Jac.  Lerché  ('h)j  s'offrit  pour  avoir  inf- 
peclion  fur  les  Malades  qui  pourraient  entrer  dans 


(e)  Voyez  ci-deflus  dans  lé  xxvi*.  §,  note  t. 

Ij")  Voyez  au  même  endroit,  note  v. 

(g)  Depuis  peu  devenu  Médecin  fians  les  Pays  Etran- 
gers. Il  étoit  alors  nouvellement  arrivé  en  Ruflîe,  où  il  n'avait 
pas  encore  la  l^nnijjion  d'exercer  )a  Médecine.  Mais  pour 
s'inflruire  dms  la  ^'ratique  ^  fous  V hifpeilion  de  nos  Méde- 
cins, le  Colline  de  Médecine  \u\  avait  permis  d'entrer,  comme 
J^ûloi. taire ,  c'eft-â  dire,  fans.Appointemens  de  la  Couronne, 
dans  VHépi'uL-Géi  ér^l  MiCiUiie  de  Mofcou  ;  &  ne.  pou- 
vant fubdfter  par  lui  même,  il  demanda  à  être  admis  dans 
cet  Hôpital  peftiféré ,  pour  avoir  Mille  Roubles  d'Appoin- 
tcmcns  ;  ce  qu:  lui  tut  accordé. 

(/i)  Voyez  ci-delTus  dans  le  xxvn*.  §>  note  k. 


Premiers  Partie.  ^6§i 

la  Maifon  du  Prince.  M.  Rombou^sky  (i)^  Chi- 
rurgien-Major ,  vota  pour  l'Hôpital  du  Monaftere 
Symonowshy.  EnHn  ,  M.  Baiîle  Trochimowshy  j 
Sous  -  Chirurgien  j  étant  déjà  dans  l'Hôpital  du 
Monaftere  Danylo\<-'sky  ,  y  refta  fous  mon  Inf- 
pection ,  aulîî  -  bien  que  tous  les  autres  Chirurgiens 
&  Sous-Chirurgiens  de  tous  les  Hôpitaux  &  Q^ia- 
rantaines. 

Le  Peuple  voyant  la  tendrefle  Maternelle  & 
la  Grandeur  d'Ame,  avec  laquelle  notre  Auguste 
Souveraine  a  toujours  cherché  à  faire  le  bon- 
heur de  fes  Sujets ,  reprit  fi-bien  courage  à  l'arri- 
vée de  S.  A.  le  Prince  d'Or/oiv  à  Mofcou ,  que 
tous  ceux  qui  fe  préparaient  a  la  mort,  à  chaque 
inftant  ,  prirent  les  Précautions  néceifaires  pour 
l'éviter ,  en  remédiant  à  la  Contagion  ;  ils  décla- 
rèrent à  l'inftant  leurs  Malades  à  ïlnfpecleur  de  leur 
Quartier ,  &  s'emprelferent  de  les  féparer  des 
Perfonnes  faines ,  emportant  en  même  temps  toutes 
les  hardes  qui  étaient  autour  d'eux  ,  fuivant  qu'il 
avait  été  prefcrit.  "Les  Malades  de  leur  cozé,  flattés 
delà  douce  efpérance  d'être  guéris,  ne  defiraientrien 
tant  que  d'entrer  au  plutôt  dans  un  Hôpital  j  parce 
qu'ils  avaient,  fous  les  yeux,  l'excitiple  de  pluiîeurs 
Perfonnes,  qui  en  étaient  fordes après  une  guérifcn 
parfaite.  Auiîi  vit-on  bien-tôt  le  mal  s'aftaibLr 
de  jour  en  jour  ,  en  forte  qu'au  commencement 
de  Décembre  ,  le  nombre  des  Morts  n'excédait  pas 
celui  de  zo  à  30  ,  tant  dans  la  Ville  que  dans  les 
Hôpitaux.  Aulîi ,  ce  Prince  généreux  par  fes  bon- 
•  lis    pour  le  Peuple  ,    &  courageux  dans   les  fa- 


(i  )  Ce  Chirurgien-Majoi:  étaic  alors  à  Mofcou,  PracicicA 
libre  fans  Service. 


1 1 0  Mémoire  fur  la  Pejîe  de  Mofcûu  j 
tigues  qu'il  efifuya,  au  milieu  èi^s  dangers  qu*iîeîi* 
courut ,  vint  â  bout  ,  non  -  feulement  d'appaifer 
les  murmures  de  la  Populace  ,  mais  de  ranimer 
fon  courage  à  concourir  à  fon  Salut  5  &  de  fauver 
une  Ville  opuleate,  qui  n'était  plus  qu'à  deux 
doigts  de  fa  perte. 

L'Auteur,  ci-defTus  cité,  dit  que  le  1 5  de 
Septembre  (  k  )  j  la  Contagion  ,  félon  lui  ,  devint 
^-terrible,  qu'il  mourut  chaque  jour  1100  Per- 
sonnes j  Evénement-,  dont  il  attribue  la  caufe  à 
ce  que  la  Populace  révoltée  &  furieufe,  ne  vou- 
lant pas  ufer  des  Précautions ,  que  l'on  mettait  en 
iifage ,  ouvrit  les  Quarantaines  ik  les  Hôpitaux  pef- 
îiférés  ;  fit  fortir  ceux  qui  y  étaient ,  &  commença  â 
inhumer  auprès  des  Egltfes(  l  )  ,  ceux  qui  mouraient 
dans  la  Ville  ,  rétablilfant  toutes  les  Cérémonies 
funéraires  eccléiiaftiques  ,  &  autres  coutumes  an- 
ciennes ,  comme  d'embralTer  les  morts  de  fa  fa- 


{k)   Voyez  dans  foii' Ouvrage,  pag.  84. 

(Z)  Avanc  c^ue  la  l^rjid  tûc  encrée  dans  l'Empire  de 
Euffie  ,  on  enterrait  les  Morts  ,  comme  par  toute  l'Europe  , 
4ans  les  Eglijcs  ,  &  dans  les  Cimeûcres  d'alentour.  JVL-.is, 
depui»;  la  l\Jt£  ,  il  iu:  ordonné  qu'à  l'avenir,  on  enterrerait 
les  Morii  hors  de  la  Ville.  On  commença  donc  premiere- 
meat  ï  Mofcou  ,  à  les  enterrer  hors  de  ia  Ville  ,  dans  des 
endroits  deltinés  à  ce  lujet ,  &  depuis  on  n'a  plus  jamais 
fntcrré  ,  &  on  n'enterrera  plus  jamais  par  tout  l'Empire  de 
Ruiîie ,  ni  dans  les  E^lijcs  ,  ni  auprès.  Ce  qui  eft  très- 
ïiéctiTaire  ,  nr<ême  par  tout  le  iMonde.  Et  pour  que  le  Peuple 
ne  trouvât  aucun  lujet  de  mécontentement  dans  cette  nou- 
velH  Oidonnance,  Notre  Aup-ufte  Souveraine  Catherine- 
la-Granoe  ,  voulut  de  plus,  qu'on  bâtît,  dans  chaque  Ci- 
Tnetiire  ,  par  toute  l'étendue  de  l'Empire  ,  une  E^Lije  ,  ou 
l'on  piK  faire  les  obféques  &  toutes  les  cérémonies  funé- 
raires. Voyez  cet  Edit  de  S.  M.  Impériale  ,  dans  le  MÉMOIRE 
ou  la  Description  de  la  Peûe  ,  qui  a  régné  dans  TEmpire 
de  Rufîie,  &c.  pag.  i|je 


Première  Partie»  Ht 

inllle  ,  de  fes  amis  &  de  fes  connaiflances  avant 
i'enterxement,  «  On  difait ,  au  rapport  de  l'Au- 
»5  TEUR,que  toutes  ces  Précautions  n'étaient  pat 
î>  nécefTaires  j  que  cette  calamité  publique  n'étaii 
»>  autre  choie  qu'un  Fléau  du  Ciel ,  en  punition 
15  de  ce  qu'on  avait  négligé  les  anciennes  céré- 
t>  monies  de  la  Religion  :  que  tous  ceux  ,  qui 
ti  étaient  prédeftinés  à  mourir,  n'éviteraient  pas 
»»  leur  fort  :  Qu'ai nfi,  toutes  ces  Pra:ûz/rio/25  leur 
w  étaient  infuportables  ,  &  odieufes  au  T  o  u  x- 
»>  Puissant,  &  qu'il  fallait  abfolument,  fans 
95  avoir  égard  à  aucune  Précaution  humaine,  ap- 
»>  paifer  fa  colère  par  les  cérémonies  de  la  Reli» 

5>   gion ». 

11  eft  très-facile  de  pénétrer  les  Intentions  de 
notre  Auteur.  ....  La  Populace  eft  au  refte  par- 
tout la  même Il  eft  bien  vrai  que  le  i  5  de 

Septembre  j  vers  les  10  heures  du  foirj  elle  com- 
mença à  fe  révolter  à  Mofcou  ^  ôc  que  le  lende- 
main, fur  les  10  heures  du  matin,  il  s'en  préfenrs 
une  bande  à  l'Hôpital  du  Monaftere  Danylowsky  [m}^ 
ôc  qu'elle  en  lit  ouvrir  les  Portes  pour  faire  fortir 
les  Malades;  mais  elle  ne  fe  préfenta  à  aucun 
des  autres  Hôpitaux  peftiférés.  De  forte  que  n'y 
ayant,  dans  celui-ci,  que  ceux  qui  avaient  déjà 
tout-à-fait  furmonté  les  Symptômes  de  la  Pefte  (/2), 
ceux  d'entr'eux,  qui  fe  crurent  en  état,  fortirent, 
quoiqu'en  petit  nombre  ,  &  tous  les  autres  refu?- 
fereat.  Toutefois  ceux  qui  fortirent  alors  ,  rentrè- 
rent le  même  jour  fur  le  foirj  parce  que  leurs 
Plaies  n'étaient  pas  entièrement  guéries.  Il  eft  donc 


(m)   Voyez  ci-defTus  dans  le  XYVi*.  §,  notes  c  8c  d, 
(/z)  Voyez  le  même  §, 


•y  1 2  Mémoire  fur  la  Pejie  de  Mofcou  j 
faux  que  la  Contagion  fut  accrue  ,  &  que  le  nom-^ 
bre  des  Morts  fûc  augmenté,  par  les  raifons  que 
notre  Auteur  ea  allègue.  Une  révolte  commen- 
cée le  1 5  de  Septembre  à  lo  heures  du  foir,  en- 
tièrement calmée  le  lendemain  vers  le  foir  par  les 
Soins  &  l'Adivitéde  S.  E.  le  Général  de  Yérophin^ 
laille-t-elle  le  temps  à  quelques  Malades  prefque 
guéris  d'augmenter  la  Contagion^  julqu'à  ce  point 
de  faire  beaucoup  d'enterremens  dans  la  Ville  , 
ëc  pour  les  vivans  d'embrafler  tant  de  Morts  que 
notre  Auteur  l'alTure. 

Ceux  qui  ont  fait  de  plus  fcrupuleufes  Olfer^ 
vatïons  que  lui,  penfent  tout-à-fait  autrement,  & 
ils  eftiment  que  la  véritable  Caufe  n'a  été ,  ni  le  tw* 
rnulte  populaire,  ni  la  prétendue  Prédejïinatïon  ^ 
parmi  un  Peuple,  qui  n'y  croit  jamais  j  mais  ils 
jugent  que  cette  Augmentation  eft  précifément  ar- 
rivée dans  le  temps  que  la  Fcjle  était  au  degré  du 
Milieu  de  fon  Cours  de  l'Invalion ,  temps  auquel 
elle  caufe  par-tout  les  plus-grands  Ravages,  comme 
chacun  peut  s'en  convaincre  lui-même ,  en  exami- 
mant  ci-defious  le  Calcul  des  Morts  en  Septembre 
êc  en   Càokre  (  o  ). 

Si  les  caufes  imaginaires,  que  notre  Auteur. 
rapporte  j  .  avaient  eu  quelqu'influence  le  15  de 
Septembre  j  pourquoi  donc  ,  à  l'arrivée  de  S.  A.  le 
Prince  d'Or/ow  à  Mofcou,  lorfque  le  nombre  des 
Hôpitaux  fut  augmenté  ,  fe  trouva-t-il ,  en  Octo- 
bre _y  1616  morts,  dans  ces  établilTemens  de  plus 
qu'en  Septembre?  C'eft  que  dès-lors  le  Peuple^ 
ralluré  par  la  venue  du  Prince  _,  s'emprelTa  davan- 
tage à  chercher ,  dans  les  Hôpitaux  ,  les  fecours  de 
i'Art  contre  la  Maladie  qui  le  moiffonnait.    11  ne 

(o)  Voyez  le  xxxiS  §.  de  cette  même  Partie. 

dédaignait 


Première  Partie.  ï  i  j 

«àédaignait  donc  p^is  les  moyens  dsjlguérîfon  ,  que 
l'on  avait  propol'cs.  S'il  y  eut  un  Tumulte  paf- 
iliger ,  œ  Tumulte  fut  peut-être  produit  par  la 
Diljcntion  des  Médecins,  fur  la  Maladie  aéluellej 
qui  produifit  à  fon  tour  une  forte  d'horreur  dans 
l'efprit  d'un  Peuple  qui  n'avait  jamais  fu  ce  que  c'é- 
tait que  la  Pejle  j  &c  qui  frémilîait  au  feul  Mot  de 
Quarantaine  ,  pouvait-il  avoir  des  fuites  aulli-fu- 
neftes  (Se  aulli-du râbles  que  celles  qu'on  lui  attribue  ? 

J'ennuyerais  peut-être  mes  Lecteurs  ,  fi  je 
rapportais  ici  tout  au  long  le  fujet  de  cette  DiJ^ 
fcntion  ,  tel  qu'il  a  été  préfenté  par  écrit  au  Comp^ 
zoïr  du  Collège  de  Médecine,  &  que  la  Commïf- 
jlon  contrz  la  Pejie  a  fait  imprimer  dans  fon  Ouvra- 
ge [p)  \,  je  me  content-erai  donc  d'en  rapporter  ici  le 
Commencement  &  la  Fin.  Voici  comment  I'Auteur. 
s'exprime  dans  fon  début. 

« J'avais  déjà  déclaré  de  vive 

«  voix  à?i\is  Y  AJj emblée  àes  Médecins  de  Mofcou  , 
«  que  je  ne  voyais  aucune  apparence  de  Pejle^ 
55  dans  la  Maladie  qui  avait  paru  dans  la  Fabri- 
55  que  de  draps  de  cette  Capitale  (  ^  ) ,  &  que  ce 
55  n'était  pas  véritablement  la  Pejle:  ce  que  j'ai 
3»  confirmé  par  écrit ,  ligné  de  ma  Main  \q  x6  Mars. 
î5  1 77 1 .  Mais ,  comme  je  crois  ne  l'avoir  pas  encore 
î5  démontré  aifez-clairement  ,  je  le  démontrerai 
55  maintenant  par  une  preuve  mieux  circonftanciéej, 
«  &  déclarerai  ouvertement  que  je  ne  peux  en 
55   confcience   reconnaître   cette  Maladie   pour  la 


{.P)  Voyez  le  Mémoire  ou  la  Description  de  la  Pefte, 
qui  a  régné  dans  TEmpiie  de  Ruflie ,  &  fur-touc  à  Mofcou, 
&c.  page  139. 

(  i  )  Voyez  ci-defTus  le  xxy'.  $. 

H 


ï  1 4        Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou  ^ 

s>   Pejie  j  ni  lui  donner  ce  nom  35 Voici  îa. 

conclufion  de  fa  Démonjlratlon  :  ««  ainii ,  comme 
î>  on  fait  aiîez  quelle  perte  &  quels  malheurs  me- 
3>  nacent  le  Public  ,  d>c  même  tout  l'Empire  ,  fi 
s>  dans  ces  circonftances,  on  n'a  foin  de  cacher 
3j  fcrupuleufement  ce  mot  la  Pejie  ^  ou  li,  par 
3>  une  précipitation  indifcrete  &  impardonnable  , 
3ï  on  le  divulgue  j  en  qualité  de  fidèle  Citoyen  de 
»  l'Empire,  où  je  demeure  (r),  comme  véritable 
s>  ami  de  l'humanité ,  en  tant  que  Médecin  hon- 
3J  nête  &  confciencieux^  je  n'ai  jamais  confenti 
3>  avec  aucun  de  nos  Concitoyens ,  quel  qu'il  foit , 
3>  &  je  ne  confentirai  jamais  que  cette  Maladie 
f)  foit  la  Pejie  ^  d'autant  que  je  ne  puis  me  le 
33   perfuader  moi-même 

33  Enfin,  je  dois,  ajoute-t-il ,  déclarer  encore  ici, 
33  que  j'ai  déjà  foutenu  plufieurs  fois  de  vive  voix, 
33  dans  toutes  les  Ajjemblées  des  Médecins ,  tout  ce 
33  que  je  foutiens  ici  par  écrit  33.  Donné  à  Mofcou 
le  31  Mars  1771.  Signé,  Johan,  Chrïjioph.  Fan 
Kuhlemann  ^  Dodot  Medicin^e,  &c.  (/). 

Si  cette  Opinion,  que  foutenait  I'Auteur,  fo- 
mentait ,  parmi  la  Populace  ^  un  efprit  de  révolte 
contre  les  Partijans  de  l'Opinion  contraire ,  il  avait 


(  r  )  Ce  nouvel  Hippocrate,  débarqué  en  Ru(îîe  depuis  quel- 
ques années ,  a  voulu  faire  connaître  par-la  qu'il  n'était  pas  né 
Ruffe. 

(J)  L'Auteur  de  cecte  Démonftration  ,  non  -  contenc 
d'avoir  mis  la  Dijfc-ntion  parmi  les  Citoyens  de  Mofcou  , 
porta  l'impudence  jufqu'à  écrire  à  Saint  Péterfbourg ,  à  Nos 
rremiers  iVljniflres,  pour  les  perfuader,  que  iadite  Maladie 
n'était  pas  la  Pefte.  Voyez  dans  le  Mémoire  ou  la  Des* 
CRIPTION  de  la  Pefte  ,  qui  a  régné  dans  l'Empire  de  Ruflie, 
&  fur-tour  i  Mofcou,  &c.  le  xxxJV^  §,  &  pag«  52- 


Premiert  Partie.  1 1 5 

encore  d'autres  fources  de  mécontemens.  Plufieurs , 
I2inz Médecins  ç[\\Q.  Chirurgiens  èc apothicaires  avaient 
aullî  caiifé  .  beaucoup  d'autres  inconvéniens  pour 
leur  partj  mais  S.  A.  le  Prince  d'Or/oWj  remédia 
a  tout ,  Se  les  Coupables,  les  uns  pour  leur  efpric 
de  difcorde  (  t)  ^  les  autres  pour  en  agir  mai  avec 
les  Malades  dans  leurs  vifites  ,  d'autres  enfin  pour 
la  dijlribudon  frauduleufe  des  Poudres  Fumiga-^ 
tives  AndpeJlikntLelles  ( u)  ^  furent  appelles  dans 
ïJjfemblée  de  la  Commiffion  contre  la  Pefte ,  & 
furent  réprimandés  ou  punis. 

§.     X  X  X  L 

Après  avoir  détaillé  tous  les  Arrangemens  pris  ^ 
dans  cette  Capitale ,  par  le  Sénat  j  par  S.  Aé  lé 
Prince  d'Or/oWj  &par  la  CommiJJion  contre  la  Pejle^ 
je  rapporterai  le  nombre  des  ikforfj  de  chaque  Mois, 
tant  dans  la  Fl.lle  que  dans  les  Hôpitaux  peftiférés 
deMofcou,  conjointement  avec  \q  Mémoire  ^  que 
S.  E.  le  Prince  de  W^iafémsky  (v),  m'a  fait  l'hon- 
neur de  m'envoyer  pour  contribuer  ^  en  quelque 
force  ,  à  mes  Travaux.  Il  eft  tiré  des  Regiftres  du 
Sénat  de  Saint-Pétersbourg,  contenant  le  nombre 
des  Morts  dans  toutes  les  Villes  affligées  de 
la  Pefte  ^  dans  l'Empire  de  Ruflîe,  autres  que 
Mofcou.  J'yjoindrai  le  nombre  de  ceux,  quiavaienE 
été  enterrés  clandeftinement  dans  les  Maifons,  ou 


(r)  Voyez  dans  le  même  Ouvrage,  pag.  240. 

(u)  Voyez  les  Trois  Numéros  de  ces  Foudres ,  dans  lé 
3tl*.  §.  de  la  Troifieme  Partie  de  ce  même  Mémoire -^  ain^ 
que  dans  Alon  Memoir-e  fut  rinoculation  de  la  Pelle,  &ç« 
imprimé  à  Strafbourg  en  1781,  pag*  30^ 

(yj  Voyez  ci-defl'iis  dass  le  Xv*.  §,  note  m, 

H  i| 


1x6  Mémoire  fur  la  Pefie  de  Mofcou  j 
dans  les  Jardins  (wj,  lequel  monte  jiifqn  à. Mille  [x)^ 
Car  la  CcmmiJJlon  contre  la  Pejie  fit  faire  les  re- 
cherches les  pkis-exades ,  pour  qu'il  ne  reliât  au- 
cun Cadavre  empefté  enterré  dans  la  Ville.  Elle 
promit  une  aflez-grande  Somme  à  quiconque  en 
déclarerait ,  donc  l'enterrement  fût  jufqu'alors  in- 
connu. Elle  vint  à  bout  de  les  retrouver  tous.  Ils 
furent  enfuite  exhumés  &  tranfportés  dans  les  Ci- 
metières (y  )  hors  des  Murs  de  la  Capitale  ,  par 
ceux  qui  dans  les  Hôpitaux  étaient  chargés  d'en- 
terrer les  Morts  (:^),  En  voici  la  Lijle  ^  telle  qu'elle 


(w)  Plufieurs,  d'entre  le  Peuple  ,  effrayés  de  la  muhi- 
tude  des  Morts ^  du  genre  parciculier  de  la  Maladie,  crai- 
£rnant  d'êcre  forcés  d'entrer,  ou  dans  les  Quarantaines  ,  ou 
dans  les  Hôpitaux  ,  enterraient  leurs  Morts  lî  fecrétement, 
que  le  plus-proche  voifin  ,  n'en  avait  aucune  connaiflance. 

ix)  Voyez  le  MÉMOIRE  ou  la  Description  de  la  Pefte 
qui  a  régné  dans  i-Snipire  de  Ruflie,  &  fur-tout  â  Mofcou, 
&c.  pag.   138. 

(jk)  Comme  Alofcou  eft  une  Ville  d'une  très-vafte  éten- 
due ,  (voyez  ci-defTus  dans  le  xxii'^.  §  ,  note  w.)  on  aiïigna 
pour  faciliter  les  enterremens  des  Peftiférés  ,  dix  endroits 
hors  de  la  Ville  pour  fervir  de  Cimetières ,  &  on  en  aflîgna. 
un  ,  pour  chaque  Quartier  de  la  Ville  ,  le  plus  à  Ta  proxi- 
mité. Après  que  la  Pi:/î:e  fut  tout-à-fait  domptée,  on  or- 
donna c|ue,  fur  toute  la  lutface  de  ces  Cimetières,  on  apportât, 
pour  les  rehaufler ,  de  la  nouvelle  terre ,  jufqu'â  Quatre 
Pieds ,  avec  défenfes  exprelTes  à  toutes  perfonnes  de  toucher 
à  ces  endroits  ,  de  quelque  manière  que  ce  fiu.  Voyez 
cet  Edit  de  5.  M.  I'Îmeératrice  ,  dans  le  Mémoire  ou 
la  Description  de  la  Peûe ,  qui  a  régné  dans  l'Empire  de 
Rullîe,  &  fur -tout  à  Mofcou,  &c.  pag.  i|5. 

{l)  Depuis  que  la  Pefte  fe  fut  répandue  dans  Mofcou  y 
on  employa  pour  (èrvir  les  MaUdes  dans  les  Hôpitaux  pef- 
tiférés, &  pour  enterrer  les  Morts  ^  les  Ouvriers  des  Fa- 
briques &  les  Criminels  ;  mais  ,  après  que  plufieurs  du  Peuple 
eurent  tout- à-fait  furmouté  \à  Fr^fte  ,  &  qu'on  eut  reconnu 
i^u'aiors  elle  we  feue  atca^^uer  uue  fconde  fois  ^  plufiews 


JPremlere  Partie.  117 

eft  inférée  dans  V Ouvrage  qu'a  fait  imprimer  la 
Commijjlon  contre  la  Pejle  (a)  y  avec  le  total  tiré 
du  Mémoire  des  Reçiftres  du  Sénat. 

^nnée.     Mots.     Dans    la   faille.    Dans  les  Hâpicaux,, 

79. 

105. 
298, 

1643. 
2Cz6, 

1769. 
485. 

3  23. 
78. 
30. 


177» 

en  Avril. 

6155. 

Mai. 

795. 

Juin. 

954. 

Juillet. 

1430. 

Août. 

6423. 

Septemb. 

397<ÎI. 

Odohre. 

14935- 

Novemb. 

346a. 

Décemb. 

Î19. 

«77Î 

Janvier. 
Février. 
Mars. 

Plus 

exhumés. 

lÛCO 

Total.     57901. 
Total  tiré  des  Mém.  des  Regifl.  du  Sénat.  7539S. 


Total  général.         r 3 3299. 

Il  fe  trouve ,   dans    ce  nombre  j    des  Gens  de 
l'Art ,  que   la  Pejle  ni   la  mort  n'ont  point  épar- 

de  ces  mêmes  Ouvriers  fervirent  voloncairement ,  moyen- 
nant le  Salaire  qui  était  alTez  conlîdérable.  Ec ,  aulTi-tôt  qu'il 
fallait  exhumer  un  Cadavre  ,  ils  fe  revêtaient  de  leurs  Ro- 
dir2go:es,  ou  Surtouts,  de  groffe  toile  ,  mettaient  leurs  Gants  y 
cjui  étaient  ordinairement  de  Peau ,  &  oints  de  Poix  pure , 
fe  bouchaient  le  A^e^  avec  un  mouchoir  trempé  de  Vinaigre  , 
Se  en  fe  préparant  ainfl ,  ils  tiraient  les  Cercueils,  &  quel- 
quefois le  Cadavre  feul ,  parce  que ,  plufieurs  avaient  été 
enterrés  fans  Cercueils  ,  ils  les  tranfportaient  dans  les  Cime' 
lieres  des  Peftiférés ,  où  ils  les  inhumaient ,  après  quoi  , 
ils  étaient  chaque  fois  obligés  de  relier  eux  ^  &  leurs  Che- 
vaux ,  dans  les  (Quarantaines  ,  depuis  vingt  ,  jufqu'i  trente 
jours,  d'où  on  les  appellait  lorfqu'on  en  avait  befoin  ;  de 
manière  qu'ayant  toujours  pris  ces  mêmes  Précautions  .^  aucutî 
d'eux  ,  ne  fat  plus  empefté. 

[a)  Voyez  le  Mémoip.e  ou  la  Description  de  la  Pe/le, 
qui  a  régné  dans  l'Empire  de  RuflTie ,  S^z.  pag.  6zo. 

H  iij 


ï  1 8  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mojcou  ^ 
gnés.  Un  Chirurgien  ^  natif  Allemand  ,  avait  ac* 
cepté  quelques  Préfens  d'une  main  peftiférée  ;  le 
mal  le  gagna ,  &  il  fuccomba  fous  fa  violence.  Dans 
l'Hôpital  Pawlowsky  (b)  ^  un  Sous-Chirurgien  8c 
un  Apothicaire  furent  aufîi  les  vidimes  de  la  Co/z- 
tagion  ;  mais  il  en  mourut  un  bien  plus-grand  nom- 
bre dans  l'Hôpital  du  Monaflere  Ougrefchinsky  ^  & 
fur-tout  dans  celui  du  Monaftere  Symonowsky ^ 
quoique  j'eulfe  fait  tout  mon  pofïible  pour  les  con- 
ferver.  Remèdes,  foins,  encouragemens,  j'em- 
ployai tout  j  je  leur  faifais  des  Cautères  aux  bras  (*); 
je  les  faifais  revêtir  chaque  fois  de  leur  Rodingo-^ 
(es  ou  Surtouts  j  &  de  leurs  Gants  j  faits  de  toile 
cirée  ,  lorfqu'ils  panfaient  les  Malades  :  Précau-' 
lions  inutiles-,  \xPefie^  qui  était  alors  à  fon  plus- 
haut  Degré ^  rendit  vains  tous  mes  efforts, 

§.     XXXII. 

Mofcou  ne  fut  pas  la  feule  Ville  expofée  à  cz 
Fléau  y  plulieurs  autres  Villes  de  l'Empire  parta- 
gèrent ce  défaftre  avec  la  Capitale.  W^ajjilhow  ^ 
Kiow  j  Péréïajlow  j  Kofcléf^  _,  Nief^in  j  Tcherni- 
gow  (*)j  &  quelques  Villages  d'alentour,  dans 

(è)  Voyez  ci-deffus  d?.iis  le  xxvi^.  §,  note  e. 

(*)  Voyez  ci-deiTus  ,  pag.  3p  ,  noce  *. 

(*)  Ville  dans  la  Petice-Ruffie  ,  VOukraine ,  &  Réfîdence 
d'un  Régiment  des  Piquigners  ,  de  ce  Nom.  Cette  Ville  eft 
fituée  fur  la  rive  droite  du  Défna  &  très  -  ancienne ,  déjà 
connue  dans  l'Hiftoire  du  x'^.  Siècle.  Elle  était  en  ioi6. 
Capitale  des  Grands -Ducs  Yaroslaw  &  MJiiJîaw ,  quand 
C£S  Princes  fixèrent  le  Niepper  ou  Borljlkenes  pour  limites 
de  leur  domination.  Mais  enfuite  elle  a  été  plus  de  zoo  ans 
fous  la  domination  de  différents  Princes  ,  fous  le  nom  de 
VeLikiés  K nïuf.as  Tchérniijowskiés ,  c'éft-à-dire  ,  des  Grands- 
JDucs  ds  Tehérnigow ,  dont  piuûeurs  anciennes  Familles  de 


Première  Partie,  îî^ 

îa  Pôthe-Rujfie  ;  Sewsk  j  Briansk  j  Se  quelques 
Villages  voilins,  dans  la  Grande j  furent  de  ce  nom- 
bre ;  fans  parler  des  frontières  de  la  Crimée j  de 
la  Tartane  de  Cuban  ^  &c.  (  c  ).  Il  eft  vrai  que 
Kiowj  Nicf^inj  Se  fur -tout  Mo/cou  ont  été  le 
plus  cruellement  dévaftés  ,  ainli  qu'un  Bourg  pro- 
che de  Mofcou  ,  qu'on  appelle  Sélo-Poufchkino , 
où,  par  une  des  plus-fatales  circonftances,  il  ne 
relia  prefque  Perfonne.  Celui  qui  y  porta  la  Con- 
tagion était  un  Ouvrier  qui  demeurait  dans  la 
Capitale ,  dès  le  Commencement  de  l'Invafion  de 
la  Pefte,  &  qui  ayant  vu  mourir  beaucoup  du 
monde ,  s'en  retira  dans  le  deiTein  de  rejoindre  fa 
Femme  ^  &  apporta  dans  le  Bourg  la  Pefte  [d). 

Je  me  hâte  de  finir  cette  Première  Partie,  par 
deux  Obfervations  très  -  intérelTantes  ,  &  qui  font 
propres  à  affermir  davantage  Mon  Syjlème.  La 
première  concerne  les  Variations  ^  qui  arrivent  dans 
le  Cours  de  l'Invafion  de  la  Pefte  ,  Variations  jufte- 
ment  relatives  au  temps  de  Ses  Degrés.  Elle  com- 
mença à  Kiow  au  Mois   ^Août   1771  j  &  dura 


RufTie  tirent  leur  origine  ,  &  ont  confervé  jufqu'à  préfent 
les  Armoiries ,  comme  aufTI  ries  Grands  -  Ducs  de  Kiow, 
Cette  Viile  fi  ancienne  &  autrefois  la  plus  fameufe  de 
Ruilie  ,  eft  déji  depuis  long-temps  tombée  ,  tant  à  caufe 
des  diiîérentes  difcoides  furvenues  entre  ces  Princes  ,  au 
fujet  de  la  fucceflion  du  Trône  de  Kiow  ,  que  de  plufieurs 
Guerres  contre  les  Tartares  &  les  Lithuaniens,  Voyez 
MM.  PoLOUNiK  &  MuLLER  ,  dans  leur  Diftionnaire  Géo- 
graphique RufTe,  pag.  44t. 

(  <:  )  Voyez  le  Mémoire  ou  la  Description  de  la 
Pefte,  qui  a  régné  dans  TEmpire  de  Ruftîe  ,  &  fur-tout  i 
Mofcou,  &c.  page  3e. 

(d)  Voyez  ci-delîus  dans  le  xv'.  §  .  pag.  f  o,  noce  /,  &  dans 
le  Mémoire  ou  la-DEscRiPTioN  de  la  Pefte  ,  qui  a  régné 
dans  l'Empire  de  Ruflie,  &  fur-tout  à  Mofcou  ,  &c.  pag.  7^, 

H  iv 


ï  i  o  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofiou  ^ 
|ufqu'au  mois  de  /^eVrier  enfuivant.  On  y  obfervaquî» 
Son  plus- haut  Z)d^re  fut  en  Octobre  ôc  en  N&vem- 
ère  (e  )  j\q  nombre  des  Morts  monta  jufqu'à  3^31. 
Ce  fut  au  Mois  de  Mai  1771 ,  qu'elle  parut  à  Nief- 
\Ln ,  &  elle  finit  en  Novembre  de  la  même  année, 
fon  plus-haut  Degré  {qÇ-h  fentir  vers  la  fin  de  Juillet ^ 
Se  ne  fe  ralientit  que  vers  le  commencement  de 
Septembre.  l\  y  eut  3400  Morts  (f)  :  au  lieu  qu'à 
Mo/cou  j  ce  terrible  Degré  fe  foutint  lès  Mois 
êiAout^  de  Septembre ^  à' Octobre  &:  de  Novem- 
bre (g), 

La  (^conàQ  Remarque  regarde  les  Soins  généreux, 
du  Gouvernement,  Dès  que  quelqu'un  était  attaqué 
de  la  Pejie  j  on  le  faifait  pafTer  à  l'inftant  dans  uu 
Hôpital _i  s'il  le  voulait  j  s'il  mourait  dans  fa  Maifon_^ 
on  l'enterrait  promptement  :  &  alors  on  faifait  for- 
tir  5  de  cette  Mai/on ,  tout  le  refte  de  la  Famille  ^ 
pour  pafTer  dans  les  Quarantaines  ,  &  là  ,  ainli 
que  dans  tous  les  Hôjfitaux  peftiférés ,  tout  le  Monde. 
était  entretenu  aux  Dépens  de  la  Couronne  j  de 
forte  qu'à  différentes  époques  ,  il  en  eft:  forti  plus 
de  11^60  Perfonnes(Â)  comblées  de  bienfaits  de 
Notre  Augufte  Souveraine  Catherine-la- 
Grande  ,  Mère  toujours  Bienfaifante  de  fes 
Peuples. 


(e)  Voyez  Hans  le  même  Ouvrage,  pag.  38  ,  &  dans 
îa  Tioifieme  Partie  de  ce  JPIé/noire  ,  le  viii*.  §,  note  c. 

(f)  Voyez  dans  le  même  Ouvrage,  &  au  même  Endroit. 

(g)  Voyez  la  Lijîe  de  Morts,  dans  le  xxxi'.  §.  de 
cette  Partie. 

(â)  Voyez  le  Mémoire  ou  la  Description  de  la 
Pefte  ,  qui  a  régné  dans  l'Empire  de  Ruflie ,  Se  fur-:ouc  a 
Mofcou  j  &C.  page  6zz. 

Fin  de  la  Première  Partie, 


i^:;;g^l^!!!!!;:;iS!gS!:S:^g^^:^g?^^^-^!^^^i^^  sgj^liaigis-sg!^!!^!^ 


MÉMOIRE 

s  U  R 

A   PESTE   DE  MOSCOU 
En    ^77^  • 


ggaei—i— ^ 


SECONDE     PARTIE, 

De  la  Fejîe  même, 

§.    I". 

J_y  E  toutes  les  Maladies  qui  peuvent  nous  eau- 
fer  la  mort,  la  plus-dangereufe  &  la  plus  terrible 
eft,  fans  contredit,  la  Pejie.  La  preuve  en  eft  des 
plus-(imples ,  elle  peut  nous  faire  mourir  en  peu  de 
temps  ,  foit  par  la  peur  que  l'idée  de  ce  terrible  fléau 
nous  caufe  ,  foit  par  la  Contagion  de  fon  virus 
peftilentiel.  Elle  nous  infedte  malgré  nous ,  &  fans 
que  nous  nous  en  appercevions ,  par  le  feul  Contact 
à  ceux  qui  en  font  attaqués  ,  &  fans  que  VAir  ait 
part  à  fa  Contagion.  Elle  peut  être  traniportée  d'un 
lieu  à  un  autre  ,  par  un  iimple  échantillon  de  quel- 
ques hardes-,  qui  ferait  déjà  empefté ,  &  produire 
dans  chaque  climat  de  l'Europe ,  foit  froid ,  foie 


ï2i       Mémoire  fur  la  Pejie  de  Mofcoul 
chaud,  un  défajlre  incompréhenfible.   Quel  fléau 
plus-redoutable  !  Voici  comment  on  peut  le  dé- 
finir. 

«<  La  Pefte  eft  une  Maladie  épidémique  très- 
35  aiguë  &  très-contagieufe ,  dont  la  putridité  eft 
"  d'une  efpece  finguliere  ,  &  plus-dangereufe  que 
sj  celle  de  toutes  les  autres  Maladies  putrides  j  par 
S)  la  Contagion  de  fon  virus ,  qui  fe  dépofe  çâ  & 
«  là ,  elle  produit  fur  nos  corps  des  Bubons  j  des 
M  Charbons  ^  &  des  Petechies  fi-funeftes ,  qu'elle 
»s  enlevé  les  Malades  bienplus-promptement  qu'au- 
5>   cune  autre  Maladie  épidémique  ". 

Les  Maladies  danger eufcs  ne  font  pas  toutes 
contagieufes  j  &  les  Maladies  comagieufes  ne  font . 
pas  toutes  dangereufes.  Par  exemple  ,  les  Fièvres 
aiguës  font  quelquefois  iî  -  dangereufes ,  qu'elles 
emportent  très  -  promptement  les  Malades  j  mais 
ceux  qui  en  approchent  n'en  font  pas  attaqués» 
La  Vérole  _,  la  Gale  _,  &  plufieurs  autres  Maladies 
de  ce  genre ,  font  au  contraire  véritablement  con- 
tagieufes  ;  mais  le  virus  de  leur  Contagion  n  &Çi  ^zs 
fi  dangereux  que  celui  de  la  Pejle. 

Ceux  qui  ont  eu  le  malheur  d'en  être  témoins 
oculaires,  favent  jufqu'où  va  le  danger  de  fa  Con- 
tagion. En  effet ,  fon  virus  peftilenciel  fe  cache 
fouvent  plufieurs  jours  dans  le  corps ,  fans  que  les 
Perfonnes  s'apperçoivent  elles-mêmes  qu'elles  font 
déjà  tout-à-fait  empeftées ,  &  quand ,  après  avoir  cor- 
rompu la  MaJJe  du  fang ,  il  fe  manifefte  en  dehors , 
il  les  fait  mourir  alors  fi-fubitement ,  qu'on  ne  peut 
y  apporter  prefqu'aucun  Remède.  On  l'appelle  po- 
pulairement la  Pe^fle  _,  parce  que  dans  le  temps 
qu'elle  caufe  fes  plus  cruels  ravages,  en  quelque 
lieu  que  ce  foit ,  la  plupart  du  monde  en  a  une 
peur  incroyable  j  &  parce  qu'elle  infede  nos  corps 


Seconde  Parue.  113 

<îe  fa  Contagion  peftilentielle  ,  par  le  feiil  Con- 
îucij  on  la  nomme  contagieufe. 

Dès  que  quelqu'un  a  eu  une  communication  quel- 
conque avec  un  Malade,  foit  par  le  Contact  à  (on 
corps ,  foir  par  celui  de  (es  hardes ,  &  qu'il  fe  trouve 
attaqué  de  la  çiême  Maladie,  perfonne  n'ignore  que 
cette  Maladie  eft  contagieufe  j  &  que  la  dénomi- 
nation de  Contagion  lui  devient  propre.  Or  voilà 
ce  qui  arrive  toujours  dans  la  Pejlc, 

§.  II. 

Je  n'aurai  pas  ici  recours,  comme  plujfîeurs  Au- 
teurs qui  ont  traité  de  cette  matière  ,  à  une  multi- 
tude à' Hypothefcs  inutiles  &  ridicules,  jufqu'à  taire 
parvenir  la  Contagion  pellilentielle  d'une  maligne 
influence  des  Aftres  ,  àcs  Eclypfes,  des  Météores, 
&  particulièrement  ^ts  Comètes.  Je  ne  m'amu- 
ferai  pas  non-plus  à  faire  différentes  conjectures, 
fur  la  caufe  de  la  promptitude ,  avec  laquelle  ce 
poifon  nous  infe6te ,  par  le  feul  Contact.  Si  je  vou- 
lais approfondir  les  caufes  de  la  fubtilité  du  f^irus 
en  général ,  &  de  la  rapidité  avec  laquelle  il  s'in- 
fînue  dans  nos  corps  ,  pour  prouver  combien  celui, 
dont  je  parle,  eft  dangereux  ;  je  pourrais  perdre  de 
vue  mes  Obfervations  j  &  me  noyer  dans  une 
mer  d'incertitudes  ,  comme  tant  d'autres  ;  je  me 
bornerai  donc  à  démontrer,  autant  que  j'ai  pu  l'ob- 
ferver  ,  que  la  Contagion  du  virus  peftilentiel ,  quel- 
que fubtil  qu'il  foit ,  ne  nous  attaque  jamais  par 
Y  Air  j  mais  toujours  par  le  Contact  :  qu'il  peut  fe 
tenir  caché  dans  nos  corps  trois  j  ^x  j  dou'^e  _,  èc 
mêm.e  quin'^e  jours  fans  fe  manifefter,  par  des  Symp^ 
tomes  évidents,  &c  des  J/^/z^j- externes:  que  ces  Signes 
font  des  Bubons  j  des  Charbons  j  6c  des  Petéchiesj 
les  feulsqui  appartiennent  vraiment  à  hPe/ie^  mal* 


114  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou; 
gré  les  Auteurs,  qui  en  admettent  plufieurs  antres: 
J'ajouterai  que  ce  Firus  de  la  contagion  peftilen- 
tieiie  fe  tranfporte  de  Lieu  en  Lieu  ,  de  Région  en 
Région  ,  même  la  plus-éloignée  &  la  plus-froide , 
comme  l'expérience  ne  l'a  que  trop-démontré  dans 
nos  climats  du  Nord,  &  que  fon  véhicule  pour  les 
lieux  circonvoifins  font  les  Perfonnes  empeftées,, 
qui  ont  communication  entr'elles  \  &  pour  les  en- 
droits éloignés ,  tous  les  effets  de  tranfport  ou  de 
commerce  infectés  de  ce  Firus ^  (a)  ;  car  il  e(t 
confiant  qu'il  fe  tient  caché  dans  toutes  fortes- de 
marchanchfes,  de  ballots  ,  &:c. ,  lorfque  cts  chofes 
n'ont  pas  été  expofées  à  VÀir^  ni  purifiées  par  les 
Fumigations  propres  à  le  détruire  [aa).  On  verra 
enfin  qu'il  produit  chaque  fois  les  plus-cruels  Ra- 
vages ,  parmi  tous  les  Peuples  ^  fans  diftindrion  de 
Climat  ni  de  Saifon.  L'Hiver  le  plus-rude  &  l'Eté 
le  plus-chaud  ont  à  cet  égard  la  même  influence. 

§.     I  I  L 

Il  ferait  pourtant  injufte  de  dire  que  la  Pejle 
loit  une  Maladie  entièrement  incurable.  La  Pro- 
vidence a  permis  que  les  Maîtres  en  l'Art  de  guérir 
trouvaifent  des  relfources  pour  les  malheureux  déjà 
même  rout-à-fait  infedés  ,  &  quoi  qu'on  ne  puilfe 
point  aifurer  qu'elles  foient  falutaires  à  chaque  pef- 
tiféré ,  elles  en  fauvent  cependant  une  quantité ,  fur- 
tout  quand  ils  ont  confiance   au  Médecin  ou    au 


{a)  Prospër  Alpikus  ,  de  Medic.  iEgyptior. 

{aa)  Voyez  ci-defTous  dans  le  xi'.  §.  de  la  Trolfierae 
Partie  ,  Trois  Numéros  des  Poudres  Fumigaiives  Propres 
à  ce  Sujet  ;  ainfi  que  dans  Mon  Mémoire  fur  l'Inoculation 
de  la  Pefte,  &c.  imprimé  à  Scrafbourg  en  1781 1  pag.  30, 
31  &  3z. 


Seconde  Partie.  12.5 

'Chirurgien  qui  les  tmite  ;  car  la  confiance  ranime 
toujours  l'elpcrance ,  qui  cil  d'un  grand  Secours 
dans  roure  efpece  de  Maladie. 

Au  refte,  la  facilité  avec  laquelle  la  Contagion 
de  la  Pefte  fe  communique  &c  fe  répand ,  en  rend 
le  danger  très-grand.  Elle  n'épargne  aucun  Age  , 
aucun  Tempérament,  aucun  Sexe  ,  aucune  Con- 
dition. Elle  infedle  les  Vieillards  comme  les  jeunes 
Enfans,  elle  les  attaque  même  jufque  dans  le  Sein 
de  leur  Mère  (  ^  )j  l'on  ne  fera  pas  furpris  de  ce 
dernier  Evénement ,  fi  l'on  fait  Réflexion  à  la  cor- 
ruption évidente  qui  fe  trouve  dans  les  humeurs 
d'un  Pejliféré ,  «Se  à  la  manière  dont  ces  humeurs 
palfent  de  la  Mère  à  l'Enfant. 

Cette  même  facilité  de  Contagion  ne  doit  pas 
plus  nous  furprendre  dans  une  foule  d'autres  cir- 
confiances  ,  où  le  Contact  des  hardes  peftiférés ,  ou 


[b)  Pendant  mon  Séjour  dans  l'Hôpital  du  Monaftere 
Symonowsky  ^  on  y  amena  une  Femme  qui  avait  deux  Char- 
bons ,  ainfi  que  la  peau  couverte  de  Pétéclûes  confluences 
&  très-noires  :  elle  était  enceinte  d'environ  quatre  mois,  La 
première  nuit  qu'elle  pafla  dans  cet  Hôpital^  elle  eut  une 
fauiTe  couche  ,  &  mourut.  Le  petit  Ayorton  avait  fur'  là 
Poitrine,  le  Ventre  &  les  Extiêmités ,  beaucoup  de  Pété- 
<hies  ,  comme  fa  Mère  ,  avec  cette  différence  cependant 
qu  elles  n'étaient  pas  noires ,  comme  elles  le  font  ordinaire- 
ment ,  mais  d'une  couleur  de  pourpre-foncé ,  &  qu'elles 
n'avaient  aucun  caraûere  de  confluence  ,  quoiqu'elles  tuiïenc 
très-larges.  îl  n'apporta  au  monde  que  ce  Signe  de  la  Pefle, 
car  il  n'avait  ni  Bubon  ,  ni  Charbon.  Preuve  qu'il  avait  reçu 
ce  Virus  peftilentiel  du  fang  <le  fa  Mère.  Par-là  ,  on  peuc 
conclure  qu'elle  n'avait  aucune  autre  matière  dans  fon  corps  , 

u'une  Corruption  évidente  dans  le  Sang.  Par  conféquent, 
î  on  ouvre  des  Cadastres  peftiférés  ,  on  ne  découvrira  d'au-» 
rres  Signes  caraftérifl-iques  de  la  l''efte  ^  qu'une  Haréjalîioa 
dans  le  fang,  &c.  i*  Voyez  ci-defTous  dans  le  vi%  §.  de 
itetic  xnêrac  Partie  ,  note  e ,  aiolî  que  le  xi*.  §. 


? 


ii6l  Mémoire  fur  la  Pejlc  de  Mofcou  j, 
des  Pejliferés  mêmes  devient  prefqii'indifpeiifable 
&  même  nécelTaire.  Comment  en  effet ,  dans  une 
Epidémie  aufli-contagieufe  qu'eft  la  Pejle^  pourrait- 
on  fe  garantir  de  toucher  quelques  matières  em- 
peftées ,  fur-tout  le  petit  Peuple  ?  Comment  les 
Médecins  ^  les  Chirurgiens  &  ceux  qui  fervent  les 
Malades  dans  les  Hôpitaux  peftiférés,  peuvent-ils 
éviter  ce  Contact  dangereux  ?  &  comment  alors 
ne  pas  être  infecté,  fur-tout  fi  la  Pejle  eft  à  fon 
Degré  du  Milieu  j  temps  auquel  le  P^irus  de  la 
contagion  peftilentielle  ,  eft  le  plus  fubtil,  comme 
on  le  verra  par  la  fuite? 

Il  eft  vrai  qu'il  fe  trouve  d'heureux  Tempéra-* 
mens  j  qui  ne  font  point  également  fufceptibles  de 
la  Contagion  peftilentielle.  J'ai  vu  nombre  de  per- 
fonnes ,  chaque  jour  auprès  des  Malades  peftiférés, 
fans  que  la  Pefie  les  iafedtâr  fi-vîte  :  de  tels  7>/7Z- 
péramens  doivent-ils  nous  fervir  de  règle  générale  ? 
je  ne  le  crois  pas.  ISObfervation  m'a  appris  que 
ces  heureux  mortels  étaient  d'une  conftitution  plus- 
froide  ,  ou  plus-feche,  &  que  par  conféquent  leurs 
pores  n'étaient  pas  fi-ouverts  que  dans  les  perfonnes 
d'un  tempérament  plus-délicat ,  plus-molafte  ,  &c< 
Peut-être  aufli  la  crainte  d'un  fléau  fi- meurtrier 
ne  faifait-elle  pas  fur  leur  efprit  des  impreffions 
aufli-vives  que  fur  d'autres  plus-tim-ides  :  peut-être 
même  étaient- elles  déjà  infeétées,  &  portaient  de- 
puis long-temps  la  Contagion  dans  leur  fein  ^  mais 
parce  que  leur  tempérament  était  plus-fort,  & 
leur  conftitution  plus-feche ,  le  Virus  de  la  conta- 
gion peftilentielle ,  au  lieu  de  fe  manifefter  par 
des  Symptômes  internes  &  des  Signes  externes, 
était  plus  long-temps  refté  dans  la  Majfe  des  hu- 
meurs, &  ne  s'était  point  développé  comme  i 
l'ordinaire.  Je  tire  cette  dernière  inclusion  de  h 


Seconde  Partie,  jiy 

manière  dont  la  Pejle  attaque  différents  tempéra- 
mens ,  de  taçon  que  dans  les  uns,  les  Symptômes 
&:  les  Signes  fe  déclarent  promptement,  tandis 
que  dans  les  autres  ,  ils  ne  le  montrent  qu'avec  la 
dernière  lenteur.  En  effet ,  j'ai  obfervé  que  les  En- 
fans,  les  jeunes  Gens  de  l'un  &  de  l'autre  Sexe, 
les  Femmes  ,  les  Perfonnes  d'un  tempérament 
phlegmatique  font  plus  -  fufcepdbles  de  la  Conta- 
gion peftilentielle  que  les  Perfonnes  âgées  &  d'un 
tempérament  fec  j  &  j'ai  toujours  vu  qu'elle  fe 
manifeftait  plus- promptement  dans  les  premiers. 
La  raifon  en  paraît  bien-fimple.  D'abord  ils  ont  les 
pores  plus-ouverts.  Se  la  Contagion  de  la  Peftepeut 
s'infînuer  plus-aifément.  Par  la  même  raifon ,  elle 
doit  auffi  paraître  plus-facilement  au-dehors. 

Il  paraît  donc  certain  qu'il  y  a  d'heureufes  conf- 
titutions  qui  diminuent  l'inreniité  du  danger.  Lors 
de  la  PeJle  une  nouvelle  reffource  pour  les  Malades 
peftiférés ,  contre  fes  mortelles  atteintes ,  eft  la  con- 
liance  ,  ainfi  que  je  l'ai  déjà  ditj  &  on  peut  af- 
fûter que  le  P^irus  de  la  contagion  peftilentielle 
perd  de  fa  force  en  proportion  de  cette  confiance 
aux  Secours  de  l'Art  :  l'efpérance  ranime  leurs 
forces ,  que  la  puilillanimité  eût  trop  affaiblies  5 
&  les  Symptômes  internes,  depuis  le  commencement 
de  la  Maladie ,  ne  font  ni  aulîî-fâcheux  ni  aufïi- 
muitipliés  :  les  moindres  Remèdes  adminiftrés  par 
une  main  habile  ,  en  tempèrent  ou  en  détournent 
ordinairement  la  violence. 

§.     I  V. 

Il  n'eft  point  néceffaire,  félon  moi ,  d'entrer 
dans  le  détail  des  différentes  DifUnclions  qu'on  a 
données  à  la  Pejie.  Qu'importent  à  la  Médecine 
ces  diftindions  en  Pejîe  interne ,  nerveufe ,  inter-. 


izS       Mémoire  fur  la  Pejle  de,  Mofcou ^ 

mittente,  fanguine,  billieufe  ,  &  pi  l'i'iiurs  autres 
de  cette  nature ,  que  j'omets  de  plein  gré  ?  Tous 
ces  détails  Méthodiques  font  inutiles  &  abufifs  ; 
ils  multiplient  une  Maladie  fous  différentes  efpèces, 
lorfque  par  elle-même  ,  elle  ne  le  fait  pas,  ni  par 
i^^  Symptômes  internes  ni  par  fes  Signes  externes. 
La  Pejle  appellée  de  tant  de  noms  différents,  n'eft- 
elle  pas  toujours  la  même?  Son  Virus  ^  fa  Conta- 
gion ,  fa  Putridité  ne  font-ils  pas  toujours  égale- 
ment les  mêmes?  La  Cure  de  la  Pefie  n'a-t-elle 
pas  pour  principal  but  de  détruire  la  Putridité  ?  &c. 
C'eft  aufli  la  divifer  mal-à-propos,  parce  qu'elle 
attaque  une  perfonne  plus  -  promptem.ent  qu'une 
autre  ,  &  que  dans  celle-ci  les  Symptômes  internes 
font  plus-graves  que  dans  celle-là.  Toutes  ces  Va^ 
nations  ne  démontrent  jamais  la  Maladie,  mais 
tiennent  à  fon  Degré  j,  &  à  une  foule  d'autres  cir- 
conftances  qui  dérivent  du  Tempérament ,  comme 
|e  l'ai  dit  ci-deffus. 

Divifer  encore  la  Pejle  en  différentes  efpeces, 
parce  que  les  Symptômes  internes  font  plus-dan- 
gereux ,  &  les  Signes  externes  plus  alkrmants  fur 
les  uns  que  fur  les  autres ,  tels  que  des  Charbons 
multipliés ,  des  Pétéchies  confluentes ,  ce  ferait  pa- 
reillement un  étrange  abusj  autant  vaudrait-il  la 
différencier  par  les  différents  états  de  la  Maladie  : 
ce  qui  ferait  aullî-ridicule.  Ne  fait-on  pas  que  dans 
le  Commencement  de  fon  Cours  d'invafion  ,  en 
quelque  lieu  que  ce  foit ,  &  vers  fon  Déclin  , 
cette  Maladie  en  général  ne  manifefte  point  les 
mêmes  Symptômes  ni  les  mêmes  Signes ,  que  dans 
le  Degré  de  fon  Miliew\  ou  que  du  moins  ils  ne 
font  point  aulTi  vifs  ,  fans  cefler  pour  cela  d'être 
^ro^tQs  à.  la  caraclérifer. 

U  qH  donc  jufte  d'adopter  pour  la  Pejle,  les 

mêmes 


Seconde  Partie»  129 

mêmes  différences  que  pour  les  autres  Maladies  ,  & 
de  banir  en  même  temps  une  foule  de  Dijiinclions 
inutiles.  De  manière  que  jelaconfidérerai  fous  Trois 
degrés;  c'elt-à-dire ,  qu'elle  a  dans  fon  Cours  d'In- 
valion  ,  en  quelque  lieu  que  ce  foit,  fon  Lommen-^ 
cernent  j  (on  Milieu  ôc  (on  Déclin  ;  c'eft  à  ces  lyois 
époques  que  (es  Symptômes  internes  ôc  (es  Signes 
externes  varient ,  fans  que  l'efpece  de  la  Maladie  cq^h 
un  moment  d'ctre  la  même.  En  effet  ,  (\  dans  fon 
Premier  8>c  (on  Dernier  degré  ,  elle  produit  rarement 
<les  Charbons  ôc  des  Pétéchies  confluentes  fur-tout, 
tandis  que  dans  fon  Milieu,  ils  fe  manifeftent  avec 
tant  de  violence  \  c'eft  parce  qu'alors  le  F^irus  de  fa 
contagion  eft  plus-adif  &c  plus-développé  qu'au 
degré  du  Commencement  ou  de  la  Fin  de  fon  Cours  ; 
&  voilà  le  tout.  C'eft  de  la  même  fource  que  fe  dé- 
duit la  Raifon  ,  pour  laquelle  la  Pejie  nous  infede 
dans  le  degré  du  Milieu  beaucoup  plus-prompte- 
ment ,  qu'en  aucun  autre  temps  de  fon  Cours. 
Le  Virus  de  la  contagion  peftilentielle  eft  alors  de 
la  plus-grande  putridité,  &  de  la  volatilité  la 
plus-fubtile.  Il  dénature  ,  pour  ainfî  dire  ,  en  un 
moment ,  toute  la  Majje  des  humeurs.  Divifons 
donc  la  Pejle  ^  non-point  en  différentes  Efpeces  y 
mais  bien  en  différents  Etats  j  eu  égard  à  fes  De^ 
grés  j  que  je  vais  détailler  plus  au  long. 

§.   V. 

I.  Le  Premier  Degré  de  la  Pefte  n'offre  point 
des  Phénomènes  bien-dangereux  ,  ni  par  rapport 
à  la  Contagion  ,  puifqu'à  cette  époque  ,  elle  ne 
nous  infecte  point  avec  autant  de  promptitude  dc 
de  facilité,  ni  eu  égard  à  fes  Symptômes  internes, 
puifqu'ils  ne  développent  point  dans  ce  temps  leur 
violence,  ni  relativement  à  (q^  Signes  externes  ^ 

1 


150        Mcmclrc  fur  la  Pcjle  de  Mo f cou  _, 
puifqu'alors  les  Pejîlférés  ne  préfentent  guère  qu« 
des  Bubons  j  très  -  peu  de  PetéchïeSj  &  toujours 
alFez-petires,  &  prefque  jamais  de  Charbons. 

Il  y  a  plus ,  fi  quelqu'un  vient  alors  à  être  empefté , 
le  Virus  de  la  contagion  peut  demeurer  caché  deux  ^ 
trois  &  même  quin:^e  jours,  fans  fe  manifefter  au 
dehors  [c).  C'eft  dans  ce  Degré  que  les  Malades 
furmontent  très-fouvent  la  Pejie  eux-mêmes,  fans 
aucun  Secours  de  la  part  de  la  Médecine  ,  ni  de  la 
Chirurgie.  Les  Symptômes  les  plus  confidérables 
qu'ils  éprouvent ,  font ,  la  douleur  de  tête ,  &  le  vo- 
miirement  accompagné  du  Bubon.  Quand  les  Bubons 
n'ont  pas  fuppuré  ,  on  peut  en  attendre  la  matu- 
rité avec  patience,  &  s'ils  ne  s'ouvraient  pas  d'eux- 
mêmes,  on  les  pourrait  percer  avec  ime  aiguille^ 
fans  employer  les  Secours  de  TArt.  Le  Pus  fort, 
&  la  Plaie  fe  cicatrife  ordinairement  d'elle-même. 
Nous  avons  vu  à  Mofcou,  parmi  le  Peuple,  plufieurs 
Pejiiférés  qui  fe  font  ainli  guéris ,  fans  autre  fecours 
que  celui  de  la  Nature. 

De  CQS  Obfervations  pourrait-on  conclure  que 
la  P^e  eft  quelquefois  bénigne,  fur-tout  lorfque 
les  Symptômes  &  les  Signes  j  que  je  viens  de  dé- 
crire ,  paraiiTent  auili  dans  ion  Déclin.  Non  fans 
doute  :  mais  ils  prennent  dans  le  degré  du  Milieu  _, 
une  intenfité  qu'ils  n'acquièrent  pas  dans  fon  degré 
du  Commencement ,  ni  dans  celui  de  fon  Déclin  : 
fa  Bénignité  &  fa  Malignité  ne  dépend  que  de  fon 
Degré.  Qui  s'étonnera  que  les  Symptômes  internes 
&  les  Signes  externes  foient  faibles  au  Degré  du 
Commencement  de  fon  Cours  de  TLivaiion  ,  & 
à  la   Fin  j   puifqu'alors  la   Contagion  peftilentielle 

(c)  Voyez  ci-defTous  clans  la  II^  Oblervation  des  Ex- 
féiicuces  des  Fridious  Glaciales,  noce/. 


Seconde  Panld  1 3  4 

n'a  pas  encore  un  riras  qui  foit  en  état  d'infec- 
ter la  Ma(]e  humorale ,  au  point  de  la  dénaturer 
totalement  ,  Se  par-là  d'altérer  toute  la  Confiltu- 
ùon  humaine?  \\  me  paraît  donc  indubitable  j  que 
c'elt  du  premier  &  du  dernier  Degré  de  Tlnva- 
iîon  de  la  Pelle,  en  quelque  lieu  que  ce  foit,  qu'on 
doit  taire  dériver  la  Bénignité  ,  &  la  EiibieiTe  de  i^^ 
Symptômes  ;  &  que  c'eft  à  fon  Second  Degré  qu'on 
doit  attribuer  fa  Malignité  ^  non  pas  à  la  Maladie 
même,  parce  que  la  Pejieeik  toujours  la  même  Pejle, 
II.  Nommons  ,  fi  vous  voulez ,  ce  Second  De- 
gré de  la  Pefte  le  Milieu  de  fon  Cours  j  c'eft  le 
temps  le  plus-terrible  pour  chaque  Individu.  D'a- 
bord ,  le  ïlrus  de  la  contagion  eft  d'une  li-^rande 
lubtilité  j  qu'il  eft  prefqu'impollible  de  lui  échap- 
per j  enfuite ,  les  Symptômes  qu^il  produit  fone 
6.QS  plus-graves  j  la  douleur  de  tête  eft  continuelle, 
le  vomillement  CQi^Ço.  à  peine  j  les  Signes  externes 
fe  manifeftent  en  o-rand  nombre  :  on  voit  naître  des 
Charbons  j  qui  fe  manifeftent  quelquefois  dans  plu-* 
fieurs  parties  du  corps.  Les  Petéchies  font  grandes 
alors,  elles  s'étendent,  (Scaifez-fouvent  elles  fetrans- 
for m.ent  en  Charbons  aux  approches  de  la  mort  des 
Pefiiféres.  Voici  comment  s'opère  la  métamorphofej 
deux ,  trois ,  quatre  grandes  Petéchies  commencent 
par  confluer,  &:  form.ent  une  Pujiule  jaunâtre  s 
qiieiquerois  aufli  elles  préfentent  chacune  à  part  une 
Puftule  élevée.  Si  on  l'ouvre  ,  on  trouvera  déjà 
delfous  ,  dans  l'un  &  l'autre  cas ,  un  véritable 
Charbon.  J'ai  conclu  de  cette  Obfervation  que  les 
Pejliférés  offrent  dans  ce  Degré  de  la  Pefte  des 
Charbons  j,  mêrne  très-fouvent  en  nombre  ,  des  Pe- 
téchies très-noires  &  confluentes ,  à  caufe  de  l'ex-- 
neme  Putridité  ^  de  que  hs  Bubons  n'y  paraifTent 
prefque  jamais. 


j  5  2.        Mémoire  fur  îa  Pejle  de  Mofcoa  ^ 

Auffi  arrive-t-il  alors  que  ,  fi  une  Pcrfonne  d'uii 
tempérament  délicat,  d'une  conftitution  molle,  &c. 
gagne  dans  ce  temps  la  Maladie ^^  les  Symptômes  in- 
ternes ,  ainfi  que  les  Signes  externes  paraifTent  fous 
peu  de  jours  j  cependant,  ces  P erfonnes 'gwéï.ï&nt 
alTez-facilement.  Si,  au  contraire,  le  Pejliféré q^ 
robufte,  d'un  tempérament  (qc  ,  vigoureux,  &c. 
Je  Virus  de  la  Pelle ,  qui  s'eft  glilTé  dans  fon 
corps ,  tarde  plus  à  fe  manifefter  j  mais ,  en  re- 
vanche ,  il  altère  toute  la  Conjlitudon  individuelle, 
&  dénature  la  MaJJe  des  humeurs  ,  au  point  que 
dès  qu'il  paraît  des  Symptômes  ôc  des  Signes  ^ 
tout  eft  effrayant ,  &  pour  lors  la  Contagion  efl 
auifi  aifée  que  la  Guérifon  eft  difficile. 

III.  Enfin,  le  Troijîeme  Degré  de  la  Pefte  efl 
le  Déclin  :  on  ne  voit  dans  ce  Degré  ^  &  fur- 
tout  vers  la  fin ,  que  les  mêmes  Symptômes  &  les 
mêmes  Signes  qui  fe  manifeftent  au  Degré  du 
Commencement  de  l'Invafion  de  la  Pejle.  Il  eft 
inutile  de  les  remémorer^  il  l'eft  encore  plus  de 
faire  voir  l'inutilité  des  Divijions  ôc  Subdivijions 
prétendues,  dont  j'ai  déjà  parlé j  les  différentes 
Efpeces  qu'on  a  ftatuées ,  par  rapport  à  la  différence 
des  Symptômes  ^  à^s  Signes,  ne  devant  être  rap- 
portées qu'aux  Degrés  que  j'ai  développés,  &  la 
Guérifon  devenant  plus  ou  moins  facile,  relative- 
ment à  ces  mêmes  Degrés  ^  &  à  la  diverfité  des 
rempéramens  ,  je  m'en  tiendrai  toujours  à  cette 
fimplicitéde  mon  Syfême  ^  qui  me  paraît  conforme 
à  rObfervation  &  à  la  Marche  de  la  Nature. 

§.    V  I. 

Pour  éclaircir  encore  davantage  cette  Matière^ 
il  me  paraît  effentiel  d'entrer  dans  un  plus -long 
détail  des  Symptômes  qui  fe  manifeftent  dans  les 


Seconde  Partie.  i  j  3' 

âiiTérents  Degrés  de  la  Pefte.  Voici  donc  les  Prin- 
cïpaux  que  produit  le  T'^cnin  peftilentiel ,  des  qu'une 
fois  il  s'ell:  mlinué  dans  k  Majjc  des  humeurs,  & 
qu'il  ell  parvenu  au  point  de  s'annoncer  par  les 
eftets. 

1  °.  L'Ame  eft  affedée  d'une  triftefTe  profonde  ; 
ôc  quoique  le  Malade  ne  fâche  point  encore  s'il  eft 
empefté  ou  non  ,  cependant ,  fa  douleur  eft  iî- 
amere ,  qu'il  pleure  ,  fans  pouvoir  fe  ren^e  raifon 
du  chagrin  qui  l'accable. 

2°.  Il  s'enfuit  une  faiblelfe  &  un  abattement 
confidérable,  &  qui  eft  quelquefois  fi-grand,  qu'il 
femble  au  Malade  qu'il  n'a  ni  bras  ni  jambes. 

3  *'.  Il  fent  par  tout  le  corps  un  friifon  léger  , 
comme  aux  approches  d'une  Fièvre  intermittente; 
un  léser  tremblement  vient  à  la  fuite. 

j\°.  Le  Malade  eft  àé]^.  tourmente  de  vertip^es , 
de  pefanteur  &c  de  douleur  de  tête  :  cette  dou- 
leur, quelquefois  très-vive,  a  fon  fiege  au  milieu 
de  VOs  coronal,  un  peu  plus-haut  que  les  Sinus 
frontaux.  Alors,  les  yeux  font  rouges,  larmoyants, 
ils  prominent  hors  de  leurs  Orbites  j  comme  s'ils 
allaient  en  fortir;  le  regard  eft  fixé  ou  égaré;  le 
Malade  ne  peut  prefque  lever  les  Paupières. 

5°.  La  chaleur  de  la  Fièvre  fe  fait  dans  ce  temps 
fentir ,  tant  à  l'intérieur  au  au  dehors  :  tout  le 
corps  eft  brûlant. 

(S",  l.r  '  :  ngue  fe  défeche  comme  dans  les  Fièvres 
aiguës  y  c.ls  fe  falit  ,  6c  fe  couvre  d'un  enduit 
viîqueux  d'une  couleur  jaunâtre.  Ceci  n'arrive 
pas  cependant  à  tous  les  Pejliférés.  Quelques-uns 
confervent  la  langue  d'une  couleur  naturelle. 

7°,  Le  vifage  eft  pale  &  défait;  les  Malades 
éprouvent  une  anxiété  infupporcable,  ne  fâchant  oit 

liii 


Î54       Mémoire  fur  la  Pejlc  de  Mofcou  ^ 

fe  mettre  :  \qs  Syncopes  font  dans  ce  temps  très^» 

fréquents. 

8°.  Les  naufées  travaillent  l'Eftomac  j  &"  s'il  fe 
trouve  vuide,  pour  lors  le  Malade  vomit  avec 
peine  une  matière,  tantôt  jaunâtre  ,  tantôt  ver- 
dâtre. 

5)°,  Si  au  contraire  la  Maladie  fe  déclare  im- 
médiatement après  le  Repas,  il  rejette  alors  les 
alimens, 

I  g".  Les  troubles  de  l'ame  s'augmentent  :  les 
Malades  tremblent,  s'alfoupifTent ,  fe  réveillent  de 
terreur  &  de  défefpoir  :  ces  Paillons  les  agitent 
au  point  que  fouvent,  dès  le  commencement  de 
ia  Maladie  ,  ils  perdent  déjà  toute  efpérance.  Ce 
défefpoir  terrible  hâte  ordinairem.ent  leur  mort. 

Ce  n'eft  pas  que  ces  Symptômes  fe  manifeftent 
dans  chaque  Peftiféré  ^  en  fuivant  la  Marche  que 
je  viens  de  tra.cer  j  cependant,  ils  ne  s'écartent 
guère  de  cet  ordre  dans  plufieurs  individus  j  ce 
qui  toutefois  n'eit  pas  aifé  d  obferver  parmi  le 
Peuple  j  qui  fait  peu  de  cas  des  friifons  &  du 
tremblement  léger  qu'il  éprouve ,  ainii  que  de  la 
faibleife  du  corps  ôc  des  affections  de  i'ame.  11 
ne  déclare  à  fon  Médecin  que  les  Symptômes  les 
plus-graves ,  tels  que  la  douleur  &:  fur  -  tout  la 
péfanteur  de  tète  ,  1  "anxiété  ,  la  naufée  ,  les  vo- 
miffemens ,  l'ardeur  de  la  fièvre  ,  la  chaleur 
brûlante  de  tout  le  corps  ;  Symptômes  qui  varient 
dans  leur  intenfité  à  raifon  des  tempéramens , 
&  qui  tantôt  font ,  très  -  graves  &  promptemenr 
mortels ,  tantôt  au  contraire  légers  ,  bénins  Sç 
d'une  aifez-longue  durée. 

Lorfqu'ils  font  réunis,  ils  caufent  au  Maladç 
lin  affaiblifTeme nt  ii-grand,  qu'il  ne  pQut  fe  tenir 


Seconde  Partît.  155 

(3e  bout  \,  fes  pieds  &  {qs  mains  font  agités  d'un 
tremblement  continuel ,  les  évanouilfemens  fe  fuc- 
cedent,  (Se  le  Pejlijcré  eft  dans  ce  temps  comme 
immobile  \  à  peine  peut  -  il  prononcer  quelques 
mots  j  il  hélice  èv'  bégaye  de  £ico\\ ,  qu'on  ne  peut 
le  comprendre  :  fa  voix  s'affaiblit  &  s'éteint.  Il 
n'y  a  que  les  Perfonnes  d'un  tempérament  ro- 
bufte  ,  qui  réiîftent  à  des  Symptômes  aulîi-graves. 
Tant  que  durent  cette  faibleife  &  cet  abbat- 
tement  du  corps  ,  on  obferve  auÛi  V Incontinence 
d'urine  (Se  la  Diarrhée  (  d).  Quelquefois  même 
l'une  &  l'autre  eft  iî  opiniâtre  ,  qu'il  eft  impolîible 
de  l'arrêter  j  alors  c'eft  un  Symptôme  de  mort. 
Quelquefois  il  arrive  aux  Femmes  que  les  Règles 
coulent  au  point  de  ne  pouvoir  les  tarir  :  fi  pour 
lors  elles  fe  trouvent  Enceintes  j  elles  font ,  à  coup 
fur  ,  une  fiuffe  couche  j  car ,  V Orifice  de  la  ma- 
trice fe  relâche  &c  s'ouvre  (  e  )  avec  autant  d'aifance 
que  celui  de  la  veille  &  de  l'anus.  Comme  œt  Ac- 
couchement prématuré  doit  immanquablement  être 
fuivi  de  pertes  confidérables ,  &c  que  les  deux  au- 
tres Excrétions  j  dont  j'ai  parlé  auparavant ,  affai- 
blilfent  horriblement  chaque  Individu  ,  il  n'eft  pas 
furprennant  qu'on  les  regarde  comme  des  Symp- 
tômes mortels ,  ôc  s'ils  fe  maiiifeftent  dans  le  de- 
gré du  Milieu  de  VlnY2.fiondQ  la  Pefte  ,  on  ne  doit 
point  s'étonner  ,  fi  le  Malade  ett  emporté  le  Second 
ou  le  Troijieme  jour ,  au  plus  tard. 

UOhfervation    confirme    encore    qu'il    s'écoule 
quelquefois  du  fang  des  narines  oc  du  gofier  des 


fd)  Voyez  dans  le  x  1 1 1'.  §.  de  cctce  même  Partie  y 
note/ 

(  £  )  Voyez  dans  le  1 1 1*.  §.  .de  cetre  même  Partie  j 
Qote  ir. 

I  iy 


îjff        Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mo/cou  J 
Pejiïférés'^  mais  cqs  Symptômes  ne  font  pas  fi-conr-i 
muns  que  la  Diarrhée,  l'Incontinence  d'urine ,  & 
les  Règles  immodérées  chez  les  Femmes. 

Il  arrive  aufîi  que  hs  Pejiiférés  tombent  dans 
un  délire  furieux  :  tantôt  c'eft  au  commencement 
de  la  Maladie,  tantôt  c'eft  au  fécond,  troifieme 
ou  quatrième  jour.  Si  le  délire  &  la  fureur  du- 
rent jufqu'au  fepdeme^  alors  on  peut  efpérer  la 
Guérïfon  j  mais  s'ils  y  tombent  après  un  ou  deux 
_4ours  de  Maladie  ,  &  que  le  Malade  palTe  fubi- 
tement  à  un  état  de  tranquillité  &  de  faiblelîe  , 
ce  changement  eft  un  Pronofitc  fîir  ,  &  un  avant- 
coureur  de  la  Mort  :  s'il  arrive  le  matin,  le  i^a- 
lade  mourra  fur  le  Soir  j  &  s'il  arrive  le  foir ,  il 
ne    paffera  pas  la  Nuit. 

On  voit  très-fouvent  des  Pejiiférés  à.  l'époque, 
dont  je  parle  ,  commencer  à  dormir  ,  &  ce  fom- 
meil  durer  pendant  toute  la  Maladie  ,  de  façon 
qu'ils  meurent  fans  aucune  AngoiJJe  ^  ôc  d  j'ofe 
m'exprimer  ainfi,  fans  s'en  appercevoir.    ^ 

D'autres  Aflaillis  d'une  Partie  des  Symptômes , 
que  j'ai  décrits,  s'en  impofent  à  eux-mêmes  fur  l'é- 
tat de  leur  Maladie ,  au  point  qu'ils  croient  n'être 
point  Malades;  &  quand  on  s'informe  de  l'état 
de  leur  Santé j  ils  répondent  qu'ils  fe  portent  bien, 
demandent  même  à  boire  ôc  à  manger.  Peu  de  temps 
après,  vous  les  voyez  tomber  dans  un  évanouif- 
fement  funefte  qui  glace  tous  leurs  mouvemens, 
&  ils  meurent. 

Pour  fe  rendre  raifon  de  ces  Symptômes  ^  6c 
fur-tout  de  la  Mort  fubite  ,  il  me  paraît  qu'il  faut 
remonter  aux  effets  du  Venin  peftilentiel ,  dont 
l'activité  eft  ii-grande  en  certaines  circonftances , 
qu'il  produit  dans  peu  la  Putridlté  ôc  la  Dijffo- 
lurion  Aqs  humeurs ,  &  \qs  dénature  totalement. 


Seconde  Partie.  X  3  7 

Auflî  de  cette  Dcgénération  totale  voit-on  naître 
les  mêmes  accidens  qui  paraiilent  quelquefois  dans 
\ts  Ficyrcs  putrides.  Le  Cadavre  des  Peltiférés  con  • 
lerve  une  telle  flexibilité,  qu'on  peut  plier  ^  à  fon 
gré  ,  leurs  Pieds  &c  leurs  Mains  :  les  chairs  font 
Il  -  flafques  ,  qu'elles  retiennent  l'impreilion  du 
Doigt  j  comme  les  parties  depuis  long-temps  œ- 
démateufes  :  on  dirait  même  que  la  Peau  eft  un 
fac  dans  lequel  elles  font  enveloppées  j  &c  il  fem- 
ble  que  i\  on  y  faifait  une  Incijion  j  elles  pafle- 
raient  a  travers,  comme  ii  elles  y  avaient  été  pu- 
rement <Sc  limplement  renfermées. 

§•    VII. 

Les  Symptômes  internes,  dont  j'ai  parlé,  Se 
qui ,  au  commencement  de  la  Maladie  _,  font  plus 
ou  moins  nombreux. ,  fe  manifeftent  pourtant  dans 
preique  chaque  individu.  Ils  font  encore  accom- 
pagnés toujours  de  Signes  externes  de  la  Pefte  , 
qu'il  ne  me  femble  pas  hors  de  propos  de  décrire 
ici  avec  exactitude. 

L'Auteur  qui  a  donné  au  Public  un  Ouvrage 
fur  la  Pejîe  qui  ravagea  Mofcou  j  adopte  pluiieurs 
Signes  externes  propres  ,  félon  fon  avis ,  à  cette 
Maladie  (f)  j  c'eft-à-dire  ,  les  Bubons  j  les  Paro- 
tides J  les  Charbons  &c  les  Anthrax  j  les  Petéchies 
&z  les  Vibices^  ou  les  Meurtrijjures .  Je  ne  fais  de 
quelle  manière  il  l'entend.  S'il  veut  dire  que  la 
Pejte  produit  fur  les  enfans  fes  Bubons  dans  les 
glandes  parotides  &  axillaires  ,  de  même  que  fur 
les  jeunes  Filles  &■  les  Femmes  dél- cuites  j  à  la  bonne 


(/')  Voyez  dans  fou  Ouvrage,  pag.  103-4-y  &  6, 


138  Mémoire  fur  la  Pefle  de  Mo/cou  j 
heure  ;  mais  il  faut  confidérer  que  la  même  chofe 
n'arrive  point  aux  Adultes.  Par  conféquent  ce  Signe 
externe  n'eft  ni  infaillible  ,  ni  propre  à  chaque  Pef- 
tijéré^  puifque  ceux-ci  en  font  exempts.  Ne  vau- 
drait-il pas  infiniment  mieux  indiquer  les  endroits 
où  ces  Bubons  fe  placent  j  que  de  leur  donner 
dï^ércntes  Dénominations}  Car  enfin j  foit  qu'ils 
fe  placent  dans  les  Glandes  parotides  ou  axillaires  , 
foit  qu'ils  occupent  les  Aines  ^  ils  ne  font  pas  moins 
des  Bubons  peftilentiels.  Je  ne  puis  donc  adopter 
plus  de  Trois  Signes  externes  qui  font  les  feuls 
qui  caradrérifent  la  Pefie^  tels  que  je  les  ai  vus 
fur  les  Peftiférés ,  c'eft-à-dire ,  les  Bubons  ■,  les  Char- 
bons &  les  Pétéchies  j  fouvent  Grandes ,  &  tout- 
à-fiit  Confluentes  j  fur-tout  au  degré  du  Milieu. 
de  rinva(îon  de  la  Pefte. 

I.  Les  Bubons  fe  placent  ordinairement  dans  les 
Aines  j  comme  je  l'ai  déjà  dit  ,  rarement  fous  les 
Airelles  j  &  plus-rarement  encore  vers  X Angle  de 
la  mâchoire.  Aucun  autre  endroit  du  corps  ne 
peut  en  être  le  Siège.  La  Pejle  _,  pour  la  plupart  du 
temps ,  ne  les  produit ,  dans  chaque  Individu ,  qu'au 
de^ré  du  Commencement  de  fon  ïnvafion  ,  ou  vers 
fon  Déclin.  Je  n'entends  ici  parler  que  des  Adultes 
de  l'un  &  de  l'autre  Sexe.  Quant  aux  Enfans  ôc 
autres  Perfonnes  délicates ,  dès  qu'ils  font  empeftés  , 
le  Bubon  fe  manifefte  prefque  toujours  fous  les 
Parotides  j  rarement  fous  les  Aijfelles  j  &  prefque 
jamais  dans  les  ^i/^^i^.  Il  faut  cependant  obferver  que, 
àh^  qu'un  Bubon  paraît ,  foit  aux  Aines  ou  ailleurs  , 
il  fe  place  toujours  de  côté,  au-delfus  ,  ou  au-deflous 
de  la  Glande^  &  jamais  fur  la  Glande  même ,  comme 
les  Bubons  vénériens.  Ceux  des  Aines  prominent 
ordinairement  Deux  doigts  au-defïbus  des  Glandes 
inguinales. 


Seconde  Partie.  139 

On  ne  doit  jamais  regarder  ces  Bubons  comme 
une  Crifede  la  Pejlc[g)\  en  effet,  ii  cela  était 
ainii,  pourquoi  ,  dès  l'inllant  qu'un  P ejîijéré com-* 
mence  à  fenrir  les  premières  attaques  de  fon  mal  , 
comme  douleur  de  tête  ,  vomllfement ,  &c.  pour- 
quoi,  dis-je,  fent-il  déjà  une  douleur  à  l'endroit 
où  doit  fe  manifefter  le  Bubon  ?  enforte  que  s'il 
doit  occuper  les  Glandes  inguinales  ,  ou  autres ,  le 
Malade  y  éprouve  déjà  une  ienûtion  ingrate,  aifez 
profonde  [gg  ).  La  même  chofe  arrive  quant  au 
Charbon  j  avec  quelque  modification  cependant  , 
car ,  dans  l'endroit  qu'il  doit  occuper  ,  la  douleur 
eft  extérieure  ,  &  aifez  piquante.  Quand  ,  au  con- 
traire ,  ce  font  les  Pétéchïes  qui  doivent  dominer  , 
dès-lors  une  douleur  cuifante  fe  fait  fentir  prefqu'à 
toute  la  Superficie  extérieure  du  corps.  Puifque  ces 
Phénomènes  font  il  hâtifs ,  que  l'inftant  du  commen- 
cement de  la  Maladie  eft  celui  où  ils  fe  montrent , 
n'eft-ce  pas  une  preuve  évidente  qu'ils  doivent  être 
regardés  moins  comme  des  Signes  Critiques  que 
comme  des  Signes  Symptômatiques  de  cette  cruello 
Maladie. 

Revenons  aux  Bubons  ,  &  remarquons  en  paffant 
que  ,  quelque  part  qu'ils  fe  placent  ,  ils  occupent 
cependant  toujours  une  même  Région ,  en  forte  que 
de  Deux  :,  jamais  Un  ne  paraîtra  à  VAine  ,  &  l'autre 
fous  VAiJfelle  en  même  temps ,  quoiqu'en  dife  1' Au- 
teur qui  a  écrit  fur  la  Pe/?e de  Mofcou  (A),  Obfer- 
vons  encore  qu'ils  ne  marchent  point  de  pair  avec 
les  Charbons^  ou  les  Pétéchies ,  fur-tout  confluentes. 
Ces  Deux  derniers  Signes  étant  propres  au  degré 

is)   V'oyez    dans  le  même  Ouvrage,   pag.  103. 
{gg)    Voyez   dans  le    1  x\   §.  de  cette   même   Partie, 
note  £. 

I^h)  Voyez  dans  le  même  Ouvrage,  pag.  lof. 


1 40       Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mo/cou  y 
du  Milieu  de  la  Pefte  ,  tandis  que  les  Bubons  pa- 
raiiTent  au  deç^ré  du  Commencement  de  fon  Inva- 
lion,  ou  vers  fon  Déclin. 

Dès  que  le  Bubon  peftilentiel  fe  déclare  à  VAine , 
par  exemple ,  alors  il  ne  paraît  près  de  la  Glande 
qu'une  petite  élévation  ,  à  peine  vifîble  ,  qu'accom- 
pagne une  douleur  profonde  ,  fans  aucun  Signe 
d'Inflammation.  Si  pour  lors  les  forces  du  Malade 
ne  font  pas  altérées  ,  le  Bubon  s'augmente  de  jour 
en  jour  ,  la  douleur  devient  plus-vive  ,  &  l'in- 
flammation fe  met  de  la  Partie.  Si,  au  contraire, 
le  Malade  eft  dans  un  affaiiTement  confidérable , 
comme  il  arrive  à  prefque  tous  les  Pefiiférés  ,  il 
ne  fe  fait  aucune  augmentation  dans  la  tumeur , 
l'inflammation  ne  furvient  point ,  la  douleur  dimi- 
nue ,  &  le  Malade  meurt  le  fécond  ,  le  troifieme 
bu  le  quatrième  jour.  Si ,  par  un  heureux  hafaird  , 
il  parvient  jufqu'au  feptieme^  alors  le  Bubon  s'élève 
de  plus  en  plus,  s'enflamme,  devient  douloureux, 
la  Suppuration  stn  fuit ,  &:  le  Malade  eft  hors  de 
danger  j  &  en  effet  ,  ces  changemens  n'arrivent 
que  parce  que  les  forces  du  Malade  font  en  état  de 
furmonter  la  Maladie. 

L'on  remarque  même  que  les  Symptômes  graves 
&  mortels  s'aftaibliflent  à  mefure  que  V Inflamma- 
tion dégénère  en  Suppuration  ,  &  lorfque  le  Bubon  , 
parvenu  à  une  parfaite  maturité ,  eft  foumis  à  Vln- 
cifion  ,  pour  lors  il  rend  un  Pus  lié  ,  blanc  ,  homo- 
gène ,  &  d'une  excellente  qualité  \  de  façon  que 
la  Plaie  ,  au  bout  de  quelques  jours ,  fe  cicatrife 
parfaitement ,  au  grand  contentement  du  Malade 
qui  a  échappé  à  une  Maladie  aulîi  meurtrière. 

Dès  qu'un  Bubon  peftilentiel  fe  manitefte  dans 
les  Glandes  inguinales  ,  axillaires  ,  ou  parotides , 
plufieurs  Auteurs  confeillent  de  faire  d'abord  une 


Seconde  Partie.  i^j 

încijion  ,  tonte  prématurée  qu'elle  efl: ,  je  l'ai  pra- 
tiquée moi-mcmeau  commencement  de  mon  féjour 
dans  les  HàpicM/x  peftiférés.  Mais  cette  Méthode 
m'a  toujours  mal  réulîie.  La  vive  douleur  qu'occa- 
iionne  cette  Incïjion  ,  ne  m'en  eût  point  dégoûté  r 
mais  comme  elle  eft  prefqu'ordinairement  fuivie 
d'une  Plaie  fiftuleufe  ,  qui,  quelquefois,  devient 
prefque  tout  -  à  -  fait  incurable  ,  cet  inconvénient 
m'engagea  ,  dès-lors ,  à  chercher  une  autre  Mé- 
thode ,  moins  défavorable  &  pour  le  Malade  & 
pour  le  Chirurgien.  Voici  quels  ont  été  mes  fuccès 
&  ma  conduite. 

Aulll-tôt  qu'un  Bubon  commence  à  fe  manifefler 
dans  quelqu'endroit  que  ce  foit ,  j'applique  d'abord 
deilus  ,  pendant  le  jour ,  des  Catap lames  matiira- 
tifs  (i  )  ,  &  des  Emplâtres ^  de  même  nature,  pen- 
dant la  nuit  [k).  J'en  continue  l'ufage  jufqu'à  ce 
qu'il  parvienne  à  une  Maturité  parfaite ,  ce  qui  ne 
tarde  point  à  arriver  ,  fi  la  Maladie  n'eft  pas  à  un 
Degré  d'intenlité  qui  épuife  totalement  les  forces 
du  Malade  _^  pour  lors  je  fais  une  Incifion  •  il  fore 
un  Pus  blanc ,  épais ,  fans  odeur ,  louable  en  un 
mot  ,  &  les  Panfemens  méthodiques  adminiftrés 
la  Plaie  fe  cicatrife  dans  peu.  Dès  que  je  vis  cette 
Méthode  toujours  couronnée  du  fuccès  dans  les 
"Hôpitaux  ,  pendant  tout  mon  féjour  ,  je  la  con- 
feillai ,  de  préférence ,  aux  autres  Chirurgiens  ,  qui 
la  fuivirent  avec  avantage. 

Comme  le   Pus  qui  fort  d'un    Bubon  peftilen- 
tiel ,   lorf qu'il  eft  parvenu  à  une  Maturité  parfaite 


(  i  )  Voyez  dans  le   x  1 1*.   §.    de   cette  même  Partie  j 
note  r. 


(Aj  Voyez  au  mèrae  endroit,  note Jl 


î  4i  pUmùïre  fur  la  Péjîe  de  Mofcou  ^ 
in'a  paru  d'iiiae  ^//zi^/zir/paiticuliere,  il  m'a  fait  naître 
uiie  idée  fur  V Inoculation  de  la  Pefte.  Ne  ferait-il 
pas  à  propos  de  la  tenter  ,  pour  le  bien  de  ces 
Individus  qui  doivent  abfolument  fervir  les  Pefii- 
férésf'  Comme  j'ai  été  infeélé  à  Trois  reprifes  diffé- 
rentes ,  &  que  j'ai  furmonté  cette  triple  attaque  , 
avec  autant  de  bonheur  que  de  facilité,  cet  heureux 
événement  m'a  conduit  à  propofer  ce  Syjiême  tout-- 
à-fait  inoui ,  que  j'ai  développé  affez  clairement  dans 
Mon  Mémoire,  fur  l'Inoculation  de  la  Pefte ,  &c.  i^k)  , 
&  dans  Ma  Lettre  {l)  à.  l'Académie  de  Dijon ,  avec 
Réponfe  à  ce  qui  a  paru  douteux  dans  ledit  Mé" 
moire. 

II.  Les  Charbons  peftilentieîs  conftituent  le  Se^ 
cond  Signe  externe  de  la  Pejîe.  Ils  fe  placent  à 
toute  la  Superficie  extérieure  du  corps ,  &  occupent" 
fur-tout  les  Parties  charnues.  Il  faut  cependant 
excepter  toutes  les.  Parties  recouvertes  de  poils  , 
ainfi  que  celles  où  fe  manifeftent  les  Bubons  ^ 
quoiqu'on  prétende,  mal-à-propos,  le  contraire  (//), 
C'eft  ,  pour  l'ordinaire  ,  lorfque  la  Pejle  eft  dans 
fon  degré  du  Milieu  ,  qu'ils  paraiflent  ,  &  rare- 
ment au  degré  du  Commencement  de  fon  invafion  , 
de  mêmeque  prefque  jamais  à  fon  Déclin.  Je  ne  donne 
cependant  point  cette  Obfervation  comme  in- 
faïUible ,  puifque  le  contraire  arrive  quelquefois , 
cependant ,  comme  le  cas  eft  très-rare  ,  &  qu'il  ne 
fe  préfente  que  dans  les  Individus  d'un  tempéra- 
ment robufte  &c  d'une  conftitution  feche ,  qu'en 
outre  5  CQS  Charbons  ne  font  ni  grands ,  ni  multi- 


Ikk)  Imprimé  à  Scrafbourg  en  1781. 
(/)  Imprimée  à  Paris  en   1783. 

(//)  Voyez  C.  Aq  Mertens  ,  ObfeiTat.  Medic.  de  Fcbr» 
Fmrid,  de  Pefte,  Sec.  pag.  loé. 


Seconde  Partie.  145 . 

piles ,  ni  accompagnés  de  Symptômes  ûc\iQwx  ,  on 
peut  prefque  fe  dilpenfer  de  les  adopter  dans  ces 
Deux  degrés  de  la  Pelle. 

L'auteur  ,  que  je  viens  de  citer  ,  prétend  auiîi 
avoir  vu  les  Charbons  peitilentiels  réunis  à  d'autres 
Signes  externes  de  même  efpece  ,  qu'il  nomme 
Anthrax  [m)  ^  8c  qu'il  diftingue  des  Charbons.  Il 
ajoute  les  avoir  obfervé  ,  pour  la  plupart ,  fur  le 
Cou  ôc  le  Dos  des  Peftiférés  (  «  ).  Je  ne  fais  ni  où 
il  a  vu  ces  Anthrax  ,  ni  pourquoi  il  les  diftingue; 
tout  ce  c|ue  je  fais,  c'eft  que  ,  lors  de  \2iPeJle  qui 
ravagea  Mofcou ,  Se  qu'il  décrit ,  je  n'ai  jamais 
vu  d'autres  Signes  que  des  Bubons ,  des  Charbons 
ôz  des  Petechies. 

On  regarderait  encore,  mal- a-propos,  les  O^r- 
hons  comme  des  Signes  critiques  de  la  Pefte  ,  ainlî 
que  je  l'ai  déjà  dit  en  parlant  des  Bubons  j  &  la  raifon 
fur  laquelle  j'ai  appuyé  la  réfutation  de  ce  Syjlêmc 
eft  la  même.  En  eftet ,  la  Crife  ne  s'annonce  jamais 
dès  le  commencement  d'une  Maladie  :  or  ,  quoique 
les  Charbons  peftilentiels  parailTent ,  pour  la  plupart , 
au  degré  du  Milieu  de  l'Invalion  de  la  Pefte  , 
cependant,  fi-tôt  qu'ils  commencent  feulement  à 
paraître ,  les  Pejlijerés  éprouvent  déjà  une  douleur 
très-vive  à  l'endroit  où  ils  doivent  fe  placer  ,  &  ils 
le  délignent  à  l'inftant  même ,  dès  le  commence- 
ment de  {2.  Maladie  ^  fî  on  le  leur  demande  (o), 
imitant  en  ce  point  la  marche  des  Bubons  •  ce 
qui  prouve  <^u'il  faut  les  ranger  avec  ceux-ci ,  dans 
la  clafTe  des  Signes  fymptômatiques  de  la  Pefte. 


{m)  Voyez  au  même  endroir,  pag.    loj, 
(n)  Voyez  au  même  endroit,  pag.  106. 
(o)  Voyez   dans  le  i  x'.   §.  de  cette  mêaie  Partie, 
note  d. 


Î44-       Mémoire  fur  la  Vefcc  Uc  Mofatu  j 

Dès  que  le  Malade  a  fatisfait  aux  interrogations 
fur  cet  objet ,  il  faut  aulli-tôt  vifiter  Vendrou  qu'il 
indique.  On  y  trouvera  d'abord  un  très-petit  Bouton 
ou  Pu/iule ,  rempli  d'une  férofité  jaunâtre ,  fans  aucun 
ligne  d'Inflammation.  Ce  bouton ,  au  commence- 
ment, n'eft  pas  plus  ^roj  que  la  tête  d'une  Epingle  ; 
mais  d'une  heure  à  l'autre,  il  s'élève  &  s'étend  de 
plus  en  plus.  Lorfqu'il  a  atteint  la  largeur  de 
ï Ongle  ,  ou  un  peu  plus,  la  Pellicule  qui  l'enve- 
loppe fe  gerce ,  &  il  en  découle  un  peu  de  féro- 
lité.  Si  on  examine  le  fond  de  ce  Bouton  ,  on  le 
trouve  déjà  d'un  noir-foncé,  &  il  a  le  caractère  d'un 
parfait  Charbon.  Cependant  il  s'étend  de  plus  en 
plus  5  quelquefois  même  jufqu'à  la  largeur  du  dou- 
ble de  la  Paume  de  la  main. 

Suivant  l'idée  commune  ,  les  Charbons  ne  fe 
manifeftent ,  pour  l'ordinaire  ,  dans  chaque  Indi- 
vidu ,  qu'au  nombre  d' Un  ou  Deux  j  la  Pefte  de 
Mofcou  a  démontré  le  contraire  :  on  en  a  obfervé 
depuis  Deux  jufqu'à  Quatre,  &  plus,  encore  étaient- 
ils  d'une  grandeur  extraordinaire  (/?  ).  Les  Char- 
bons ne  s'élèvent  jamais  à  la  Périphérie  fuperfi- 
cielle  du  corps  ,  comme  les  Bubons  :  ils  font  tou- 
|ours  plats  Se  ronds ,  pour  la  plupart  :  ils  creufent 
même  les  chairs  qu'ils  occupent,  de  la  profondeur 
d' Un  doigt ,  quelquefois  même  de  Deux  &c  Trois , 
s'ils  occupent  les  parties  les  plus-charnues  (  q  ). 

Si  on  examine  les  Charbons ,  de  quelqu'étendue 
qu'ils  foient  ,  ils  font  toujours  d'un  noir-foncé  ôc 
de  même  que  d'une  dureté  extraordi- 


(/))  Voyez  ci-defîbus  la  ii*.  &  la  m''.  Obfervation  des 
Expériences  des  Frittions  Glaciales. 

(  ç)  Voyez  ci-defTousla  ii*^.  Obfei'vaiion  des  Expériences 
des  Friûions  Glaciales, 

naire , 


Seconde  Partie.  145' 

naire,  d'où  l'on  doit  tirer  des  concliifions  peu  favo- 
rables aux  Scarifications  hâtives  qu'ordonnent  tous 
les  Auteurs  qui  ont  travaillé  fur  la  Pefle.  Car  , 
je  leur  demande,  avec  confiance,  quel  fera  le 
(iicchs  de  pareilles  Scarifications  ?  En  effet ,  \qs 
Charbons  fe  placent  quelquefois  dans  des  endroits 
où  \qs  Scarifications  font  impraticables  j  d'autrefois  ^ 
\ç.s  Charbons  font  li  profondément  enracinés  dans 
Jes  parties  charnues  (  r  )  ,  qu'on  ne  peut  y  atteindre 
fans  rifquer  de  couper  quelques  faijfeaux  coniî- 
dérables  :  ils  font  d'ailleurs  d'une  telle  dureté ,' 
qu'ils  réiiftent  au  tranchant  du  Bifiouri.  Je  puis 
dire  j  avec  vérité  j  que  je  n'ai  retiré  aucun  fruit  dé 
cette  Méthode  ,  quoi  que  je  l'aie  pratiquée  plu- 
fieurs  fois  avec  la  plus-grande  difSculté. 

Voyant  donc  que  la  dureté  des  Parties  gangre- 
nées s'oppofait  à  mes  intentions  ,  je  voulus  tenter 
V Extirpation  totale,  avec  un  Bifiouri  plus  fort  & 
bien  tranchant ,  dans  la  chair  vive.  Cette  nouvelle 
Méthode  m'a  aufli  peu  réuffi  que  la  première.  La 
raifon  en  eft  bien  palpable  j  ou  le  Charbon  eft  placé 
dans  un  endroit  où  on  ne  peut  pas  entamer  alTez 
les  chairs  pour  les  retrancher  totalement ,  ôc  alors 
on  ne  peut  en  emporter  qu'une  Partie ,  ce  qui 
devient  inutile  j  ou  les  Parties ,  qu'il  occupe,  de 
même  que  les  voifines  ,  ne  permettent  ni  Extir- 
pations^ ni  Scarifications  ;  que  devient  pour  lors  le 
fecours  qu'on  prérend  donner  au  Malade,  par  ce 
moyen  ?  Pour  éviter  ces  inconvéniens  ,  je  recourus 
aux  Remèdes  que  .je  vais  détailler. 


(/■)  Voyez  ci-defîbus  dans  la  lii%  Obfervation  des  Ex- 
périences des  Frictions  Glaciales,  noie  f,  ainfi  qu'au  même 
endroit,  la  ii%  Obfervation. 

K 


i4<>        Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mcfcou  , 

A  peine  un  Malade  arrivait-il  à  YHôpual  avec 
un  ou  plufieurs  Charbons  commençants ,  que  j'exa* 
minais  chaque  fois  ii  la  Pellicule ,  qui  enveloppait  le 
Bubon ,  était  déjà  gercée  ,  au  défaut  de  quoi  je  l'ou- 
vrais dans  l'inftant  j  &:  fi  le  Charbon  était  déjà  tout- 
à-fait  formé  ,  j'appliquais  ^qG^us  un  Onguent  pré- 
paré pour  ce  fujet  (/) ,  je  couvrais  chaque  fois  cet 
Onguent  d'un  Emplâtre  convenable  (  ^  ) ,  fur  lequel 
je  mettais  encore  un  Cataplâme  antifeptique  (  ^  )  , 
qu'on  avait  foin  de  maintenir  fur  le  Charbon , 
pendant  toute  la  journée ,  en  le  réitérant  très-fré- 
quemment j  je  faifais  aulîi  mon  Panfement  chaque 
foir ,  en  renouveliant  le  même  Appareil.  De  ma- 
nière que ,  fi  les  forces  du  Malade  n'étaient  pas 
tout-à-fait  épuifées  ,  ou  que  fa  Maladie  ne  fut  point 
parvenue  à  un  degré  de  Malignité  extraordinaire  , 
alors  j  dans  les  vingt-quatre  heures  ,  le  Charbon  com- 
mençait déjà  un  peu  à  fe  féparer  des  chairs  vives , 
&  cette  heureufe  Séparation  augmentait  de  jour  en 
jour  ,  à  l'aide  des  mêmes  Remèdes, 

S'il  arrive  que  le  Charbon  foit  d'une  grandeur  & 
d'une  profondeur  extraordinaire  ,  comme  je  l'ai  vu 
plufieurs  fois  ,  il  faut  beaucoup  de  temps  à  la  na- 
ture &  aux  Remèdes  pour  opérer  une  entière  Sépa- 
ration. Et  c'eft  alors  qu'on  peut  voir  les  VaiJJeaux 
principaux  qui  étaient  placés  au-deffous  de  la  Partie 
gangrenée  :  quelquefois  même  les  Os  fe  préfen- 
îent  (  v).  Cette  Obfervation  feule,  que  j'ai  eu  occa- 


(/)  Voyez  dans  le  xii'.  §.  de  cette  même  Partie  ^ 
cote  u. 

(t)  Voyez  au  même  endroit ,  note  v. 

(//)  Voyez  au  même  endroit,  note  w. 

(v)  Voyez  ci-defTous  dans  la  ii*.  Obfervation  det  £i- 
péiicuces  des  FritSlious  Glaciales ,  note  f. 


Seconde  Partie,  147 

fîon  de  faire  à  plufîeurs  reprifes,  m'a  détourné,  pour 
toujours,  de  £iire  des  Scarifications  fur  les  Charbons 
peftilentiels  ,  &  m'a  faic  fuivre  la  Méthode  que  je 
viens  de  décrire  ;  elle  m'a  toujours  réulîi  ,  de 
même  qu'aux  autres  Chirurgiens^  dans  les  Hôpitaux 
petliférés  ,  qui  la  fuivirent  avec  tout  l'avantage 
déliré; 

III.  Les  Pétéchies  font  le  Troifieme  Signe  externe 
de  la  Pejle  ,  foit  petites  ou  grandes ,  fur-tout  les 
Pétéchies  confluentes ,  elles  le  manifeftent ,  pour 
l'ordinaire  ,  fur  toute  la  Surface  du  corps ,  &  prin- 
cipalement fur  la  Poitrine  ,  le  Ventre  ,  les  Cuilies  & 
fiu:  le  Cou  ,  les  Bras  &  les  Jambes ,  tant  àts  Enfans 
que  des  Adultes  \  leur  couleur  ,  pour  l'ordinaire  , 
eft  ,  dès  le  commencement ,  d'un  Pourpre-foncé  ; 
mais  à  la  fin  ,  elles  font  tout-à-fait  noires  ,  &  fans 
aucune  inflammation  ni  élévation. 

On  peut  divifer  les  Pétéchies  en  deux  claiTes  ; 
celles  qui  paraiiTent  au  degré  du  Commencement 
de  rinvaiion  de  la  Pefte ,  &  au  Déclin  ,  ne  font 
ni  fi  larges  ,  ni  en  aulli  grande  quantité  ,  ni  fi 
confluentes  qu'au  degré  du  Milieu.  Elles  reifem- 
blent  à  celles  qui  fe  manifeftent  dans  les  Fièvres 
pétéchiales  ordinaires  j  mais  2.11  Degré,  dont  je  viens 
de  parler  ,  elles  font  toujours  d'une  grandeur  êc 
d'une  largeur  extraordinaire ,  très-noires.  Se  même, 
pour  la  plupart ,  confluentes  ,  fur-tout  fur  le  corps 
des  Enfans  &:  des  Perfonnes  délicates.  Lorfqu'elles 
confluent  à  trois  ou  à  quatre  ,  alors  elles  forment 
un  Bubon  ,  ou  .plutôt  une  Pufiule  plate  ,  qui  fe 
remplit  chaque  fois  d'une  Sérojité  jaunâtre  ^  & ,  à 
peine  eft-elle  rompue ,  qu'on  découvre  au-deflous 
un  Charbon  tout- à- fait  formé.  Les  Charbons  ainfî 
forniés ,  font  quelquefois  multipliés  fur  le  mèm@' 

Kij 


1 4§        Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou  y 

fujet  :  CQS  Signes  font ,  pour  l'ordinaire ,  les  avants" 

coureurs  de  la  mort. 

Lorfque  les  Pétéchics  veulent  paraître  ,  le  Ma-- 
lade  fent  déjà  à  la  Surface  du  corps  ,  non  une 
démangeaifon  ,  comme  on  l'afiTure  ,  mais  une  dou- 
leur véritablement  lancinante  ,  fur-tout ,,  dans  les 
endroits  où  les  Pétéchies  doivent  dégénérer  en  Char^ 
bons  j  &  ,  à  la  queftion  qu'on  fait  au  Malade  ,  il 
répond,  en  indiquant  juftement  l'endroit,  où  il  fent 
cette  douleur  lancinante ,  celui  fur-tout ,  que  doit 
occuper  le  Charbon  qui  provient  des  Pétéchies  dégé- 
nérantes ,  &c  cette  fenfation  ,  dont  je  parle ,  eft 
fentie  dès  le  Commencement  de  la  Maladie  ,  &  li-tôt 
que  les  Pétéchies  veulent  paraître.  Il  me  femble 
donc  inutile  de  rappelier  la  CoTicluJion ,  que  j'ai  déjà 
déduite  ailleurs  ,  contre  l'exiftence  prétendue  ào^s 
Signes  critiques  au  fujet  des  Bubons  ôc  Cbarbons  ^ 
ôc  de  l'appliquer  ^iix' Pétéchies. 

§.    V  I  I  I. 

A  ces  Trois  Signes  externes ,  Notre  Auteur  (yv) 
en  réunit  un  Quatrième  ,  qu'il  appelle  Vibiçe  ou 
Meurtrijfure.  Je  ne  fais  s'il  peut  être  adopté  comme 
un  Signe  particulier  &  diftingué  ,  &:  j'en-  doute 
rrès-fort.  Pourquoi  en  effet  ce  Signe  prétendu  ne 
fe  manifefte-t-il  jamais  comme  les  Trois  autres  , 
de  façon  que  le  Malade  puiiTe  fentir  où  il  paraî- 
tra ,  ou  la  grandeur  &:  l'étendue  qu'il  pourra  avoir? 
car  il  occupe  toujours  plus  de  furface  du  corps  que 
les  Trois  autres.  Pourquoi ,  d'ailleurs  ,  ne  voit-on 
jamais  ce  Signe  au  commencement  de  la  Maladie , 


{yv)  Voyez  ci-deiTus  pag.  14X3  cocs- //, 


-w 


Seconde  Partie,  Ï45 

&■  (2.\u  les  autres  Signes  externes  ,  tels  que  les  Char*- 
ions  de  les  Pétéchies  confiuentes  ?  Pourquoi,  enfin, 
paraît-il  toujours  aux  approches  de  la  mort ,  & 
même  après  la  mort  ?  Ce  dernier  événement  dé- 
montre ,  ce  me  femble  ,  complettement ,  que  les 
Vibices  ne  peuvent  être  admifes  au  rang  des  Signes 
externes  de  la  Pejle  ,  &  qu'à  plus  -  forte  raifon  , 
elles  ne  doivent  point  être  regardées  comme  un 
Signe  infaillible  &  caraâ:ériilique. 

On  demandera  pourquoi  elles  ne  fe  manifeftent 
d'ordinaire  qu'après  la  mort  ?  Pour  expliquer  ce 
Phénomène  ,  il  eft  bon  de  fe  rappeller  ,  que  le 
Venin  peftilentiel ,  après  avoir  diilous  la  Majje  des 
humeurs  ,  attaque  les  Solides  mêmes  ,  &  relâche 
leur  cohéiion  élémentaire.  Sous  ce  point  de  vue , 
ell-il  furprenant  qu'après  la  mort ,  les  parties  ramol- 
lies du  Cadavre,  fur  lefquelles  tout  (on  poids  agit , 
fe  trouvent  gorgées  de  Sang  ,  &  que  ce  Sang 
s'échappe  des  vaiiTeaux  dans  le  tifTu  cellulaire  ? 
Delà  les  Meurtrijfures  ,  qu'on  regarde  ,  très-mal  à 
propos  ,  comme  un  Signe  extraordin?-ire  &z  carac- 
tériftique  de  la  Maladie ^  dont  je  parle,  elles  ne  ca- 
raclérifent  jamais  plus  la  Pejie  ,  qu'une  foule  d'au- 
tres Maladies  putrides. 

Peut-être  dira- 1- on  que  les  Vibices  parailTent 
aulîi  fur  la  furface  du  corps  avant  l'époque  de  la 
mort  du  PeJIiferé  }  Il  eft  vrai  ;  mais  ne  peut -on 
pas  regarder  comme  déjà  privés  de  la  vie  ,  des  corps 
lans  mouvement  ,  lourds  Se  prefque  glacés  ?  Si 
donc  vous  voyez  paraître  ce  Signe  fur  un  corps  , 
dont  la  vie  n'eft  point  encore  éteinte ,  confidérez-le, 
moins  comme  un  Signe  de  la  Pefte  ,  que  de  la  mort 
même.  Lorfque  le  ramolliffement  extraordinaire  des 
Chairs,  &  la  dilTolution  totale  du  Sang  {q  mani- 
feftenr ,  leur^'préfence  lubite  au  plus- fort  de  la  Ma- 

K  iij 


150  Mémoire  fur  la  Pejîe  de  Mofcou  j 
ladie ,  conjointement  avec  les  autres  Signes  externes  5^ 
qui  les  devancent  toujours,  font  une  indication  de 
mort ,  Se  une  preuve  confîrmative  de  ce  que  j'avance. 
Je  n'adopterai  donc  déformais  d'autres  Signes  ex- 
ternes de  la  Pefte  ,  que  les  Bubons^  les  Charbons  ôc 
les  Pétéchies, 

§.     î  X. 

Pour  confirmer  que  les «Si^/z^j  externes  ne  doivent 
point  être  regardés  comme  Crife  de  la  Pefte ,  il  ne 
lera  pas  hors  de  propos  de  rapporter  ici  quelques 
Obfervations  qui  me  font  propres. 

I.  A  peine  fus-je  attaqué  de  la  Pejie  pour  la 
première  fois  ,  dans  l'Hôpital  du  Monaftere  Ougré-- 
Jchinsky  (  w  ) ,  que  ,  quelques  heures  après  les  pre- 
miers Symptômes  ,  tels  que  la  pefanteur  de  tête  , 
le  vomilfement ,  &cc.  une  douleur  fourde  fe  fit 
fentir  à  mon  Aine  droite  ,  &  devint  de  pliis  en 
plus  fenfible.  Ce  fut  la  que  mon  Bubon  fe  plaça, 
La  nuit  fuivante ,  cette  douleur  augmenta  confia 
dérabîement ,  &  mon  Bubon  s'éleva  davantage  : 
Bubon  qu'on  regarderait  à  tort  comme  un  Signe 
critique  j  mais  puifqu'il  marcha  de  pair  avec  les 
SymptômesiniQinQS ,  qu'il  avait fi-tôt  accompagnés  ^ 
comment  peut-on  le  regarder  comme  Crife  de  la 
Pefte  ?  d'autant  plus  que  ,  quoique  la  Maladie  ne 
fût  pas  mortelle,  il  ne  l'emporta  point.  Nouvelle 
preuve  en  faveur   de  mon  Syjiême. 

J'en  fus  infedbé  une  féconde  fois  j  je  relfentis  en 


(h»)  Voyez  dans  la  Première  Partie,  pag.  36,  note  q^ 
&  au  même  endroit  le  xxi'.  5  s  ^'nfi  que  dans  Ma  Letrre 
fur  les  Expériences  des  Friftions  Glaciales  pour  la  Guérifon 
de  la  Pefte  j  Uc.  pag.  ^  ,  note  i . 


Seconde  Partie.  i^t 

«onféquence  ,  les  mcmes  Symptômes  ,  Se  eus  le- 
même  Signe  externe ,  avec  cette  dilîérence ,  que 
j'éprouvai  de  la  douleur  dans  VAine  gauche  :  aullî 
fut-ce  là  que  ,  pour  cette  fois  ,  fe  plaça  mon  Bu^ 
bon  (  .V  ). 

Alalgré  ce  Signe  réitéré  ,  &  par-là  1  même  fauiîe- 
ment  appelle  Critique  ,  la  Pefte  m'alTaillit  une 
troijîeme  fois.  Alors  ,  dès  le  commencement  de 
l'attaque ,  en  me  mettant  au  lit ,  je  commençai 
à  éprouver  une  douleur  ,  non  locale  ,  comme 
dans  les  Deux  attaques  précédentes,  mais  répandue 
par-toute  la  Superficie  de  mon  corps ,  qui  devine 
alors  tout  couvert  de  Pétéchies.  Je  n'en  fus  point 
furpris  [y)-  Elle  n'était  pas  il  vive  ,  à  la  vérité  , 
que  lors  des  Bubons  ;  mais  elle  était  plus-générale  , 
^"  parce  que  je  la  reirentis  dès  le  commencement  de 
ma  Maladie  y  on  me  permettra  de  l'envifager  comme 
Signe  purement  fymptômatique. 

II.  l^ts  inèmes  Phénomènes  ,  que  je  viens  de 
décrire  ,  reparurent  dans  d'autres  Individus^  ôc  je 
vais  en  donner  la  Defcription. 

Dans  ce  même  Hôpital  du  Monaftere  Ougré^ 
fchinsky ,  où  j'étais  ,  vint  une  Femme  empeftée  , 
conduite  par  fa  propre  Fille  ,  pour  la  fervir.  Sa 
tendrelîe  filiale  n'eut  pas  lieu  d'être  fatisfaite  j  elle 
la  fervit  jufqu'à  fa  mort ,  qui  arriva  quelques  jours 
après.  Pour  garantir  la  jeune  Perfonne  de  la  Co/z- 
tag'ion  ,  je  lui  confeillai  de  fe  retirer  dans  mon 
appartement ,  où  je  la  croyais  plus  en  fureté.  Elle 


(x)  Voyez  le  xxi*.  §.  de  la  Première  Partie. 

(y)  Il  taut  favoir  que,  fi  j'ai  été  trois  fois  empesé  ^ 
c'eft  que  je  n'avais  çzs  furpajfé  touc-à-faic  la  Maladie,  ni' 
la  première  ,  ni  la  féconde  fois.  Voyez  dans  le  xxi'.  §.  de 
la  Première  Partie ,  note  t. 

Kiv 


i  5  i  Mémoire  fur  la  Pefic  de  Mo/cou  j 
fe  rendit  à  mes  infrances ,  &  changea  de  tous  les 
Habits  j  dans  lefquels  elle  avait  fervi  fa  pauvre 
Mère.  Malgré  ces  Précautions ,  la  néceflité  de  rece- 
voir  chaque  jour  ,  fa  nourriture  &  la  mienne  ,  des 
mains  qui  affiftaient  les  Pejiiférés  ,  les  entretiens 
qu'elle  fot  obligée  d'avoir  avec  des  Femmes  ,  qui 
confervaient. encore  des  Plaies  fuite  de  leurs  Signes 
externes  de  la  Pefte  ,  tout  cela  l'expofa  au  danger  , 
&  elle  fut  infeétée  ,  après  dix  ou  dou':(e  jours  de 
foins  inutiles.  La  Maladie  commença  à  fe  déclarer 
par  une  triftefTe  profonde ,  &  une  inquiétude  invo- 
lontaire. Souvent  elle  verfait-  des  pleurs  ,  fans  rai- 
fon  légitime.  Ces  préliminaires  annonçaient  des 
fuites.  Un  matin,  j'entendis  dans  fa  Chambre  des 
gémifTemens  &  des  cris  plaintifs  j  j'y  courus  ,  6c 
en  y  entrant ,  je  la  trouvai  étendue  dans  fon  lit ,  le 
vifage  pâle  ,  ôc  les  yeux  baignés  de  larmes  :  elle 
vomifTait  &  fe  plaignait.  Je  l'interrogeai  fur  les 
Symptômes  qu'elle  éprouvait  j  elle  me  répondit 
qu'elle  relTentait  à  la  tête  ,  une  pefanteur  &  une 
douleur  mortelle  ;  que  tout  (on  corps  était  accablé 
d'une  taibleife  extrême,  &c.  Je  voulus  encore  favoir 
fi  quelque  douleur  locale  ne  fe  faifait  point  fentir 
dans  quelqu'autre  région  j  elle"  m'avoua  alors 
qu'elle  'avait  VAine  droite  très-douloureufe  (  :{  )  : 
je  la  viiîtai  donc  ,  &:  y  découvris,  en  effet,  une 
petite  élévation  èz  une  inflammation  légère  ,  en 
forte  que  le  Bubon  commençait  déjà  à  fe  former. 

La  veille  ,  cette  Fille  avait  dormi  aflez  tranquil- 
lement au  commencem.ent  de  la  nuit  :  ce  ne  fut 
que  vers  les  cinq  heures  du  matin  que  les  premiers 
Symptômes  s'annoncèrent,  &  les  Signes  externes 


il)  Voyez  ci'defîas  pag.  135». 


Seconde  Partis,  1 5  j 

fe  maniferterent  en  mcme  temps.  Preuve  faus 
réplique  ,  de  ce  que  j'ai  déjà  tant  de  fois  avancé  > 
iur  la  nature  de  leur  caractère,  qu'on  ne  doit  point 
les  ret^arder  comme  Signes  critiques  de  la  Pejle , 
mais  comme  Signes  fymptomatiques. 

Ce  fut  fur  cette  Filk  ,  pour  le  dire  en  palTant , 
que  je  tentai ,  pour  la  première  fois  ,  les  Expé- 
riences des  Frictions  Glaciales  ((2  ),. indiquées  par 
S.  Al.  I.  Notre  Augufte  Souveraine  Catherine-. 
la-Grande  ,  avec  ordre  de  les  pratiquer  dans  les 
Hôpitaux  ,  pour  la  guérifon  des  Peftiférés.  Ces 
Expériences  m.e  réuilirent  au  point  de  fauver  la  vie 
à  la  Malade  ,  quoiqu'elle  fût  des  plus  vivement 
attaquée  [b). 

.  III.  Je  palFai  enfuite  à  l'Hôpital  du  Monafcere 
Danylowsky  (c)  \  l'Officier  ,  qui  y  était  de  garde , 
fon  Père  ,  Capitaine  au  même  Régiment ,  &c  Moi , 
conversâmes  fort  gaiement  jufqu'à  on'^e  heures  du 
foir  :  ils  fe  retirèrent ,  fouperent  &  fe  couchèrent 
fort  fains.  A  trois  heures  du  matin ,  le  jeune 
homme  avait  déjà  des  attaques  de  la  Maladie,  Le 
Père  ,  au  défefpoir  ,  vint  me  chercher  :  j'y  courus 
à  l'inftant ,  &  reconnus  bientôt ,  aux  Symptômes 
qu'éprouvait  le  Fils  ,  les  vrais  cara6teres  de  laP^e; 
je  lui  demandai  s'il  ne  relTentait  point,  en  quel- 
qu'endroit  ,  une  douleur  piquante ,  il  m.e  répondit 


(j)  Autipefîilentiale  Catharin^  II.  Voyez  dans  le 
xiii*.  §,  de  cette  méiiie  Partie  ,  note  g. 

(.')  Voyez ci-oefTous  la  i'".  Obfervation  des  Expériencis 
des  Frictions  Glaciales  ;  ainfî  que  dans  3fa  Lettre  fur  ces 
mêmes  Expériences,  imprimée  à  Strafbourg  ,  pag.  i^. 

(c)  Voyez  dans  le  xxvi^.  §.  de  la  Première  Partie, 
pag.  91  &  5i,  notes  c  Se  d,  ainlî  que  dans  le  xxx\  §.  du 
même  endroit,  pag.  m  &  112, 


1)4  Mémoire  fur  la  Pejîe  de  Mo/cou  j 
d'abcrd  négativement ,  mais  eafuite  ,  il  me  dit , 
que  la  Région  lombaire  gauche  était  douloureufe  (t/)  j 
je  l'eus  à  peine  découverte  ,  que  j'apperçus  les  tra- 
ces d'un  Charbon  ,  qui  commençait  à  fe  former  : 
la  Pujlule  qui  l'annonçait ,  formait  une  élévation  de 
la  grandeur  d'une  tête  à' Epingle  ^  à  dix  heures  du 
matin  ,  M.  Gravé ,  Chirurgien-Major  ,  vient  voir 
ïes  Malades  ,  fur  lefquels  il  fiifait  alors  des  Expé- 
riences avec  les  Cantharides  ,  fur  les  uns  ,  &  avec 
les  Oignons  cuits  fous  la  cendre  ,  fur  les  autres  (e). 
Je  lui  racontai  le  fait ,  &  nous  vifitâmes  enfemble 
la  Pufiule ,  qui  excédait  déjà  la  largeur  d'un  Louis 
d'or  ,  ou  d'une  Impériale  (/),  Elle  n'était  cepen- 
dant point  encore  rompue  ^  nous  en  fîmes  à  l'inf- 
tant  l'ouverture  ,  &  nous  ordonnâmes  au  Sous- 
Chirurgien  j  Eafile  Trochimowsky,  d'appliquer  l'Em- 
plâtre des  Cantharides.  En  levant  l'Appareil  le  foir, 
nous  trouvâmes  le  Charbon  auîjmenté  du  double. 
Le  lendemain  V Emplâtre  commençait  à  opérer ,  & 
Iq^  Signes  de  la  Séparation  du  Charbon  d'avec  les 
chairs  vives  ,  parurent.  Nous  continuâmes  l'ufage 
àes  Remèdes  internes  &  externes  ,  &  le  Malade 
fe  rétablit  parfaitement. 

J'omets  plulieurs  autres  Obfervations  ,  que  j'ai 
faites  fur  les  Pejliférés ,  qui  ont  été  attaqués  par 
la  Pejle  ,  en  ma  préfence  ,  telles  que  fur  les  Sous- 
Chirurgiens ,  qui  étaient  avec  moi  dans  les  Hôpitaux 


(à)  Voyez  ci-defTus  pag.  151   &  143  ,  note  o, 
{ e  )  Voyez  le  Mémoire  ou  la  Description  de  la  Pei^e , 
qui  a  régné  dans  l'Empiie  de  Ruffie,  &  fur-couc  à  Mofcoii , 
&c.  pag.  584 ,  ainiî  que  dans  le  xxvii'.  §.  de  la  Première 
Partie ,  note  o, 

{/)  Monnoie  d'or  de  VEm^hc  de  RufÏÏeî.  ' 


Seconde  Partie,  155 

pelViférés  (^),  oC  fur  Ceux  qui  fervaîent  les  Ma- 
lades ,  me  bornant  à  la  Condufion ,  fans  réplique , 
qu'elles  fourniiîènn,  en  faveur  de  mon  SyjUme'^ 
êc  certes  ,  les  Bubons^  les  Charbons  Se  les  PctechieS 
qui  s'annoncent  fur  chaque  Individu  ,  Ahs  le  com-r 
mencement  de  la  Maladie  ,  ne  peuvent  être  confi- 
dérés ,  avec  raifon  ,  comme  des  Signes  critiques 
de  la  Pefte  ;  ils  font  plutôt  des  Signes  fymptô  - 
matiques,  qui  juftement  la  caraétérifent ,  &  la  dif- 
tinguent  de  plulieurs  autres  Maladies  putrides, 

§.     X. 

Palfons  au  Pouls.  On  prétend  que  ,  chez  les 
PeJIijerés  ,  on  peut  le  tâter  avec  des  Gants  ,  ou 
en  mettant  une  feuille  de  Tabac  fur  l'avant-bras 
du  Malade  j  je  ne  fais  fi,  par  ce  moyen ,  il  eft 
poiîible  de  parvenir  à  une  parfaite  exploration  du 
Pouls  •  pour  moi ,  je  n'ai  jamais  fait  ufage  ni  de 
Gants  j  ni  de  feuilles  de  Tabac  ,  tout  le  tem.ps 
que  j'ai  pafTé  dans  les  Hôpitaux  peftiiérés  j  j'ai 
toujours  tâté  l'artère  du  Pouls  à  nud  ,  &  d'après 
mes  fréquentes  Obfervations  ,  j'ai  conclu  que ,  chez 
les  Perfonnes  attaquées  de  la  Peîle ,  la  différence 
du  Pouls  ne  doit  fe  tirer  que  des  Symptômes  inter- 
nes ,  &  non  des  Signes  externes ,  pu  de  quelques 
autres  circonftances  de  la  Maladie. 

L'on  remarque  d'abord,  dans  chaque  Peftifé-- 
ré  ,  un  Pouls  inégal  ,  &  qui  ,  quoiqu'en  difent 
quelques  Praticiens  j  n'obferve  aucun  Rithme 
conftant ,  comme  dans  les  Fièvres  aiguës  ou  autres 


{g)  Voyez  ci-cicfTus  dans  la  Première  Partie,  pag.  35 
40,         ■ 


15^  Mémoire  fur  la  'Peflc  de  Mofcou  j 
Maladies  du  même  genre.  Cette  inégalité  ii  reniar^ 
quable  dans  une  Maladie  feule  &  unique  ,  provient 
du  progrès  de  la  Dijjolutïon  du  Sang ,  qui  différen- 
cie les  Symptômes  internes,  qui  l'accompagnent  ^ 
plus  ou  moins  vite ,  fuivant  les  Tempéramens. 

Qu'une  Perfonne  d'un  tempérament  vigoureux  ," 
&  d'une  conftitution  feche  ,  foit  infedtée  de  la 
Pejle ,  elle  éprouve  d'abord  une  douleur  de  tête 
aiguc ,  accompagnée  d'une  grande  pefanteur  ;  il 
les  naufées  &  le  vomiffement  font  de  la  partie ,  fi 
îe  délire  s'y  joint ,  ôcc.  alors  elle  aura  le  Pouls  plein  , 
dur ,  élevé ,  fort  &  fréquent  j  mais  dès  que  ces 
Symptômes  ceflent  totalement ,  foit  tout  de  fuite, 
foit  au  bout  de  deux  ou  trois  jours  ,  alors  le  Pouls 
devient  mol ,  faible  ,  inégal ,  &  même  difparaît 
fous  la  PrejpLon  du  doi^t. 

L'on  voit  à-peu-près  la  même  Variation  chez  les 
Perfonnes  d'un  tempérament  faible  &  d'une  texture 
flafque  &  délicate.  Au  commencement  de  l'attaque 
de  la  Maladie ,  les  Symptômes ,  quoique  moins 
graves  ,  fe  foutiennent  avec  le  Pouls  j  mais  dès 
qu'ils  bailTent  ,  &  que  la  Majje  du  Sang  eft  tombée 
dans  une  Dijfolution  prefque  totale  ,  alors  on  le 
trouve  faible  ,  petit ,  inégal ,  tantôt  fréquent ,  & 
tantôt  s'évanouiflant  fous  le  ta6t. 

Aullî ,  après  avoir  vu  plulieurs  Pcjliférés ,  &c 
s'être  fiit  rendre  compte  de  la  marche  des  Symptô- 
mes qu  ils  ont  eus  ,  il  n'eft  pas  difficile  de  décider 
chaque  fois  ,  en  quel  état  eft  leur  Pouls  ,  indé- 
pendamiment  des  Signes  externes  j  il  eft  même 
prefqu'inutiîe  de  le  tarer  ,  tant  cette  Règle  eft 
infaillible.  Lorfqu'en  le  tâtanr ,  on  le  rencontre  à 
peine  ,  Se  qu'il  échappe  enfuite  long-temps  au  tou- 
cher ,  le  Pronojlic  eft  clair  ,  c'eft  la  Mort  qui 
approche. 


Seconde  Partie^  i.57, 

§.     X  I. 

Les  mêmes  Symptômes  ,  qui  indiquent  Vêtu  du 
Pouls  ,  doivent  également  diriger  la  Cure  ,  donc 
le  grand  point  coniiite  â  remédier  à  la  Putridïté  qui 
infecte  les  hameiirs ,  fans  oublier  cependant  d'avoir 
■égard  aux  Signes  externes ,  puifqu'ils  exigent  aulîî 
^es  Moyens  curatifs. 

-  Mais  avant  de  paiTer  à  aucun  Détail  re\ui£  a.  cet 
objet ,  on  demande  ii ,  en  ouvrant  les  Cadavres  des 
PeiHférés ,  on  peut  faire  quelque  découverte  fur 
la  Nature  de  cette  cruelle  Maladie  ?  Cette  Ouverture 
me  paraît  allez  inutile,  &■  j'avoue  ne  l'avoir  jamais 
pratiqué.  Je  crois  même  que  la  feule  obfervation 
des  Symptômes  internes  ,  qui  affligent  les  f^iclimes 
de  la  Pelle  ,  comme  aulîi  des  Signes  externes  ,  qui 
fe  manifeftent  devant  &z  après  la  mort ,  eft  une 
preuve  allez  concluante  ^  que  cette  Maladie  elt 
de  la  nature  des  Putrides.  Je  ne  doute  pas  qu'en 
ouvrant  de  pareils  Cadavres  ,  on  n'y  trouve  qu'un. 
Sang  diifous  ,  aqueux  ,  femblable  à  de  la  lavure 
de  chair ,  extravafé  ça  &:  là  ,  dans  des  chairs  mol- 
lalTes  5  &  qui  ont  à  peine  de  la  cohérence  j  & 
comment  pourrait-on  en  attendre  d'autre,  dans  des 
fibres  arrofées  d'humeurs ,  qui  onz  perdu  leur  vertu 
plaftique  ,  &  qui  font  incoagulables  ? 

Cette  D'iffolution  fe  manifefte  déjà  dans  les  Pefti- 

.  férés  ,  lors  de  la  Saignée  j  car  le  Sang  qui  fort  de 
leurs  veines  eft  aqueux  ,  d'un  rouge-pâle  ,  &  ne 
fe  coagule  point.  Qu'eft-il  befoin,  aorès  cette  exoé- 
rience,  de  chercher  dans  ï Ouverture  des  cadavres, 
d'autres  découvertes  relatives  à  la  léthalité  de  ce 

-redoutable  fléau?  Ne  vaudrait  -  il  pas  mieux  envi- 
sager ,  tout  de  fuite  ,  la  Pejle^  fous  les  caractères 


ï  5  S  Mémoire  fur  la  Pcfic  de  Mofcou  j 
quelle  préfente  ,  c'eft-à-dire,  comme  une  Maladie 
toiit-à-fait  putride  ,  de  qui  corrompt  promptement 
la  Majfe  des  humeurs  ?  Ce  point  de  vue  ,  en  excitant 
à  la  recherche  des  Moyens  les  plus  propres  à  détruire 
cette  Cortupdon  ,  ferait ,  peut-être ,  parvenir  à  11 
Découverte  de  ceux  qui  font  les  plus  sûrs  pour  guérir 
\zPeJle. 

§.     X  I  I. 

Jufqu'à  préfent ,  nous  n'avons  ni  Obfervations 
juftes  ,  ni  Expériences  certaines  ,  qui  puifTent  nous 
diriger  dans  la  Pratique  ,  lorfqu'il  s'agit  de  com- 
battre cette  cruelle  Maladie.  L'occafion  d'en  faire; 
paraiffait  bien  favorable  ,  lorfqu'elle  dévaftait 
Mofcou:  nous  étions  au  XVÎIF.  Siècle,  qui  eft 
celui  des  Sciences  &  des  Arts.  La  Médecine  d'au- 
jourd'hui l'emporte  de  beaucoup  fur  celle  des  Siècles 
précédents.  Les  Médecins  de  Mofcou  ^  &  ceux  de 
tout  l'Empire  de  RuiÏÏe-,  auraient  pu  raffembler 
leurs  lumières ,  &  combiner  leur  pratique  ,  afin 
de  l'attaquer  avec  avantage  ;  ils  auraient  pu ,  eri 
donnant  une  Defcription  exadle  de  fes  Symptômes 
internes  ,  &  de  its  Signes  externes ,  aux  Médecins 
éclairés  de  l'Europe  ,  les  confulter  fur  la  Marche 
qu'ils  devraient  tenir,  ainfi  que  les  Ohfefvateurs y 
dans  leurs  expériences  fur  les  vivants ,  comme  fur 
les  cadavres  ,  &  les  Praticiens  ,  qui  fe  dévouaient  à 
la  guérifon  de  leurs  femblables  ,  &  les  Infirmiers 
qui  leur  prodiguaient  les  fecours  les  plus  hardis. 

L'on  fent  l'avantage  qu'eût  procuré  une  pareille 
conduite.  Si  une  perfonne  de  l'Art  qui ,  de  prime 
abord  ,  entreprend  de  guérir  une  Maladie  qu'il  n'a 
jamais  vue  ni  obfervée ,  eft  privé  àQ.s,  lumières  des 
Médecins  habiles,  il  rifque  toujours  de  s'égarer  dans 
la  pratique  j  &  quand  même  il  réufïirait  quelque- 


Seconde  Partie.  159 

fois ,  il  fait  à  peine ,  s'il  en  a  obligation  a  fon  génie 
ou  à  la  Nature. 

Pénétré  de  ces  Reflexions ,  je  fus  à  peine  entré 
dans  l'Hôpital  du  Monafcere  Ougréfchinsky  ,  que 
je  réfolus  de  communiquer  mes  premières  Objer^ 
vadons  fur  les  Peftiférés  ,  aux  Médecins  du  Con- 
feii  {h)  y  pour  leur  demander  des  Injlruciions  fur 
la  route  que  j'avais  à  tenir ,  foit  par  rapport  à  la 
guérifon  des  Malades  ,  foit  relativement  aux  Expé- 
riences,ç^wq  je  pourrais  faire  &  fur  les  vivants  &  fur  les 
morts.  Au  défaut  d'une  Réponfe  importante  que 
je  follicitais  avec  ardeur  ,  je  me  vis  borné  à  mes 
propres  lumières;  comme  le  bonheur  a  voulu  qu'elles 
ne  m'ayent  point  égaré  dans  une  route  aulîi  nou- 
velle ,  je  dois  compte  au  Public  d'une  Méthode. 
qui  a  eu  allez  de  fuccès ,  de  je  vais  la  décrire. 

Dès  qu'il  fe  préfentait  à  mon  Hôpital ,  un  Ma." 
îade,  qui  avait  des  vomifTemens,  fur-tout,  fi  la  Malw 
die  fe  déclarait  après  le  repas  ,  je  donnais  aufli-tôt 
VEmétique  (  i  )  ,  compofé  d'une  mixtion  de  xiv 
grains  d'Ipécacuanha  en  poudre  ,  de  ij  grains  de 
Tartre  d'Emétique  ,  &  de  viij  grains  de  Crème  de 
Tartre  ,  le  tout  pour  une  Dofe  ,  en  lui  faifant  boire 


(A)  Voyez  C.  de  Mertens  ,  Obfervac.  Medic.  de  Febr. 
Putrid.  de  Pefte ,  &c.  pag.  70  ,  7 1  ,  71  &  78. 

(i;   ^.  Piilv.  Rad.  Ipecacuanh.  gr.  xiv. 

Tartar.  Emetic.  gr.  î;\ 

Cremoris  Tartari.  gr.  viij 

M-  D.  S,  Cap.  pro  dolî  fuperbibendo  aqua  hordei.  veU 
aq.  (împl.  vel. 

II.  Çi.  Puiv.  Rad.  Ipecacuanh.  gr.  xij, 

Rhei.  gr.  iv. 

Ciemoiis  Tartari.  gr.  i. 

M.  D.  S.  Cap.  pro  dofi  fuperbibendo  aq.  Hordei  ycl.  aq, 

fifEpI. 


1  6q  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mo/cou  j 
par  deifus  de  l'eau  d'orge ,  ou  limpie.  Pour  celui 
qui  était  d'une  conftitution  plus-délicate  ,  &:c.  je 
lui  faifais  prendre  cette  Dofe  compofée  d'une 
mixtion  de  xij  grains  d'Ipécacuanha  en  poudre  , 
de  iv  grains  de  Rhubarbe  en  poudre  ,  &  de  x  grains 
de  Crème  de  Tartre,  le  tout  pour  une Z^o/è ,  comme 
ci-delTas  j  ôc  û  le  Malade  n'avait  pas  alTez  vomi  j 
je  répétais  la  Dofe  vers  le  foir ,  ou  le  lendemain 
matin.  Dès  que  j'étais  fatisfait  fur  ce  point,  je  cher- 
chais tous  les  Moyens  de  lui  procurer  une  légère 
Tranfpiration  ,  &  s'il  était  pollible ,  la  Sueur  même  j 
mon  intention  était  toujours  de  combattre  la  féche- 
refTe  incroyable,  &  la  chaleur  brûlante,  que  j'ai 
obfervée  à  la  Peau  ^  prefque  fur"  chaque  Pefiféré. 
C'eft  pour  la  même  raifon  que  ,  clans  ces  circonf- 
tances ,  j'ordonnais  à  toute  l'habitude  du  corps , 
■d-Qs  Lotions  d'eau  tiède  ,  un  peu  acidulée  de  vinai- 
gre,  &  je  réitérais  cette  Opération  jufqu'à  ce  qu'il 
parût  que  la  Peau^Q  ramollît  un  peu.  Déplus, 
je  donnais  en  même  temps  un  léger  Sudorifique  {k)  ^ 
compofé  de  Sauge ,  de  Chardon-Béni ,  &  de  Scor- 
dium  5  j'ajoutais  chaque  £ois  z  cette  Infufion  ,  quel- 
ques gouttes  êéEfpzit  de  Nitre  dulcijié[  l)  j  quel- 
quefois je  fubftituais  à  cette  Infufon ,  une  autre 
fimplement  de  Fleurs  de  Camomille  {m) ,  avec  le 
même  Efprit  ,  à  defTein  de  provoquer  la  Tranfpi- 
ration ,  ou.  la  Sueur  même.  Pour  la  nuit,  je  lui 


,._  {k)  Çi.  SalviïE. 

Caidui  benedidt. 

Scordii   à  partes  ajqual.  infuiidatur  ad  inftar  thea: 
pio  ufii. 

[L]  Spirir,  Nitri  dulcis ,   vel.  Liquor.   Anodin.  Minerai, 
HoFFMANi.  doiîs  idonea. 

{m)  Fior.  Chamccmçl.  «fus  ad  inftar  the«. 

faifais 


seconde  Parcie.  iGt 

faifais  prendre  quarante  gouttes  mixtur.Jîmpl.  (/z)  , 
&:  chaque  fois,  s'il  fe  manifeftait  quelque  Sign^ 
d'une  Sueur  légère  ,  c'était  un  heureux  Pronojlïc, 

Comme  les  Pcjiiférds  éprouvent ,  prefque  tous  ,' 
des  tcUrons  par-tout  le  corps  ,  une  pefanteur  ,  &: 
une  douleur  de  tête  infupportable ,  des  vertiges ,  &cJ 
pour  remédier  à  ces  graves  Symptômes  ,  entr'autres 
Midkamens  internes ,  j'appliquais  chaque  fois  ,  fut 
le  front  ,  un  Epïthême  (  o  )  ,  qui  eft  d'un  linge 
trempé  de  vinaigre  de  Rhue  ,  ou  de  vinaigre  de 
Vin ,  ou  d'une  mixtion  de  iij  onces  de  vinaigre  de 
Roies  rouges  ,  &  d'autant  d'eau  diflillée  de  Fleurs 
de  Rofes  j  aux  Poignets ,  des  Epicarpes  [p  )  ,  coni-' 
pofés  de  iij  onces  de  Vieux  Levain  ,  ou  autant  de 
Pain  noir  ,  &z  j  once  de  Tendron  de  Rhue  broyée  j' 
on  mêle  le. tout  enfemble  ,  pour  en  former,  felort 
l'Art ,  les  Epicarpes  ,  qu'on  applique  entre  deux 
linges ,  ou  en  les  étendant  fur  les  linges ,  aux  Poignets  j 
<Sc  fous  la  Plante  des  Pieds  ,  des  Epïfpajlïques  [q)  ^ 


(n)  Mixtur.  Simplîc.  ^ut:.  40  ,  pio  dofî  in  vehiculo  aq. 
£mplic.  vel  the« ,  vel  infufionis. 
(^o)  Acetum  Rutiç. 
%'el  Acecum  vini. 

iinteo  excepcum  fronti  imponitur ,  vei 
Ci.  Acec.  Rofar.  Rubrar. 
aq.  Fior.  Rofar,  à  une.  iij. 
M.  D.  inoretur  linteum  hoc  liquoie  Se  fronti  applicetur. 
(p)  ^.  Fennen:.  Panis.  une.  iif. 

vel  Panis  nigri.  Q.  S. 

Rutaz  reccn:.  conçus.  une,  j. 

Uc  F.  S.  Arcem  EpiiAëma ,  quod  linteis  exceptum  Epir 
carpiis  applicetur. 

(  ^  )  Ri.  Ferment.  Panis.  une.  ïv. 

Rura:  récent,  contus.  une.  ii). 

Aceti  Rutae.  vel  vini,  Q.  S. 

Ut  contundendo  F.  L.  Artis  Epifpajiicum ,  quod  linteis 

cxceptmn  PUntU  Pedum  applicetur. 

L 


1 6i  Mémoire  fur  la  Pcftc  de  MofcoK  j, 
coiïipofés  de  iv  onces  de  Vieux  Levain  ,  de  iij  onceà 
de  Tendron  de  Rhiie  broyée  ,  &  d'autant  qu'il 
faut  de  vinaigre  de  Rhuê ,  ou  de  Vin.  On  mêle 
le  tout  enfemble  ,  pour  en  former ,  félon  l'Art , 
les  Epifpajllques  ,  qu'on  applique  entrfe  deux  linges. 
J'en  continuais  chaque  fois  i'ufage  jufqa'à  la  Dimi- 
nution de  l'intenfité  des  Symptômes. 

Ces  Symptômes  ,  ainfi  que  je  l'ai  dit  plus- haut, 
ibnt  toujours  accompagnés  de  Bubons  ou  de  Char- 
bons ,  ou  Pétéchies.  Dans  le  premier  cas ,  j'appli- 
quais un  Catdplâme  maturatif  (  r  )  ,  compofé  de 
Mie  de  Pain  ,  de  Lait  de  Vache ,  récemment  tiré  , 
de  Savon  de  Venife,  <Sc  de  Safran  pulvérifé,  de 
chaque ,  une  quantité  convenable  ,  pour  en  jformer, 
fuivant  les  Régies  de  l'Art ,  un  Cataplâme  j  qu'on 
doit  appliquer  chaudement  ,  enfermée  entre  deu^^ 
linges  clairs.  Pour  plulieurs  autres  Perfonnes  ,  j'em- 
ployais un  compofé  d'Efpeces  pour  le  Cataplâme, 
de  Lait  de  Vache ,  récemment  tiré  ,  ôc  <i'0«guenc 
Bafilicum  ,  de  chaque  ,  une  quantité  conforme  j 
pour  en  former  ,  fuivant  l'Art ,  un  Cataplâme , 
qu'on  applique  comme  ci  -  delTus  ,  que  je  faifaLs 
renouveiler  pendant  le  jour,  autant  qu'il  était  poiïi- 
ble  j  lanuit,  j'yfubftituais  unEmplatre  maturatif(y^ , 


(r)  Ex  Mica  Panis. 

Ladle  récent. 

Sapon.  Venet.  & 

Croco  pulveiifat.  C.  Q.  itt  F.  L.  Artis  'Caeaplafmj, 
qu<yû  linreis  cxcepcum  caiidum  icerau<3o  vices  applicetur. 
vel  pro  bene  mulcis  alils  œgris  datam  hoc. 
Ex  Specie.  pro  Cataplafmat. 

Lafte  récent.  & 

Unguent.  Bafiiicon.  C  Q.  •ût  F.  L.  Artis  C^ra- 
pi^fma ,  ufus  uii  fupra. 

(/)  ^.  Emplaflr.  MeliJot.  Si-mpiic. 


Seconde  Partie.  iè^ 

compofé  d'Emplâtre  de  Mélilot  limple,  de  Diachyr^ 
lum  avec  les  Gpmmes,  ^  dç  Çiguc,  de  chaque^ 
une  parcie  égale.  On  mêle  le  tout  enfemble  ,  &  on 
en  fait  un  Emplâtre  ,  qu'on  éterjd  fur  un  Linge  ou 
une  Peau  blaiiçhe  ,  ,&  /e  Gpncinuais  tous  ces  Pan- 
fcmcus  jufqu'à  ce  que  le  Buhùn  fût  en  parfaite  ma-» 
ruricé.  Par  la  fuite  ,  je  nVi  pratiqué  ïlncïfion  qu'4 
ce  moment ,  <Sc  je  m'en  fuis  toujours  bien  trouve  (  r  )  j 
car ,  apcès  une  telle  inciiion  piaturée ,  il  ne  refte 
plus  qii'à  cont^nuÊf  le  Paiifement  de  la  Plaie  avec 
des  Remèdes  conformes  >  ^  ce ,  jufqu'à  ce  que  U 
Plaie  foir  tout-à-fait  cicatrifée.  Quand  je  voyais 
chez  les  Pejli^érés ,  depuis  le  premier  jour  de  leur 
Alaladie  ,  rjÉlévation  ôc  enfuite  la  Suppuration  du 
Bubon  ,  jointe  .en  même  temps  à  la  ceffation  di^ 
vomiirement ,  à  ja  dimiunxion  du  mal  de  tête  &  à 
ia  fueujt  ,  j'js^î  tirais  roiijpurs  la  plus  -  favorable 
augure. 

Si ,  au  lieu  da  Buhons,  le  Malade  avait  Aqs  Char^ 
bons  ,  après  avoir  fait  précéder  tous  les  autres  Re- 
mèdes,  j'y  appliquais  rO/z^i:^ff2f  que  j'avais  préparé 
pour  ce  Sujet.  Qqz  Onguent  [u)  était  compofé  d'On-^ 
guent  Digeftif,  plus-fort  qu'à  l'ordinaire  &  plus- 
décerfif ,  de  Teinture  de  Myrrhe  &  d'Aloës  ,  d'Ef- 


Diachyl.  cum  Gummat, 
De  Cicura  à  parc,  œqual. 
M.  extendatur  fuper  liaceum ,  vel  alutam  &  applicecun 
(r)  Voyez  ci-deffous  dans  la  i"°.  Obfervation  des  Ex' 
périences  des  Fridions  Glaciaies  ,  le  15*.  jouti 
(«)  Ci.  Unguenc.Digeft.  fort. 
Tinclur.  Myrrh. 

Aloës. 
Spirit.  Sal.  Ammoniac. 
Sai.  Ammoniac,  à  Part,  epnvenienî» 
%\.  ut  F,  Ungueniumt 

Lij 


1^4  Mémoire  fur  la  Pejlc  de  Mofcou  ^. 
prit  de  Sel  Ammoniac  ,  &  du  Sel  mème^  de  chaque 
une  partie  convenable  j  on  mêle  le  tout  enfemble, 
&  en  le  faifant  étendre  fur  des  Plumajfeaux  ,  j'y 
ajoutais  encore  un  peu  de  Sel  &  d'Efprit  de  Sel 
Ammoniac  ,  avant  de  l'appliquer  fur  le  Charbon.  Je 
couvrais  chaque  fois  cet  Appareil  avec  l'Emplâtre 
de  Diachylum  avec  les  Gommes  (v  )  ,  étendu  fur 
un  Linge  ou  une  Peau  blanche.  Je  mettais  au-defTus 
de  tout  cela  un  Cataplâme  antifeptique  (w),  com- 
pofé  de  Plante  de  Menthe  ,  de  Feuilles  de  Rhue  & 
û'Abfinthe  ,  de  chaque ,  une  Poignée  ,  avec  une 
demi-once  de  Baies  de  Laurier  pilées ,  qu'on  fait 
cuire  dans  une  fuffifante  Quantité  de  vinaigre  & 
d'eau  fimole  ,  jufqu'à  une  bonne  confiilance  de 
Cataplâme  ,  auquel  on  ajoute  encore  iij  gros  de 
Sel  Ammoniac  ,  dont  on  fait ,  fuivant  l'Art  ,  un 
Cataplâme  ,  qu'on  applique  chaudement ,  enferme 


(v)  Emplaftr.  Diachyl,  cum  Gummat.  S.  Q.  • 

Extendendo  in  linteum ,  vel  alucam  applicecur  infuper. 
(n-)   Pz.  Heib.  Mench. 
Folior.  Rutse. 

AbfuKh.  à  manip.  j, 

Bâccar.  Laur.  contufar.  une.  B. 

•    Coque  in  S.  Q.  Aceti   &  Aq.  fimplic.  ad  confiftenciam 
Cataplafmatis  :  pofteâ  adde. 

Sal.  Ammoniac.  dr.  iij. 

M.  ut  F.  L.  Arcis  Cafapiafma ,  quod  lintels  excepcum 
jrroretuv  infuper  Aceu  Ruio' ,  8c  calidum  per  vices  appli- 
cetur  ,  vel 

Pio  bene  multis  aliis  fubjetis  dabani  hoc. 
Ex  Pane  Nigro. 
Aceto  ,  & 

Sale  Ammoniac,  vel  commun.  C.  Q. 
Ut  F.  L.   Artis    Cûtiipicijma  ,    ufus   eodem,  h.  e.  lintfis 
cxceptum  inoretuc  infuper  Aeet,  Kincs  ^  &  calidum  icera.nda 
vices  appjicsîiir. 


Seconde  Partie,  i6^ 

fntre  Deux  Ihif^es  clairs,  après  avoir  arrofc  de  vinai- 
gre de  Rhue.  Pour  plufîeurs  autres  Perfonnes,  j'em- 
ployais un  compofé  de  Pain  noir ,  de  vinaigre 
de  Rhue  ,  ou  ordinaire,  ^  de  Sel  Ammoniac  ,  ou 
ne  Sel  commun ,  de  chaque  ,  une  Quantiu  con- 
forme ,  pour  en  former  ,  félon  l'Art  ,  un  Cata^ 
plume,  qu'on  applique  comme  ci-delfus.  J'appli-v 
quais  aulîî  fur  les  Charbons  ,  avec  beaucoup  dé 
fuccès  ,  quelqu'Jïz/i/t;  âcre(  x  ) ,  comme  de  l'huile 
diftillée  de  Clous  de  Girofles ,  de  Canelle  ,  de  Car- 
damome ,  du  Beaume  de  la  Mecque,  &cc.  &  je  ne 
l'appliquais  que  fur  les  Bords  des  Charbons  ,  en 
imbibant  les  Plumajjeaux  ,  au  -  deflus  de  quoi  je 
mettais  fimplement  un  Appareil  d'Onguent  digef- 
tif ,  (5c  le  couvrais  avec  l'Emplâtre  ;  le  refte  comme 
ci-deifus.  Je  ne  celTais  le  Panfement  deux  fois  par 
jour ,  qu'à  la  Séparation  totale  des  chair?  mortes 
d'avec  les  vives  (j);  car,  en  ce  cas ,  il  ne  refte 
plus -rien  à  faire  pour  chaque  Fcfiiféré,  que  de 
cicatrifer  les  Plaies.  De  manière  que  ,  j'avais  tout- 
à-fait  retranché  de  ma  Pratique   les  Scarifications 


(x)  Ol.  deftillat.  Caryopliyl.  Cinamom.  CorJamom. 
Balfam.  de  Mecca  ,  &c.  ope  Plumaceolis  excipieado  iiiai- 
ginibus  C.irbunculi   applicetur. 

{y)  Toute  //i///c?  diftillée  acre  ainfi  applique'e  ,  aide 
beaucoup  à  Xz^S épuration  des  chairs  moite?  d'avec  les  vives; 
mais  il  faut  obferver  que  ,  fî  le  Charbon  ell  d'une  très- 
grande  étendue,  ce  qui  arrive  très  -  fréquemment ,  qu'on 
applique  les  Plumaffeaux  fimplement  fur  les  bords  du  Char- 
hoii  ,  loit  avec  l'Onguent  ci-delTus ,  foit  imbibés  d'huile,  & 
non  fur  le  milieu  ,  puifque  le  milieu  de  ces  fortes  de  Char*^ 
tons  ,  eft  ordinairement  lî  dur  ,  que  ,  quand  on  y  appli- 
querait un  fer  rouge  ,  le  Malade  ne  le  fentirait  que  long- 
temps après,  fur-tout  de  ceux  qui  font  très -profondément 
infères  dans  la  chair, 

L  iij 


'ï  èâ  Mémoire  fur  la  Pejîe  de  Mofcou  j 
de  Charbons  (  ^  ).  Dès  que  cette  Séparation  com-a 
tnençait  à  s'annoncer  ,  au  bout  de  Deux  ou  Trois 
Jours  après  V Application  de  mon  Onguent ,  &c, 
je  commençais-  à  efpérer  que  la  nature  furmoilterait 
la  Maladie. 

Si  je  voyais  un  Malade  qui  eût  par-toitt  le  corps 
grand  nombre  de  Pétéckies  cbnfluentes,  qui  chaque 
fois  produifent ,  en  peu  dé  tetiips ,  plufiléiirs  Char- 
bons^ pour  travailler  j  en  ce  ca$  ,  à  la  CerYeoihoh  du 
fang  dégénéré  par  la  putridité ,  &:  pour  éiiipècher 
les  Pétéchies  de  confluer  davantage  ,  apfèà  iVoif 
ïûliQpanfement  à\x  Charhôn^  j*enveioppâis  mou 
Malade  ,  tout  riù  ,  dans  un  Drap  bieîi  trempé  de 
vinaigre ,  &  je  trontinuai's  de  1  envelopper  ainii , 
jufqu'à  ce -que  les  Pétéchies  fufl^ent  tout-à-ftit  difpaA 
rues  ('(2).  13e  mêm-e  ,  s'il  arrive  qu'elles  occupent 
feubment  une  partie  du  corps,  alors  j'appliquais 
à  cet  endroit  un  linge  trempé  de  la  m:ettie  ma^ 
niere  ,  &  cette  fitnple  Indication  faifait  cka<]ue  foiS 
que  les  Pétéchies  ne  confluaient  plus. 

Il  fallait  aulli  combattre  la  fièvre  ,  îa  féchê^ 
reflfe  de  la  langue  ,  &c.  qui  en  étaient  une  fuite. 
Pour  y  parvenir  ,  je  donnais  pour  Boi(fon  de  l'eau 
pure  ,  acidulée  de  vinaigre.  On  peut  y  fubâiruer 
les  fucs  de  tous  les  fruits  -acides  ,  ainfi  qi5t  les 
acides  minéraux,  comme  VEfprit  de  Vhriol[h)  y 


(l)  Voyez  ci-dèfTons  dairs  la  ii*.  Obfetvation  3ès  Ex'^ 
périences  des  Friftions  Glacufe's,  le  15'.  jocr ,  &  âatis  îa 
m".  le  20*.  )our. 

[a)  Voyez  ci-deffous  dans  la  iii^.  Obferva:ion  des  'Etl" 
périeaces  des  Fddions  Glaciales,  les  14,  15  ,  17  &  Ij3*% 
|ours. 

{b)  Spint.  Vitriol,  ad  graiam  acidiîatem.» 


Seconde  Parue.  \6j 

jufqu'à  une  agréable  acitUté ,  de  même  qu'une  T{fyn^ 
de  riz  ,  très-légère  ,  mais  bien  acidulé^  de  Citrofi  j 
j'ordonnais  également  des  Gargarifmes  de  la  mêniQ 
nature  ,  pour  débaraffer  la  Langue  d'un  enduit  vif- 
queux  ,  jaunâtre  ,  ôc  très-gluant,  qui  l'enduifair. 
On  peut  y  faire  entrer  des  Syrops  acides  ,  un  peu 
délayés  avec  de  l'eau  ,  en  réitérant  ce  Gargarifme 
routes  les  fois  que  la  Langue  eft  chargée. 

Aullî-tôt  qu'une  légère  Moiteur  s'était  déclarée , 
je  prefcrivais  aux  Malades,  de  demi  en  demi^heure, 
un  Demi  -  Gros  de  Quinquina  ,  en  poudie  (  ^  ) , 
quelquefois  un  Demi  -  Gros  de  Quinquina  ,  biei| 
mêlé  avec  iii  grains  de  Camphre  (  <f  ) ,  &  on  donnail 
cette  Dofe  toutes  les  Quatre  heures.  Mais  il  les 
Malades  étaient  trop  faibles  pour  ufer  de  ces  ile-r 
medes  fous  la  forme  décrite ,  je  leur  donnais  paï 
Cuillerées ,  répétées  à  la  même  diftance  de  t;§pi|)S  , 
une  Infufion ,  ou  une  Décocliori  de  Quinquina ,  avee 
du  Syrop  de  Quinquina  (  e  ) ,  &  je  continuais  l'ufage 
de  ces  Remèdes  ,  tant  que  les  Symptôme^  internes 
duraient  ;  de  plus ,  je  recommandais  chaque  jour 
les  Sudorifiques  ci-delTus  ,  pour  entretenir  la  Tranfr 
piradon  pendant  la  nuit.  Ils  avaient  de  même  les 
Remèdes  externes  ,  que  je  ne  difcontinuais  qu'au 
moment  ou  les  Bubons ,  ou  les  Charbons  &  les 
Pétéchies   étaient  parvenus  à  un  état  qui  prouvai; 


{ c)  ^i.  Pulv.  cort.  peruvian.  dr.    B, 

S.  uc  fumacur  omiii  temi-hora  talîs  dofîs. 
(<f)   Rr.  Pulv.  corc.  peruvian.  dr.     B. 

Camphor.  gr.  iij, 

M.  F.  Pulv.  pro  una  dofi. 
S.  ut  fumatur  ornai  quadrihorio  talis  dofîs. 
(e)  Infafum  cort.  peruvian.  cum  Syrop  codem. 
S.  ar  fumacur  cochieatim  uci  Pulveres  fupra  didk 

L  iv 


î^8        Mémoire  fur  la  Pefte  de  Mofcou  ^ 
les  forces  &  le  triomphe   de   la   nature  ;   car  il 
n'y  reliait  alors  que  des  Plaies  limples  ,  exemptes 
«de  tout  danger. 

'       §.     X  I  I  ï. 

Quoique  j'aie  dit  avoir  obfervé  que  \qs  Pejli- 
férées  avaient  la  Peau  féche  &  brûlante ,  cette 
régie  n'eft  point  générale  \  car ,  j'en  ai  vu  qui  l'avaient 
d'une  mollelfe  extraordinaire  ,  &c  d'une  couleur 
|aunâtre  &  cadavereufe.  Ces  Malades  éprouvaient, 
pour  la  plupart ,  la  Diarrhée ,  l'Incontinence  d'Uri- 
ne ^  &  fi  c'était  des  Femmes  ou  des  Filles  nubiles , 
les  Règles  coulaient  en  même  temps  en  abondance , 
fans  égard  ïu  moment  de  ÏQurs- Périodes  [f).  Ces 
Symptômes  ,  qui  les  afFaiblilTaient  extraordinai- 
rement  ,  me  mettant  hors  d'état  de  provoquer 
la  Sueur,  j'avais  alors  recours  aux  FriÈions  Gla- 
ciales [g)'  A  peine  les  avait- on  frottés  ime  feule 
yôij-par  toute  l'habitude  du  corps,  que  la  Peau 
quittait  fa  couleur  jaune ,  pour   en  prendre  une 


[f]  Il  faut  favojr  que  je  n'ai  jamais  vu  d'incontinence 
d'urine  chez  les  Hommes  ,  lois  même  qu'ils  ont  été  acca- 
blés des  plus-graves  Symptômes  de  la  Pejle  ;  tandis  que  chez 
les  i^tf/nm^'^  accablées  des  Symptômes  graves,  la  Diarrhée, 
les  Règles  &  l'Urine  coulent  prefque  toujours  enfemble , 
&  (i  elles  font  £/7<:^i/7/(?j- ,  elles  avorteront  indubitablement. 
J'ai  parlé  ci-deiïiis  plus-clairement  de  ce  Phénomène ,  page 
1 2  j  ,  note  b  ,  &  pag.   I3î,.içé&iy7. 

is)  Voyez  dans  AI.1  Lettre  fur,  les  Expériences  des  Fric- 
lions  Glaciales  pour  la  guérifon  de  la  Pefte,  &c.  pag.  ^  , 
fous  le  Titre  d'Antipeftilentiale  Cj^tharinjE  II,  ainlî  que 
dans  le  Courier  de  l'Europe^  N".  xxxvi,  Volume  x  j, 
pag.  183,  l'an  1781. 


Seconde  Partie.  \6<y 

Toii2;e  allez  vive  (  h  ).  Pour  lors  on  voyait  les  chofes 
chanc;er  de  face  ;  les  Malades  ,  qui  agonifaienr  peu 
de  remps  auparavant ,  ouvraient  la  bouche  pour 
déglutir  les  Remèdes  ,  îk  parlaient.  J'étais  quelque- 
fois oblii^é  de  répéter  les  mêmes  frictions  à  plufîeurs 
reprifes  (  i  )  ,  jufqu'a  ce  que  la  pâleur  cadavereufe 
fe  diiîîpât  totalement ,  &  que  les  forces  revinlTenc 
aux  Malades.  A  cette  époque ,  je  ne  leur  ordon- 
nais plus  que  les  Remèdes  ,  dont  j'ai  parlé  ci- 
devant. 

§.    XIV. 

Faut-il  faigner  les  Pcjllférés}  Quelques  Auteurs 
foutiennent ,  que  la  Saignée  leur  eft  nuiiible.  îl 
faut ,  ce  me  femble ,  faire  à  ce  fujet ,  une  Dijlinclion , 
qui  me  paraît  bien  naturelle.  Elle  fera  nuifible  , 
j'y  ccnfens  ,  à  ceux  qui  n'ont  plus  ni  force  ni  mou- 
vement ,  qui  ont  une  couleur  cadavereufe  ,  &  que 
l'étais,  pour  ainfi  dire,  chaque  fois  forcé  de  reffuf- 
citer  avec  les  Friclions  Glaciales  [k).  Elle  eft  même 
mort|lle  dans  ces  trilles  conjondures  \  mais  elle 
e{î  ,  au  contraire ,  très-falubre  ,  lorfque  les  Ma- 
lades font  d'une  conftitution  vigoureufe,  d'un  tem- 
pérament fec,  bilieux,  qu'ils  ont  le  Pouls  plein, 
dur  ,  fort ,  fréquent ,  la  peau  brûlante  ,  &  que  , 
dès  le  commencement  de  l'infedtion  ,  ils  font  tour- 


(A)  Voyez  ci-deiïbus  dans  la  i*"^'.  Obfervation  des  Ex- 
périences des  Friârions  Glaciales,  le  13^.  jour. 

[i  )  Voyez  ci-delious  Trois  Obfervarions  des  Expériences 
des  Friclions  Glaciales. 

{ k)  Amipeftilentiale  Catharin^  II.  Voyez  ci-delTus 
pag.  168  ,  note  g. 


ijo  Mimoïrt  fur  la  Pejlc  de  Mofcou  ^ 
vaenihàQ  Délires  c^m  vont  jufqu'à  la.  Furie.  Il  m'eft 
arrivé  quelquefois  d'être  dans  la  néceflité  de  faire 
lier  de  tels  Malades  ,  avant  l'ouverture  de  la 
Veine  :  j'en  lai  (Tais  ,  pour  lors  ,  couler  le  Sang  en 
grande  abondance.  J'ai  même  répété  cqs  Saignées 
jufqu'à  trois  ôc  quatre  fois. 

Dès  que  je  m'appercevais  que  cq%  Malades  deve- 
naient plus- faibles  ,  que  la  tranfpiration  s'annon- 
çait ,  que  le  Bubon  s'élevait ,  ou  que  ,  ii  c'était  un 
Charbon  ,  il  commençait  à  fe  féparer  d'avec  le  vif , 
ou  que  les  Pétéchies  ne  par  aidaient  plus  ,  que 
comme  des  taches  de  la  Fièvre  pourprée  ,  enfin  que 
les  autres  Symptômes  internes  fe  calmaient ,  alors 
l'en  pronoftiquais  favorablement ,  &  je  ne  défefpé- 
rais  plus  de  la  guérifon  de  cq^  Malades.  C'eft  par 
le  moyen  de  la  Saignée ,  pratiquée  dès  le  commen- 
cement de  la  Maladie  ,  que  j'ai  réulîî  à  fauver 
plufieurs  de  mes  Malades^  qui ,  fans  elle ,  ne  feraient 
échappés  à  la  mort  ,  tant  les  Symptômes  ^  qu'ils 
éprouvaient ,  étaient  graves  &  mortels. 

Il  eft  cependant  très-nécefTaire  de  faire  une  At~  • 
tention  ^  lorfqu'on  pratique  la  Saignée  dansice^e 
funefte  Maladie  ^  car  il  arrivait  quelquefois  que  les 
Malades^  dont  je  parle,  après  une  première  Saignée^ 
s'afFaibiiiraient  fi  étonnemment  ,  que  les  Délires  ôc 
la  Furie  tombaient  ^  mais  ,  que  la  tranfpiration  ne 
fe  manifeftait  pas  :  bien  plus  ,  on  voyait  les  autres 
Symptômes  internes  perfifter  ,  le  Bubon  ne  prendre 
aucune  élévation ,  &cc.  le  vifage  devenir  plus-pâle , 
ôc  plus-cadavereux.  Ces  Pauvres  malheureux  tom- 
baient dans  un  affoupifîement  profond  ,  ou  dans 
des  fyncopes  très-fréquents.  Ce  n'était  point  alors 
le  cas  d'une  Seconde  Saignée  ,  le  Malade  eût  expiré 
fous  h  Lancette.  J'adminiftrais  pour  lorSj  promp- 


Seconde  Panlâ.  171 

Tement ,  les  Friciions  Glaciales ,  &  les  réitérais  jiif* 
qu'à  ce  que  les  (otCtÈ  vitales  reprilfent  vigueur  (  /)* 
Le  relie  de  inovi  Traitement  achevait  de  dilîiper  la 
Maladie, 

f.    X  V. 

Li  Diète  doit  fuivre  &:  remplir  les  mêmes  //z- 
dications.  J'inliftais  ordinairement  fur  les  acides  , 
que  j'adaptais  cependant  aux  circonîlances ,  &  aux 
Symptômes  internes  qu'éprouvaient  les  Malades  , 
lorfqu'ils  étaient  li  graves ,  que  Teftomac  ne  deman- 
dait abfolument  rien,  &z  n'était  point  en  état  de 
digérer  j  pour  empêcher,  que  les  forces  ne  s'affai- 
blilTent  davafttage  ,  j'otdonnais chaque  fois,  entre 
ies  Remèdes  ,  cpelqites  cuillerées  dé  cfême  de  riz-, 
acidulée  avec  du  vinoigte ,  ou  quelqu'autre  fuc  vé- 
gétal. Si  la  déglutition  pouvait  fe  faire  ,  je  prefcri- 
vais  de  temps  en  temps  quelques  compotes  de 
pommes  bien  acides  ,  &:c.  Dès  qiie  les  Symptômes 
étaient  furmontés,  &  q-ue  la  convalefc^nce  était 
en  train,  j'en  venais  à  un  Régime  plus-noûrrilïànr , 
de  êicile  digeftion  cependant  ,  Se  toujours  aci- 
dulé. Point  de  mets  crus  &  i-ndigéftes  j  point  de 
viandes  :  je  n'en  permettais  que  le  bouillon ,  tou- 
jotiT^  -corrigé  -par  les  a-cides.  L-es  4^«ades  légères  , 
les  herbes  cuites,  les  confitures  aigrelettes  ,  for- 
maient tous  leurs  alimens» 

Lorfque  les  farces  étaient  rétablies ,  &  que  les 
Peflïféres  n'avaient  piûs  d'autres  rèlïentitn^ns  de 
la  Maladie^  que  (quelques  Plaies  ,  de  leurs  Signes 
externes  ,   qui  n'étaient  point   encoire  cicatcifées. 


(/)  Voyez ci-deiîbiTs  TrwV  ObfervatiotiS  des  Expériences 
4es  Frictions  Glacinles, 


172.  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou  ^ 
alors  il  fallait  en  venir  à  un  Régime  bien  plus- 
nourrilTant.  Je  permettais  donc  de  réunir  à  i'ufage 
des  Racines  &  des  Herbes  potagères ,  celui  de  la 
Viande  j  ne  me  défiftant  jamais  de  la  Méthode 
d'aciduler  tous  les  alimens.  C'eft  par -là  ,  que  j'ai 
eu  à  Mofcou ,  Capitale  de  ma  Patrie  ,  un  fuccès 
heureux  ,  dans  la  cure  de  cqs  infortunés  Pefifé- 
res(m),  auxquels  nombre  de  Médecins  &z  de  Chi- 
rurgiens réfufaient  leurs  Secours  dans  ce  cruel  dé- 
faftre  (  mm  ). 

§.     X  V  L 

Malgré  la  crainte  que  les  Médecins  Se  les  Chi- 
rurgiens avaient  d'en  approcher  j  malgré  l'abandoqn 
total,  où  ils  les  lailTaient ,  lorfqu'on  en  vit  plufieurs , 
dans  les  Hôpitaux  peftiférés ,  guéris  de  cette  iQvn- 
hle  Maladie,  &  échappés  au  Fléau  qui  avait  ravagé 
cette  Capitale  ,  chacun  voulut  participer  à  la  Gloire 
d'avoir  arraché  à  ce  Fléau  nombre  de  Viciimes. 
De-U  eft  provenu  un  Ouvrage  fur  la  Pelle  de  Mof- 
cou (  /2  )  j  Ouvrage  néceffairement  fautif  dans  i^QS 
Defcriptions  ,  &  imparfait  dans  fes  Détails  ,  puif- 
que  l'AuTEUR  a  à  peine  vu  Deux  Fois  des  Pef- 
tiférés (  0  ). 


(m)  Voyez  dans  l'Epure  Dédicatoire  à  S.  E.  M.  de 
Hjevvsky  ,  Chambelian-A£luel  de  S.  M.  I.  de  Toiues-les- 
Rurtles ,  &  Préfident  du  CoUéi^e  Impérial  de  Médecine  de 
Saint-Péteritourg,  à  la  têredeMon  OpufculeLatin,  Traiiatus 
de  SeUione  Sj/mp/i/fcos  OJJlum  Pubis  &  Partu  Cœfarco.  Lug- 
duni Batavorum ,  1780,  pag.  xiii,  &  ci-defTus  dans  le  v^  §. 
de  la  Première  Partie  ,  note  x, 

[mm  )  Voyez  ci-deffus  dans  la  Première  Partie,  pag.  10, 
îiote^,  &  pag.  89. 

(n)  Voyez  au  même  endroit,  le  xxiv''.  §. 

(0)  Voyez  au  même  endroit,  le  même  §. 


Seconde  Partie.  Vj^ 

'  Ilp.\rle,  dans  fou  Ouvrage  ,  à\me  Femme  qu'il 
aviic  guérie  ,  Se  dit  néanmoins  ,  qu'après  cette 
heureule  Gujnjon  ,  on  l'avait  envoyée  dans  ÏHô" 
puai  pelHféré  {p).  S'il  l'avait  guérie  ,  pourquoi 
l'envovait-on  à  V Hôpital}  3c  ii  elle  n'était  pas  guérie, 
pourquoi  ne  m'en  avertiffait-il  point  ,  puifque  j'y 
étais  juftement  dans  ce  temps-là  ?  Ce  manque  de 
m'avertit ,  prouve  évidemment  qu'il  avait  peur  de 
compromettre  fa  cure  prétendue. 

Il  parle  aulîi  de  trois  Enfans  qu'il  a  guéris  {q)j 
un  des  trois  n'était  âgé  que  d'un  an  ,  &  dit  qu'ils 
avaient  tous  trois  des  Bubons  dans  les  Aines.  Or  , 
j'oie  dire  que  cela  n'arrive  jamais.  J'ai  vu  quelques 
Dix  aines  d'enfans  attaqués  de  la  Pejie  ,  &:  jamais 
aucun  d'eux  n'a  eu  de  Bubons  dans  cette  Région. 
Ils  paraillent  ordinairement  chez  eux  dans  les 
Parotides  ,  rarement  fous  les  Aijjelks  ^  &  plus-rare- 
jnent  dans  les  Aines,  fur-tout  chez  les  Enfans  d'un, 
deux,  trois  ans.  La  preuve  que  cet  Auteur  n'a 
jamais  guéri  de  Pejîiférés ,  ce  font  les  erreurs  grof- 
iîeres ,  où  il  eft  tombé  dans  la  Defcnption  des 
Symptômes  internes  &  Signes  externes  de  cette 
Alaladie. 

S'il  eût  eu  une  fi  grande  Ardeur  de  développer, 
tant  les  Symptômes  internes  ,  que  les  Signes  exter- 
nes delà  Pette  ,  pourquoi  n'a-t-il  jamais  fréquenté 
les  Hôpitaux  des  Pejîiférés  ?  Pourquoi  n'a-t-il  jamais 
entretenu  avec  xnoi  aucune  correfpondance  ?  pour- 
quoi ne  m'a-t-il  point  éclairé  de  fes  confeils  ?  il 
n'ignorait  pas  que  je  le  défirais,  que  je  le  deman- 
dais même,  pour' le  falut  de  mes  femblables  (  r  ). 


i'^  ;    Voyez  dans  Ton  Ouvrage,  pag.    133. 
{q)  Voyez  dans  le  même  Ouvrage,  pag,   124, 
(r;  Voyez  ci-defTus  pag.  15^,  note  h. 


174  Mémoire  fur  la  Pejîe  de  Mofcoa  ^ 
J'ai  toujours  folUcité  i'i«ftïa.<^ioii  de  tous  ceux  que 
j'ai  cru  mes  Maiipe?  ^  pQmrqugi  la  crainte  a-t-elle 
glacé  leurs  talens  ?  Ec  çommeat ,  après  une  omiffion 
de  CQii^  nature  ,  fç  vamef  parmi  les  Sayans  de 
l'Europe  hç]^v:ke ,  d'avoir  prodigué  des  fecours  aux 
Pejliférés ,  tandis  i^u'oiii  ne  les  a  pgs  prêfque  vus  ? 

§.     XVII. 

Après  le  récit  dit  Régime  &  l'énumération  des 
'Moyens  cufatifs  employés  contre  la  Pejle ,  il  ferait 
ici  le  lieu  de  d.évelopper  ,  parmi  les  autres  inven- 
tions de  Catherîne-la-Grande  ,  celles  qui  con- 
cernent  iadeûriiârion  de  ce  Fléau  {f).  Je  devrais, 
ce  me  femble  ,  rappeller  en  même  temps  les  Ordres 
qui  furent  donnés  à  S.  E.  le  Général  de  Yéropkia  [t) , 
alors  Premier  ïnfpeéteurà  Mofcou  ,  furies  Arrange-' 
mens  qu'il  j  avait  à  prendre  pour  en  garantir  le 
Peuple  ,  ou  fur  la  façon  de  s'en  conferver ,  ou  enfin  , 
la  manière  de  s'en  délivrer  ,  lorfqu''ii  en  ferait 
attaqué  ;  je  renvoyé  tous  ces  détails  à  la  Troijiemê 
Partie  de  cet  Ouvrage  ,  me  bornant  à  parler  des 
Friciions  Glaciales  {u)  ,■  indiquées  par  Notre 
Auguste  Souveraine;  elles  avaient  été  exécutées 
premiéremetit  par  Mon  Prédécefîeur  dans  l'Hôpi- 
tal du  Monaftere  Ougréfchinsky  (  v  ).  Enfuite  ,  lorf- 


(y)  Voy€t  le  MÉMOIRE  onla  Description  Je  la  Perte, 
qui  a  régné  dans  i'jEmpixe  ^e  B.ulîie,  &  fpr-touc  à  Mofcou, 
&ç. 

(t)  Voyez  cl-deffùs  dans  la  Première  Partie,  page  104. 

(k)  Ancipeftiientiale  Catharin^î  II.  Voyez  ci-deffus 
pag.  168,  noce  g. 

(v)  Voy-ez  ci-delTus  daus  le  ::^  V  l*.  §.  de  la  Première 
Parue,  noce  a. 


Seconds  Partie,  17  "51 

que  je  le  remplaçai ,  je  crus  devoir  les  repérer,  pour 
vérifier  quelques  Obfcrvations  qu'il  en  avait  donné 
en  Langue  Allemande  (  w  ) ,  &  je  continuai  à  m'en 
fervir  dans  ce  même  Hôpital,  enfuite  dans  celui  du 
Alonallere  Symonowsky  (  .v)  ,  où  j'eus  les  plus-fâ- 
cheux Symptômes  internes  &  Signes  externes  à 
combattre.  Cependant ,  je  ne  donne  pas  ces  FriC'^ 
tiens  Glaciales  comme  un  Remède  unique  contre 
la  Pejle  ,  mais  je  les  donne  comme  très-utile  dans 
cette  terrible  Maladie  \  j'ofe  dire  aulîî ,  qu'il  le 
fera  dans  pluiieurs  autres  ,  qui  ont  quelques  rap- 
ports à  la  Pejie\  ôc  les  Obfervations  fuivantes, 
qui  me  font  propres  ,  feront  connaître ,  fi  j'eus 
tort  ou  raifon  ,  de  les  employer  avec  conftance. 
Quant  à  la  maniera  de  les  pratiquer  fur  les  Pejli- 
fer^'s  ,  voici  la  Méthode  que  je  fuivis  avec  un  grand 
morceau  de  Glace  ^  dont  j'avais  uni  la  furface,  en 
le  frottant  contre  un  autre  ^  ou  que  l'oti  peut  ren- 
fermer dans  un  Linge  ^  fi  l'on  CTaint  qu^e  l'inégalité 
^e  fa  furface  n'écGr<:he  la  Peau  j  ou  fi  les  marceaux 
font  trop  petits. 


:(»')  Y'ojcz  le  Mém^xre  ou  laDEse-RiPT-iONiide  la  Pefte, 
<]ui  a  régné  dans  TEnipire  de  sRuffi^j  &  fur-toitc  à-Mofcou, 
&c.  pag.  364. 

[x)  Voyez  dans  Mj.  Lettre  fur  les  Expériences  des  Fric- 
tioiîs  Glaciales  pour  la  Guérifon  de  la  Pelle,,  &c.  impriœée 
■a  Paris ,  pag.  5  &  î^ 


*% 


a  7^        Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mo/cou  j 


I. 

Observation  far  les  Expériences  des 
Friâions  Glaciales  ,  dans  PHôpital  du 
Monaflere  Ougréfchinsky  (x). 


Le  1 1  de  Juillet  lyji,  une  Fille  ^^ko.  de  i^ 
.ans ,  d'une  ftatLire  aifez-bien  proportionnée,  d'une 
conftitution  délicate  ,  &  d'une  complexion  fan- 
guine,  tomba  malade  de  la  Pefe^  comme  je  l'ai 
,dit  dans  la  Defcription  des  Signes  externes  [y  )  5 
&:  comme  dès  le  matin  même  du  jour  qu'elle 
tomba  malade  ,  elle  avait  déjà  des  Symptômes  très- 
:.graves  :  c'eft-à-dire,  une  grande  fièvre,  une  grande 
fécherelTe  par  tout  le  corps,  des  vertiges  ,  des  dou- 
leurs ,  &  ui:ie  grande  pefanteur  de  tête  j  tantôt 
une  cruelle  naufée ,  tantôt  elle  vomifTait  une  ma- 
tière ,  ou  verdâtre  ou  jaunâtre ,  le  Pouls  plein  , 
Awi  y  &  très-fréquent  j  de  plus ,  elle  fentait  une 
douleur  piquante  dans  V^ine  droite,  un  peu  au- 
delTous  des  glandes ,  où  fe  manifeftent  toujours  les 
Bubons  peftilentiels  ,  immédiatement  après  le  com- 


(x)  Voyez  dans  Âfa  Lettn  fur  les  Expériences  des  Fric- 
ùons  Glaciales  pour  la  Guérifon  de  la  Perte,  &c.  imprimée 
â  Paris ,  pag.  5  ,  noce  i  ;  &  C.  de  Mertens  ,  Obfervat. 
Mcdic.  de  Febr.  Putrid.  de  Pefte ,  &c,  pag.  78. 

(jj')  Voyez  ci-deffus  pag.  151  ,  n°.  n% 

mencement 


Su  onde  Partie,  f/j 

mencement  des  Symptômes  internes,  comme  je 
l'ai  déjà  die  ci-dellus,  Defcription  des  Signes  ex- 
ternes-, 

A  la  vue  de  cqs  cruels  Symptômes  ^  je  lui  fis 
prendre  une  dofe  à'Emétique  (^)  qui  opéra  alTez- 
bien  ;  enluire  je  lui  fis  appliquer  fur  le  front  l'E- 
pithême  (  a  )  ^  \qs  Epicarpes  aux  poignets  ('^  j  ,  les 
Epifpajiiques  fous  les  plantes  à^s  pieds  (<:),&  fur 
le  Bubon  un  Cataplâme  maturatif  pour  accélérer  la 
Suppuration  (d)  ,  qu'on  appliquait  chaudement  en- 
fermé entre  deux  linges  clairs,  en  le  renouvellant 
pendant  le  jour  autant  qu'il  était  poiîîble.  De 
plus  ,  je  lui  fis  donner  fuffifamment  à  boire  de 
l'eau  pure,  fraîche  &  acidulée  de  Citron. 

Alais  comme  tous  les  Symptômes  étaient  tou*, 
jours  les  mêmes ,  point  d'apparence  d'élévation  du 
Bubon  j  point  de  tranfpiration  ,  vers  le  foir ,  je 
lui  fis  réitérer  la  même  dofe  à'Emétique  ,  qui 
opéra  très-bien  pour  la  féconde  fols  j  je  lui  fis  re- 
nouvelier  pour  la  nuit  tous  les  Remèdes  externes  ^ 
je  fis  appUquer  fur  le  Bubon  un  Emplâtre  matu- 
ratif (  e  ) ,  (Se  à  dix  heures  du  foir  je  lui  fis  prendre 
nnSudorifque  (f),i  delïèin  de  provoquer  pen- 
dant la  nuit  la  Tranfpiration^  ôc,  s'il  était  pof- 
iible ,  la  Sueur  même. 

Le  I  5  au  matin  ,  les  Symptômes  ne  fe  calmaient 
pas  j  point  de  Tranfpiration ,  point  d'élévation  du 


(■r)  Voyez  ci-deifus  pag.  3551,  note  i,  n°.  11*. 

(j)  Voye*  ci-defïïi3  pag.   161  ,  noce  0. 

(^)  Voyez  ci-deffus,  pag.  161,  note/;. 

(c)  Voyez  ci-deiïus,'  pag.  161  &  \6%  ,  note  f, 

{d)  Voyez  ci-deflus  pag.  i6z  ,  note  r. 

((î  )  Voyez  ci-de(ïiis  pag.  163  ,  note  f, 

if)  Voyez  ci-delTus  pag,  léo   ,  noces  k,  l,  m  Se  n^ 

M 


1 7  8  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou  j 
Bubon  ^  quoiqu'elle  fentît  d'afTez-vives  douleurs  ^ 
une  iaiblelfe  extraordinaire  ,  le  vifage  très  -  pâle  , 
tout  le  corps  jaune ,  flafque  ,  tour  contraire  à  la 
fécherelTe  précédente,  un  alïoupiirement  prefque 
continuel  \  ôc  il  elle  elTayait  de  le  lever  ,  elle  était 
faifie  de  tremblement  par  tout  fon  corps ,  &  tom- 
bait auiîi-tôt  évanouie  ,  la  Diarrhée  j  les  iiegles  ôc 
V Urine  coulaient  en  même  temps  j  en  un  mot, 
on  voyait  tous  les  Symptômes  mortels. 

Dans  cette  extrémité,  je  la  fis  frotter,  pour  la 
première  fois  ,  avec  delà  Glace  ^  à  lo  heures  du 
matin  ,  en  réglant  les  Friciions  de  manière  qu'elles 
fulTent  plus-confidérables  depuis  les  Epaules  jufqu'à 
la  paume  des  Mains  ^  &c  depuis  le  haut  des  Cuijjes 
jusqu'à  la  plante  des  Pieds  ,  moindres  fur  les  //y- 
pocondres  j  très- légères  fur  la  Poitrine  &c  le  l'entre; 
enfin ,  je  lui  fis  frotter  le  Vifage  &  la  Gorge  fim- 
plement  avec  un  linge  trempé  dans  de  l'eau  froide. 

Cette  première  Priclion  ,  qui  dura  environ  une 
heure,  n'eut  pas  plutôt  été  faite,  que  fon  Vifage  ôc 
toutes  les  Parties  de  fon  corps  aevinrent  très-rou- 
ges j  &  il  s'éleva  de  tout  fon  corps  des  Vapeurs  j 
comme  quand  on  fort  du  Bain  ;  alors  elle  com- 
mença à  être  faifie  de  froid  &  à  trembler. 

Voyant  l'effet  de  cette  Friction  Glaciale  j  je  la  fis 
elTuyer'  avec  un  linge.  Je  fis  mettre  autour  d'elle 
des  linges  fecs  ,  &  la  fis  bien  couvrir  dans  fon  lit. 
Puis  je  lui  fis  prendre  très-fréquemment  d'une  i/z- 
fufion  fudorifique  [g)  -,  en  y  ajourant  chaque  fois  • 
quelques  goûtes  à'E/prit  de  Nitre  Dulcifié  (A); 


{t^)  Voyez  ci-c^efTus  pag.  \6o ,  notes  ^  Sz  m, 

(/i)  Spiric,  Nicri  Dulcis,  yel  Licjuor.  Auod.  Minerai.  Hoir- 


^'  je  la  lailFai  dans  cet  état  julqu'à  2  heures  après 
niidi  ;  en  recommandant  de  renouveller  le  Cata-' 
plume'  ûir  le  Bubon  :,  dès  qu'il  ferait  refroidi. 

Quand  je  vis  à  1  heures  que  tous  les  Symptômes 
commençaient  à  reparaître,  &  fur- tout  les  Signet 
externes  ci-delfus  ,  je  lui  fis  réitérer  les  mêmes  Fric-> 
lions  Glaciales  jufqu'à  ce  que  lefroidlîi  reprit  j  après 
quoi  je  la  tis  elîuyer  «Se  traiter  de  la  même  manière 
que  ci-delTus ,  en  lui  faifant  prendre  de  plus  chaque 
demi-heure  jufqu'à  une  once  de  Décoction  de  quin-- 
quina ,  avec  du  fyrop  de  quinquina ,  n'étant  pas 
en  état  de  la  prendre  qm  fuhjlance.  Je  lui  fis  encore 
prendre  quelquefois  un  peu  de  vin  avec  de  l'eau  , 
pour  reftaurer  plus  -  facilement  Ïqs  forces  tout-à- 
tait  abattues  j  &  je  la  laillai  jufqu'à  10  heures 
du  foir,  en  continuant  toujours  l'application  du 
Cataplârne, 

A  10  heures ,  je  la  trouvai  dans  le  même  état  ; 
je  fis  réitérer  pour  la  troifieme  fois  les  mêmes  Fric- 
tions j  &  après  l'avoir  bien  frottée,  je  la  fis  effuyer 
de  la  même  manière,  &  couvrir  dans  fon  lit  où 
je  lui  fis  continuer  la  même  Infu/ion  fudorifique  & 
la  même  Décociion  de  quinquina*  Pour  la  nuit ,  je 
lui  fis  prendre  40  gouttes  Mixtur  Simplic.  pour  fa- 
ciliter la  Sueur.  Et  après  lui  avoir  fait  appliquer 
fur  le  Bubon  X Emplâtre  maturatif  ci-defTus,  que 
je  fis  renouveller  chaque  foir,  après  avoir  fini  l'ap- 
plication du  Cataplâme,  je  la  laiiTai  palTer  la  nuie 
dans  cet  Etat. 

Le  1 4  au  matin  ,  je  la  trouvai  avec  les  mêmes 
Symptômes j^  Se  le  Pouls  toujours  dans  le  même 
Etat  ;  ce  qui  me  détermina  à  employer  ce  jour-là 
quatre  fois  les  Frictions  Glaciales.  Je  lui  fis  conti- 
nuer les  mêmes  Remèdes  internes  &  externes.  De 
puis,   je  lui  fis  prendre  trois  fois  ce  jour  là.  un§i 

M  ij 


l8o       Mémoire  fur  la  Pcjle  de  Mo/cohj 

Tifane  de  riz  très  -  légère  ,  mais  bien  acidulée  de 
citron. 

Le  1 5  au  matin  j  je  remarquai  que  les  Symp^_ 
zômes  étaient  un  peu  calmés ,  le  Pouls  un  peu  changé, 
ëc  que  fur  -  tout  le  Bubon  commençait  à  s'élever 
alTez  évidemment.  Mais  n'ayant  encore  aucun  autre 
meilleur  Proncfiic ^  je  lui  lis  encore  réitérer  quatre 
fois  CQ  joui  li  les  Friciions  Glaciales  j  &  je  lui  fis  con- 
tinuer tous  les  Remèdes  internes  &  externes  ^ 
comme  ci-deflus.  Quant  à  la  Boljfon  ordinaire  ,  je 
lui  fis  prendre  de  Veau  fraîche ,  en  y  ajoutant  de 
VEfprit  de  Vitriol  (i)  ^  jufqu'à  une  agréable  acidité. 
Mais  comme  fa  Langue  était  extrêmement  feche  , 
&  fi  chargée  d'un  Enduit  vifqueux  jaunâtre  qu'elle 
ne  pouvait  prefque  pas  la  remuer  ,  je  la  fis  très-, 
6:équemment  humeder  avec  du  fyrop  de  limon 
délayé  un  peu  avec  de  l'eau  j  ce  que  je  fis  réitérer 
toutes  les  fois  que  là  néceflité  l'exigea. 

Le  I  <3  au  matin  ,  je  la  trouvai  beaucoup  mieux 
que  le  jour  précédent  ;  la  Fièvre  était  beaucoup 
diminuée  j  le  Pouls  était  très-abailîe ,  la  Diarrhée 
les  Règles  ôcV  Urine  ne  coulaient  plus  ;  plus  d'jE*- 
yanouifjemens  ;  elle  avait  beaucoup  mieux  dormi 
la  nuit  palTée^  en  un  mot,  tous  les  Symptômes 
étaient  beaucoup  calmés ,  &  le  Bubon  même  s'était 
alTez-raanifeftement  élevé  &  élargi. 

Voyant  un  tel  Changement^  je  ne  la  fis  frotter 
que  trois  fois  ce  jour  là  j  &  les  Friciions  ne  furent 
pas  m!éu\Q  Jî-longues  que  les  jours  précédents.  Je 
lui  fi.s  continuer  tous  les  Remèdes  internes  entre 
kfquels  je  lui  fis  prendre  ce  jour  plufieurs  fois  la 
Tifane  de  riz ,  toujours  également  acidulée  de  ci- 


(i)  -Spiri:.  Vicriol.  ad  graiam  acidica,tcm. 


Seconde  Partie.  l8î' 

tfon.  Je  lui  fis  réitérer  ['Application  de  tous  les 
Remèdes  externes  de  la  même  manière  que  les 
jours  précédents  j  &  pour  la  nuit  la  même  dofe 
Mixtur,  Simplïc. 

Le  1 7  ,  elle  était  encore  beaucoup  mieux  •  elle 
pouvait  alors  fe  tenir  quelques  momens  aflife  dans 
Ion  lit  \  elle  parlait  plus  facilement  \  fa  Langue 
n'était  plus  fi  feche  ni  ii  chargée  \  iow  Bubon  était 
très-rouge  &  alfez  élevé ,  ce  qui  n'arrive  jamais 
dans  les  Symptômes  qui  annoncent  la  mort. 

Ce  jour  là  je  la  fis  encore  frotter  trois  fois  _, 
mais  très-légerement,  avec  de  la  Glace  j  ôc  je  lui 
fis  continuer  tous  les  Remèdes  internes  &  externes. 

Le  1 8 ,  je  la  trouvai  de  grand  matin  allife  dans 
fon  lit  \  Se  aulîi-tôt  qu'elle  me  vit ,  elle  me  dit 
qu'elle  fentait  déjà  elle  -  même  qu'elle  ne  mour- 
rait pas.  Les  Symptômes  internes  n'étaient  pref- 
que  plus  j  {qs  Yeux  étaient  bien  plus-vifs  j  elle  ne 
fentaît  plus  de  Douleur  ni  de  Pefanteur  de  tête  , 
mais  au  contraire  une  grande  légèreté  :  ce  qui  ar- 
rive à  tous  les  Pejtiférés  qui  ont  furpaffé  les  Sym^ 
ptômes  graves. 

Ce  jour,  tout  le  matin,  je  ne  Iih  fis  donner 
que  deux  fcrupules  de  Quinquina  en  fubfl-ance  ^  ce 
que  je  lui  fis  réitérer  de  demi  -  heure  en  demi- 
heure  ,  &  je  lui  fis  continuer  l'application  du  Ca- 
taplâme  aufii  fréquemment  qu'il  était  nécefTaire. 
A  midi,  je  la  fis  encore  frotter,  mais  très-légere- 
ment avec  de  la  Glace  ;  après  quoi  elle  refta  dans 
fon  lit  fans  2i\ic\xn' Symptôme  fâcheux,  &  prit  tous 
fes  Remèdes  très -facilement,  ainli  que  fa  Tifane  : 
elle  mangea  même  un  peu  de  Pomme  cuite.  Le 
foir  je  lui  fis.  réitérer  la  Friciion  Glaciale  _,  &  lui 
fis  prendre  fon  Sudorijique ,  comme  à  l'ordinaire» 

M  iii 


VSl       Mémoire  fur  la  Pejîe  de  Mo/cou  j 
Après  quoi  elle  s'endormit ,  &  pafTa  toute  la  Nuls 
tres-tranquillement. 

Le  1 9 ,  tous  les  Symptômes  étaient  encore  beau- 
coup plus  calmés  j  il  ne  lui  reftait  plus  que  la  Fal" 
ble£e  •  elle  avait  très-bien  dormi  toute  la  Nuit^ 
ôc  avait  fué  alTez-abondamment  ;  fon  Bubon  était 
parvenu  à  la  proportion  qu'il  devait  avoir  :  il  était 
déjà  afïez-pointu  ,  aufli-rouge  &  enflammé  qu'il 
devait  l'être?  en  un  mot,  il  ne  paraiffait  plus  au- 
cun Symptôme  qui  menaçât  de  la  Mort. 

Ainfij  je  n'eus  pas  befoin  ce  jour -là  de  la  faire 
frotter  avec  de  la  Glace  ^  mais  je  lui  fis  continuer 
tous  les  Remèdes  internes ,  &  fur-tout  l'application 
du  Cataplàme  ;  je  lui  fis  prendre  un  léger  Potage 
de  ritz  cuit  avec  du  Poulet,  Se  toujours  acidulé  de 
citron  :  elle  mangea  même  dès  ce  jour-là  un  peu 
de  Poulet^  Mais  ,  comme  vers  les  on^e  heures  du 
foir ,  elle  me  parut  avoir  plus  de  SéchereJJe  par  tout 
le  corps  ,  le  Pouls  plus  dur ,  plus  élevé  &  plus 
fréquent,  je  crus  qu'il  ne  ferait  pas  hors  de  pro- 
pos de  la  faire  frotter  un  peu  avec  du  Linge  trempé 
dans  de  VEau  froide  :  ce  qui  fut  fait.  Après  quoi 
je  lui  fis  prendre  pour  la  nuit  fon  Sudorifique  or- 
dinaire ,   &  la  laiiïai  dormir. 

Le  20  au  matin,  je  la  trouvai  encore  beauceup 
mieux.  Tous  \t^  Symptômes  fâcheux  l'avaient  pref- 
que  entièrement  quittée.  Elle  était  en  érat  de  for- 
tir  de  fon  lit  &  de  fe  promener  dans  fa  Chambre, 
Elle  avait  déjà  bon  Appétit.  Je  lui  fis  donc  preu" 
dre  un  peu  plus  de  iow  Potage  ;  &  à  fon  Dîner  je 
lui  fis  prendre  un  verre  de  bon  vin.  Comme  ce 
jour-^là  q][q  pouvait  è.ç^^^  fortir  dans  le  Jardin ,  je 
l'y  laiiîai  paiier  le  refte  de  la  journée  avec  \ç.^  au- 
tres Conyalejcemes  ^  lui  faifant  prendre  de  temps 


Seconde  Partie,  ï8j 

tn  temps  fes  Remèdes  internes ,  Se  réitérant  l'ap^ 
plication  du  Cataplàme  j  je  lui  fis  boire  de  Veau 
fraîche,  en  y  ajoutant  une  airez-bonne  Dofe  de 
vin. 

Le  foir  ,  il  ne  paraifTait  plus  aucun  Symptôme 
grave  j  ainli  je  ne  lui  fis  prendre  que  fon  Sudo^ 
rijique ,  je  lui  fis  renouveller  V Emplâtre  fur  fon 
Bubon  ;  ôc  elle  fe  mit  tranquillement  au  lit. 

Le  21  au  matin,  je  la  trouvai  dans  le  même 
état ,  je  lui  fis  pourtant  continuer  fes  Remèdes  in- 
ternes &  l'application  du  Cataplàme  pour  accélérer 
la  Suppuration.  Elle  mangea  très-bien  ce  jour-là  : 
elle  but  du  Vin  à  diner,  &  pour  fa  Boijjbn  or- 
dinaire, de  l'eau  &  du  vin  ,  comme  le  jour  pré- 
cédent. En  un  mot ,  il  ne  lui  reliait  aucune  autre 
marque  de  Iz  Pejie  _,  que  le  Bubon  ^  dont  il  fal- 
lait abfolument  attendre  la  Suppuration. 

Le  foir  de  ce  jour,  je  fus  moi-même  attaqué 
de  la  Pejle  pour  la  féconde  fois  (k)  -^  ainfi ,  de- 
puis le  II  jufqu'au  14,  les  Sous  -  Chirurgiens  lui 
adminillrerent  les  Remèdes  internes  &  externes,  & 
durant   tout  ce  temps  ,  il  ne  reparut  aucun  Symp- 


tôme grave. 


Le  2  5  ,  j'étais  déjà  en  état  de  fortir ,  quoique 
ayant  un  Bubon  j  comme  je  l'ai  dit  dans  l'endroit 
où  je  démontre,  qu'autre  chofe  eft  d'avoir  la  Pejicj, 
6c  de  la  furpajjer  tout-à-fait  ,  &  autre  chofe  d'a- 
voir la  Pejle  j  &:  de  ne  pas  Idi  furpajjer  tout-à-fait  (/), 
Et  dès  ma  première  vijite  _y  je  la  trouvai  en  très-bon 
Etat  ;  le  Pus  de  fon  Bubon  était  déjà  tout-à-fait 


[k)  Voyez  C.  de  Merteks  ,  Obfervar.  Medic.-de  Febr. 
Purrid.  de  Pefte  ,  &c.  pag.  95. 

(/)  Voyez  dans'la  Première  Partie,  les  xïx,  xx  & 
Xïl".  % 

Al  iy 


384  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou  ^ 
formé ,  de  forte  qu'on  en  pouvait  très-facilement 
fentir  la  Fluàuaûon  par  le  ta6t  \  c'eft  pourquoi  je 
lui  fis  aufli  -  tôt  Xlncïflon.  Il  en  fortit  une  très- 
grande  quantité  de  Pus  blanc,  doux  au  tad  du 
doigt ,  &  d'une  bénignité  particulière  j  je  fis  panfer 
la  Plaie ^  je  fis  continuer  rapplication  du  Cata-- 
p/âme  {m  l'appareil  jufqu'au  loirj  à  10  heures  du 
foir ,  je  fis  renouvelier  le  Panfement  _,  je  mis  par- 
defiiis  V Emplâtre  {m)j  ôc  je  la  laiffai  dormir  fans 
lui   rien  faire  prendre. 

he  16  au  matin  ,  je  la  trouvai  dans  le  même 
état  que  le  jour  précédent,  je  lui  fis  panfer  fa  Plaie  _, 
&:  je  trouvai  que  le  Pus  était  de  la  même  Qualité 
qu'auparavant  j  ainfi,  je  ne  lui  fis  plus  fi-fréquem- 
ment  continuer  les  Remèdes  j  à  l'exception  du  Quin-- 
quina  ;  je  lui  permis  de  manger  èc  de  boire  ce  qu'elle 
voudrait. 

Au  foir  ,  je  lui  fi^S  renouvelier  le  Panfement  à\\ 
Bubon  &  l'application  de  V Emplâtre ^  ôc  je  la  laiffai 
dormir  tranquillement. 

Depuis  ce  jour-là,  je  ne  lui  fis  plus  que  con- 
tinuer le  Panfement  de  la  plaie ,  &  lui  faire  pren- 
dre trois  fois  ^-^T  jour,  chaque  fois  pou  rime  ào^^Q^ 
deux  fcrupules  de  Quinquina ^  comme  à  tous  ceux 
qui  avaient  déjà  tout-à-fait  furpaffé  la  Maladie  ^ 
ic  ce  jufqu'à  ce  que  leurs  Plaies  fuffent  tout-à-fait 
cicatrifées. 


(m)  Empîaftr.  Diachyl.  cura  Gummatib.  extcnfum  iii  lin-? 
teum  vel  alutam. 


Seconde  Partie.  185 


ICITl  ■  H I  lil  111  ^ I  il  '"""' 


IL 


Observation  fur  les  Expériences  des 
Fri6tions  Glaciales ,  dans  V Hôpital  da 
Monajiere  Symonowsky  (tz). 


Le  7  à' Août  enfLiivant ,  il  entra  dans  cet  H6^ 
pitalj  fur  les  1  heures  d'après  midi ,  -  une  Femme 
malide  de  la  Pejie  j  âgée  de  2  3  ans  ,  d'une  fta- 
ture  ordinaire,  d'une  conftitution  robufte  ,  d'une 
complexion  fanguinolente  Se  colérique  ;  à  fon  en- 
trée dans  la  Chambre  _,  où  je  faifais  premièrement 
la  vifite  des  Pejiiféres  (  o  ) ,  je  lui  trouvai  fur  le 
Sein  gauche  un  fi-grand  Charbon  j  qu'il  en  occu- 
pait la  Moitié  J  quoique  le  Sein  même  fût  très- 
large  j  de  plus ,  il  était  étendu  fur  toute  la  Pen- 
phérie  extérieure  j  c'eft-à-dire  ,  depuis  fon  infertion 
jufqu'au  Bouton  J  ôc  il  occupait  en  profondeur, 
c'eft-à-dire  ,  dans  l'intérieur  du  Sein^  prefque  la 
moitié  ,  &  fans  parler  de  tous  les  Symptômes  in- 
ternes, qui  étaient  des  plus-graves  j  le  vifage  8c 
tout  le  corps  épient  tout -à- fait  cadavéreux;  la 
Diarrhée  J  les  Règles  &  V  Urine  coulaient  tout-à-la 
fois  :  de  forte  que  ,  fes  Habilkmens  étaient  delfusii 


(/z)  Voyez  ci-defTus  dans   le    XIV^  §.   de  la  Première 
Partie,  no:e^. 

[0  )  Voyez  dans  le  xxviii'.  §.  de  cette  même  Partie, 

n".  4.  *  , 


^î  8  6"  Mémoire  fur  la  Pejle  de,  Mofcou  l 
infedés  par  les  Vomijfemcns ,  &  en  deflous  par  19115- 
les  Ecoukmens  j  qu'on  ne  pouvait  l'envifager  fans 
frémir  :  le  Fouis  était  fî-faible ,  qu'on  ne  pouvait 
prefque  pas  le  fentir  :  en  un  mot,  elle  était  comme 
a  l'agonie  {-p). 

Voyant  tous  les  Symptômes  d'une  mort  prochaines 
je  la  fis  mettre  dans  une  Chambre  particulière,  où, 
après  qu'elle  fut  deshabillée,  je  la  fis  laver  par  tout 
le  Cor^j- pour  nettoyer  la  mal-propreté  dont  elle  était 
remplie  j  &  comme  elle  n'avait  ^çXm^  n\  Naufées  ., 
ni  vomiflemens ,  Symptôm.es  qui  n'exiftent  qu'au 
Commencement  de  la  Maladie,  je  n'eus  pasbefoin 
de  lui  faire  prendre  VEmétiquej  mais  je  la  fis  aulïï- 
tôt  frotter  avec  de  la  Glace  ^  &  comme  elle  .était 
plus -forte,  plus-robufte  que  celle  doht  j'ai  parlé 
ci-deiïus ,  je  la  fis  également  frotter  par  tout  le 
Corps j  fans  avoir  aucun  égard  aux  Parties  nobles  \  & 
je  fis  continuer  la  Friction  jufqu'à  ce  que  fon  Corps 
devînt  tout  rouge  ,  qu'^elle  revînt  à  elle-même,  & 
qu'elle  commençât  à  trembler. 

Dès  que  je  vis  le  Succès  que  j'efpérais  de  cette 
Friction  :y  je  la  fiiS  auffi-tôt  eflliyer,  lui  fis  remettre 
une  autre  Ckemife  propre,  &  la  fis  bien  couvrir 
dans  fon  lit,  en  lui  faifanr  en  même  temps  prendre 
une  Infujion  fudorifique  ,  comme  à  la  première. 


[p  )  Obfervez  que  l'on  peut  êae  crn|)efté  depuis  i  jour 
furqu'à  I  î  ,  fans  que  ies  Symptômes  de  la  maladie  fe  nia- 
nifeftent  ;  &  plus  ils  font  de  temps  à  fe  manifefter ,  plus  la 
Maladie  eft  cruelle  :  or,  à  en  juger  par  ce  Clurbon  &  autres 
Signes ,  il  y  avait  au  moins  3  jours  qu'elle  était  tourmentée 
par  tous  ces  graves  Symptômes  ^  &  il  ne  pouvait  lui  refter 
tout  au  plus  que  deux  ou  trois  jours  à  vivre  :  car  fi  ,  depuis 
que  les  Symptômes  graves  fe  font  fi  malignement  manifeftés, 
on  ne  donne  promptement  du  Secours ,  les  Malades  ;it; 
j)euvent  aller  au-delâ  de  É  à  7  joi^rE  îoï!:  au  plus. 


Seconde  Partie.  187 

Apres  quoi ,  fans  faire  fur  fon  Charbon  aucuiîe 
Scarification  j  comme  je  l'ai  déjà,  dit  ci  -  deifiis , 
Dcfcription  des  Signes  externes  ,  je  fis  panfer  ce 
Charbon  2.\'Qc  de  V Onguent  préparé  pour  ce  fujet  [q). 
Se  couvrir  l'Appareil  avec  de  ï Emplâtre  convena- 
ble (r)  :  je  fis  très-fréquemment  appliquer  chaude- 
, dément  au-delfus  de  tout  cet  appareil,  un  Cata-' 
j>lûme  antifeptique  [f]  ,  enfermé  entre  deux  linges 
clairs  ,  après  l'avoir  arrofé  de  Vinaigre  de  Rhue. 
Et  comme  elle  était  plus  agonifante  que  fébricitante, 
je  crus  qu'il  n'était  pas  à  propos  de  lui  faire  appliquer 
VEpithêmej  comme  à  la  première  j  mais  je  lui  fis  ap- 
pliquer les  Epicarpes  ôc  les  Epifpafiiques  plus  fortes 
qu'à  l'ordinaire ,  pour  la  forcer ,  en  q  uelque  forte ,  de 
revenir  à  elle-même  :  cependant ,  on  doit  toujours 
appliquer  VEpithême  j  fi  le  Malade  brûle  de  la  Cha-^ 
leur  fébrile  ,  fur-tout  au  Commencement  de  la  Ma- 
ladie j  après  quoi  je  laiffai  la  Malade  dans  cet  ctac 
pour  quelques  heures  ,  en  lui  faifant  prendre  F//?- 
jujion  fudorifique. 

Le  foir,  voyant  que  la  première  Friction  n'avait 
pas  beaucoup  aidé  à  tous  ces  graves  Symptômes  j  je 
la  fis  réitérer  encore  une  fois  de  la  même  manière, 
ôc  je  la  fis  continuer  aufii  long-temps  que  la  Pre^ 
mierefois;  &  aufii-tôt  que  la  i>fû/<2^d  fut  eifuyée, 
je  la  fis  recouvrir  dans  ion  lit ,  &  je  lui  fis  conti- 
nuer tous  les  Remèdes  internes.  Cependant,  j'ob- 
fervai  que  fon  Corps  j  qui  était  très-fiafque  à  fon 
entrée  dans  l'Hôpital  _,  devenait  déjà  ,  depuis  la  prC' 
miere  Friction  j  un  peu  plus  ferme  :ainfi,  pour  la 
Nuit  J  je  lui  fis  prendre  un  gros  de  Mixtur  Simplic. 


iq)  Voyez  ci-de(Tus  pag.  163  ,  note  lu 
(r)    Voyez  ci-deffus  pag.  164,   note  v. 
[f)  Voyez  ci-delTus  pag.  16^  ,  note  w. 


î  8  8  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mo/cou  j 
en  efpérant  de  provoquer  pendant  la  nuit  la  Tranjt 
piration  ^  ou  la  Sueur  même^  &  après  avoir  fait  re- 
nouveller  le  panfement  du  Charbon  j  l'application 
de  V Emplâtre  fur  l'appareil  &  autres  Remèdes  ex- 
ternes ,  je  la  laifTai  tranquille  pour  toute  la  nuit. 

Le  S  au  matin ,  je  la  trouvai  dans  le  même  Etat  ; 
pourtant  je  fus  très-content  qu'elle  ne  fût  pas  encore 
morte.  Je  fis  à  l'inftant  panfer  fon  Charbon  de  la 
même  manière  que  le  jour  paOTé.  Il  ne  me  donna 
aucun  figne  ni  de  Suppuration  _^  ni  de  Séparation 
d'avec  la  chair  vive.  Je  fis  réitérer  la  Friàion  •  mais 
elle  ne  fut  pas  Ci  Longue  que  le  jour  précédent, 
puifque  je  me  propofais  de  la  réitérer  ce  Jour-là 
plus  fréquemment  que  le  jour  paiTé.  Je  lui  fis  ap- 
pliquer tous  les  B.emedes  externes ,  &  continuer 
l'application  du  Cataplâme  j  en  la  réitérant  chaque 
jour  autant  de  fois  que  je  le  crus  nécefifaire.  Je 
lui  fis  prendre  de  Xinfufioîi  fudorifique  &  de  la 
déco6tion  de  Quinquina  ^  comme  à  celle  ci-deflTus  , 
de  manière  que  ce  jour-là  je' la  fis  frotter  cinq  ou. 
fix  fois  avec  de  la  Glace  j  &  lui  fis  prendre  ,  en- 
tr'auires  Remèdes  j  quelquefois  de  la  Tifane  de  riz 
bien  acidulée  de  citron.  Sa  Boifon  ordinaire  était 
la  même  que  celle  de  la  Première  ci-deflus.  Enfin  , 
après  lui  avoir  fait  prendre  pour  la  nuit  la  Dofe 
ordinaire  de  fon  Sudorifique  ,  je  la  laiirai  pour 
dormir. 

Le  5>  au  matin ,  quoiqu'elle  eût  encore  tous  fes 
graves  Symptômes  j  cependant ,  il  parailfait  un  peu 
de  rougeur  fur  fon  Vifage  &  fur  tout  fon  Corps  ; 
la  Diarrhée^  les  Règles  ôc  ï  Urine  ne  coulaient  déjà 
plus  û- abondamment.  Je  fis  auffi  -  tôt  panfer  fon 
Charbon ,  où  je  trouvai  aufïi  quelques  marques  de 
Suppuration  ,  ainfi  que  de  Séparation  ;  &  à  fon  mi- 
lieu ce  Charbon  était  déjà  un  peu  plus  élevé  j  c'efc~à- 


Seconde  Pank.  î  ?5 

«lire  ,  plus  gonflé  ,  ce  qui  eft  un  Pronojlïc  cîu  com- 
mencement de  la  Suppuration  &  de  la  Séparation 
de  cet  endroit  ou  le  Charbon  commence  à  gon- 
fler. Enfuite ,  je  la  fis  frotter  avec  de  la  Glace  ^ 
comme  ci-defTus  j  je  lui  fis  prendre  tous  {qs  Re- 
mèdes [mêmes ,  ainfi  que  la  Tifane  ^  ôc  fur-tout  je 
lui  fis  réitérer ,  tant  qu'il  fut  nécelfaire  ,  l'appli- 
cation du  Cataplâme.  Ce  jour  je  la  fis  encore  frot- 
ter plujieurs  fois  comme  le  jour  précédent.  Ainfi , 
elle  avait  pafTé  ce  jour ,  ce  qui  me  fit  concevoir 
VEfpérance  qu'elle  furpalferait  fa  Maladie.  Et  après 
lui  avoir  fait  prendre  le  foir  fon  Sudorifique  ^  & 
renouveller  V Appareil  fur  le  Charbon  ^  ôc  autres 
Remèdes  externes  ,  je  la  laifïài  pafTer  la  Nuit  dans 
cet  Etat. 

Le  I G  au  matin  ,  je  la  trouvai  encore  en  meil-» 
leur  Etat  j  je  lui  fis  panfer  aufil-tôt  fon  Charbon ,  de 
je  trouvai  qu'il  y  avait  déjà  beaucoup  de  Suppura- 
tion j  ôc  qu'il  commençait  à  fe  détacher  tout  au- 
tour. Enfuite  je  la  fis  frotter  avec  de  la  Glace  autant 
de  fois  que  le  jour  paffé ,  mais  chaque  fois  plus- 
légèrement.  Je  lui  fis  continuer  tous  {es  Remèdes 
internes ,  ainfi  que  la  Tifane ,  ôc  lui  fis  réitérer 
très-fréquemment  l'application  du  Cataplâme.  C'eft 
ainfi  qu'elle  pafia  ce  jour.  Pour  la  Nuit  je  lui  fis 
prendre  fon  Sudorifique  ^  renouveller  V Appareil  ôc 
autres   Remèdes  externes ,  ôc  je  la  laifiai  dormir. 

Le  1 1  au  matin  ,  je  trouvai  que  tous  ces  graves 
Symptômes  étaient  encore  plus -affaiblis  ,  qu'elle 
avait  un  peu  fué  pendant  la  nuit.  Ce  jour-là  je  fis 
tout  ce  que  j'avais  fait  le  jour  paffé  ,  tant  exté- 
rieurement qu'intérieurement,  à  l'exception  que 
je  ne  la  fis  plus  frorrer  que  quatre  foisj  ôc  très-lé- 
gérement.  Je  lui  fis  prendre  un  peu  plus  de  Nourriture 
peur  provoquer  un  peu  fes  forces.  Je  lui  fis  pren- 


15)0        Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou  ^ 

dre  pour  la  nuit  la  même  dofe  de  Mixtur.  Simptk, 

Je  fis  renouveller  l'appareil  fur  le  Charbon  &  au-> 

très  Remèdes  externes  ,  ôc  la  laiiTai  pafTer  ainfi  la 

A^uit. 

Le  1 1  au  marin ,  je  la  trouvai  encore  en  meil- 
leur Etat  y  fes  Symptômes  étaient  encore  devenus 
moindres,  &  elle  avait  moins  de  Faiblejfe ;  fon 
Charbon  était  entièrement  détaché  ^«roi^/'(5(:  très-élevé 
au  Milieu  •  elle  avait  beaucoup  fué  cette  Nuit  là  ; 
elle  pouvait  alors  refter  un  peu  alîife  dans  fon  lit. 
Je  lui  fis  prendre  tous  fes  Remèdes  ordinaires ,  & 
d'heure  en  heure  un  gros  de  Quinquina  en  fubftance. 
Je  lui  fis  prendre  plus  de  Nourriture  ;  je  fis  ajouter 
à  fa  BoiJJbn  ordinaire  un  peu  plus  de  F^in  ^  pour 
accélérer  le  rétablilTement  de  fes  forces  ;  je  lui  fis 
réitérer  très-fréquemment  l'application  du  Cata^ 
-plâme.  Je  ne  la  fis  frotter  que  trois  fois  ce  jour 
&  très-légerement  j  &  pour  la  Nuit  j  je  la  fis  frot- 
ter fimplement  avec  un  Linge  trempé  dans  de  VEau 
froide  un  peu  acidulée  de  vinaigre.  Après  cela ,  je 
lui  fis  prendre  le  Sudorifique^  renouveller  V Appa- 
reil &  autres  P^emedes  externes ,  &  je  la  lailTai  en 
cet  Etat. 

Le  13  au  matin,  je  trouvai  qu'elle  reprenait 
plus  de  Forces ,  que  fa  Couleur  naturelle  revenait , 
qu'elle  avait  fué  très-abondamment  la  Nuit  palTée , 
que  fon  Charbon  ne  lui  caufait  prefque  plus  de 
Douleur  j  qu'il  fuppurait  très-bien ,  &  fe  détachait 
de  plus  en  plus.  Ce  jour,  je  la  fis  encore  frotter 
trois  fois  j  Ôc  très-légerement.  Je  lui  fis  prendre 
le  Quinquina  j  un  peu  plus  de  Nourriture  j  un  peu 
pkis  de  Finj  &c.  Je  lui  fis  continuer  l'application 
du  Cataplâme  ;  &  pour  la  Nuit^y  je  la  fis  encore  frotter 
de  la  même  manière  que  le  foir  précédent.  Et  après 
lui  avoir  fait  prendre  la  même  dofe  de  Mi\'tur. 


Seconds  Partie,  15)1 

SlmpUc.  j  renouveller  l'appareil  far  lé  Charbon  Se 
autres  Remèdes   externes  ,  je  la   laiirai  dormir. 

Le  I  4  au  matin ,  je  la  trouvai  en  Etat  de  pou- 
voir fe  lever  ^  fa  Couleur  naturelle  était  prefque 
revenue;  elle  avait  alfez  à' Appétit  ;  fon  Charbon 
avait  encore  donné  plus  de  Suppuration ,  à  l'excep- 
tion de  (ox\  Milieu  ^  d'autant  qu'il  était  très-pro- 
fondément enraciné.  Je  la  Rspanfer  à  l'ordinaire  ^ 
lui  fis  très-fûuvent  renouveller  l'application  du  Gz- 
îaplâme ,  lui  fis  prendre  tous  (qs  Remèdes  oiàinûïts  j, 
Se  de  la  Nourriture  conformément  à  fon  Appétit, 
Le  foir  je  ne  la  lis  frotter  c^' une  fois  de  la  même 
manière  que  les  Soirs  précédents ,  &  je  la  laiifai 
aind  dans   (on   lit. 

Ce  jour-là  même  on  m'amena  encore  fur  les 
dix  heures  du  matm  un  autre  Malade  que  je  jugeai 
à  propos  de  faire  frotter  avec  de  la  Glace  j  ce  que 
|e  fis ,  comme  on.  peut  voir  ci-deffous  dans  la  Def- 
cription ,   Qhfervation  IIL 

Le  1 5  au  matin,  voyant  que  tous  les  Symptô-' 
mes  qui  avaient  menacé  cette  Femme  de  la  mort 
étaient  entièrement  pifTés ,  je  ne  lui  fis  plus  rien 
prendre  ce  jour-là  &c  les  fuivants  que  du  Quinquina^ 
&  même  rarement.  Je  lui  fis  donner  des  Alimens 
plus  nourrilfants  j  en  faifant  panfer  fon  Charbon 
tous  les  matins,  &  renouveller  l'application  du  Ca- 
taplàme  de  temps  en  temps ,  jufqu'à  ce  que  la  Chair 
morte  du  Charbon  fût  tout-à-fait  détachée  &  tom- 
bée de  fon  endroit.  Car  ,  alors  il  ne  refle  plus  rieîi 
à  faire  pour  chaque  Pejuféré  que  de  cicatrifer  les 
Plaies, 


s^^M 


ï^z        Mcmoire.  far  la  Pjtjlc  de.  Mojcou  y 


I  I  I. 

Observation  fur  les  Expériences  des 
Fritlions  Glaciales ,  qui  eft  la  féconde 
dans  r Hôpital  du  Monajîerc  Synio- 
nowsky. 


Le  14  à'Aoûtjy  à  10  heures  du  matin  ,  arriva 
du  Collège  de  Revilion  un  Ecrivain  âgé  de 27  ans, 
d'une  ftature  ordinaire  ,  d'une  conftitution  forte , 
d'un  tempérament  mélancolique  &:  déjà  fort-abattu 
par  la  Violence  des  premiers  Symptômes  j  qui  étaient 
très-graves ,  &  par  lefquels  la  Pejle  s'était  déclarée. 

A  fon  entrée  dans  V Hôpital ^  je  le  vifitai  dans  la 
Chambre  deftinée  à  ce  fujet  (  r  ) ,  &  je  trouvai  par 
tout  fon  corps  grand  nombre  de  Pétéchies  qui  com- 
mençaient déjà  k  confluer  en  plufieurs  endroits,  &r 
qui ,  un  peu  plus  tard ,  auraient  immanquablement 
produit  fur  Ion  corps  plufeurs  Charbons ,  &  lui 
auraient  certainement  caufé    la  mort. 

De  plus  5  il  avait  fur  la  nuque  un  Charbon  beau- 
coup plus-grand  que  la  Paume  de  la  main,  &  très- 
profondément  enraciné  dans  la  Chair  [u).  Il  avait' 


[t)  Voyez  ci-defTus  la  11^.  Obfervation,  note  o. 

(u)  Ce  Charbon  éraic  fi  profondément  enraciné  dans  la 
chair,  cjue  loiTqu'il  fut  détaché  &  tombé  de  fon  endroit, 
on  voyait  à  découvert  toutes  les  Epines  yenébrjiles  du 
Cou. 

encotc 


seconde  Partie'.  i^j^ 

eitcore  un  autre  Charbon  dansi'hypocondre  gauche, 
qui,  quoique  plus-petit  que  le  premier,  était  pour- 
tant prefqu'aulll-graiid  que  la  Paume  de  la  main. 
Son  Po///j  était  très-faible ,  inégal,  tantôt  fréquent, 
tantôt  difparaifiantfoiis  la  preflion  du  doigr.  Son 
Vïfagc  était  très-pale,  il  avait  la  Diarrhée  (  v)  •  tout 
fon  Corps  était  tremblant  j  il  était  prefque  conti- 
nuellement alfonpi  ;  il  ne  répondait  à  aucune  des 
Quefiïons  que  je  lui  fiifais  \  il  n'avait  ni  Vomïffe- 
ment  ni  Naufee  ;  il  était  déjà  comme  agonifant, 
d'où  je  conclus  que  la  Maladie  s'était  déclarée  il  y 
avait  plu/leurs  jours  j  en  un  mot ,  il  avait  tous  les 
Symptômes  mortels. 

Voyant  cq  Malade  dans  un  fi-pitoyable  Etat^  je 
le  fis  à  i'inftant  mettre  dans  la  Chambre  où  était  la 
Femme  à  laquelle  j'avais  fait  faire  les  Friclions  Glacia" 
lesj  enfuite  je  le  fis  deshabiller  &  laver  tout  fon  Corps 
avec  de  VEau  pure  ,  ce  qui  me  fit  encore  beaucoup 
mieux  voir  la  quantité  &  la  confluence  de  {qs  Pété^ 
chics.  Je  fis  panfer  fes  Charbons  avec  le  même  O/z- 
guent  ôc  de  la  même  manière ,  qu'à  la  Femme  (w)  ' 
fans  faire  aucune  Scarification  ;  après  les  avoic 
panfés  ,  je  le  fis  promptement  frotter  avec  de  la 
Glace  j  &  comme  il  était  alTez-fort  de  conftitution 
&  afièz-robufte ,  je  le  fis  également  frotter  par  tout 
le  corps ,  comme  l'autre  Femme  j  c'eft-à-dire  ,  fans 
avoir  aucun  égard  aux  Parties  nobles.  Je  le  fis  frot- 
ter jufqu'à  ce  que  fon  Corps  devînt  tout  rouge  ,' 
■  &  qu'il  commençât  à  fenrir  le  Froid j  &  à  trembler; 
alors  je  le  fis  elfuyer  j  &  comme  les  Pétéchies  étaient 


(v)  V^oyez  flans  le  m'.  §.  de  cette  même  Partie,  note  i, 
Se  dans  le  xiii^.  note/! 

(w)  Voyez  dans  rObfervation  ii%  des  Expériences  des 
Frictions  Glaciales,  pag.  187,  note  ^. 

N 


ï  5^4        Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou  ^ 

très- noires  &  très -difperfées  par  tout  le  Corps; 
pour  taciliter  en  ce  cas  la  Correction,  du  fang  déjà 
prefque  entièrement  dégénéré  par  la  Putrïdité ;  Se 
pour  empêcher  les  Pétéchies  de  confluer  davan- 
tage ,  je  jugai  qu'il  ne  ferait  pas  hors  de  propos 
d'envelopper  mon  Malade  tout  nu  dans  un  drap 
de  Ut  bien  trempé  de  vinaigre  :  ce  que  je  fis.  Après 
quoi  je  le  lis  recouvrir  dans  le  lit. 

Mais ,  comme  je  vis  que  ,  quoiqu'il  n'eût  ni 
yomijfement  ni  Naufée  _,  fon  ventre  était  plein  ÔC 
dur  ,  je  lui  fis  prendre  une  prife  d'E  me  tique  {x) , 
qui  opéra  très-bien.  Il  rendit  beaucoup  de  matière 
verdâtre.  Après  quoi  je  lui  fis  appliquer  fur  les 
Charbons  j  pendant  la  journée ,  un  Cataplàme  an- 
tifeptique  (j')  aufîi  fouvent  qu'il  fut  néceffairej  & 
je  lui  fis  prendre  de  XInfufion  de  fauge ,  de  char- 
don-béni  &  de  fcordium  ,  de  même  que  de  la  Dé- 
çoUion  de  quinquina  avec  le  fyrop  de  quinquina , 
comme  aux  autres^  &  pour  Boijjon  ordinaire  de 
l'eau  acidulée  d'EJprit  de  Kitriol ,  jufqu'à  un  agréa- 
ble goût. 

A  3  heures  après  midi ,  je  lui  fis  faire  une  fe^ 
conde  friction  avec  de  la  Glace  Aq  la  même  manière 
que  la  première  ,  &:  après  la  Friction^  il  fut  enve- 
loppé dans  le  même  drap  qu'auparavant:  je  lui  fis 
continuer  l'application  du  Cataplàme  fur  les  char- 
bons ,  lui  fis  prendre  tous  £qs  Remèdes  internes, 
&  la  tout  fut  continué  jufqu'au  foir. 

Le  foir ,  je  lui  fis  faire  une  troifieme  friction 
de  la  même  manière,  je  lui  fis renouveller  les^/7- 
pareils  fur  les  Charbons  j  lui  fis  applicjuer  les  Epi^ 


(x)  Voyez  ci'deffus  pag.  i-^g  ,  note  /,  n".  i". 
(jy  )  Voyez  dans  i'Obfervation  ii^.  «les  Expériences  des 
Ffii^ioBs  Glaciales,  pag.  164,  note  f* 


Seconde  Partit»  ip^ 

Cûfpes  [\)  i  &:  les  Epifpafliques  [a)\  je  le  fis  en- 
velopper dans  le  même  drap  de  nouveau  trempé 
dans  le  vinaigre ,  lui  fis  prendre  un  gros  de  Mixeur» 
Simplx.  dans  l'infufion  ci-defTus,  &c  le  laifTai  dani 
cet  Etat, 

Le  1 5  au  matin  ,  je  le  trouvai  dans  le  même 
Etat  ;  pourtant  les  Pétéchies  n'avaient  pas  conflué 
davantage  ,  &  leur  Couleur  noire  me  parut  un  peu 
plus  rougeâtre  j  je  fis  à  l'inftant  panfer  £qs  Char-> 
Sons  j  où  je  vis  aullî  un  petit  changement ,  après 
cela  je  lui  fis  aufîi-tôt  faire  la  Friction  avec  de  la 
Glace  j  de  la  même  manière  que  le  jour  palTé ,  ôc 
ayant  taiteïTuyer  fon  Corps ,  je  le  fis  envelopper  dans 
le  drap  de  la  même  manière  qu'auparavant,  je  lui 
fis  continuer  TApplication  du  Cataplâme  ^  6c  lui 
fis  prendre  la  même  Infujion  j  la  même  Décocilort 
de  quinquina,  &  la  même  Boijfon  ordinaire  que 
le  jour  palTé.  De  plus,  je  lui  fis  prendre  entr'au* 
très  Remèdes  ^  de  la  Tifanc  de  riz  ,  bien  acidulée  , 
comme  aux  autres. 

Je  lui  fis  faire  ce  jour  quatre  fois  la  Frlcilon^ 
en  réitérant  chaque  fols  l'enveloppe  du  drap  nouvel* 
lement  trempé  de  vinaigre  ,  ôc  pour  la  nultj  je  lui 
fis  renouveller  les  appareils  fur  les  Charbons  j  l'en- 
veloppe du  drap  de  nouveau  trempé ,  &  lui  fis  ap" 
pliquer  les  autres  Remèdes  externes,  lui  fis  prendre 
la  Dofe  ordinaire  de  Mixeur.  Slmpllc.  ^  ôc  le  laiffal 
tranquille  dans  fon  lit. 

Le  I  (j  au  matin  ,  quoique  les  Symptômes  ne 
fufient  pas  fort-évidemment  changés,  cependant, 
Iq%  Pétéchies  me  donnèrent  d'aifez-bonnes  Marques; 


(f  )  Voyez  dans  rObfervation  i*".  des  EïpérienCes  dè# 
Friftions  Glaciales,  pag.  177,  note  b. 

ia)  Voyez  au  même  endroi:,  pag,  177 ,  note  c. 

Nij 


1.^6  Mémoire  fur  la  Pejîe  de  Mofcou  ^ 
car  elles  étaient  par  tout  le  Corps  devenues  bîca 
rougeâtres  ,  &  mcme  leur  Milieu  _,  qui  eft  toujours 
très-noir,  était  déjà  tout-à-fait  rouge.  Il  commença 
à  parler  plus  intelligiblement  j  il  n'était  plusfi-ac- 
cablé  de  Faiblejje  que  les  jours  palTés ,  fon  Pouls 
était  plus-fort ,  fon  Vifage  était  plus-rouge.  Je  fis 
premièrement  panfer  fes  Charbons  j  comme  à  l'or- 
dinaire; après  cela,  je  lui  fis  faire  ï-x  Friction  avec 
jde  la  Glace  ,  de  la  même  manière  que  leyo/^r  palTéj 
le  fis  envelopper  dans  le  même  drap  qu'auparavant, 
lui  fis  réitérer  toute  la  journée  l'application  du  Ca- 
taplàme ,  comme  ci-deiTus  \  continuer  tous  fes  i?d- 
medes  externes,  &  la  BoiJJon  ordinaire,  ainfi  que 
la  Tifane  j  &  appliquer  les  mêmes  Epicarpes  ,  & 
Epifpajiiques.  Je  le  fis  frotter  ce  jour  quatre  fois  ; 
après  quoi  je  lui  fis  prendre  pour  la  nuit  fon  Sudori^ 
fique  ^  &  l'ayant  fait  envelopper  dans  le  drap  trempé 
comme  à  l'ordinaire  ,  renouveller ,  les  appareils  fur 
les  Charbons ,  &  autres  Remèdes  externes  ,  je  le 
lailfai  dormir. 

Le  1 7  au  matin ,  je  trouvai  tous  fes  Symptômes 
graves  encore  plus  calmés.  Toutes  les  Pétéchies  ne 
paraifiaient  plus  que  comme  des  taches  de  Fièvre 
pourprée,  &  il  avait  plus  de  Forces. 

Je  lui  fis  à  rinffcant  panfer  fes  Charbons  j  &  je 
vis  qu'ils  commençaient  déjà  à  donner  des  marques 
de  Suppuration  ,  &:  parailTaient  à  leur  contour  vou- 
loir fe  détacher  de  la  chair  vive  ;  j'augurai  par 
tous  ces  Signes  j  qu'il  furpafierait  la  Maladie. 

Voyant  un  tel  changement  dans  les  Symptômes, 
je  ne  le  fis  que  très-légerement  frotter  avec  de  la 
Glace  _,  je  le  fis  envelopper  dans  le  drap  trempé 
comme  à  l'ordinaire,  renouveller  les  Bemedes  ex- 
ternes, continuer  l'application  du  Cataplâm.e^  épren- 
dre ies  Remèdes  internes ,  la  Tifane  j  &  ia  BoiJJon 


Seconde  Partie.  157 

a  l'ordinaîre  :  de  plus,  je  lui  permis  de  manger  un 
peu  de  Pomme  cuite ,  de  de  prendre  un  peu  de 
ton  vin. 

L'après-midi ,  je  le  fis  frotter  encore  une  fols  de 
la  même  manière  ,  ainiî  qu'au  foir  même  pour  la 
troijîeme  fois  ^  ôc  l'ayant  fait  envelopper  dans  le 
f/rt7/7  à  l'ordinaire  ,  renouveller,  \qs.  Appareils  fur 
les  Charbons  _,  &  autres  Remèdes  externes ,  je  lui 
£s  prendre  la  même  dofe  de  Mixtur.  Slmplic.  ôc 
le  lailTai  ainfi  dormir. 

Le  1 8  au  matin  ,  je  le  trouvai  encore  beaucoup 
mieux,  fes  Symptômes  graves  n'étaient  prefque  plus 
rien  ,  à  l'exception  de  la  Faiblejfe.  Les  Pétéchies  ne 
parailîaient  prefque  plus ,  lînon  fur  les  parties  du 
Corps  les  plus  charnues.  Je  lis  à  l'inftant  panfer 
fes  Charbons ,  qui  donnaient  auffi  toutes  les  marques 
d'un  heureux  PronoJUc  ;  je  le  fis  frotter  avec  de  la 
Glace  ,  de  la  même  manière  que  le  jour  pafiTé  ,  & 
continuer  l'application  du  Cataplâme^  fans  l'enve- 
lopper dans  le  drap  trempé  de  vinaigre,  à  l'excep- 
tion des  parties  du  Corps  où  les  Pétéchies  me  paru- 
rent être  encore  noires  ;  je  lui  fis  continuer  tous 
fes  P.emedes  ïnttï.nQS  ^  ôc  fur-tout  le  Quinquina  •  lui 
fxS  m.anger  un  Potage  au  riz  avec  du  Poulet ,  mais 
toujours  acidulé  de  citron ,  ôc  même  je  lui  permis 
ce  jour-là  de  manger  un  peu  de  Poulet^  ôc  de  boire 
un  verre  de  bon  vin. 

Le  foir  ,  je  le  fis  frotter,  pour  la  féconde  fols,  de 
la  même  m.aniere  ,  ôc  pour  la  Nuit ,  je  le  fis  encore 
envelopper  dans  le  drap  trempé  de  vinaigre ,  de  peur 
que  les  Pétéchies  ne  reparuflent ,  ôc  après  lui  avoir 
fait  renouveller ,  les  Appareils  fur  les  Charbons ,  Ôc 
autres  Remèdes  externes,  je  lui  fis  prendre  fon 
Sudorifique ,  ôc  le  laiiTai  ainfi  pour  la  nuit. 

Niij 


ïp8        Mémoire  fur  ta  Pejle  de  Mofcou. 

Le  1 9  au  matin  ,  je  le  trouvai  levé  j  il  fe  pro- 
menait dans  la  Chambre  ;  il  n'avait  plus  aucune  ap- 
parence de  Symptômes  graves  :  il  avait  très-abon- 
damment fué  la  Nuit  paiTée.  Toutes  les  Pétéchies 
étaient  difparues.  Il  ne  reftait  plus  que  quelques  Pe^ 
tites  Taches.  En  un  mot,on  pouvait  le  regarder  comme 
guéri*  parce  qu'auflî-tôt  qu'un  P^/Zi/èr/a  furpafTé 
tous  \qs  Symptômes  graves  ,  il  eft  guéri  :  puisqu'il 
ne  lui  refte  plus  alors  qu'à  attendre  la  Confolidation 
^QS  plaies  des  Signes  externes  ,  foit  des  Bubons  ^  foie 
des    Charbons. 

Je  fis  donc  à  l'inftant  panfer  fes  Charbons ,  qui 
avaient  encore  beaucoup  fuppuré ,  qui  étaient  déjà 
bien  féparé  de  la  chair  vive ,  &  dont  le  Milieu 
était  très-élevé  \  je  lui  fis  de  temps  en  temps  con- 
tinuer l'application  du  Cataplâme  ,  prendre  le 
Quinquina  en  fubftance  ,  &  lui  permis  aulli  de 
prendre  à  dîner  plus  de  Nourriture  ,  &  un  peu  plus 
de  vin. 

Le  foir  ,  je  le  fis  très-légerement  frotter  avec  de 
la  Glace  ^  &  le  laiiTai  pafier  \inuit  fans  l'envelopper  , 
ni  lui  faire  rien  prendre  intérieurement. 

Le  20  au  matin ,  je  le  trouvai  encore  en  meilleur 
Etat.  Ainfi ,  voyant  l'heureux  fuccès  ,  je  ne  fis 
plus  rien  ce  jour-là  ,  ni  les  fuivants ,  que  de  le  bien 
nourrir ,  de  lui  donner  plus  de  vin  ,  pour  reftaurer 
fes  forces  ,  de  lui  faire  prendre  de  temps  en  temps 
le  Quinquina ,  pour  provoquer  de  plus  en  plus  la 
Suppuration  dans  (qs  charbons  ,  &  pour  accélérer 
leur  totale  Séparation  de  la  chair  vive. 

Après  que  ces  deux  Sujets  eurent  repris  plus  de 
forces  ,  quoique  leurs  Charbons  ne  fufïènt  pas 
encore  tout-à-fait  féparés  de  leur  endroit  ,  je  [qs. 
fis  préfenter  à  Messieu:\s  les  Médecins ,  /.  Jac» 


Seconde  Partie.  1 9.^ 

Lerche\  Confeiller  ,  Médecin  ôc  Phyficien  de  Saint 
Pétersbourg  (  A  )  j  Schafonsky  ,  Confeiller  ,  Méde- 
cin «Sj  Phyiîcien  de  Mofcou  ,  èc  Lado ,  Médecin- 
Praticien  à  Mofcou. 

Ces  Messieurs  étaient  exprès  venus  pour  voir 
ces  flânes  monftrueux  de  la  Pejîe  ,  &  le  fuccès  des 
Expériences  des  Friclions  Glaciales  (  c  ).  Aufîi  bien 
queMoNSiEUR  Yaguélsky^  Médecin,  &  Monsieur. 
Gravé,  Chirurgien-Major,  qui  étaient  auprès  de 
Son  Exe.  le  Général  de  Yéropkin  ,  pour  viiiter  les 
Hôpitaux  Fejliférés. 

Ces  Messieurs  les  vifiterent  très-fouvent ,  juf- 
qii'à  ce  que  leurs  Charbons  fuifent  tout-à-fait  fépa- 
rés  ôc  tombés  de  leur  endroit. 

Ce  font  autant  de  Faits  réels  ,  par  lefquels  je 
puis  me  flatter  d'avoir  fauve  la  vie  a  ces  Trois  in- 
dividus ,  qui  étaient  tout  prêt  de  mourir ,  lorfqu'ils 
font  tombés  entre  mes  mains  \  fans  parler  de  plu- 
fleurs  autres ,  fur  lefquels  j'ai  employé  cqs  Friclions 
Glaciales  ,  avec  le  plus  grand  fuccès ,  de  dont  je 
parle  dans  la  fuite  de  Mon  Ouvrage  (d).  Je  me 
féliciterai  donc  déformais  de  la  Satisfaclion  que  je 
reflens  d'être  en  Etat  de  communiquer  à  Toutes  les 
Savantes  Sociétés  ,  Ce  Nouvel  Accefïbire  à  la 
Médecine.  AccefToire  fi  utile  au  genre-humain  ,  & 
dont  l'Europe  entière  fera  redevable  à  Catherine- 
1  a-Grande. 


[b)  Voyez  ci-defTus  dans  le  xxvii*.  §.  de  la  Première 
Parrie  ,  note  k. 

[c)  Ancipeftilentiale  CATHARiNifi  II.  Voyez  ci-deflus 
pag.  168  j  note  g. 

(  d)  Voyez  le  xiii*.  §.  de  cette  même  Partie  ,  &  dans 
Mon  Mémoire  fur  l'Inoculation  de  la  Pefte  ,  imprimé  à 
Srrafboutg,  le  viiiS  §,  pag.  zi,  noce  s. 

N  iv 


\ 


ioô       Mémoire  fur  la  Pejle  dé  Mofcouj 


lfc«»iwvaBjjtya 


Observations  Particulières  fur  la 
Néceffité  &  r Utilité  de  /'Inoculation  de 
la  Peûe, 


V^  o  M  M  E  cette  Madère  eft  aulîi  importante  que 
nouvelle ,  pour  que  mes  Lecteurs  ne  foient  pas 
étonnés  de  l'Annonce  même  d'une  telle  Propoji-' 
tion  j  ou  ,  pour  mieux  dire  ,  d'une  telle  Invention  , 
j'ai  donné  féparément  un  Mémoire  Complet  à  ce  fu- 
jet  (  e).  J'y  ai  démontré  V Utilité  &  la  très-grande 
NéceJJité  d'une  telle  Inoculation  ,  fur  -  tout  pour 
ceux  qui  doivent  abfolument  être  auprès  des 
Malades  Pejliférés.  Pulfque  je  démontre  dans  la- 
Premiere  Partie  de  Mon  Ouvrage  ,  qu'il  eft  très- 
certain  ,  par  ce  qu'on  a  obfervé  dans  la  Pejle  qui 
ravagea  Mofcou ,  &  par-tout  ailleurs ,  qu'elle  n'at- 
taque jamais  aucun  Individu  ç^iune  fois  dans  fon 
Cours  d'invafîon  ^  par  conféquent,  celui  qui  aura 
une  fois  tout-à-fait  furpalTé  cette  Cruelle  Maladie  ,  ^ 
ne  devra  jamais  craindre  d'en  être  attaqué  une  féconde 
fois. 

De  plus ,  j'y  ai  expofé  les  Raifons  qui  m'ont  fait 
croire,  ayant  été  moi-même  trois  fois  empefté  (/), 


{e)  Voyez  3fon  Méi loire  fur  l'Inoculation  de  la  Pefte, 
6êc.  imprimé  à  Strafboujg  en  ly&Xé 

[f)  Je  donne  â  ce  fujet  le  Détail  le  plus  circonftancié 
(dans  le  XXI^.  §.  de  la  Première  Partie,  ainfi  que  dans  le 
Viii^.  §.  de  Jllon  Mémoire  fur  Tlnoculation  de  la  Pefle , 
&c.  pag.  %i  j  &  dans  M*  Leiire  à  l'Académie  des  Sciences, 


Seconde  Partie.  ioï' 

^ue  cette  Inoculation  eft  très  -  nécefTaire  dans  ces 
circonftances. 

•  J'y  ai  démontré  aiilîî  que  nous  fumes  pour  alnfi 
dire  inocules ,  M.  le  Médecin  Pogorétsky  3c  Moi  ; 
6c  fi  je  prétens  que  j'ai  été  inoculé ,  c'eft  par  la 
Ruifon  qu'étant  obligé  de  faire  chaque  fois  Vln- 
cijion  fur  les  Bubons  ,  mes  doigts  étaient  tou- 
jours fales  du  Pus  qui  en  fortait ,  lorfque  je  les 
prellais. 

Secondement ,  comme  après  avoir  fait  une  telle 
Incijion  ,  quoique  j'euffe  foin  de  bien  nettoyeif 
mon  Bijlouri  j  Lancette ,  je  la  portais  toujours  fur 
moi  5  avec  les  autres  Injlrumens  ^  n'y  a-t-il  pas 
lieu  de  croire  que  c'était  un  autre  moyen  à' Ino- 
culation f"  Je  conviens  que  ce  n'était  pas  une 
véritable  Inoculation  ,  puifqu'il  n'y  avait  aucune 
Incijïon  de  la  peau  j  aufli  dis  -  je  une  efpece  d'//20- 
culation. 

De  plus  ,  M.  le  Médecin  Pogorétsky  ,  qui  foî- 
gnait  les  PeJIiférés  dans  un  de  nos  Hôpitaux ,  y 
ayant  été  empefté  ,  iir  rapport  à  la  CommiJJion 
contre  la  Pefie ,  fur  la  manière  dont  il  avait  été 
empefté.  11  fuppofe  que  ce  fut  au  moyen  d'un 
appareil  à' une  Plaie  peftilentielle  qui ,  s'étant  trouvé 
attaché  à  un  Talon  de  (qs  fouliers  ,  fans  qu'il  s'en 
fut  apperçu  ,  lui  avait  comm.uniqué  le  venin  de.  la 
Pejle.  Ne  peut-on  donc  pas  conclure  que  ce  ne  fuc 
autre  chofe  que  cette  efpece  à' Inoculation  qui  nous 
caufa  tous  ces  légers  Symptômes  que  nous  eûmes 
le  bonheur  de  furpafler  (^). 

Ar:s  &  Belles-Letries  de  Dijon  ,  £:c.  pap.  ç  3  ,  où  je  démoncre 
que  la  Pcjle  ne  nous  attaque  qu'une  feule  fois  dans  fou  cours, 
Sec. 

{g)  Voyez  C.  de  Mertens  ,  Obfervat.  Medic.  4e  Febribé 
Putrid.  de  Pelle,  &c.  pag.  ^j. 


loi        Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou. 

Or ,  fi  nous  confldérons  bien  que  le  Pus  parfai- 
tement purifié  par  Suppuration ,  dans  les  Indivi- 
dus empeftés ,  eft  toujours  d'une  Bénignité  parti- 
culière ,  comme  il  eft  très-certain  (  A  )  j  ne  doit-on 
pas  conclure  de  là  que  le  Venin  même  de  la  Pejle 
doit  être ,  dans  ceux  qui  feraient  inoculés,  d'une  na- 
ture moins  dangereufe  ?  & ,  s'il  eft  d'une  telle  Bé- 
nignité ,  ne  doit-on  pas  alors  le  comparer  au  Pus  de 
la  Petite  Vérole  dont  on  fe  l'ert  pour  ï Inoculation  ? 

Ainfi ,  fi  nous  avons  été  comme  Inoculés  ,  ne 
doit-on  pas  conclure ,  avec  quelque  certitude  ,  que 
le  même  venin  de  la  Pejle  ,  déjà  préparé  dans  un 
Individu ,  ne  doit  être  confidéré  que  comme  le  Venin 
dans  le  Pus  parfaitement  préparé  pour  V Inoculation. 
de  la  Petite  Vérole ,  &:c. 

C'eft  pourquoi  j'efpere  encore  y  avoir  démontré 
que,  pour  cette  Inoculation,  il  faut  abfolument  pren- 
dre du  Pus  d'un  Bubon  parfaitement  fuppuré ,  & 
fi  cette  Inoculation  a  le  fuccès  qu'on  en  peut  atten- 
dre ,  ne  ferait  -  il  pas  alors  très  -  utile  d'effayer 
aulli  V Inoculation  avec  du  Pus  d'un  Charbon  ?  mais 
qui  foit  déjà  fufïîfamment  fuppuré,  puifque  ,  avant 
une  parfaite  Suppuration  d'un  Charbon  ,  de  même 
que  d'un  Bubon  ,  le  Pus  eft  toujours  très  -  acre  , 
très- virulent,  &c. 

En  un  mot,  j'ai  détaillé  fort  au  long  ,  dans  Ce 
Mémoire  Particulier  ,  que  j'avafis  deffein  d'expo- 
fer  aux  Lumières  des  Savans  de  l'Europe ,  les  Raifons  , 
les  Circonftances ,  la  Néceflité ,  l'Utilité  ,  &  la  Mé- 
thode même  de  Cette  Inoculation. 


(h)  Voyez  l'article  I*^  dans  le  vu*.  §.  de  cette  même 
Partie  ,  &  dans  Mon  Mémoire  fur  l'Inoculation  de  la  Pefte  » 
ficc.  imprimé  à  Straft)ourg  en  178a  ,  pag.  itf ,  17  &  iS. 

Fin  de  la  Seconde  Partie^ 


MÉMOIRE 

X  SUR 

LA  PESTE   DE  MOSCOU, 
En    lyyt. 


TROISIEME    PARTIE. 

Moyens  les  plus  fûrs  pour  fe  garantir 
de  la  Fcjie  ,  en  quelque  lieu  que  ce 
[oit, 

§.    I". 

Xj es  Auteurs  les  plus-anciens  ne  connaifTaient 
d'autres  Préfervadfs  de  la  Pefte  ,  que  la  fuite  ,  ce 
qui  fe  pratique  encore  en  Moldavie,  en  ValacKie  {a),' 
&  même  dans  les  contrées  de  la  Turquie  les  plus-in- 
térieures, M.  RuTZKY ,  un  de  mes  Compatriotes  , 
d'abord  Chirurgien  d'un  Régiment  dans  l'Armée 
contre  les  Turcs  ,  puis  Médecin  ,  &  Juré  Accou- 
cheur à  Mofcou ,  la  Capitale,  rejette  ce  moyen. 


(<»}  Voyez  ci-defîus  le  xi%  $.  de  la  Première  Farcie. 


Z04  Memôife  fur  la  Pejle  de  Mofcou  ^ 
dans  une  Dijfertation  élégante  ,  qu'il  a  donnée 
fur  h  Pejle  [h)  y  il  s'appuye  fur  un  PalTage  d'An- 
SRoiSE  Parée,  que  voici  :  «  Les  plus-opulents, 
3'  dit  cet  Auteur  ,  le  Magiftrat  même ,  ôc  ceux  , 
»  qui  ont  quelqu' Autorité  dans  le  Gouvernement , 
3>  s'abfentent  ordmairement  les  premiers,  de  forte 
»  que  la  Juftice  n'eft  plus  adminiftrée  ,  n'y  ayant 
j>  plus  perfonne ,  de  qui  on  la  puilfe  requérir  y  alors , 
»  tout  fe  trouve  en  contufion ,  le  plus  grand  des  maux 
s>  qui  puiffent  affliger  une  République  ,  car  ,  dan^ 
»  ce  cas ,  les  Méchants  deviennent  eux-mêmes  une 
»  autre  PeJIe  ,  puifqu'ils  entrent  dans  les  maifons , 
"  les  pillent  impunément  ,  &  coupent  le  plus  fou- 
5>  vent  la  gorge  aux  Malades ,  même  à  ceux  qui 
5'  ne  le  font  pas,  afin  de  n'être  jamais  connus, 
3'  ni  accufés  >'.  Je  conviendrai  aifément ,  avec 
M.  RuTZKY  ,  des  abus  qu'entraîne  le  préfervatif 
qu'il  combat.  Cependant ,  comme  je  dois  parler 
des  Arrangemensqui  ont  été  pris  à  Mofcou,  dans  ce 
Siècle  éclairé;  Arrangemens  dont  j'ai  déjà  parlé  dans 
la  Première  x'^nrtie  de  cet  Ouvrage  ,  j'ai  cru  pouvoir 
hafarder,  fur  ce  fujet,  quelques  i?^/?e.vio;2JC]ue  m'ont 
fournies  les  Obfervarions  &  l'Expérience ,  dans  ces 
temps  malheureux  ,  où  j'ai  eu  le  bonheur  de  pou- 
voir être  utile  à  ma  Patrie. 

Dès  que  la  PeJle  commence  à  régner  dans  une 
Ville  ,  ne  ferait-il  pas  injufte  de  refufer  ,  à  tous 
ceux ,  qui  n'ont  aucun  devoir  à  remplir  dans  l'Etat 
civil,  ou  qui  ne  font  point  obligés  d'y  féjourner, 
par  quelque  néceflité  particulière  ,  la  liberté  d'en 
fortir  ?  Cette  liberté  procure  dès-lors  une  dimi- 
nution coniîdérable   fur  la  totalité  des  Citoyens , 

{b)  Voyez  DUfercat;.  Inaugural.  Medic.  de  Pefte,  &:c, 
Argentoraù  defenfa  anno  178 1  ,  pag.  ij,  note  ee. 


Troijieme  Partie,  105I 

&:  la  Pejle  ne  peut  plus  immoler  rant  de  viârimes. 
Ceux  que  leur  devoir  ou  leur  Etat  force  de  refter 
dans  fon  enceinte  ,  ont  moins  à  craindre  ,  relati- 
vement aux  Proviiions  nécefiaires  à  leur  lublîftance; 
d'ailleurs ,  la  Police  a  moins  de  détails ,  &  il  eft 
.plus-facile  d'obvier  à  la  confaiion  &c  aux  défor- 
dres  (  bb  )  qu'entraînent  inévitablement  ces  temps 
de  crainte  &c  de  mortalité. 

Il  n'en  eft  pas  de  même  de  ceux ,  que  leur  Etat 
appelle  au  bien  public.  Si  on  leur  accordait  la  li- 
berté de  quitter  leurs  Places  ,  qui  remplirait  défor- 
mais leurs  fonctions  avec  allez  d'intelligence  & 
&:  de  figacicé  ?  qui  ordonnerait  les  Secours  né- 
ceifaires  aux  Pauvres  Pejlïférés?  qui  veillerait  au 
maintien  de  l'ordre,  plus  que  jamais  nécelTairedans 
ces  temps  de  crile  ?  qui  oppoferait  aux  méchants 
des  barrières  qu'ils  fuifent  refpefter  ?  Bientôt  les 
abus  fe  multiplieraient  de  toute  part  ,  &  concour- 
reraient  avec  la  Pcfte  j  à  la  ruine  totale  d'une  Ville 
aulîi  mal  policée  \  ca.r  il ,  dans  ce  temps ,  la  Police 
ne  fait  ufage  de  toute  fon  autorité  ,  on  verra , 
fans  doute  ,  les  plus-grands  défordres  {  c).  Il  faut 
donc  ,  après  avoir  congédié ,  dès  le  Commencement 
de  rinvaiion  de  la  Pefte ,  la  Partie  inutile  des  ci- 
toyens ,  refufer ,  à  ceux  qui  veillent  à  la  Con- 
fervation  de  l'Ordre  &  du  bonheur  des  Etats  , 
la  permiiîion  de  fortir.  Il  faut  enflammer  le  zèle 


^hh^  Voyez  ci-deiïus  dans  le  xxvi^.  §.  de  la  Première 
Partie,  pag.  pi  &  s%  ^  notes  c  ôz  d ,  aiiifî  que  pag.  106, 
note  é. 

(c)  Voyez  MM.  PoLOUKiN  &  Muller  ,  dans  leur 
Diclionnaiie  Géographique  Ruiïe,  pace  185,  C.  de  Mek- 
TENS  ,  Obfervat.  xMedic,  de  Febrib.  Piitrid.  de  Pefte  ,  &c, 
p?.g.  84  ,  &  ci-defTus  dans  le  ixix^.  §.  de  la  Pieaiiere 
pÀrtie,  no:e  i. 


io<j  Mémoire  fur  la  Pejîe  de  Mo/cou  j 
des  Gens  de  l'Art  {ce)  ,  qui  fe  dévouent  jour- 
nellement au  bien  de  l'humanité  j  il  faut  encou-» 
rager  les  efforts  de  tous  les  vrais  Patriotes ,  pouf 
qu'ils  procurent ,  à  leurs  femblables ,  tous  les  foula- 
gemens  [d) ,  dont  ils  peuvent  avoir  befoin  j  il  faut , 
fur-tout,  animer  &  échauffer  les  fentimens  par 
l'exemple  (  *  ).  Telles  font  mes  idées. 

§.     I  I. 

Ce  font  les  Médecins  ,  les  Chirurgiens  ,  le  Gou- 
vernement &  les  Minijlres  de  l'Eglife  ,  qui  doivent 
concourir  aux  mefures  qu'il  faut  prendre  ,  &  dé- 
ployer les  reifources  néceifaires  ,  chacun  fuivant  la 
place  qu'il  occupe. 

Les  Médecins  &  les  Chirurgiens  doivent  être  les 
Premiers  à  fcruter  la  nature  de  V Epidémie  qui 
commence  à  fe  multiplier  j  &,  dès  qu'elle  eft  con- 
nue ,  en  noter  tous  les  Caractères  •  le  Gouverne- 
ment doit  être  inftruit  par  eux  ,  des  Moyens  qu'on 
peut  ,  &  qu'on  doit  employer ,  pour  étouffer ,  s'il 
eft  poffible  ,  le  mal  dès  fa  naiffance  j  ce  ferait,  ce 
me  femble  ,  un  reproche  au  Gouvernement ,  s'il 
refufait  de  prêter  l'oreille  aux  Gens  de  l'Art ,  fous 
prétexte  de  quelqu  altercation  entr'eux  [dd]-^  & , 
quand  même  il  s'en  trouverait  qui  foutiendraient 
que  V Epidémie  aduelle  n'eft  point  la  Pejle ,  ne 
vaudrait -il  pas  mieux  leur  impofer  filence,  pour 


[ce)  Voyez  ci-deîTus  dans  la  Première  Partie,  pag.  8i , 
83  ,  84  &  107  5  noce  d. 

(d)  Voyez  les  mêmes  endroits. 

?*)  Voyez  au  même  endroit,  pag.  Zi  &  pi. 

(  dd)  Voyez  ci-defTus  les  xxii ,  xxin  &  xxiv".  §.  de 
la  Première  Partie. 


Troijîeme  Partie,  107" 

adopter  l'avis  contraire  ?  Car  enfin ,  fî  ce  n'eft  pas 
eft'edivement  la  Pcjîe  ,  en  quoi  l'Aflertion  de  fou 
exiftence  peut- elle  nuire  aux  Citoyens  ?  Si  au  con- 
traire ,  elle  exifte ,  &  que  le  Peuple  s  opiniâtre  à 
ne  le  pas  croire,  quelles  triftes  conféquences  de  ion 
incrédulité  !  il  négligera  les  Précautions  néceiTaires 
pour  dompter  le  Mal ,  les  Progrès  en  deviendront 
rapides ,  &  bientôt  il  fera  à  fon  comble.  Les  Siècles 
à  venir  en  trouveront  un  exemple  frappant  dans 
la  défolation  de  Mofcou.  Cette  Capitale  a  été  rava- 
gée dans  ce  xviii^  Siècle  ,  &  le  Peuple  n'a  reconnu, 
que  par  une  funefte  expérience ,  que  c'a  été  par  la 
Pejie:  Erreur  oii  l'avait  entraîné  l'ignorance  de 
quelques  Médecins  (e). 

Les  Minijires  de  l'Eglife  doivent  venir  ,  dans  ces 
temps  malheureux:,  à  l'appui  de  la  Médecine  ^  6c  du 
Gouvernement  j  c'eft  à  eux  à  annoncer  au  Peuple 
la  Maladie  qui  le  menace  ,  &  les  Précautions  qu'il 
doit  prendre  pour  stn  préferver  ,  c'eft  à  eux  à  lui 
expliquer  ,  qu'on  ne  s'empefte  que  par  le  Contact 
d'un  Peftiféré  ,  &  qu'il  faut  l'éviter  j  que  tout 
attroupement  eft  dangereux ,  par  rapport  aux  Per- 
fonnes  Injectées ,  qui  peuvent  s'y  rencontrer ,  & 
augmenter  la  Contagion  j  qu'il  faut  avoir  foin  de 
ne  point  s'accrocher  parmi  la  foule  ,  comme  de 
ne  recevoir  aucune  chofe  d'une  main  fufpede.  Ces 
Injlruciions  ,  répétées  chaque  jour  dans  les  Temples 
&  chez  le  Particulier ,  diminueront  les  craintes  de 


(e)  Voyez  leMÉMÔiRE  ou  la  Description  de  la  Pefte, 
qni  a  régne  dans.  l'Eirpire  de  RufTie  ,  &  fur-tout  à  Mofcou, 
&.C.  pag.  51  ,  197  &  131  ,  ci-ceiïus  le  xxx^.  §.  de  la  Pre- 
iniere  Partie  ,  &  déjà  cité  dans  la  Diiïercation  fur  la  Pefte, 
par  M,  Rutikjy ,  le  m'.  §,  fon  Sentiraeni  fur  ce  Sujet.  li 
y  allègue  encore  un  Paffage  de  l'Ouvrage  de  M.  de  Haen* 


jz.oS  Mémoire  fur  la  Pejîe  de  Mofcou  3 
celui-ci,  &  faciliteront  ,  à  la  Police  ,  rexécutlort 
Jes  Arrangemens  qu'elle  aura  pris  ,  comme  aux 
Gens  de  l'Art  ,  l'aclminiftration  des  fecours  né- 
ceffaires  ;  &  ,  dès  que  quelqu'un  tombera  Malade 
dans  quelque  maifon  ,  on  avertira  aulîî-tôt  Vlnf- 
peclcur  de  la  Police  (  /)  ,  ainfî  que  le  Médecin  ou 
Chirurgien  [g).  Celui-ci  donnera  promptement  à 
un  tel  Malade  j  tous  les  Secours  poiîîbles  pour  la 
/guérifon  de  fa  Maladie  ,  &  à  ceux  de  la  maifon  , 
.toutes  les  Injiruclions  -nécelTaires  :  Eh  !  qui  peut 
mieux  s'iniinuer  dans  le  cœur  des  Peuples  ^  de  leur 
faire  adopter  des  confeils  falutaires ,  que  les  Mi- 
niilres  du  Dieu  qu'ils  fervent  ?  En  qui  doivent-ils 
avoir  plus  de  confiance  qu'en  eux  ,  à  qui  ils 
révèlent  les  Secrets  de  leur  confcience  ?  Leur  pou- 
voir ,  fur  les  Efprits  ,  fur  -  tout  dans  ce  temps  , 
l'emporte  fur  la  rigueur  même  de  la  Loi. 

Je  n'ai  pas  befoin  de  dire  que  les  premiers 
d'entre  les  Pasteurs  ,  placés  par  leur  mérite  à  la 
Tête  de  leur  Troupeau  ,  doivent  préiïder  a.  ces 
Injiruclions  falutaires  \  que  c'eft  d'eux  que  doivent 
découler  ,  comme  de  fa  fource ,  la  Doctrine  pré- 
fervative  ,  aux  Minifcres  fubalternes  ,  non-feule- 
ment pour  la  faire  palTer  au  Peuple  ,  mais  pour 
en  profiter  eux-  mêmes  ,  dans  une  foule  de  circonf- 
tances.  Car  enfin  ,  leur  devoir  ne  fe  borne  point 
à  prêcher  dans  ces  temps  malheureux ,  il  faut  agir  , 
il  faut  voir  les  Pejîiférés ,  leur  adminiftrer  les  Secours 
de  l'Eglife.  Comment  le  faire  fans  danger  ?  Il  n'y 
a  qu'un  Mandement  bien  raifonné ,  de  la  part  des 


if)  Voyez  ci-deflus  dans  le  XXIV^  §.  de  la  Première 
Partie  ,  note  p. 

is)   Voyez  au  même  endroit,  la  même  note  ^. 

Chefs  j 


Troifieme  Partie»  lop 

Ckefs ,  qui  puifTe  tracer  aux  Inférkurs-  les  routes  „ 
dont  ils  ne  doivent  pas  s'écarter. 

§.     î  I  I. 

Ce  Mandement ,  pour  avoir  fon  plein  effet ,  exic^e 
(des  dérails  multipliés  ,  relatifs  à  l'Art  de  guérir  Se 
à  rObfervation.  Il  eft  à  préfumer  que  les  Prélats 
qui  le  compoferont ,  chacun  pour  {on  Diocèfe  , 
n'auront  aucune  répugnance  à  prendre  les  Médecins 

en  confùltation Combien  fauveront-ils 

ainfi  d'mdividus,  qui ,  fans  leurs  Confeils  ,  eufienc 
été  la  Proie  de  la  Pejic  ?  Il  eft  étonnant  combien 
j'ai  vu  périr  de  Prêtres  à  l'Armée  ,  dans  les  diffé- 
rents Régimens  &  dans  les  Hôpitaux  en  Pologne, 
en  Moldavie  ,  en  Valachie  ,  éc  fur  -  tout  à  Mos- 
cou (A)  ,  Capitale  de  notre  Erhpire  ,  faute  ^Inf- 
truàions  particulières  ,  fur.  la  manière  dont  ils 
doivent'  le  comporter  auprès  des  Pejiiférés  ^  ainfi 
que  fur  les  Moyens  de  fe  préferver  eux-mêmes  de 
la  Pejle  ....  Pourquoi  ne  pas  leur  être  utile  ^ 
en  éclairant  le  zélé  aveugle  qui  les  précipite  dans 
le  tombeau  ? 

Eft-ce  là  ,  me  dira- 1- on  ,  le  devoir  d'un  Médc^^ 
cin  ?  &  de  qui  donc  ?  Si  les  Prêtres  font  aufîî  des 
hommes ,  ne  font-ils  pas  aufïi  du  refïort  de  l'Art? 
&c  l'Art  peut-il  leur  être  trop  utile  ,  puifqu'ils  font,' 
dans  ces  temps  malheureux,  en  quelque  forte  plus- 
nécelTaires  au  Peuple  que  les  Médecins  -  mêmes  ? 
Ceux-ci ,  de  concert  avec  les  Prélats  ,  fourniront 


(A)  Voyez  Mon  Mémoire  fur  l^Inoculation  de  la  Pefte,' 
&c.  imprimé  à  Sirafûourg  en  1781,  pag,  a/  ,  note/",  & 
ci-dciTous  dans  le  xii'.  § ,  no;e  e, 

Q 


Zïo  Mémoire  Jur  la  Pejîe  ds  Mof cou 3 
les  Principes  Diététiques  ,  relatifs  à  la  conferva- 
tion  de  leurs  Inférieurs.  Les  Prélats  les  leur  feront 
parvenir  ,  par  la  voie  de  rimpiefîion  ,  &  les  Règles 
étant  une  fois  prefcrites  pour  Iqs  Adembiées  ,  les 
Prédications  ,  les  Viiires  dans  les  Maifons  &  Hôpi- 
taux ,  les  Prêtres  les  fuivront  avec  tant  de  fermeté  , 
que  le  Peuple  en  retirera  comme  eux ,  les  plus-grands 
Avantages  j  ils  auront  plus  de  courage  à  fervir  les 
Pejliférés ,  à  prêcher ,  &  à  faire  connaître  à  tout 
le  Monde  ,  que  la  Pejîe  n'attaque  que  par  le  Contacta 
Une  telle  Doârrine arrêtera,  inconteftablement ,  les 
Progrès  de  la  Pefte ,  tandis  que  l'Art  fauvera  la  plus 
grande  partie  de  ceux  qu'elle  aura  déjà  cruellement 
maltraités. 

A  Dieu  ne  plaife  que  ces  Règles  foient  jamais 
néceflaires  dans  notre  Empire  j  cependant  je  ns 
crois  pas  démériter  de  ma  Patrie  ,  fi  la  Prévoyance 
m'en  fait  tracer  de  •  pareilles  pour  les  Prêtres  dont 
je  parle.  Je  fais  que  nous  fommes  en  Europe  de 
différentes  Religions  ^  qui  en  exigeraient  de  parti- 
culières,  c'eft  pourquoi  je  ne  prétends  traiter  ici 
que  fommairement  de  ces  Moyens  préfervatifs  j  car, 
je  ne  fais  fi  les  Règles  ,  qui  ferviront  beaucoup  aux 
Prêtres  de  ma  Religion  ,  peuvent  autant  fervir 
aux  autres  j  ainfi,  je  me  réferve  à  en  donner,  en 
Langue  Rujfe  ,  un  plus-ample  détail ,  que  je  pré- 
fenterai  d'abord  auxPpvÉLATS  du  Saint  Synode,  aiiii 
d^pbtenir  leurs  fuffrages. 

La  chofe  la  plus-efTentielle ,  &  laplus-néceffaire, 
que  les  Prêtres^  de  quelque  Religion,  dans  quelque 
Royaume  ou  Ville  de  l'Europe ,  qu'ils  foient ,  doivent 
faire  pendant  les  Ravages  de  la  Pefce  ,  doit  être,  de 
détourner  adroitement  le  Peuple  de  faire  des  Pro- 
ceilions ,  pendant  lefquelles  on  s'attroupe  autour 
des  Images ,  &cc,  qui  fe  portent  en  cérémonie  dans 


Troïjicme  Partie.  i  ï  î 

L"s  différents  Quartiers  è.'QS  Villes,  Ces  Pratiques  de 
Dcvoùon  y  loin  d'être  utiles  alors ,  deviennent  fa- 
nelles  par  les  fuites.  Combien  de  Centaines  de 
Prêtres  ont  perdu  la  vie  à  Mofcou  ,  pour  avoir 
trcs-louvent  tait  de  telles  Procédons  f'  Combien  de 
luillicrs  d'hommes  ont  été  empeftés  dans  la  foule 
qui  \t^  fuivait  ?  Cette  foule  doit  toujours  être 
conlidérée  ,  en  quelqu'endroit  que  ce  foit ,  comme 
un  centre  de  Contagion  peftilentiçlle  ,  d'où  elle  £e 
peut  difperfer  \  parce  que  pendant  les  ProceJJions 
de  Mofcou  ,  chaque  Pejiiferé  ,  qui  pouvait  encore^, 
■  narcher  ,  croyant,  par  cet  ^& de  Piété  ,  recevoir 
Lielque  foulagement  à  fa  Maladie^  s'y  livrait  avec 
empreifement ,  &  quelquefois ,  après  avoir,  mfeâré 
nombre  de  (qs  dévots  Compagnons  ,  il  \  mourait 
pendant  la  Cérémonie-VLvtxnc.  Je  n'avance  rien  ici 
dont  [qs  Médecins  &  Chirurgiens  de  la  Capitale 
jp'ayent  été  témoins  oculaires, 

§.   I  y. 

Je  commence  par  les  préfervatifs  dont  les  Prêtres 
doivent  fe  fervir  dans  les  Maifons  des  Particuhers, 
où  ils  feront  appelles.  Un  Principe,  qu'ils  ne  doivent 
jamais  perdre  de  vue  ,  &  que  j'ai  établi,  c'eft  que  la 
Pejie  fe  gagne  pax  le  Contacl.  Pénétré  de  ce  principe 
le  Prêtre  ,  qui  ira  vifiter  un  PeJliféré ,  ne  doit 
point  entrer  avant  qu'on  ait  ouvert  ,  tant  les 
Fenêtres  de  l'appartement  ,  pour  que  l'air  y  circule 
librement  ,  que  les  Portes  de  toute  la  maifon , 
afin  de  n'être  pas  obligé  de  toucher  à  quelque 
chofe  qui  aurait  paffé  par  fes  mains  j  à  plus-forte 
raifon  doit-il  éviter  de  le  toucher  lui-même  j  mais 
il  l'engagera  vivement   à  prendre  le  parti  de  fe 

O  ij 


s.  11  Mémoire  fur  la  Pejlc  ^e  Mofcou  j 
retirer -dans  un  Hôpital ,  crainte  de  communiquer 
la  Contagion  à  fa  Famille.  Qu'il  ferait  à  délirer 
que  ce  Confcil  fût  fuivi  de  la  plupart  àzs  Malades  ! 
Ce  ferait  le  Moyen  le  plus-infaillible  de  relTerrer  la 
Pejle  dans  des  bornes  étroites. 

Mais  fi  le  Malade ,  ou  la  Famille  réfifte  à  la 
Perfuafion  ,  il  ne  faut  jamais  les  forcer  (  i  ).  Dans 
ce  cas,  le  Prêtre  laifTera  au  Médecin  tout  le  temps 
nécelTaire  pour  adminiftrer  les  Secours  de  l'Art } 
mais  dès  que  celui-ci  appercevra  qu'ils  deviennent 
inutiles,  pour  lors  le  Miniftere  du  Prêtre  exige 
qu'il  difpofe  fon  Malade  à  une  autre  vie ,  par  les 
Sacremens ,  &  qu'il  s'entretienne  avec  lui  de  ce 
paiTage,  fuivant  les  lumières  de  la  foi. 

Pour  exécuter  ces  cérémonies  fans  danger  , 
chaque  Prêtre  aura  foin  de  ne  vifiter  aucun  Pefii" 
féré ,  l'eftomac  vuide  j  mais  il  prendra  immédia- 
tement avant  fes  vilites  ,  quelques  rafles  de  Thé, 
acidulé  avec  du  jus  de  citron  ,  ou  quelqu'autre 
.  Infujîon  pareillement  acidulée  j  ou  bien  il  fe  con- 
tentera de  boire  fimplement  un  verre  dieau  pure  & 
fraîche  ,  mais  acidulée.  Si  jamais  il  faut  éviter  de 
boire  des  Liqueurs  fpiritueufes  ,  c'efl  alors  j  puif- 
qu'elles  caufent  des  douleurs  de  tête  (/(■),&  par-là 
faciliteront  peut-être  k  Contagion.  Il  eft  encore 
bon ,  en  entrant  dans  une  maifon  empeftée  ,  de 
tenir  dans  fa  Bouche  quelqu'aromate  ,  comme  un 


(/)  Voyez  H.  Ru"T2KY,  dans  la  DifTertacion  fur  la  Pefte 
déjà  citée,  pag.  19,  où  l'Auceui- ,  outre  fon  Sentiment  fiic 
ce  fujet ,  y  allègue  Deux  Pafïïiges  ,  l'un  dans  la  note  ii^ 
d'AMBRCisE  ParÉ2j  i'auti'e  dans  la  note  kk  ,  de  l'Ouvrage 
de  M.  de  Haen.  " 

{k)  Voyez  ci-deflbus  dans  le  viî*^.  $;  noce  q. 


Troljîeme  Parue.  2 1  î 

clou  de  girofle  >  ciu  gingembre  ,  de  la,  cannelle ,  un 
pecir  morceau  de  myrrhe ,  du  poivre ,  une  baie  de 
laurier  ,  de  l'écorce  d'orange  ou  de  citron ,  une 
feuille  d'oran2;e  ,  de  rhue  ,  d'abfyntîae  y  ôcc.  fans 
parler  des  ditrérencs  aromates,  ou  des  plantes  ameres 
que  chacun  peut  choifir  à  fon  goût.  Il  aura  éga- 
lement foin  de  porter  avec  lui  un  Fafe  rempli  de 
vinaigre  quelconque  ,  ou  d'eau  falée,  &  de  mettre 
devant  foi  un  linge  bien  trempé  d'une  de  ces 
liqueurs ,  alors  il  peut  fans  rifque  s'approcher  àcs 
Pejiijércs.  Que  s'il  e(t  obligé  quelquefois  de  les 
toucher  malgré  lui ,  il  ne  doit  pas  s'effrayer  ,  mais 
dans  le  moment  -  mêm.e  il  elfayera  l'endroit  qui 
aura  touché  ,  avec  le  linge  qu'il  aura  devant  foi , 
ou  le  lavera  avec  du  vinaigre  ou  de  l'eau  fraîche. 
Ces  Prccaudons  feront  pour  lui  un  Prefervadfm- 
faillible. 

J'ai  dit  que  les  Prêtres  doivent  porter  avec  eux 
un    Flzfe  rempli  de  vinaigre  :  en  voici  la  raifon. 
Il  eft  aifez  ordinaire  ,  lorfque  la  Pejie  règne  en 
q^uelqu'endroit,  que  les  Malades ,  auxquels  on  admi- 
niftre  les  fecours  de  l'Egiife  ,  fe  hâtent  volontai-^ 
rement  de  faire  quelques  Préfens ,  ou  pour  TEglife , 
ou  pour  le  Prêtre-même.    Ces  Préfens  conliftent , 
pour  la  plupart ,  en  argent ,   ou  en  quelques  effets 
portatifs ,  d'une  certaine  valeur.  Je  ne  confeille  a 
aucun  Prerre  de  recevoir  autre  chofe  que  de  l'argent 
des  mains  àw  Pejiiféré ^  ou  de  fa  Famille,  Ci  fa  déli- 
cateife  le  lui  permet ,  &  pour  lors  cekii  qui  le  lui 
donne  ,  le  mettra  dans  le  Vafe ,  dont  j'ai  parlé,  qui 
dans  ces  temps  lui  doit  fervir  de  bourfe.  Le  Prêtre ,  \ 
après  l'y  avoir  laifTéa/z^  onjix  heures ,  plus  ou  m^cins , 
l'en  tirera  fans  aucun  danger  ^  mais  que  fa  main 
s'abftienne  de  tout  autre  Préfent ,  qui  ne  pourrait 
fubir  une  Lotie n  pareille  :  il  deviendrait  pour  lui 

O  iij 


114  Mémoire  fur  la  Pejlç  de  Mofcou  j 
une  foLirce  de  mort  (/),  ainiî  que  je  l'ai  démontré, 
Je  réponds  que ,  prenant  fcrupuleufement  toutes  ces 
Précautions  j  pendant  les  ravages  même  les  plus- 
cruels  de  la  Pefie  ^  chaque  Prêtre  peut  fatisfaire  à 
tout  fon  devoir  fans  aucun  rifque  de  perdre  la  vie  ^ 
que  fi,  au  contraire  ,  il  les  néglige  ,  il  fera  tôt  ou 
tard  la  Viflime  de  la  Pejie. 

S/'        *  ' 

S'il  eft  une  P^-egle  de  conduire  falutaire  pour  les 
Prêtres  j  qui  viiîtent  les  Pejlïferés  dans  les  maifons 
des  Particuliers  ,  il  ell  encore  plus-nécelTaire  de  la 
prefcrire  à  ceux  qui  le  font  dans  les  Hôpitaux  ,  où 
ces  Malades  font  entaffés ,  &  où  le  mal  paraît  de- 
voir s'augmenter  par  l'attroupement ,  peut  -  être 
autant  qu'il  diminue  par  les  fecours  bien  admi- 
niftrés. 

Quelques  foîent  les  motifs  qui  engagent  un  Prê- 
tre 5  ainfi  que  fon  Aide ,  à  fervir  les  Pejïiférés  ,  foit 
qu'il  le  falïè  de  fa  propre  volonté ,  ou  moyennant 
une  récompenfe  du  Gouvernement ,  il  ne  doit  jamais 
loger  dans  Y Hôpital-n.\&me  ,  mais  dans  une  Maifon 
qui  i'avoifme  ,  ou  il  c'eft  en  Eté  ,  il  pourra  fe  loger 
fous  une  Tente  ,  d'où  il  ira  chaque  jour  ,  à  une 
heure  fixe  ,  à  l'Hôpital  j  pour  coofeifer  ,  commu- 
nier ,  &c.  les  Malades,  A  cet  effet ,  on  lui  don- 
nera une  Chambre  particulière,  dans  laquelle  per- 
fonne  ne  doit  entrer  que  Lui  Se  fon  Aidè^  &c  dont 
il  portera  toujours  la  Clef,  Dès  que  Theure  fixée 
s'approchera  ,  il  couvrira  {es  Souliers  d'une  autre 
Chaujjure  enduite  de   Poix  {*)  ou  trempée  dans 


{ l)  Voyez  ci-defllis  le  xxxi'^.  §.  de  la  Preiiiiere  Partie. 
(*)  Voyez  ci-dclîus  dans  le  v  i  i^  §.  de  la  Première 


Tro'ijlcme,   'Pcird:.  1.1^ 

au  Vinaigre^  pour  ne  pass'empefter  en  marchant  fur 
les  ti'aces  des  Pcjtïferés  :  il  fe  revêtira  d'une  Rociin^ 
goce^  ou  Surtout ,  de  toile  cirée,  ou  limplement  de 
toile,  mais  qu'il  foit  trempé  dans  du  Finaigrc  ,  Se  '\{ 
mettra  des  Gants  de  même  {m).  Dès  que  les  Infir- 
miers lui  auront  ouvert  la  Porte  de  l'Hôpital ,  il  ou- 
vrira lui-même ,  en  y  entrant ,  celle  de  fa  Chambre , 
Se  s'y  enfermera  fous  Clef  j  il  ouvrira  la  Fenêtre  de 
la  Chambre  ,  favoir  celle  qui  fera  la  plus-commode  , 
pour  que  les  Malades  puilfent  en  approcher  , 
nettoyera  tout  fon  contour,  avec  nn  Linge  ou  ime. 
Eponge  trempée  de  vinaigre  ,  &  alors  il  priera  ceux 
des  Malades  ,  qui  voudront  ,  ou  fe  confelTer  ,  ou 
communier  ,  de  s'en  approcher.  Ses  Foncîions  une 
fois  remplies  ,  le  Prêtre  fermera  fa  fenêtre ,  fa 
chambre,  reviendra  incontinent  chez  lui  fe  désha- 
biller ,  ■  Se  expofera  a  l'air  libre  tout  fon  Appareil 
hofpitalier ,  jufqu'au  moment ,  où  il  en  aura  un 
nouveau  befoin.  Par  ces  Précautions  ,  tout  Contact 
eft  évité  5  &  tout  Danger  prévenu  pour  lui. 

Quel  avantage  le  Peuple  ne  doit-il  pas  fentir  , 
d'être  iervi ,  dans  tous  les  Hôpitaux ,  en  tous  fes 
befoins ,  quels  qu'ils  puiiTent  être  ?•  Avec  quel  cou- 
rage chacun  n'y  entrera-t-il  pas  ,  pour  fe  guérir 
delà  Pefie ,  puisqu'il  n'y  verra  aucune  horreur  &c.? 
Ce  font  autant  de  Principes ,  dont  chacun  peur 
fe  fervir  avec  beaucoup  de  fuccès  ,  pour  fe  garantir 
de  la  Contagion.  Et  je  ne  doute  nullement  qu'avec 
ces  Précautions  ,  chacun  ne  conferve  fa  vie.  Au 
reftej  il  ferait  très-néceifaire  de  fcrurer  toutes  les- 


Partie  ,  note  /,  &  plus  bas  ,  au  mêrne  enuroic ,  dans  Ig 
xxvii^.  §,  noces /&  t. 

(^m)  Voyez  les  mêmes  endïo'us. 

O  iv 


lié       Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou i 
Circonjiances  qui   peuvent   fe  rencontrer  dans  ce 
temps  malheureux ,   &  on    trouvera  fans  doute , 
chaque  fois ,  ou  à  ajouter ,  ou  à  changer  quelque 
chofe. 

§.     VI. 

Le  Miniftere  des  Prêtres  ne  fe  borne  pas  au 
lit  des  Malades  \  les  Inftrudions  Paftorales  ,  que 
chacun  d'eux  doit  donner  à  fon  troupeau ,  forment 
un  anneau  de  la  chaîne  de  leurs  devoirs  ,  &  cqs  Inf- 
tmclions  redoublent  d'importance ,  lors  du  régne 
de  la  Pejle. 

Il  ferait ,  tant  phyfîquement  que  moralement , 
à  défîrer  ,  que  tous  les  endroits  publics  ,  qui 
donnent  lieu  à  l'attroupement  du  Peuple ,  fufTent 
fermés  ,  même  que  les  Eglifes  ne  fuffent  point  fré- 
quentées dans  CQs  temps  malheureux.  La  raifon  de 
ce  que  j'avance ,  tient  au  Principe  que  j'ai  établi 
fur  la  Contagion  •  mais  comme  elles  font  des  en- 
droits fpécialement  confacrés  à  la  Prière  ^  &  que 
le  Peuple  y  reclame  avec  plus  de  ferveur  &  de 
confiance  les  Secours  du  Ciel ,  que  dans  fes  pro- 
pres foyers  ,  ce  ferait  un  grand  inconvénient  de  lui 
en  interdire  l'entrée.  Les  Prêtres  fe  contenteront 
a  en  écarter  les  abus  qui  pourraient  aup^menter  le 
Contacl.  Pour  cela  ,  ils  alïigneront  les  entrées  & 
les  places  à  leurs  ParoiJJiens.  Ceux  qui  jouiront 
d'une  bonne  fanté  palTeront  par  une  Porte  qui 
leur  fera  marquée  ,  &:  fe  rangeront  dans  les  Places 
qu'on  leur  indiquera.  Ceux  ,  au  contraire  ,  qui 
éprouveront  déjà  quelques  atteintes  de  la  Maladie , 
entreront  par  une  autre  Porte ,  &  prendront  Àqs 
P/ûce^  diirérentes ,  pour  éviter  de  toucher  en  aucune 
manière,  les  Perfonnes  faines.  Par  cette  pratique 
bien  ordonnée ,  il  naîtra  dans  tous  les  cœurs  mie 


Troïfiemt  Par  tu,  217' 

Saîbfaâion  mêlée  de  reconnaifTaiice  ,  ôc  les  oreilles 
de  chaque  ParoiJJlen  deviendront  plus-dociles  à  la 
voix  du  Pajleur  qui  les  inftruira  en  commun  fur 
leurs  obligations  refpedtives.  Les  voici. 

Après  leur  avoir  tracé  un  tableau  énergique  de 
la  Maladie  qui  s'étend  ,  &c  avoir  décrit  avec  exadi- 
tude  \ts  Moyens  de  la  gagner  ,  ou  de  s'y  fouftraire  , 
il  exhortera  d'abord  tous  ceux  qui  croyent  en  être 
attaqués  ,  à  prendre  tous  les  foins  polïibles  ,  pour 
ne  pas  infedîer  leurs  Concitoyens  j  il  leur  incul- 
quera enfuite ,  avec  force  ,  que  ce  ferait  un  Péché 
de  caufer  la  mort  à  quelqu'un  de  fa  famille  ^  ou 
de  fes  proches  ,  en  exigeant  de  lui  des  Services 
qui  deviendraient  infailliblement  meurtriers  j  que 
les  Pères  ne  peuvent  prétendre  de  leurs  Fils  ^  ni 
les  Filles  de  leurs  Mères ,  aucune  efpece  de  Secours , 
dont  ils  feraient  à  coup  sûr  la  viftime  ^  que  Dieu 
lui-même  ,  en  nous  ordonnant  de  veiller  aux  be- 
foins  de  nos  femblables ,  rejette  le  Sacrifice  impru- 
dent d'une  vie  ,  que  nous  devons  conferver  pour 
faire  le  bien  j  qu'au  moins  les  Perfonnes  qui ,  peu 
foucieufes  des  premiers  principes  de  l'Equité  &  de 
la  Loi  naturelle  ,  aftreiraent  leurs  fubalrernes  à 
des  devoirs  aufli  dangereux  ,  doivent  auparavant 
s'inftruire  à  fond  des  Précautions  que  prefcrit  le 
Gouvernement^  pour  exténuer  le' péril  de  la  Co.'z- 
tagion  ,  &  en  inftruire  à  leur  tour  ,  ceux  dont  ils 
partagent  l'affiftance.  Il  publiera  lui-même  à  haute 
voix ,  ces  Précautions  ,  auxquelles  il  exieera  une 
foumillion  aveugle  &  fans  bornes  ;  de-là  ,  il  paffera 
à  la  Defcription  àes  Hôpitaux  peftiférés ,  ces  Afyles 
falutaires  que  la  bienfaifance  du  Gouvernement 
ouvre  à  la  mifere  publique  j  il  \qs  leur  repréfen- 
tera  comme  le  lieu  le  plus-propre,  non-feulement 
à  étouffer  par  ce  moyen   TLivaiion  de  la  Pefie  , 


zi8        Mémoire  fur  la  Pejîe  de  Mofcou ^ 

mais  encore  à  fournir  à  chaque  Individu  ,  des 
relïburces  curatives  inappréciables  \  il  leur  peindra 
la  terreur ,  fortant  du  fein  des  familles  avec  les 
Malades  j  &  la  fécurité  renaiifant  de  toutes  parts  , 
fondée  fur  les  fecours  que  la  charité  &  l'intelli- 
gence prodiguent  dans  ces  retraites  publiques . . .  , 
Yx.  à  la  vérité  ,  quels  fuccès  ne  pourrait  -  on  pas 
fe  promettre  contre  ce  redoutable  Fléau^  Ç\  chaque 
Pr^rr^  venait  à  bout  5  par  fon  éloquence,  d'y  faire 
entrer  tous  les  Pejliférés  ^  {\_,  d'ailleurs  ,  le  cou- 
rage les  y  accompagnait,  &  s'ils  y  dépofaient  toutes 
les  foUicitudes  civiles  ,  &  domeftiques  ?  Nous 
avons  vu  à  quel  point  les  paillons  qui  enchaînent 
le  principe  vital ,  envenimaient  la  Contagion  de 
la  Pejlc  ;  ainli ,  les  Prêtres  fâchant  bien  comment 
ils  doivent  agir ,  dans  le  temps  que  la  Pejic  ravage 
une  Ville ,  &  en  prenant  ,  avec  zèle  ,  toutes  les 
mefures  polîibies  pour  inftruire  le  Peuple  de  tout 
ce  qui  appartient  a  fa  confervation  ,  la  Pefe  ne 
lui  fera  ,  fans  doute  ,  jamais  un  iî  redoutable  i^/e^^iz , 
&  je  fuis  très  -  perfuadé  qu'il  ne  fût  jamais  péri  , 
.  dans  aucune  Ville  ,  oii  la  PeJIe  exiftait ,  ni  tant 
de  Citoyens  ,  ni  tant  de  Prêtres  ,  Ç\  les  habitans 
euifent  été  inftruits  des  Précautions  nécelfaires  à  la 
confervation  générale. 

§.     VIL 

Les  Gens  de  l'Art  doivent  fe  garantir  de  cette 
terrible  Contagion ,  comme  les  Prêtres.  C'eit  aux 
moyens  Préfervatifs  pour  eux,  que  je  palfe,  avant 
de  parler  des  Précautions  pnfes  ,  ou  à  prendre  par 
le  Gouvernement.  Je  fais  que  leurs  lumières,  échauf- 
fées .  par  l'intérêt  perfonnel  même,  doivent  leur 
fournir  les   plus  fages  Moyens,  Auffi   prétens  -  je 


Trolftcme  Parde,  zip 

îhoiiis  à  leur  reconnaiirance ,  qu'à  leur  eftime ,  fi 
je  développe  ,  à  ce  fiijet ,  les  Réflexions  que  j'ai 
faites.  J'y  joindrai  la  manière  dont  [qs  Infirmiers 
doivent  fe  conduire  dans  leur  pénible  &  dangereux 
miniftere. 

Il  eft  vrai  que  de  tous  ceux  dont  je  parle ,  les 
Médecins  (ont  le  moins  expofés  aux  rifques.  Il  leur 
fuiïîr  de  ne  rien  toucher  ,  qui  foit  empreint  du 
Virus  peftilencielj  ou  qui  le  charie.  L'expérience 
juftihe  Mon  AJfercion  ,  par  une  foule  de  preuves 
convaincantes.  Ceux  deMofcou,  ainfi  que  ceux  de 
plulieurs  autres  f^'^illes  de  l'Empire  de  Rulîie,  encou- 
raient un  n  grand  danger  ,  qu'ils  n'auraient  jamais 
pu  tous  y  échapper.  L'unique  Préfirvatif  pour  les 
Médecins^  eft  donc  d'éviter  tout  Contact  [*).'1l.2. 
faiblelTe  ,  les  H'gwQS  externes  de  la  Pejle ,  ôc  l'in- 
tenfîté  à^s  fymptômes  internes,  développent  aiîea  , 
a  un  œil  obfervateur  ,  l'état  du  Pouls  d'un  Peili- 
feré.  Si  le  péril  augmente,  pour  eux  dans  les  Ho-' 
pkaux  ^  où  ils  font  obligés  de  faire  leurs  villces^ 
qu'ils  prennent  \qs  Précautions  ci-devant  prefcrites 
pour  les  Prêtres  ,  qui  font  dans  le  même  cas  ,  & 
qu'avant  leur  entrée- dans  les  Chambres  qu'occu- 
pent les  Pejliférés  ,  ils  ordonnent  quelques  Fumi- 
gations de  parfums  ,  de  vinaigre  ,  de  poudre  a 
canon  ,  ou  de  la  Poudre  odoriférante  ,  inventée 
à  Mofcou  par  la   Commijjion  contre  la  Pefle {n)  y 


(*)  Voyez  ci-it^as.  les  xm  ,  xiv  ,  xxvri*''.  §.  delà 
Première  Partie ,  &  C.  de  Mertens  ,  Obfcrva:.  Mtàïc.  da 
Febrib.  Piirrid.  de  Pefte  ,  "&c.  pag.  5)4  &  i8z. 

(/?)  Voyez  dans  Alon  Mémoire  fur  rinocnlation  de  la 
P^fte ,  &c.  pag.  Z"- y  note  r,  &  c:-defîbus  dans  le  xi"^,  §•, 

^  .  III  . 


•2  2,0       Mémoire  fur  la  Pejîe  de  MofcoWy 

ou  enfin ,  de  toute  autre  poudre  aromatique  qu  ils 

jugeront  à  propos. 

Au  refte  les  Hôpitaux  pourraient  plus -facilement 
ie  paiTer  de  leurs  fervices,  «que  le  Gouvernement  ^ 
auquel  ils  doivent  communiquer  leurs  lumières 
relativement  à  la  Contagion  de  l'Epidémie ,  ou  que 
les  Chirurgiens  ,  qui  recevront  d'eux  des  Infiruc- 
lions  j  tant  pour  obferver  les  Symptômes  internes 
&  les  Signes  externes  du  mal ,  que  pour  en  varier 
le  Traitement ,  fuivant  Jes  circonftances.  Je  bor- 
nerais volontiers  le  miniftere  des  Médecins ,  à  une 
obfervation  pratique  ,  foigneufe  ôc  attentive  , 
ainii  qu'à  la  Defcription  exade  des  révolutions 
que  produit  la  Pejle  ,  fur  chaque  individu.  Par-là  j 
on  écarterait  des  faftes  de  l'Art  ces  rêveries  ab- 
fiîrdes  &  ces  oui-dire  ridicules  ,  qui  ne  font  qu'en 
ternir  la  gloire  ,  &  on  éclairerait  la  Méthode  cura- 
•tive  d'une  Maladie^  peut-être  aufli  fufceptible  de 
guérifon  que  les  autres  .E/'ii/eWe^  fâcheufes. 
,  Le  danger  eft  beaucoup  plus  -  grand  pour  \t% 
Chirurgiens  _,  Sous-Chirurgiens  &  Aides  ,  foit  qu'ils 
reftent  dans  les  Hôpitaux  peftiférés ,  fbit  qu'ils  viii- 
tent  les  Malades  dans  les  m-aifons  particulières. 
Auffi  ont-ils  befoin  de  moyens  très-efficaces  ,  pour 
s'en  préferver  ?  Je  vais  rapporter  ceux  ,  que  le  fuc  • 
ces  a  confirmé  fous  mes  yeux ,  dans  les  Hôpitaux  , 
ians  que  je  les  donne  pourtant  pour  infaillibles  ; 
&  quand  même  .  leur  efficacité  ne  ferait  aucune- 
ment douteufe  ,  néanmoins  un  homme  de  l'Art 
qui ,  plein  de  confiance  en  eux  ,  confacrerait  dans 
un  Hôpital ,  fes  travaux  &  fes  veilles  au  fervice 
de  fes  Concitoyens^  n'en  ferait  pas  moins  un  homme 
digne  de  toute  leur  vénération  ,  &  la  Patrie  ne 
pourrait  lui  refufer  de  le  placer ,  dans  le  Temple 


Tfoijîeme  Partie.  xzt 

de  mémoire  ,   auprès    des  bienfaiceurs  du  genre 
humain  (  o  ). 

Ce  font  moins  les  récompenfes  ,  &  l'attrait  du 
__gâi«-7  qïïî  doivënrëngagef-un- C/:ir/<ro^id/2  à  ce  péni- 
ble lervice  ,  que  le  zèle  de  l'humanité.-'fSe  zèle, 
bannit  de  (on  ame  toute  crainte  ,  tandis  que  la  ^"^ 
gaieté  ,  le  courage ,  l'eipérance  l'accompagnent 
pàr-tout.  Il  pourra  fe  loger  fous  une  Tente ,  fuivant 
la  faifon  ,  ou  dans  une  Maifon  voiline  de  l'Hôpital ,, 
afin  d'être  à  portée  ,  a  chaque  moment,  de  vifiter 
à  la  Porte  les  Malades  qu'on  y  enverra ,  &  de  les 
faire  placer  enfuite  dans  l'intérieur  ,  dans  leurs 
Chambres  refpectives  ,  félon  les  arran^emens  ci-de- 
vant  indiqués  (/'),  Lorfqu'il  y  entrera,  foit  le 
matin ,  ioit  le  foir ,  pour  faire  fes  vifites  ordi- 
naires ,  il  ne  doit  jamais  boire  de  Liqueurs  Spiri-  • 
tueufes [q)y  fur-tout  celui  qui  a  la  tête  faible 3  il 
doit  auiîi  obferver  foigneufement  les  Règles  que 
j'ai  déjà  prefcrires  plus  haut,  à  ï Aumôrder ,  ou  au 


(0)  Voyçz  la  11^.  pag.  de  la  Préface  dn  Mémoire  fur  la 
PeAe  ,  par  M.  Paris  ,  couronné  par  la  Faculté  de  Méde- 
cine de  Paris,  &  imoriiTsë  en  1775  ;  ainfi  que  le  Pajfuge 
du  même,  ci-defTus  dans  le  xxv*^.  §.  de  la  Première  Partie, 
où  j'en  rapporte  un  pareil  tiré  du  Journal  de  Paris. 

(jj)  Yo'jtz  ci-deffus  le  x  x  v  i  1 1'.  §.  de  la  Première 
Partie. 

(^)  J'ai  efïayé  ,  pendant  quelques  matinées  ,  au  commen- 
cement de  mon  léjour  dans  l'Hôpital  du  Monaftere  Ougref- 
chlnsky  ^  de  prendre  un  verre  de  Liq^ueur  avant  de  faite  les 
■  viûtes  de  mes  Malades  \,  mais,  comme  fai  chaque  fois  fentî 
nne  grande  douleur  de  tête,  j'ai  pris  le  parci  d'y  renoncer j 
&  depuis  je  ne  Tai  jamais  confsillé  à  perfonne.  On  a  encore 
obfervé  qu'en  Valachie  ,  en  Il^Iolûavu  ,  en  t^ologne  ,  &  même 
dans  coures  les  Villes  de  nocre  Empire,  011  la  /^^y?<?  a  régné . 
'  cous  les  Ivrognes  oac  été  fes  premières  yicUmes, 


izx  Mémoire  fur  la  Pefie  de  Mofcoii  ^ 
Prêtre.  Mêmes  .Précautions  pour  les  maftications , 
les  alimens ,  les  vètemens  ,  les  lotions  avec  le 
vinaigre.  l^Qf.afe  portatif,. où  il  eil  contenu,  lui 
deviendra  encore  plus-néceiraire  ,  parce  que,  quand 
un  Chirurgien  doit  faire  c^q\(\\x  Opération  fur  un 
Peftiféré,  ou  lui  panfer  £qs  Plaies ,  il  ne  peut  jamais 
éviter  le  Contact  avec  ies  mains  ,  ni  même  avec 
{es  habits ,  étant  dans  une  Chambre  oij  il  y  a  plu- 
iîeurs  Lits  •  &  s'il  n'a  quelque  vêtement ,  comme 
Hodingote  ou  Surtout  trempé  de  vinaigre  ,  il  con- 
traétera  immanquablement  le  Venin  de  la  Pefte  ^ 
qui  peut ,  malgré  toutes  les  attentions  pofîibles  , 
pénétrer  ion  habit  \  &  ,  fiippofons  qu'il  s'en  re- 
tourne chez  lui  fe  déshabiller,  comme  je  l'ai  dit 
plus  haut,  qu'il  parfume  Ton  habit,  &  l'expofe  a 
l'air  libre  ,  cependant  il  aura  chaque  fois  quelques 
doutes.  A  caufe  de  cq^  mêmes  doutes ,  fon  ame 
ne  fera  jamais  tranquille,  &  la  moindre  infirmité 
lui  caufera  un  très-grand  chagrin  ,  ou  peut-être  la 
Pejle  même,  Ainii ,  pour  qu'il  n'y  ait  aucun 
doute ,  je  confeille  à  chacun  de  s'habiller  d'une 
Redingote ,  ou  Surtout ,  rrem.pé  dans  du  vinaigre , 
&  une  Chaujfure  enduite  de  Poix ,  Sec.  Quant 
à  fes  mains ,  il  doit ,  aulli-tôt  qu'il  les  a  falies  de 
Pus  ,  en  faifant  Vincijion  d'un  Bubon  ou  en  pan-' 
fànt  des  Plaies  ,  les  laver  cha-que  fois  dans  le 
vinaigre  ,  qu'il  doit  toujours  avoir  avec  lui.  Après 
avoir  fait  ïlncifion  ,  il  mettra  fon  Inftrument , 
foit  Bijiouri  ,  foit  Lancette ,  dans  de  l'eau  falée  ,  & 
aorès  l'eiTuyera.  Par  cqs  Moyens  \qs  plus-iimples, 
mais  qui  me  paraiiTent  sûrs  ,  chaque  Chirurgien , 
qui  s'expofera  à  la  guérifon  des  Pejiiférés ,  ainlî 
çue  le  Sous  -Chirurgien  .,  qui  l'aidera,  peut  très- 
facilement  fe  garantir  de  la  Pef.e,  &  je  crois  ces 


Troïjlcmc  Partie.  lij 

Moyens  très  -  Hiliuaires  ,   les  ayant  éprouvés  moi- 
même.  Expert  us  dlco  (  r). 

S'il  en  eft  de  néceflaires ,  c'eft  fur-tout  pour  les 
Gardes-Malades,  dans  les  maifons  particulières,  & 
pour  les  Infirmiers ,  dans  les  Hôpitaux.  Quelle  fujé- 
tion  affligeante  pour  eux  !  D'abord ,  il  eft  inévitable 
pour  ceux-ci  de  loger  dans  l'intérieur  de  chaque 
Hôpital  j  leurs  fonctions  les  aftreignent  à  recevoir 
les  Pefiiiférés  ,  à  la  Porte  ,  à  les  conduire  ,  fuivant 
l'ordre  du  Chirurgien  ,  dans  la  chambre  qui  leur. 
eft  deftinée  j  à  les  mettre  chacun  dans  iori  lit ,  les 
laver  &  nettoyer  la  mal-propreté  f^f) ,  les  coucher, 
leur  donner  la  nourriture  ,  ècz. ,  les  aider  dans  leurs 
befoins  quelconques,  dans  leurs  fantailies-mêmes , 
les  veiller  nuit  ic  jour  ,  nettoyer  dans  leurs  cham- 
bres ,  les  inhumer  s'ils  viennent  à  mourir  ,  &c. 
Quelle  chaîne  de  fervices  de  toute  efpece ,  où  le 
Contaà  immédiat  du  corps  ,  des  hardes ,  du  linge  , 
des  efcrétions  empeftées ,  eft  inévitable  !  Qu'on  in- 
vente, il  l'on  peut ,  un  P réferv atif  sm  ,  qui  fauve 
ces  infortunés  ,  du  malheur  toujours  prêt  à  fondre 
fur  eux  !  Combien  ai -je  vu  de  ces  malheureufes 
viéximes  du  bien  public ,  après  avoir  prodigué  leurs 
foins  ,  avec  un  zèle ,  que  la  mort  parailTait  devoir 
refpeéler  ,  fuccomber  enfin  fous  la  violence  d'ua 
ennemi  qu'ils  avaient  mille  fois  affronté  ? 

Je  n'ignore  pas,   qu'aux  Précautions  indiquées 
pour  les  Prêtres  &  les  Chirurgiens ,  on  ne  puifle  en 


•  {r)  Voyez  dans  Ma.  Lettre  fur  les  Erpérisnces  des  Fric- 
tions Glaciales  pour  la  Guéiifon  de  la  Pefte  ,  &c.  imprimée 
â  Paris,  pag,  I4,  &  ci-delius  le  xxvi%  §.  de  la  Première 
Partie, 

if)  Voyez  dans  la  même  Lettre^  pag.  3^  .,  Obfervate  11*, 
aln.iî  <^ue  pag.  45 ,  Obfervac,  iii^. 


ii4  Mémoire  fur  la  Pejîe  de  Mofcou  j 
ajouter  d'autres  plus-appropriés  à  l'état  des  Infir-^ 
viitrs ,  &  aux  circonllaiices  où  ils  fe  trouvent  j 
qu'il  ferait  utile  de  donner  à  chacun  ,  fa  chambre 
a  part  ,  de  même  que  fa  nourriture  ,&  d'entretenir 
exprès ,  dans  un  quartier  de  l'Hôpital ,  un  Réfer- 
yoir  plein  d'eau  ,  ou  un  grand  Kafe  toujours  rempli 
d'eau  renouvellée ,  pour  s'y  laver,  après  les  fer- 
-■vices  x^idus  a.ux- Peji if érés  •  mais  avec  tout  cela, 
combien  en  périra- t- il  encore?  ....  Il  n'y  a 
donc  pour  eux ,  que  Deux  moyens  ,  que  la  raiibn 
puifTe  approuver  :  l'un  ,  de  ne  fe  fervir  que  des  Per- 
fonnes  qui  ayem  déjà  complettement  triomphé,  des 
Symptcmis  internes  &  des  Signes  externes. de  la 
Pefte  (r) ,  car  elle  n'attaque  jam'ais  Jj  eux  fois  dans 
fon  Cours  d'Invaiion  [u)  i  l'autre ,  de  pratiquer 
\ Inoculation  de  la  Pefte ,  fur  ceux  qui ,  de  plein  gré  , 
fe  dévouent  à  ce  périlleux  état  (  y  ). 

Au  refte  ,  une  chofe  qui  ne  fervirait  pas  peu  à 
échauffer  leur  zcle  ,  &  à  égayer  leur  courage  ,^.objet 
il  néceilaire  ,  ce  ferait  des  récompenfes  pécuniaires 
ou  des  marques  d'honneur  proportionnées  à  leur 
état  civil ,  &  à  leurs  fervices.  Ce  ferait  des  peniions 
viagères  pour  les  veuves  &  les  enfans ,  de  ceux  qui 
fe  feraient  facrifiés  j  ce  ferait  encore  l'appas  de 
la  liberté  pour  des  Criminels  (w  ),  que  le  Couver- 


(r)  Voyez  ci-defTus  le  XIX^  §,,  de  la  Première  Partie. 

{«)  Voyez  Mon  Mémoire  fur  l'Inoculation  de  la  Pefte, 
&c..  imprimé  à  Scraftourg  ,  pag.  ii  &  13  ;  Mu  Lettre  à 
l'Acarléniie  de  Dijon  ,  avec  Réponfe  à  ce  qui  a  paru  douteux 
dans  ledit  Mémoire  fur  l'Inoculation  ,  &c.  imprimée  à  Paris, 
pag.  5;  ,  ranicle  v'.  &  pag.  56,  l'article  vi'.  &  ci-deffus 
dans  le  xviii*.  $.  de  la  Première  Partie ,  note  e. 

(  V  )  Voyez  Jd'on  Mémoire  fur  l'Inoculation  de  la  Pefte, 
&c.  pag.   lï. 

{w)  Voyez  dans  le  même  Mémoire,  pag.  15),  note  m. 

nement , 


Tro'ijleme  Partie,  225 

hement,  d.ins  ces  temps  de  cnfe ,  aurait  ^oicés  à 
ce  minillere  ,  pour  racheter  par-lâ  le  déshonneur. 
Cet  exemple  a  été  donné  à  la  poftérité  par  Notre 
Augulle  Souveraine,  Catherine -la -Grande, 
Tous  ceux  qui  fe  font  dévoués  au  bien  de  l'huma- 
nité ,  dans  les  Hôpitaux  pefliférés ,  ont  reçu  de  fa 
main  libérale  ,  les  gages  les  plus  -  flatteurs  de  fa 
bienfaifance  (at). 

Si ,  dans  l'intérieur  des  familles  ,  la  tendreffe  , 
dans  certaines  circonflances  ,  engageait  à  cqs  foins 
<ie  cœur  ,  qui  ne  peuvent  qu'aggraver  les  dangers 
du  Contact  ,  il  faut  différer  à  fuivre  fon  pen- 
chant ....  Les  Gardes-Malades  veillant  fur  peu 
de  Peftiférés .  &:  peut-être  fur  un  feul ,  pourront 
davantage  veiller  iur  elles-mêmes  ,  8c  les  Précau- 
tions que  j'ai  indiquées  pour  les  Infirmiers ,  les  ga- 
xantiront  plus  facilement  de  la  Contagion, 

§.    V  1 1  L 

Avant  d'entrer  dans  le  détail  des  Moyens  pré- 
fervatifs ,  à  propofer  par  le  Gouvernement ,  j'ai  cru 
devoir  faire  mention  de  ceux  qui  font  néceflaires 
aux  Particuliers ,  dans  &  hors  de  leurs  maifons  , 
&:  entrer  dans  la  Difi:uJfion  de  certains  préjugés 
populaires ,  qui  peuvent  devenir  funeftes  par  les 
conféquences. 

Celui  qui  regarde  le  Pain  eft  des  plus  fingu- 
liers.  Pourquoi ,  en  effet,  prétendre  qu'il  n'eft  poinc 


(x)  Voyez  le  Mémoire  ou  la  Description  de  la 
Peiie  5  qui  a  régné  d^ns  TEinpire  de  Rulîie  ,  &  fur-tout  à 
Mofcou  ,  &c.  page  106  ,  article  5^.  ;  &  C.  de  Mertens, 
Obtervac.  i\ledic.  de  Febrib.  Puuid.  de  Pefte,  &c.  page 

P 


2r(j        Mémoire  fur  la  Pejlc  de  Mofcou  ^ 

fufcepcible  du  Venin  de  la  Pefte  ?  Efl-ce  parce 
qu'on  excite  la  fermentation  de  la  pâte  par  un  levain 
qui  eft  acide  ?  .  .  .  .  Qui  pourra  fe  perfuader  que 
cet  acide ,  à  peine  fenfible  ,  dans  la  malTe ,  où  il  a 
été  diftribué  ,  peut  dénaturer  ce  Venin  f  Et  fi  un 
Peftiféré  a  touché  à  la  croûte  de  ce  Fain ,  où  la 
fermentation  eft  plutôt  arrêtée  que  dans  l'intérieur , 
qui  croira  de  bonne  foi  ,  que  quelque  particule  du 
Virus  peftilentiel  n'y  adhérera  point ,  pour  s'inii- 
nuer  enfuite  par  les  Pores  de  celui  qui  le  tou- 
chera ,  ou  pour  empefter  celui  qui  le  mangera  ? 
Je  crois  qu'avec  le  Pain  il  faut  prendre  des  me- 
fures  auffi  délicates  ,  qu'avec  une  foule  d'autres 
matières  comeftibles ,  ou  non  comeftibles ,  ôc  je 
ne  crois  pas  la  raifon  du  contraire. 

Un  autre  préjugé  ,  auffi  dénué  de  bon  fens  ,  fait 
envifager  à  nombre  de  perfonnes  ,  l'aéte  qui  nous 
reproduit ,  non-feulement  comme  dangereux  ,  lors 
de  la  PeJIe  ,  mais  comme  un  levain  qui  peut  l'en- 
tretenir: en  forte  que  dans  une  Ville  où  elle  réene, 
chaque  citoyen  doit  s'abftenir  de  l'ufage  du  ma- 
riage. Si  cette  condition  était  un  Prejèrvatif  ind'iù 
penfable ,  peu  de  monde  ,  fans  doute ,  en  ferait 
garanti ,  ôc  il  ferait  impolîible  de  jamais  détruire 
ce  F/eau  terrible  ,  fur-tout  dans  les  grandes  Villes 
comme  Mofcou ,  Conftantinople  ,  &c.  qu'il  aurait 
une  fois  affligées.  Non  pas  qu'il  faille  abufer  d'un 
plaifu"  qui  affaiblit ,  &  qui  par-là  donne  prife  à 
l'ennemi  j  mais  Ci  l'on  y  joint  la  modération  ,  il 
ne  peut  qu'être  utile ,  tant  aux  Epoux  ,  par  la  gaieté 
qu'il  infpire,  ëc  la  confiance  qu'il  entretient,  qu'au 
Public  j   par  la  Population  qui  répare  (es  pertes. 

Elle  fe  développe  encore,  dit -on,  à  la  faveur 
de  toute  Nourriture  mauvaile  &  indigefte  ,  ou  de 
rmtempcrance,  elle  peut  mêm.e  y  prendre  fafource. 


Troijîeme  Partie,  117- 

Et  dès-îors  l'on  fetit  que  les  alimens  les  plus-légers 
&:  la  fobriécé  doivent  ,  d'après  ce  Syftème ,  être 
le  feui  moyen  de  le  prémunir  contre  fes  attaques .... 
Mais  quel  Syjîcme  .<'....  S'il  eft  certain  que 
d'une  mauvaife  nourriture  ou  des  excès  dans  le 
boire  &  le  manger,  il  peut  ïèiwlzQï:  Aqs  Maladies  ^ 
tint  fpodariques  qu'épidémiques, très-dangereufes , 
ôc  même  d'un  caraélere  putride  j  il  n'en  eft  pas 
moins  hors  de  doute  que  la  Pejle  ,  doit  fa  aailTance 
a  toute  autre  caufe  qu'à  celle-ci ,  &  tant  que  le 
Contact  à  quelque  chofe  empefté  ,  n'a  pas  lieu , 
ainll  que  je  l'ai  déjà  tant  de  fois  répété ,  l'homme 
le  plus  -  imtempérant  en  fera  aufïi  exempt  que  le 
plus-fobre  ,  non  pas  qu'il  ne  faille  obferver  une 
certaine  fobriété  lorfque  cette  cruelle  Maladie 
règne  ;  mais  la  fobriété  eft  la  loi  du  fage  ,  de  doit 
l'être  tous  [qs  jours  de  fa  vie.  Je  conieiiierai  tou- 
jours aux  habitans  d'une  Ville  où  la  Pejle  fait  fes 
ravages ,  de  manger  &  de  boire  tout  ce  qui  leur 
plaira ,  de  fe  tranquillifer  en  tout  ,  d'être  gais  , 
êc  d'exercer  tout  ce  qui  peut  leur  caufer  une  par- 
faite fatisfadion  &  un  vrai  plaiiîr  j  mais  d'évi- 
ter abfolument  toutes  les  foules ,  &c.  Telle  eft  mon 
^JJertion  ^  que  je  tire   des  expériences. 

Venons  donc  au  fait ,  &  ces  préjugés  mis  à 
part  ,  voyons  ce  que  doit  faire  chaque  Particulier 
dans  &  hors  de  fa  maifon*  ainfî  que  les  Marchands 
dans  leurs  boutiques  ,  les  Négocians  dans  leurs  Fa- 
briques ,  les  Riches  dans  leurs  Palais ,  pour  n'être 
pas  mfectés.  Rappelions- nous  les  Précautions  gé- 
nérales prefcrites  pour  les  Prêtres  3c  les  Gens  de 
l'Art.  Elles  font  également  néceiTaires  au  Citoyen 
de  tout  état. 

Suppofons  qu'une  Ville  fouffre  déjà  les  plus- 
grands  ravages  de  la  Pejle  j  faut-il  en  avoir  quel- 

P;j 


2  2  8       Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mo/cou  ^ 

que  crainte  dans  ce  temps  le  plus -cruel?  Non: 
chaque  Particulier  fe  tiendra  chez  lui  autant  que 
faire  fe  peut ,  &  fi  des  befoins  domeftiques  le  for- 
cent de  fortir,  il  évitera  foigneufement  la  foule. 
On  fait  pourquoi  ^  banifîant  toutefois  de  fon  cœu  r 
toute  frayeur  déraifonnable,  qui  énerverait  fon  cou- 
rage. Si  ceUV^chat  de  quelques  comeftibles,  ou  de 
quelques  marchandifes  ,  qui  dirige  fes  pas,  qu'il 
prenne  garde  de  ne  rien  prendre  à  mains  nuesj  il 
doit  toujours  avoir  des  gants  trempés  de  vinaigre, 
de  Kijloï  Kwajf  [y)  ,  d'eau  falée,  ou  fimplement 
d'eau  fraîche,  en  apportant  chez  lui  fon  Achat ^ 
qu'il  le  plonge  dans  l'eau  &  le  lave  bien  ;  s'il  eft 
immerfifj  ou  qu'il  l'expofe  aux  Fumigations ,  dont 
j'ai  parlé  ailleurs  ,  s'il  n'eft  point  immerfif ,  & 
enfuite  à  VAir  libre.  Pour  lors  il  peut  en  faire  l'u- 
fage  deftiné  fans  la  moindre  crainte. 

Il  ferait  encore  plus  -  fur  pour  lui  d'avoir  une 
Rodingote  ou  un  Surtout  (  :{ ) ,  ou  fimplement  un 
Habit  j  qu'il  employerait  uniquement  lors  de  ies 
allées  de  venues,  qu'il  ôterait  en  rentrant  chaque 
fois  dans  le  veftibule ,  qu'il  parfumerait  à  la  ma- 
nière indiquée  (  a)^  &c  qu'il  expoferait  à  l'Air  libre 
jufqu'à  ce  qu'il  en  eût  befoin  j  fe  lavant  du  refte 
le  vifage ,  les  mains ,  tout  le  corps  même  dans  de 
l'eau  fraîche  ,  s'il  le  jugeait  à  propos.  Il  eft  aifé  de 
voir,  après  ce  que  je  viens  de  dire,  que  toute  com- 
munication du  voifinage  doit  être  interrompue. 
Cependant ,  il  ne  faut  pas  s'enfermer  chez  foi , 


{j'  )  Nous   avons  dans  notre  Pays   Kijloï  Kivajf,  une 
boilfon  bien  acidulée  c|uc  le  Peuple  boit  pour  l'ordinaire. 

(£-)  Voyez  ci-defTus  pag.  zij  &  ziz. 
-    (j)   Voyez,  pour  ce  fujet ,    ci-deiïous  dans  le  xi*.  $, 
TivPis  N".  des  Poudres  Fumi^acives  AinlpejUlentiiiUs. 


Tro'ifitmc  Partie.  12.9 

comme  un  prifonnier  ^  au  contraire  ,  on  peut  voir 
fes  voilîns  lans  la  moindre  crainte  ,  parler  avec 
eux  ,  mais  que  ce  foit  à  1^7//'  libre ,  non  pas  dans 
les  mailons  ,  cj  lans  aucun  Attouchement.  Il  fe 
gardera  auiîi  d'entrer  dans  les  maifons  de  if^  voi- 
fins  ,  ni  que  perfonne  d'eux  n'entre  dans  la  Tienne. 
C'ell  tout  ce  qu'on  demande  \  6c  ,  moyennant 
toutes  ces  Précautions  ,  je  réponds  que  chaque  Par- 
ticulier d'une  Ville  empeftée,  peut  fans  aucune 
crainte  exercer  tout  le  travail  &  les  occupations 
domeftiques,  qu'il  aura  dans  fa  maifon ,  puifqu'il 
fera  fiir  de  n'avoir  aucune  chofe  qui  puiÂe  l'em- 
pelter. 

Les  Marchands  font  plus  expofés  à  la  Conta- 
gion ,  fur-tout  ceux  qui  font  des  ventes  publiques. 
Si  l'amour  du  gain  l'emporte  fur  le  danger  ,  qu'ils 
ayent  chaque  fois  à  côté  d'eux  un  Vafe  rempli  de 
vinaigre,  de  Kijloï  Kwajffj  &c.  Chaque  Acheteur 
y  mettra  le  prix  de  (on  emplette  ,  fans  que  le 
Marchand  y  touche ,  qu'après  l'immerfion.  A  plus- 
forte  raifon,  il  ne  doit  toucher  en  aucune  façon 
les  Acheteurs ^  ou  ce  qu'ils  portent. 

Que  11  les  emplettes  fe  font  dans  les  grandes 
boutiques,  le  Marchand  aura  foin  d'en  tenir  la 
grande  porte  fermée  ,  il  ne  fera  voir  fes  Marchan-^ 
dijes  qu'à  la  faveur  d'une  petite  porte,  ou  fim- 
ment  d'une  fenêtre  5  &:  là  il  les  expofera  féparémenc 
aux  regards  des  Acquéreurs ,  fans  qu'ils  ayent  la  li- 
berté d'y  toucher-  les  conventions  de  prix  une 
fois  faites,  l'argent  fera  dépofé  dans  le  Vafe  en 
queftion  ,  ou  expofé  fur  la  Table  j  &  la  marchan- 
dife  livrée ,  fans  qu'il  y  ait.  eu  de  part  ni  d'autre 
aucun  Contact  j  ii  l'argent  eft  expofé'fur  la  table, 
le  Maître  de  la  boutique  prend  fon  Gant^  le  trempe 
bien  de  vinaigre ,  &c. ,  ramalTe  l'argent ,  le  me? 

P  iij 


1^0       Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou  j 

dans  le  P^afe  rempli  de  vinaiçre  {*)  ,  &c  lave  bleit 
l'endroit  où  l'ir^ent  était  pofé.  Avec  œs  Précau" 
lions  j  on  peut  vendre  «S^  acheter  fans  aucun  rifque 
de  s'empelter ,  &  n'être  jamais  dans  la  moindre 
nécelïité  pendant  les  plus  -  grands  ravages  de  la 
Pefle. 

Il  y  a  des  Fabriques  où  nombre  de  bras  font  oc- 
cupes à  différentes  fabricanoas.  On  ne  ferait  pas 
mal  5  je  penfe ,  d'en  tenir  la  porte  fermée  à  la 
clef  nuit  &  jour  ,  &  d'y  mettre  un  Ponier^  qui 
logerait  dans  une  chambre  à  part,  hors  de  la  mai- 
fon  ,  &  ferait  feul ,  les  commi  liions ,  comme  les 
proviiîons  néceiTaires ,  avec  les  précautions  détail- 
lées pour  le  fimple  particulier.  L'entrée  &  la  fortie 
doivent  d'ailleurs  en  être  interdites  à  tout  autre. 
Les  marchandifes  qu'on  recevra  pour  la  fabrica- 
tion ,  doivent  pafTer  par  les  conditions  ci-devant 
détaillées^  c'eft-à-dire  ,  il  les  marchandifes  font 
immerfives ,  on  doit  les  plonger  dans  de  l'eau , 
&  les  bien  laver,  ce  fera  la  plus-courte  &  plus- 
fîire  précaution  j  fi  au  contraire  on  ne  doit  pas  les 
plonger,  on  peut  les  parfumer  de  la  manière  ci- 
deffous,  avec  celle  des  2>ow  n°.  des  Poudres  fu- 
migatives  antipeftilenrielles ,  qui  fera  la  plus-con- 
venable ,  fuivant  leurs  qualités  refpedives  [b)  ,Ô€ 
après  les  avo^r  expofées  à  l'air  libre,  on  en  peut 
faire  ufage  fans  aucun  doute.  En  prenant  ces 
Précautions  dans  chaque  Ville  empeftée ,  je  réponds 
qu'aucune  Fabrique  ne  rifquera  jemais  d'être  em- 


(*)  Voyez  ci-deiTus  pag.  113. 

[h)  Voyez  Mon  Mémoire  Çnx  Tînoculation  de  la  Pefte," 
Ccc.  imprimé  à  Strafbourg,  pag.  20  &  30,  ainfi  ^ue  ci- 
4eirous  le  xi".  §. 


Troificme.  Pâme.  2. "51 

pellée  ,  5:  qu'elle  peut  conferver  tous  fes  Ouvriers  _, 
pour  continuer  leurs  Ouvrages ,  fans  la  moindre 
interruption. 

Les  Grands  ont  leur  Portier;  il  ne  s'agit  que 
de  lui  hxcr  la  manière  félon  laquelle  il  doit  fe 
comporter;  il  procurera  dans  leur  Palais,  fansrif- 
que  pour  perfonne  ,  les  commodités  de  la  vie,  il 
recevra  toutes  les  provifions  néceflaires  pour  la 
maifon  &:  toutes  autres  chofes;  ils  doivent  abfolu- 
ment  interdire  à  leur  cortège  nombreux ,  à  leurs 
Domcftiques  ^  de  ne  point  fortir  de  leurs  maifons, 
(Se  moyennant  cet  arrangement ,  ils  feront  eux-mê- 
mes a  l'abri  d'un  Aéau ,  qui  ne  les  aurait  pas  épar- 
gnés ,  en  cas  d'omillion  de  quelques  -  unes  des 
Précautions  ci-delTus  prefcrites. 

On  doit  dans  le  temps  des  Ravages  de  la  Pefte  por- 
ter fon  attention  jufques  fur  les  plus-p3tites  cliofes, 
parce  qu'elles  peuvent  devenir  très-importantes.  Qui 
croirait  qu'il  tallût  avoir  l'œil  même  fur  les  Chiens 
&z  les  Chats ,  s'il  y  en  a  dans  la  maifon  ?  Les  Chats 
fur-tout ,  dont  l'efpece  vagabonde  aime  à  errer 
lur  les  toits,  &  que  l'inftinâ:  conduit  bien-fouvent 
dans  l'intérieur  à^s  différents  appartemens.  Le 
maître  de  la  maifon  doit  bien  prendre  garde  que 
CQs  animaux ,  s'il  en  a  ,  ne  fortent  jamais  ,  parce 
que,  s'ils  fortent,  ils  feront  les  plus-grands  ennemis 
de  la  maifon.  Ils  y  apporteront  immanquablement 
la  Pejle  _,  &z  voici  comment. 

Suppofons  qu'un  Chat  forte  d'une  maifon  non 
peftiférée,  il  en  rencontrera  un  autre ,  qui  fera  d'une 
maifon  dans  laquelle  ily  aeu,  ou  bien,  où  il  y  a  même 
encore  des  Pejiiférés  ;  alors,  fi-tôt  qu'ils  fe  touchent 
l'un  l'autre  ,  celui  de  la  maifon  peftiférée  commu- 
niquera fans  doute  à  l'autre  le  yenin  peftllentiel. 
Celui-ci  apportera  indubitablement  ce   J^enin  de 

P  iv 


2. 5  ï  Mémoire  fur  ta.  Pejle  de  Mofcou  j 
la  Pefte  dans  fes  Poils ^  qui  en  font,  comme  ]t 
le  crois ,  la  plus  -  fafceptible  matière  ,  eu  égard 
aux  exhalaifons  huileafes  qui  les  enduifent,  &  le 
Venin  de  la  Pefte  ,  qui  y  adhère  ,  fera  communi- 
qué à  celui  qui  le  touchera  ou  le  careiTera  le  pre- 
mier ,  ou  enfin,  au  lit  ou  au  fauteuil  fur  lequel 
il  ira  fe  repofer  j  quel  fera  le  prix  de  cqs  carelfes  ? 
quel  fera  le  réveil  de  celui  qui  va  chercher  le 
repos  fur  cqs  appuis  ?  Il  fera  le  premier  empefté , 
après  lui  tous  ceux  de  la  maifon  (  c  ). 

On  empêchera  plus-facilement  les  Chiens  d'appor- 
ter un  préfent  aulîi-funefte  :  car,  ils  font  plus  expofés 
à  l'air  libre  \  d'ailleurs  on  peut  les  tenir  à  l'attache. 
Dans  toutes  cqs  circonftances,  s'il  ne  fe  trouve  pas 
quelque  moyen  fur  de  tenir  ces  animaux  renfer- 
més ,  fur-tout  les  Chats  j  je  crois  que  le  plus-fur 
c'eft  de  s'en  défaire.  On  doit  encore  obferver ,  fî 
tout  autre  anunal  domeftique  ne  peut  pas  de  quel- 
que manière  apporter  la  Pefie  dans  la  maifon. 

Une  Précaution  générale  pour  tout  Citoyen  , 
de  quelqu'ordre  qu'il  foit ,  eft  d'éviter  autant 
qu'il  eft  poffible ,  la  Chaleur  dans  {es  apparre- 
mens,  &  d'y  entretenir  au  contraire  un  Air  frais. 


(c)  Pour  confirmer  Mon  j4ffertion  ,  que  les  Poib  àcs 
Animaux,  font  la  matière  la  piu^  fufceptible  pour  recevoir 
le  F'enïn  de  la  Pefte ,  &  qu'ils  empeftent  de  cette  manière 
beaucoup  du  monde  par  le  Contuâ ,  je  crois  qu'il  n'eft  pas 
hors  de  propos  de  rappeller  ici  cette  mêuje  Lettre  ,  qui 
m'a  été  écrite  de  Kiovif  ,  à  Puri^  ,  par  un  de  mes  Parens 
R.  P.  Jac,  BidLlawskjy  y  Arcliiprêtre  &  Membre  du  Con- 
fîftoire  en  cette  Ville  j  Lettre  que  j'ai  déjà  citée  ci  defTus 
pag.  5  r  ,  note  o:  d'où  on  doit  abfoliiment  conclure  qu'il 
ferait  chaque  fois  très-néceiTiire  de  prendre  toutes  les  Frécau~ 
lions  poflibles  pour  que  les  Animaux  domeftiques  ne  for- 
wITent  jamais  de  la  maifon  ,  fur-touc  les  Chats» 


Troijîcmc  Partie.  153 

autant  que  faire  fe  pourra.  ^J'ObJervatlon  a  prouvé 
à  Mofcou,  que  les  Cu'ijïniers ^  \qs  Crjevres  ^y  tous 
les  Ouvriers  ,  en  un  mot ,  qui  travaillent  au  feu , 
ont  été  les  premiers  qui  ont  relfenti  les  Symptômes 
<ie  la  Pefte.  La  chaleur  même  des  Bains  j  fur- 
tout  des  nôtres  ,  eft  dangereufe.  Des  Infirmiers  du 
Alonaftere  Ougref^hinsky  ,  étant  encore  tous  en 
bonne  fanté  ,  allèrent,  leur  fervice  fait ,  fe  baigner 
à  mon  infu.  Je  leur  avais  interdit  ce  Bain  ^  ovl 
l'on  eft  obligé  chez  nous  d'entretenir  une  Chaleur 
exceiîive.  Le  lendemain,  ceux  qui  étaient  les  plus 
fanguinolents,  éprouvèrent  les  premiers,  &  l'un 
après  l'autre,  \qs Symptômes  les  plus-graves  :  preuve 
que  tout  ce  qui  peut  augmenter  la  Chaleur  de  no- 
tre corps ,  donne  en  même  temps  de  nouvelles  forces 
au  plus-prompt  développement  de  la  iVfa/^i/i^,  dont  il 
eft  attaqué.  La  Théorie  eft  d'accord  en  cela  avec  XEx' 
périence,  puifqu'une  chaleur  immodérée  quelconque, 
en  ouvrant  nos  Pores  j  ne  peut  que  trop  difpofer 
notre  corps  à  la  réforbtion  du  f^enin  peftilentiel , 
aux  maux  de  tête  qu'elle  occafionne ,  &  à  l'abbatte- 
ment  qu'elle  produit  toujours.  Au  contraire,  nous 
avons  obfervé  à  Mofcou  que  la  Pefie  n'avait  pas 
fait  tant  de  ravages  dans  les  Quartiers  où  étaient 
logés  les  Tanneurs.  Preuve  qu'autant  que  la  Cha- 
leur facilite  les  progrès  de  la  Contagion  peftilentielle, 
autant  ï Acidité  &  la  Fraîcheur  les  retarde. 

Il  faut  aulli  prendre  en  grande  confidération  la 
Propreté 3  tant  dans  l'intérieur  Aqs  maifons  que  fur 
foi-même.  L'on  a  toujours  obfervé  à  Mofcou ,  que 
les  Perfonnes  mal-propres  ont  été  plutôt  que  les 
autres  affaillies  de  la  Contagion  peftilentielle.  En 
effet ,  fi  une  perfonne  mal-propre  a  Contact  à  un 
Peftiféré  ,  elle  s'empefte  toujours  avant  celle   qui 


2:5  4  Mémoire  fur  la  Pcjîc  de  Mofcàu  3 
fe  tient  dans  une  extrême  Propreté.  Donc,  on 
doit  très-foigneufement  éviter  le  Contact  Se  la  i\f^/- 
propretéj  comme  les  chofes  les  plus-propres  à  em- 
pefter.  AujGGi,  entr 'autres  Edits  émanés  de  Sa  Puif- 
fance ,  Notre  Augufte  Souveraine  Catherine-la- 
Grande,  fit  publier  aux  Habitans  de  Mofcou,  le 
2, 5  Août  1 77 1 ,  celui  qui  fuit. 

I.  «  Dans  les  appartemens ,  où  le  feu  ne  s'en- 
»  tretient  pas,  ou  s'il  ne  s'en  fait  pas  intérieure- 
î>  ment  dans  les  chambres  tant  des  Maîtres  que  de 
a  leurs  Domeftiques  ,  on  en  doit  chaque  jour 
«  changer  l'air ,  non  -  feulement  en  ouvrant  les 
î5  tuyaux  des  cheminées  ,  ou  les  VentUlateurs  ^  mais 
s>  encore  en  ouvrant  chaque  jour,  pendant  quel- 
3>  ques  heures ,  les  fenêtres  mêmes  j  pour  que  les 
»  chambres  reçoivent  aifez  d'air  courant,  fur- 
s5  tout  les  chambres  où  couche  un  grand  nombre 
»   de  perfonnes. 

II.  ce  Pour  que  les  chambres  habitées  foient , 
»  autant  qu'il  eft  pofiible  ,  entretenues  &c  purgées 
»>  de  toute  mal-propreté  ,  ainfi  que  les  tapis ,  ma- 
3>  telats ,  lits,  couvertures,  &:  autres  chofes  fem- 
s»  blablesj  qu'elles  foient  expofées  à  l'air  libre  & 
il  au  vent ,  autant  de  fois  qu'on  pourra  ,  par  fe- 
»   maine,  ou,  s'il  eft  poffible,  par  jour. 

m.  ce  II  faut  confeiller  à  tous  les  Habitans  de 
M  la  Ville,  l'ufage  fréquent  d'e^z^  froide ,  &  même 
>5  à  la  glace,  tant  pour  leur  boilTon  ordinaire, 
»  que  pour  fe  laver  bien-fouvent  le  corps  ,  ainli 
»  que  l'ufage  intérieur  &  fréquent  de  Vinaigre  en 
s>  petite  portion ,  &  l'abfterfion  extérieure  de  tout 
5>   leur  corps  avec  un  linge  trempé  de  vinaigre. . . .  " . 

Cet  Edit  fut  à  peine  publié  par  S.  E.  le  Général 
de  Yéropkin  j  alors  Infpedeur  de  tous  les  arrange- 


Troijlcmt  Partie.  i^^ 

mens  pris  contre  la  Pejle ,  {d) ,  que  le  Peuple  le 
reçut  avec  fatistadion  ,  le  fuivit  avec  une  exadi- 
rude  incroyable,  &  en  retira  les  plus-merveilleux 
luccès  (e). 

Je  parviens  infenfiblement  aux  Précautions  à 
prendre  par  le  Gouvernement  j  mais  ,  avant  d'y 
entrer,  je  dois  avertir  les  Lecteurs,  que  toutes, 
celles  que  je  viens  de  décrire  ,  ne  font  pas  incon- 
nues ,  ôz  que  s'il  en  deiire  un  plus-ample  détail, 
il  peut  confulter  en  premier  lieu  : 

Une  Petite  Brochure,  qui  eft  fortie  de  la  prefle 
à  Mofcou.  Cette  Produdion  faite  à  la  Maifon  des 
Enfans  Trouvés  (/) ,  ne  contient  qu'en  partie  les 
Edits  émanés  pour  lors  ,  &  des  înfiruciions  données 
par  le  Sénat  &  la  Commiffion  contre  la  Pefte  , 
appuyées  par  l'autorité  du  Gouvernement. 

En  fécond  lieu ,  cqs  mêmes  Moyens  préfervatifs 
(?c  une  foule  d'autres ,  qu'on  traiterait  mal-à-pro- 
pos de  minutieux,  font  rapportés  plus  au  long  dans 
\Oavras,e  intitulé  Mémoire  ou  la  Description 
de  la  Pefte,  qui  a  régné  dans  l'Empire  de  Ruffie, 
&  fur-tout  à  Mofcou,  &c.  (^).  Ce  Mémoire  eft 
une  ColleBion  de  toutes  les  Ordonnances  émanées  de 
S.  M.  I.  Notre  Augufte  Souveraine  Catherine  II, 


(J)  Voyez  dans  le  x  x  i^.  §.  de  la  Première  Partie, 
noce  u. 

(e)  Voyez  le  Mémoire  ou  la  Description  de  la  Pefte, 
qui  a  régné  dans  l'Empire  de  Pvuffie  ,  &c  lur-touc  à  Mofcou, 
Sec.  §.  60  ,  page  83. 

(f)  Imprimée  en  Langue  Rufîe ,  en  1771. 

(g)  Cet  Ouvrage  fut  dédié,  par  la  Commifîion  contre 
la  Pefte ,  à  S.  M.  Impériale  ,  &  imprimé  à  rUniverfité 
de  Mofcou  en  177^  ,  avec  des  Phnches  des  Lazareths,  ou 
Hôpitaux  pour  les  Peftiférés, 


ly^  Mémoire  fur  la  Pejîe  de  Mo/cou^ 
pour  fervir  à' Infiruclion  à  la  Commilîion  contre  la 
Pefte.  Quoique  la  Defcription  de  cette  cruelle  Mala- 
die y  foit  à  la  vérité  trop-fuccinéle  pour  rendre  cet 
Ouvrage  utile  aux  Médecins  Se  aux  Chirurgiens  ;  on 
peut  néanmoins  alTurer  qu'il  èft  précieux  pour  chaque 
Nation  en  général,  &  fur-tout  pour  chaque  Ville  , 
où  le  germe  de  la  P^Jle  viendrait  à  fe  développer. 
Tous  \qs  Edits  j  tous  les  Détails  inftruftifs  donnés 
aux  Officiers ,  qui  étaient  Infpeéleurs  des  Quartiers 
de  la  Ville ,  &c.  (  A  )  ;  en  un  mot  j  tous  les  arran- 
gemens  pris  pour  arrêter  ce  terrible  Fléau  dans  un 
temps  fî-prefTant  ,  y  font  ralTemblés,  avec  la  re- 
lation des  fuccès  qu'ils  ont  eus. 

En  troifieme  lieu ,  on  peut  également  voir  ce 
qu'a  écrit  M.  de  Mertens  dans  (es  Obfervations 
fur  la  Pefte  de  Mofcou  (  i  ) ,  lefquelles  font  fans 
doute  entre  les  mains  de  tous  les  Savans  de  l'Eu- 
rope. Il  a  fait  auiïi .  quelque  mention  des  moyens 
qu'il  faut  prendre  pour  s'en  garantir,  &  des  bar- 
rières qu'on  doit  oppofer  à  fes  ravages.  Sans  par- 
ler des  Anciens ,  qui  depuis  pluiîeurs  Siècles  ont 
traité  de  la  même  matière.  Pour  ce  qui  eft  de 
moi,  je  ne  traite  que  des  Moyens  les  plus- né- 
ceifaires  pour  chaque  Ville  empeftée ,  &  des  Pré^ 
cautions  les  plus-importantes. 

§.    IX. 

Celles  que  lui  oppofe  le  Gouvernement  peuvent 
ctre  confîdérées  fous  différents  points  de  vue,  comme 


[h)  Voyez  ci-HelTus  dans  le  xxiv"^.  §.  de  la  Première 
Partie,  note  p ,  &  dans  le  xxxi^.  note^. 

(  i  )  Obfervationes  Medicx  de  Febribus  Putridis  de  Pefte» 
&C.  Vindobona:  1778, 


Troijieme  Partie.  i^-f 

<de  Maifon  à  Maifon,  de  Ville  à  Ville,  de  Nation 
à  Nation  ,  ou  bien  relativement  aux  différents  De- 
grcs  de   cette   terrible  Maladie. 

Cependant ,  pour  éviter  les  longueurs,  je  n'en- 
trerai dans  aucun  détail  qui  ptiifle  concerner  les 
Nations  :  chacune  fait  aulîi-bien  garantir  fes  Li- 
mites de  la  Pejle  que  de  l'Ennemi.  Depuis  nom- 
bre de  Siècles  il  exifle  de  Sages  Ordonnances ,  & 
des  Règles  de  conduire  à  cet  égard,  que  les  Inf- 
pecleurs  nommés  pour  cet  effet ,  ne  peuvent  ignorer. 
Ils  lavent  également  qu'ils  doivent  les  obferver  avec 
l'attention  la  plus-fcrupuleufe  j  &  que  d'une  lé- 
gère inexa6titude ,  il  pourrait  réfulter  des  effets 
terribles  pour  la  Nation  ,  à  la  confervation  de 
laquelle  ils  veillent  par  état  •  mais  le  devoir  eft  la 
bouifolequi  dirige  leurs  Opérations,  &  les  Royau- 
mes en  recueillent  à  chaque  moment  les  fruits. 
Néanmoins,  malgré  leur  vigilance, 'il  arrive  que 
la  Pejle  fe  développe  quelquefois  dans  des  Villes 
où  l'on  ne  s'y  ferait  pas  attendu,  &  fi-tôt  qu'une 
telle  Ville  eft  voiline  de  l'autre ,  ou  ii  elle  a  quel- 
que communication  ,  quoiqu'étant  éloignée  ,  ii 
faut  abfolument  que  le  Gouvernement  fâche  les  Pré- 
cautions néceffaires  dans  le  cas  que  leur  Ville  fut 
empeflée.  Les  Médecins  3c  les  Chirurgiens  fur-touc 
doivent  bien  fcruter  toutes  les  Maladies  qui  ré- 
gneront alors  dans  la  Ville  ,  ainfi  qu'aux  environs, 
de  manière  que ,  quand  ces  derniers  découvriront 
l'exiltence  de  la  Pejle  par  les  caraderes  qui  l'an- 
noncent ,  tels    quç  les  Bubons  (  /c)  ,  les  Charbons 


{k.)  Il  fauc  fàvoir  que  la  Fefte  ,  dès  le  commencement  de 
fon  invafîon  ,  ne  porte  prefque  jamais  d'aucres  Signes  ex- 
ternes que  les  Bubons  ;  c'eft  pourquoi  les  Médecins  ne 
doivciu  nullement  difpucerj  pour  conclure,  fi  c'eft  id  Peft& 


2. 3  s  Mémoire^  fur  la  Pejie  S  Mojcou  y. 
Ôc  les  PétéckièSj  &  en  auront  fait  leur  rapport  au. 
Gouvernement  j  c'eft  pour  lors  à  lui  de  redoubler 
d'adtivité ,  &  de  prendre  les  mefures  les  plus-ri- 
goureufes ,  afin  d'étouffer,  s'il  eft  polîible,  le  monf- 
tre  ,  dès  fa  naiffance.  Il  faut  pourtant  que  ces  me- 
fures foient  telles,  qu'elles  n'occaiionnent  aucun 
dérangement  dans  le  commerce,  ni  qu'elles  cau- 
fent  aucune  terreur  panique  parmi  le  Peuple. 

J'ai  démontré  dans  la  Première  Partie  de  cet 
Ouvrage ,  ainii  que  dans  Ma  Lettre  à  l'Académie 
de  Dijon ,  avec  Réponfe  à  ce  qui  a  paru  douteux 
dans  Mon  Mémoire  fur  l'Inoculation  de  la  Pefte , 
par  les  Ohfervations  les  plus-importantes  ,  que  la 
Pefie  ne  nous  attaque  jamais  que  par  le  Contact  .^ 
il  fuffit  donc  à  chacun  de  s'en  garantir  ,  quicon- 
que fera  docile  à  ces  raifons ,  tâchera  toujours  de 
l'éviter  ^  s'il  l'évite  ,  il  peut  être  très-perfuadé  qu'il 
ne  peut  pas  être  empefté.  Sur  cette  certitude ,  il 
ne  craindra  point  de  rendre  fervice  à  ceux  qui 
en  auront  befoin. 

Suppofons  donc  que  la  Pefte  s'empare  d'une  Maî- 
fon  ,  celui  des  Médecins  ou  Chirurgiens  qui  y  dé- 
couvre le  premier  un  Pefiféré,  doit  en  premier 
lieu  lui  ordonner  fecrettement  de  s'éloigner  auflî- 
tôt  de  ceux ,  qui  font  encore  en  bonne  fanté  ,  d'em- 
porter toutes  fes  hardes  ,  ou  dans  une  autre  chan^ 
bre ,  ou  dans  un  jardin ,  li  c'eft  en  été  ,  ou  dans 
quelqu'autre  endroit  un  peu  éloigné ,  ce  qui  fera 


ou  non ,  mais  ils  doivent  bien  ex.aminer  les  circonflances , 
&  fui-tout  la  fuite  de  tous  les  Symptômes  incernes ,  donc 
fai  donné  la  Defcription  dans  la  Seconde  Partie  de  cet  Ou- 
vrage. Par  ces  recherches,  ils  ne  douteront  jamais  que  ia 
ÀfaUdle ,  quoiqu'elle  ne  poite,  pour  Signes  externes,  <jue 
des  Bubons  ,  ne  foit  véiitai)lemenc  la  pe/te. 

V 


Troificmt  Partie.  255^ 

"beaucoup  mieux ,  s'il  eft  encore  en  état  de  fe  con- 
duire lui-mcme.  Au  contraire,  il  faudrait  que  quel- 
qu'un lui  aidât,  8z  que  cette  même  Perfonne  prît 
aurti-tôt  les  Précautions  ci  -  delTus  mentionnées  , 
pour  qu'elle  ne  s'empeftât  pas  elle-  même.  En  for- 
tant  de  la  maifon  empeftée ,  le  Médecin  ou  Chi- 
rurgien doit  encore  avertir  tous  les  autres  de  ne 
point  fortir  de  leur  maifon.  Il  informera  en  même 
temps  les  voilins ,  que  cette  maifon  eft  empeftée , 
èc  qu'ils  ne  doivent  ni  y  entrer,  ni  en  recevoir 
aucune  chofe.  Cependant,  il  ne  le  fera  qu'en  pre- 
nant les  Précautions  les  plus-propres  à  banir  toute 
la  crainte  du  fein  de  leur  famille  ,  les  alTuranc 
qu'ils  n'ont  rien  à  craindre  de  la  Maladie  _,  ayant 
évité  tout  le  Contact:  qu'ils  pourront  même  parler, 
s'ils  veulent,  aux  Perfonnes  de  la  maifon  empeftée  ; 
mais  que  ce  ne  foit  que  d'une  certaine  diftance. 
En  conféquence,  le  Gouvernement  T^oniizoïàonnei 
à  la  Police  de  faire ,  nuit  &;  jour  ,  Sentinelle  au- 
tour d'une  telle  maifon ,  pour  que  perfonne  n'y 
entre ,  &  que  ceux  qui  y  lont  n'en  fortent  pas  ; 
mais  que  le  tout  fe  fafTe  avec  tranquillité ,  &  d'une 
manière  décente.  Elle  doit  encore  procurer  à  ceux 
qui  y  font  renfermés  ,  toute  la  Sub/ifiance  nécef- 
faire ,  pour  qu'ils  ne  foufrrent  aucune  difetre. 
Les  Médecins  Se  les  Chirurgiens  viliteront  très-fré- 
quemment le  Malade^  tant  pour  fcruter  la  Ma- 
ladie ,  que  pour  encourager  les  autres  habitans  ; 
ils  recommanderont  chaque  fois  aux  Perfonnes  de 
la  maifon  de  fe  ,  garder  bien  -  fcrupuleufement, 
en  premier  lieu  ,  de  s'empefter  eux-mêmes ,  en  fé- 
cond lieu,  d'empefter  quelques  autres  perfonnes 
de  leurs   voifins. 

Les  Minijtres  de  VEglife  doivent  aller  de  temps 
en  remps  dans  cette  maifon  pour  exhorter  les  Per- 


240  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mo/cou  _, 
formes  qui  y  habitent  ,  à  obferver  les  mefureS 
que  leur  aura  indiquées  le  Gouvernement  j  &  les 
Gens  de  T Aut ,  &  à  ne  point  fe  roidir  contre  leurs 
fages  ordonnances  (  /  )  ;  ils  leur  diront  chaque  fois 
que  la  Pejle  eft  une  Maladie  très-contagieufe,  &c. 
Ils  pourvoyeront  du  refte  aux  befoins  fpirituels  du 
Malade. 

Si-tôt  qu'on  prendra  toutes  ces  Précautions  fi- 
falutaires  &  iî-humaines ,  les  Perfonnes  j  qui  fe- 
ront dans  la  maifon  empeftée ,  ne  manqueront  pas 
de  fecours  ,  elles  fe  garderont  elles-mêmes  avec  la 
plus-exa6te  attention  d'être  empeftées.  Les  Voifins 
îe  garderont  aulîl ,  &  tous  enfemble  faciliteront 
les  mefures  entreprifes  pour  étoufi'er ,  dès  le  com- 
mencement, un  Fléau  fi-redoutable.  Il  s'enfuivra 
de-là  que  la  Pejle  ne  pourra  jamais  s'étendre  plus- 
loin.  Moyennant  cette  conduite ,  le  Gouver- 
nement ,  avec  les  Médecins  &  autres  j  découvriront 
les  fources  par  lefquelles  la  Première  Perfonne  a  été 
empeftée  j  en  les  découvrant  ainfi ,  ils  tâcheront 
immanquablement  de  les  tarir,  &  enfuite  de  pur- 
ger tout  ce  qu'ils  croiront  encore  en  Etat  d'em- 
pefter  quelqu'un,  ou  ,  ce  qui  ferait  encore  mieux, 
îî  le  Gouvernement  j  en  les  payant  aux  Proprié- 
taires ,  Ïqs  contraignait  de  les  confumer  tout-à-fait 
par  le  feu.  Voyant  des  Mefures  fi-douces  ,  fi-fa- 
ciles'  à  l'exécution ,  iî-humaines  ,  non-effrayantes  , 


(/)  J'ofe  afTureï  ,  par  une  preuve  bien  convaincante  ,  que 
jamais  aucune  Loi  ,  même  la  plus-  rigoureufe  ,  ne  pourra 
ranc  engager  It  Peuple  à  l'exécution  exadle  de  toutes  les 
Précautions  que  le  Gouvernement  prefcrira  ,  comme  les  plus- 
falutaires  pour  le  bien-être  d'une  Ville  empeftée  ,  que  les 
confeiis  &  les  exhortations  des  iMiniftres  de  l'Eglife  ;  preuve 
qu'ils  fonr  dans  ce  temps  bien  iiécefTaires.  Voyez  ci-deffus 
F^g'  1^8,  i6c?  &  170. 


Troïjîcme  Partie.  241 

ni  pour  les  Malades  peftifércs,  ni  pour  tout  autie^, 
perloniie  ne  cr.iindra  ni  la  Maladie,  ni  les  Loix 
rigoureufes  du  Gouvernement,  Kmd^  la  Pe/le  {exa. 
immanquablement  croutïee  dès  fon  origine ,  &  s'il 
arrive  quelquefois  qu'on  ait  déjà  dans  une  Ville 
jufqu'à  dix  maifons  empeftées,  avec  ces  entreprifes 
on  pourra  très-facilement  éteindre  la  Pejle ,  puif- 
que  chacun  fâchant  qu'il  ne  faut  qu'éviter  le  Con- 
tacl  Aqs  chofes  empeftées,  pour  ne  point  périr 
d'une  Maladie  j  qui  n'agit  fur  nos  corps  que  par 
la  communication  de  fa  Contagion  j,  chacun  l'é- 
vitera ;  par  ce  moyen  ,  le  bon  ordre  fe  trouvera 
dans  chaque  Ville  ,  quoiqu'empeftée.  Mais  (i  l'on 
prend  quelques  Mefures  contraires  ,  je  réponds  que 
chaque  Ville ,  dont  la  Pejîe  s'empare ,  éprouvera 
toujours  un  horrible  Fléau ^  tant  par  la  crainte,  que 
par  mille  autres  différentes   circonftances. 

Il  fera  dès-lors  inutile  de  parler  à' Hôpitaux  peftî- 
férésj  ni  de  Quarantaines  ^  mots  auiïl-redoutables  au 
Peuple  que  la  Pejle  même  [m],  &  en  cas  qu'il  en 
foit  befoin  ,  ce  feront  ces  mêmes  Maifons  où  feronc 
les  Malades  peftiférés  ,  qui  en  ferviront.  Par-là  Is 
Gouvernement  s'épargnera  beaucoup  de  difficultés  j 
&  une  Ville  n'éprouvera  pas  les  dangers  auxquels 
elle  ferait  expofée  par  le  tranfport  des  Pejliférés. 
Qui  ne  conviendra  pas  avec  moi  qu'en  conduifant 
les  Malades  peftiférés  ,  les  uns  dans  les  Hôpitaux  , 
les  autres  dans  les  Q^i2r^/2r<2i/2ej',  le  Gouvernement 
a  plus  de  diuicultés  ,  &  qu'on  facilite  par  ce  moyen 
la  propagation   de  la    Contagion  j  tandis  qu'avec 

{m)  Voyez  H.  Rutzky,  DilTcrcac.  Inauo;ural.  Medica 
de  Pcfte,  &c.  pag.  19  ,  déjà  cicée  dans  le  1".  §.  de  cette 
même  Partie,  note  l> ,  dans  le  ii\  ngte  ^ ,  &  dans  le  iv.% 
noce  i. 

Q 


ij\.i       Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou  j 

les  Moyens  que  je  viens  de  propofer,  le  Gouver-^ 
nement  n'aura  pas  dans  la  Ville  plus  de  deux^  trois 
ou  fuppofons  dix  Malades  peftiférés,  &  quelques 
maifons  empeftées  ?  Si  les  Malades  meurent ,  il 
fera  fur  qu'il  y  aura  eu  tant  de  Morts  _,  6c  tant 
de  Perfonnes  qui  auront  eu  le  Contai ,  .en  les  en- 
terrant j  par  coiiféquent,  il  faura  qu'il  faut  pren- 
dre avec  eux  toutes  les  Précautions  néceflaires,  & 
les  garder  dans  les  Quarantaines,  avec  la  plus-exa6be 
attention.  Ces  mêmes  Perfonnes  étant  bien  inf- 
truites  de  toutes  les  Règles  qu'on  y  doit  obfer- 
ver  ,  y  feront  elles  -  mêmes  très-attentives  :  de-là 
la  Pejie  n'aura  aucun  lieu  de  s'étendre. 

Mais ,  en  cas  que  la  PeJie  commence  à  faire 
de  grands  ravages ,  &  qu^il  meure  dans  la  Ville 
quantité  de  Malades  peftiférés ,  un  autre  objet , 
qui  mérite  encore ,  ce  me  femble ,  une  Conjidéra- 
tion  particulière  de  la  part  du  Gouvernement ,  c'eft 
de  penfer,  dès  le  commencement,,  à  la  manière 
de  iQ'à  inhumer ,  &  moyennant  àts  récompenfes 
pécuniaires ,  de  fe  procurer  pour  tranfporter  tous 
les  Morts  dans  les  cimetières,  des  Enterreurs ,  aux- 
quels il  fera  enjoint  de  s'habiller  de  la  manière 
décrite  ci  -  delfus  [n)  -.  de  leur  recommander  de 
mettre  les  Cadavres  dans  une  Brouette ,  ou  autre 
.  Machine  commode  (  o  )  ,  &  de  les  tranfporter  dans 


(/2)  Voyez  ci-defTus  dans  le  xxxi'.  §.  de  la  première 
Partie,  note  f. 

(o)  Je  voudrais  (]ue  Ton  fît  ufage  ,  dans  ce  cas  ,  d'un 
Injirument  manuel ,  pour  qu'on  n'eût  pas  befoin  de  recourir 
aux  Chevaux.  J'ai  toujours  idée  que  les  Animaux  peuvent 
attirer ,  fur  leurs  Voils  ,  une  grande  quantité  du  F'enin  pefti- 
Icntiel,  &  le  communiquer  à  ceux  qui  les  toucheraient.  Voyez 
ci-defîas  dans  le  vm'.  §.  de  cette  jr.ême  Partie,  note  c 


Troijîcme  Partie»  2,43 

îe  Cimetière  hois  de  la  Ville  ,  qui  fera  le  plus- 
près  [p) ,  &où  l'on  auracreufé  a  avance  une  yojje 
profonde  pour  les  enterrer  [q)  j  de  jetter  à  l'eau, 
ou,  ce  qui  fera  encore  mieux,  de  biûler  leurs 
Jnjirumcns  avec  toutes  les  hardes  des  Enterreurs  ; 
en  un  mot ,  tout  ce  qui  aura  fervi  aux  Malades 
peftiférés  avant,  &  pour  leur  enterrement  j  de  fe 
plonger  enfuite  dans  la  rivière  ,  à  différentes  re- 
prifes,  cS:  de  prendre  de  nouveaux  habits,  afin  de 
paifer  dans  la  Quarantaine  pour  15  ou  20  jours  tout 
au  plus  ,  &  fi  aucun  d'eux  n'eft  empefté  ,  ils  forti- 
ront  (Se  recouvriront  leur  liberté.  Qui  doute  que 
ces  Ordonnances  appliquables  aux  habitans  Aqs 
campagnes ,  comme  à  ceux  des  Villes  ,  ne  de- 
viennent ,  pour  l'efpece  ,  une  reifource  falutaire 
contre  les  fureurs  de  la  Pejle}  Je  les  propofe comme 
les  plus-néceifaires ,  dès  le  moment  que  la  Pejie 
s'empare  de  quelqu'endroit  (  r). 

§.     X. 

Cependant,  malgré  tout ,  s'il  arrive  que  la  Pejie 
fe  répande  ,  &  que  fa  Contagion  gagne  les  diffé- 
rents Quartiers  d'une  Ville  ,  pour  lors  le  Gouver-' 
nement  doit  prendre  des  Précautions  qui  deviennent: 
plus-nécelfaires  que  jamais. 


{p  )  Voyez  ci-defTus  dans  le  xxxi*.  §.  de  la  Première 
Partie,  note^. 

(  q  )  Voyez  au  même  endroit,  &  dans  le  même  §  ,  notes^ 

(r)  Je  ne  donne  ici  aucune  Description  de  la  manière 
donc  il  faut  nettoyer  les  Aluifons  peflitérées ,  me  réfervanc 
de  la  donner  ci-deflous  dans  le  xii^.  §  ,  où  je  dirai  quelles 
Mefures  on  doit  prendre,  ^uand  i^Pefie  elt  tout-à-faic 
£nie. 


2  44       Mémoire  fur  la  Ptjîe  de  Mojcouj 

La  Première  cft  la  diflribiicion  clés  différents 
Quartiers  de  la  Ville  {f)^  de  façon  qu'ils  ne 
ibient  pas  trop  étendus ,  pour  faciliter  une 
pleine  connailTance  de  chaque  maifon  en  particu- 
lier. Chaqite  Quartier  aura  un  Infpecieur  ^  ôc  {qs 
Subalternes  pour  l'aider  (r),  un  Médecin  ou  un 
Chirurgien  (z/)-pour  vifirer  chaque  i1f^/^^^. 

La  Seconde  concerne  le  moyen  de  découvrir  par 
tout  où  il  y  aura  quelque  Pejliféré,  dès  que  quel- 
qu'un tombera  Malade  dans  une  maifon  ,  alors  on 
mettra  fur  la  Porte  une  certaine  Marque  que  le 
Gouvernement  doit  aiîigner  (  v  ) ,  pour  que  les 
Subalternes  de  Vinfpecleur  j  qui  vifiteront  journel- 
lement leur  Quartier ,  puiffent  plus-commodément 
reconnaître  ,  que  dans  une  telle  maifon  fe  trouve 
un  Pejiiféré j  &  fi-tôt  qu'ils  en  feront  le  rapport 
à  Vinfpecleur  j  il  fe  tranfportera  fur  le  champ ,. 
avec  le  Médecin  ou  Chirurgien  du  Quartier ,  chez 
le  Malade ,  pour  conftater  l'état  de  fa  Maladie  , 
Il  ce  n'eil  point  la  Pefte  ^  on  ôtera  aiiffi-tôt  la 
Marque  de  la  Porte.  Dans  le  cas  contraire ,  elle  y 
reftera.  Pour  lors  il  fera  fait  inhibition  à  toute 
perfonne  de  fortir  de  cette  maifon,  &  ordonné 
que  la  Marque  y  fubfifte  jufqu'à  nouvel  ordre  , 
fous  la  garantie  toutefois  de  fournir  la  Suhfif 
tance  nécelTaire  à  ceux  cpi  l'habitent.  Autant  que 
faire  fe  pourra,  les  Malades  feront  priés  de  fe 
rranfporter  dans  -les  Hôpitaux  peftiférés  pour  s'y 
«Tuérir  phis-commoclément  de  leur  Maladie. 


(f)    Voyez  ci-dcfius  dans  le  xxiV^  §    de  ]a  Piemieie 
Partie  ,  noce  p. 

[t]  Voyez  au  même  endroit,  la  même  note/'. 
(/.')  Voyez  au  même  endioic  ,  la  même  note/?. 
(vj  Voyez  au  même  enûroic,  le  vu'.  §. 


Troijleme  Partie»  245 

La  Troijlcme  Préc:Tution  regarde  le  nombre  de  ccî 
Hôpitaux  ,  qui  fera  proportionné  à  l'étendue  de  la 
Ville  (w'.  Le  Gouvernement  ?i\irx  foin  de  les  dif- 
poler  de  minière  qu'il  y  en  ait  Un  à  chaque  coin  ; 
&  il  en  choifira  la  lituation  ,  s'il  ell  poilibîe ,  dans 
quelque  local  vafte  &  bien  aè'ré  {x)  :  les  Chambres 
y  (^\:oai  fpatieufes  ,  &  les  Malades  diftribués  dans 
diftérents  Quri.rtiers  de  l'endroit  ,  fuivant  la  vio- 
lence des  Symptômes  qu'ils  éprouveront ,  &  la  na- 
ture des  Signes  que  l'habitude  de  leurs  corps  pré- 
fentera  (y  ).  Chaque  Hôpital  aura  un  Chirurgien  C^) 
avec  quelques  Sous  -  Chirurgiens  ,  qui  prendront 
tous  les  foins  poUibles  de  la  Cuérifon  des  Pef- 
tiiérés ,  &z  des  Infirmiers  de  l'un  &  de  l'autre 
Sexe  (  :{ ) ,  un  Médecin  pour  avoir  l'infpedtion  fur 
tous  les  Hôpitaux  en  général  (  "^  )  ,  &  pour  don- 
ner toutes  les  infi:ru6tions  nécefTaires  aux  Chirur- 
giens des  Hôpitaux  ,  un  Aumônier  ^  qui  veillera 
au  fpirituel ,  &  un  Infpecieur  avec  {qs  Aides  qui, 
non-feulement  veillera  à  ce  que  chacun  rempliiTe 


(w)  Voyez  au  même  endroit,  les  xxviii  &  xxx%  §. 

(.y)  Voyez  dans  Ma  Lettre  fur  les  Expériences  des 
Friélions  Glaciales  pour  la  Guérifon  de  la  Pefte  ,  &:c.  im- 
primée à  Scrafbourg  ,  pag.  4 ,  noce  3  ,  ainfi  que  ci-deflus 
dans  le  xvi'.   §.  de  la  Première  Partie,  note^. 

(jy)  Voyez  ci- deCTus  le  x  x  v  1 1 1%  §.  de  la  Première 
Partie. 

(*)  Voyez  dans  le  vu'.  §.  de  cette  même  Partie,  page 
zio,  &  ci-deflus  le  xxx^.  §.  de  la  Première  Partie. 

[l)  Voyez  dans  le  même  vu'.  §  ,  pag,  ai^  ,  &  ci-deiTus 
dans  le  xxxi".  §.  de  la  Première  Partie  ,  noce  z, 

(*)  Voyez  dans  Ma  Lettre  fur  les  Expériences  des  Fric- 
tions Glaciales  pour  la  Guérifon  de  la  Pefte  ,  &c,  imprimée 
à  Strafbourg,  pag.  40,  &  ci-delïus  le  XX vu'.  §.  de  la 
Première  Partie. 

o  ii; 


24<'       Mémoire  j m  la  Pejle  de  Mojcoii  î 

fes  FonclLons  avec  exaétitude  ,  mais  il  aura  autant 
d'égard  à  la  Suhfijlancc  de  tout  fon  Monde  qu'au 
maintien  du  bon  ordre  &  de  la  difcipiine. 

Enfin,  une  QtiatrLme  &  dernière  Précaution 
re<2:arde  les  morts.  Les  Cimetières  feront  fîtués  au- 
près  de  chaque  Ropital  {a)jy  ôc  dans  chacun,  les 
FoJJoyeurs  auront  toujours  foin  de  tenir  des  fofTes 
creufées ,  pour  y  placer  les  Cadavres  ,  aufîi-tôt  que 
les  Enterreurs  les  apporteront  de  quelque  part  que 
ce  foit.  Les  Enterreurs  ,  après  les  y  avoir  mis,  fe 
retireront,  &:  les  Fojfoyeurs  les  inhumeront.  Toutes 
ces  Fojjes  feront  profondes,  ôc  on  les  comblera 
à  mefure  qu'elles  feront  remplies  de  Cadavres, 
J'ai  déjà  dit  plus-haut,  que  les  Enterreurs  &  les 
FoJJoyeurs  devaient  être  entretenus  aux  frais  de  l'E- 
tat ,  &  comment  ils  devaient  fe  comporter  pendant 
&   après  les  Enterremens  [b). 

Tant  de  bienfaits  de  la  part  du  Gouvernement ,' 
&  fur-tout  les  fuccès  qui  en  réfuiteront,  pour  le 
bien  de  l'humanité  ^  feront  fans  doute  naître  aux 
malheureux  alTaillis  par  la  Pejle  ,  le  deiir  d'aller 
fe  faire  traiter  dans  les  -Âfyles  publics  qu'il  con- 
facre  à  leur  guénfon  ^  mais  en  cas  que  pluiîeurs 
ne  voululfent  pas  s'y  rendre  ,  on  demande  s'il 
faudrait  les  y  forcer?  C'eft  ce  cpe  je  laiife  à  ré- 
foudre à  la  Loi  de  chaque  Nation  en  général  ,  & 
aux  inftrudions  de  chaque  Ville  en  particulier. 
Quant  à  moi,  je  penfe  qu'on  ne  doit  jamais  les 
y  forcer  ;  coxio.  contrainte  paraîtrait  dure  &  tenir 
de  l'efclavage.   C'eft    ainii  qu'a  penfé  S.  Al.    le 


(<j)  Voyez  ci-delTas  dans  le  x  x  x'.  §.  de  la  Première 
Partie,  noce  /,  &  dans  le  xxxi*.  note^. 

(^)  Voyez  au  même  endroit,  les  mêmes  notes  /  U_y. 


Troijîcme  Partie.  147 

Prince  d'Or/cw.  A  fon  arrivée  à  Mo/cou ,  il  fit 
publier  des  Ordonnances  fur  ce  fujec.  Elles  fuffi- 
raient  pour  rendre  Ton  nom  immortel  ;  car ,  il  on 
donne  au  Peuple  cette  liberté,  je  ne  douterai  ja- 
mais qu'il  en  abufe  ,  fur-tout,  fi  on  lui  démontre 
par  des  Ordonnances  raifonnabies  du  Gouverne- 
ment,  par  les  fages  inftrudl-ions  des  Médecins,  pzi: 
les  exhortations  ôz  les  confeils  falutaires  des  Mi- 
nïjlres  de  l'Eglife  ,  qu'il  faudrait  que  chaque  Fef- 
tiféré  {e  iQnàit  à.  ï Hôpital ,  premièrement  pour  s'y 
faire  traiter  de  la  Pejle  ;  fecondement  pour  la 
confervation  du  refte  de  fa  famille ,  troifiémemenc 
pour  n'en  point  empefter  d'autres  dans  la  Ville. 
Ce  grand  Prince  ôc  Concitoyen  compatilfant  en- 
gageait ,  à  la  vérité  ,  le  Peuple  à  cette  démarche 
falutaire ,  en  fe  fervant  &l  des  exhortations  des  Mi- 
niftres  de  l'Eglife,  &  à^s  confeils  àt^  Gens  de 
l'Art,  dont  le  pathétique  &  la  fagelîe  pouvaient 
déterminer  les  plus-incertains.  Il  ne  voulut  jamais 
permettre  qu'on  attentât  à  la  liberté  d'aucun  Ci- 
toyen. Certainement  cette  conduite  eft  dans  l'or- 
dre ,  &  on  peut  dire  ,  que  fi  pour  lors,  on  ne  force 
perfonne,  tout  ira  au  mieux  :  au  lieu  que  la  con- 
trainte occaiionnera  plus  de  mal  que  de  bien. 
D'ailleurs  ,  les  Médecins  ôc  les  Chirurgiens  doi- 
vent donner  aux  Habitans  d'une  Ville  empeftée 
toutes  les  Règles  nécelTaireSj  pour  qu'ils  puifTent 
fefoulager,  par  eux-mêmes,  dès  le  Commencement 
de  l'atteinte  de  la  Maladie^  comme  les  a  données 
à  Mofcou  la  Commijfîon  contre  la  Pejle  [c) ,  en  cha- 
que Quartier  ■_>  qui ,   comme  je  l'ai  dit  plus-hauf , 


(<:■)  Voyez  ci-dedus  le  xxVIl^  §.  de  la  Première  Partie 
pag.  p6  &  Tuiv. 


i^S  Mémoire  fur  la  Pejlc  de  Mofcou  j 
ne  doit  pas  être  très -étendu.  Chaque  Quartier 
doit  avoir ,  comme  les  Hôpitaux ,  fon  Médecin 
ou  Ciiirurgien,  ^qs  Officiers  de  fanté,  &  fon  Inf- 
pecteur.  Cliacun  d'eux  doit  remplir  fes  devoirs, 
avec  exaécitude.  Chaque  Porte  de  Maifon ,  où  il 
y  a  un  Pejlïféré  ^  doit  avoir  fa  Marque  qui 
en  défend  l'entrée  à  tout  autre.  Chacun  dans 
les  Prédications  doit  être  inftruit  des  moyens 
de  fe  préferver Une  feule  chofe ,  à  la- 
quelle tous  les  Officiers  de  fanté ,  &  fur-tout 
les  Infpedeurs ,  doivent  faire  attention  ,  c'eft  de 
fournir  les  Maifons  empeftées  de  toute  Suhjijlance  ^ 
pour  que  ceux  qui  y  font,  n'aient  aucun  befoin 
d'en  fortir  ,  jufqu'à  ce  qu'on  ait  fini  le  terme  de 
la  Quarantaine^  qui  doit  être  depuis  15  jufqu'à  20 
jours.  De  cette  manière  ils  y  relieront  avec  fatis- 
faélion.  Les  autres  Habitans^  voyant  une  Marque 
qui  déiigne  une  Maifon  peftiférée  ,  fe  garderont  d'y 
entrer  ,  de  d'avoir  aucune  communication  avec  les 
perfonnes  qui  y  font.  Et  comme  chaque  Citoyen 
fera  libre  ,  chacun  ,  félon  lés  Infruclions  de  (qs  Su-. 
périeurs ,  fe  gardera  de  s'empeiler ,  il  aura  d'ail- 
leurs les  plus-iimples  Remèdes  ,  avec  lefqueis  il 
pourra  lui-même  ,  en  cas  qu'il  devienne  empefté  ,. 
dès  le  Commencement  de  la  Maladie  ,  s'aider  en 
quelque  chofe.  Ne  doit-on  pas  efpérer  avec  raifon  , 
que  par  ce  Moyen  ,  on  réuilira  beaucoup  plus-faci- 
lement à  dompter  un  H-terrible  Fléau  ^  que  par 
toutes  autres  enti'eprifes  ?  Les  Infpecleurs  ^  les  Méde~ 
cins  ôc  les  Chirurgiens  doivent  encore  avoir  une  rrès- 
grande attention ,  chacun  dans  fon  Quartier,  de  faire 
enlever  auffi-tôt  les  Corps  morts  de  chaque  Maifon 
particulière.  C'eft  pourquoi  ils  doivent  tous  conf- 
tamment  inculquer  aux  Habitans  ,  d'avertir  ,  auili- 
tôt  qu'il  y  aura  quelque  Mort  dans  une  maifoji , 


Troljîcms  Partie.  i^^^ 

Ylnfpeclcur  du  Quartier  pour  qu'il  envoyé  les  Enter- 
reurs  le  tranfporter  au  Cimetière ,  avec  les  Précau- 
tions indiquées  [d).  Il  me  femble  que  ce  fera  le 
Moyen  le  plus-sûr  d'empêcher  que  la  Pefie  ne  mul- 
tiplie Ïqs  viâiimes  ,  fur-tout  dans  les  petites  Villes. 

§.     XI. 

Mais  ce  n'eft  point  alTez  de  combattre  la  Pejle  , 
ni  de  la  détruire  pour  le  préfent;  il  faut  encore 
prendre  de  fages  Précautions  pour  qu'elle  ne  renou-. 
velle  jamais,  s'il  eftpolîible  ,  fes  fureurs. 

Eerfonne  n'ignore  qu'en  Moldavie  ,  en  Valaclùe^ 
fur-tout  dans  les  Provinces  intérieures  de  la  Turquie 
même  ,  elle  eft  comme  Epidémique.  A  quoi  doit- 
on  en  attribuer  la  caufej  ne  fe  promene-t-elle  pas 
fans  CQ^Q  d'une  Ville  à  l'autre ,  faute  d'avoir  pris 
des  Mefures  falutaires  pour  nettoyer  les  Maifons  Se 
les  Hardes  imprégnées  de  fon  Venin  f  Cataftrophe 
funefte  à  l'efpèce  ,  &  qui  fe  reproduirait  dans  wo^ 
Contrées  Européennes ,  comm.e  dans  les  Gouverne- 
mens  de  ^Afie  j  fi  l'on  n'employait  des  Préfervatifs 
nécelfaires  ,  &c  capables  de  détruire  jufqu'au  moin- 
dre germe  de  la  Contagion  peftilentielle. 

Il  eft  donc  indifpenfable  de  nettoyer  les  cliofes 
infectées  du  Venin  de  la  Peftej  &  c'eft  faute  de 
telles  Précautions  j  qu'elle  a  fait,  dans  le  iSiec/d  palTé, 
tant  de  dégâts  dans  V Europe ,  fur-tout  à  Mofcou  [e) , 
ainfi  que  dans  plufieurs  autres  Villes  de  cet  Em- 
pire (/).  Ses  trilles  ravages  fervent  à  jamais  d'exem- 
ple,  &  doivent  nous  engager  à  reconnaître  que  ces 


f  d)  Voyez  au  même  endroit ,  dans  le  xxxi'.  §  ,  note  £'. 
(e)  Voyez  au  même  endroit,  le  ii\  §. 
if)  Voyez  au  raéiTie  endroit,  le  III^  5^ 


1 5  o  Mémoire  fur  la  Pcjlc  de  Mofcou  } 
Préfervatïfs  font  d'une  néceffité  abfolue  dans  cha- 
que Fille  empeftée,  fur-tout  dans  celles  qui  font 
aufîi-grandes  [g)  ^  aulli  peuplées  que  Mofcou  [h). 
Et  pourquoi  croirait-on  qu'il  n'y  eût  pas  des  Préfer- 
vatïfs affez-efficaces  pour  opérer  cette  deftrud;ion  ? 
Qu'on  coniîdere  encore  la  Pefie  qui  affligea  l'Em- 
pire de  Ruflie  au  xvii^.  Siècle ,  &  qu'on  la  compare 
à  celle  du  xyiii*^. ,  la  Première  exerça  pluiieurs  an- 
nées fes  fureurs ,  comme  on  peut  le  voir  par  la  Lct- 
tre  écrite  de  Mofcou  au  Tfar  Alexis  AIichaÏ- 
LO  wiTZ  (i) ,  lorfque  S,  M.  affiégait  la  Ville  de 
Smolénsh  (k).  La  raifon  en  eft  bien  (impie:  c'eft 
qu'on  ne  connaiffait  dans  ce  temps  aucune  Méthode 
pour  anéantir  le  Firus  qui  la  reproduit ,  mais  il 
n'en  a  pas  été  de  même  dans  le  temps  des  derniers 
ravages  qu'elle  a  faits.  Les  Temples  (/) ,  les  Palais^ 
les  Monajleres  _,  les  Hôpitaux  _,  les  Hôtels  j  les  Maï- 
fons  des  Particuliers  [m)  ,,les  Murs  mêmes,  tout  fur 
fournis  à  V Action  de  la  fumigation  ,  &:c. ,  ainfi  que 
tout  ce  que  ces  lieux  renfermaient  de  meubles  & 
de  vêtemens  ,  fans  diftindion  du  Profane  &c  du 
Sacré  i  &  le  fuccès  juftifia  l'entreprife  de  la  Corn- 
mïjfion  contre  la  Pcjle  {n)\  par  la  celTation  entière 
du  mal  qu'elle  s'efforçait  d'anéantir. 


is)  Voyez  au  même  endroit,  dans  !e  xxii*.  §,  noce  jf. 

{h)  Voyez  au  même  endroit ,  dans  le  xiii*^,  §,  note  j^. 

[i)  Voyez  au  même  endroic,  le  ii^  §. 

{k)  Voyez  MM.  P  OLOUNIN  &Muli,er,  dans  leur 
Diûionnaire  Géographique  Rude,  page  364, 

(/)  Voyez  ci-defibus  dans  le  x  1 1\  §,  Article  l^^ 
note  c. 

(m)  Voyez  au  même  endroit,  Article  il'',  note  e. 

(n)  Voyez  le  Mémoire  ou  la  Description  de  la  Pefte, 
qui  a  régné  dans  l'Empire  de  RufTie,  &  fur-tout  â  Mofcou, 
&c.  pag.  100  i  C.  de  ÂIertens  ,  Obfervac.  Medic.  de  Febr. 


Tioïjitmc  Par  de.  151 

Lorfqu'elle  inventa  ce  falutaire  Préfervatify  elle 
en  av-ut  un  exemple  fous  les  yeuxj  c'était  le  Vi- 
naigre des  Quatre  P  oleurs,  fi- utile  aux  habitans  de 
Marjedle  (  i)  )  ,  lorfque  la  Pefie  faillit  de  dépeupler 
entièrement  cette  grande  Ville.  Les  Trois  Poudres 
Fumigatives  Antipelhlentielles  qu'on  inventa  à  Mof- 
cou  [p) ,  étaient  encore  toutes  nouvelles,  lorfque  je 
fus  chargé  d'en  faire  les  Premières  Epreuves ,  dans 
une  Maifon  ,  près  l'Hôpital  du  Monaftere  Symo- 
nowsky  (^q) ,  où  je  m'étais  renfermé  pour  foigner  les 
Pejlijercs  _y  avant  que  je  fuffe  Membre  de  la  Corn- 
million.  La  Manière  dont  je  m'y  pris  peut  être 
fuivie  ,  lorfqu'on  aura  befoin  d'ufer  de  cqs  Trois 
Poudres ,  &  de  procurer  les  mêmes  avantages  qu'on 
a  eu  à  Mo/cou  après  mes  Epreuves  (r). 


Pucrid.  de  Pefte,  Sec.  pag.  S$  ,  Sc  ci-deffiis  le  xxix=.  §,  de  la 
Première  Partie. 

(o)  Dans  cette  Ville,  un  Vaillêau  venant  de  Scio ^  en 
1710  ,  y  apporta  la  Pdjh  ,  qui  fît  de  grands  Ravages.  Mais 
quant  à  la  t^efie  à.t  Mofcou  ,  on  prétend  qu'elle  fut  apportée 
avec  de  la  Laine  de  Turquie  5  cependant  il  était  impofîiblc 
pour- lors  de  découvrir  fa  jufte  origine  ,  quoiqu'on  fâche 
qu'elle  avait  commencé  fes  premiers  ravages  dans  une  Fa- 
Irique.  Voyez  ci-defTus  le  xxv%  §•  de  la  Première  Partie. 

{p)  Voyez  Mon  Mémoire  fur  l'Inoculation  de  laPefle, 
&c.  imprimé  à  Strafbourg  en  1781  ,  pag.  ij  &  fuiv.,  ainiï 
que  dans  le  Mémoire  ou  la  Description  de  la  Pefïe, 
qui  a  régné  dans  l'Empire  de  Ruflie,  &  fur-tout  à  Mofcou, 
&c.  pag.   114,  n°.  3. 

{q)  Voyez  dans  le  même  Ouvrage,  le  même  n°.  3. 

(r)  Il  fajt  fa  voir  que  fi-tôt  que  ces  Trois  Poudres  furent 
publiées  à  Mojcou ,  premièrement  par  un  Edir  particulier, 
le  Peuple  les  accepta  avec  une  attention  paniculiere,  &  en 
ufa  avec  beaucoup  de  fuccès  ;  après  quoi ,  ce  même  Edit 
fut  réimprimé  dans  une  Petite  Brochure  ,  donc  j'ai  parle 
ci-defTus  dans  le  viii%  §.  de  cette  même  Partie,  note  j^ 


1 5  i       Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou  j  > 

Je  me  procurai  dans  cet  Hôpital  aflfez  d'Kabits  ^ 
pour  revêtir  totalement  Sept  perfonnesj  j'avais  eu 
foin  qu'ils  fuiTent  de  différentes  matières.  C'étaient 
des  Habits  de  Pelleterie  ,  de  Laine  ,  de  Coton ,  de 
Soie ,  de  Fil  j  ils  avaient  amplement  fervi  aux  Pes- 
tiférés avant  leur  mort ,  &  étaient  imprégnés  de 
fueur ,  de  pus  &  des  matières  iclioreufes  qui  fuin- 
taient  des  Plaies  j  Signes  cara6lériftiques  de  la  Ma- 
ladie. Je  les  fis  tranfporter  dans  la  Maifon  voilîne, 
dont  je  viens  de  parler  ,  où  la  Pejle  n'avait  laiiTé 
que  les  Murailles^  tous  ceux  qui  l'habitaient  étaient 
morts.  On  étendit  à  cet  efiet  des  Cordeaux  dans  un 
appartement  convenable  ,  dont  je  fis  fermer  les  -Fe- 
nêtres j  les  Portes,  les  Tuyaux  des  cheminées,  en 
un  mot ,  toutes  les  Avenues  par  où  l'air  pouvait 
s'infmuer  :  &  les  Habits  une  fois  fufpendus ,  la  Pou- 
dre Fumigative  n°.  i  ^^.  fut  emoloyée  fous  mes  or- 
dres, pendant  Quatre ''^ouns  ,  2.  deux  reprifes  diffé- 
rentes. Après  ces  huit  lumigations ,  je  fis  ouvrir 
Portes  &  Fenêtres ,  expofant  le  tout  à  l'air  libre , 
durant  fx  jours ,  terme  auquel  on  m'amena  par 
ordre  du  Gouvernement  Sept  Criminels  [f) ,  qui 
fe  revêtirent  de  ces  Habits  ^  jufqu'à  la  chemife 
même:  ils  relièrent  dans  la  Mafon  ,  dont  je  parle. 


Il  eft  aufîl  inféré  page  458,  dans  le  Mémoire  ou  la 
Dfscription  cie  la  Vtîxç.  ,  qui  a  rég«-é  clans  l'Empire  de 
RufTie  ,  &  fur-tout  à  Mofcou  ,  &c.  Ouvrage  à  jamais  louable. 
C.  de  MmxENS  eu  fait  aufll  raenîion  dans  fon  Ouvrage. 
Obfcrv.it.  Medic  de  Felrlb.  Piitrid.  de  Pefte  ,  &c.  pag.  170. 
(/)  Ces  Sepi  Criminels  confentirent ,  de  leur  propre  mou- 
vement ,  à  courir  le  rifque  de  perHre  la  vie  ,  à  condition 
qu'ils  obtiendraient  le  p?adon  de  leurs  crimes.  Preuve  qu'on 
peut  trouver  parmi  eux  ,  quelqu'un  qui  confentira  aufli  à  fc 
i^ire  inocuLér  de  la  Pcfte.  Voyez  Mon  3îémo'ire  fur  Tîno- 
cuiation  de  la  Pefte,  &c.  pag.  ïi  &  18. 


Troïjîcme  Partie,,  455" 

Seh^e  jours  conféciitifs ,  fans  qu'aucun  éprouvât  la 
moindre  atteinte  de  la  Maladie.  Mon  Rapport  fait 
à  la  Commillion  contre  la  Pefte  ,  les  Membres  (  t  ) 
ie  ralîemblerent  pour  les  vilîter,  &  virent  tous  avec 
étonnement  ce  que  je  leiu^  avais  communiqué.  Ce- 
pendant, pour  une  plus-grande  sûreté  ,  VAJJemblée. 
jugea  à  propos  de  les  faire  palTer  dans  une  autre 
Maifon  j  revêtus  néanmoins  des  mêmes  Habits ,  & 
comme  Quinze  jours  s'écoulèrent  encore  fans  les 
moindres  veftiges  du  mal ,  le  Gouvernement  j  après 
leur  avoir  fait  paifer  les  Qiiarantaïnes  ordinaires  , 
leur  donna  la  liberté ,  &  les  admit  au  nombre  des 
Citoyens  ,  comme  ceux  qui  n'avaient  eu  aucune 
crainte  du  Venin  de  la  Pefte.  D'après  ces  Epreuves  ^ 
ne  peut-on  pas  croire  avec  raifon ,  fans  même  avoir 
examiné  les  Ingrédiens ,  que  ces  Trois  Poudres  font 
d'une  vertu  particulière  pour  détruire  le  Virus  pef- 
tilentiel  ? 

C'eft  ainfi  que  la  CommiJJion  contre  la  Pejle  ^ 
ayant  d'abord  fait  toutes  ces  Epreuves^  avait;  déjà 
reconnu  &:  publié  que  ces  Poudres  étaient  mefveil- 
leufes.  Leur  efficacité  fut  enfuite  conftatée  par  tant 
de  fuccès ,  que  je  me  hâre  de  les  tranfcrire  avec 
la  Méthode  de  s'en  fervir  dans  toutes  les  circonf- 
tances ,  que  prefcrivit  encore  ladu'e  CommiJJion  ^ 
pour  compléter  fon  heureux  Ouvrage. 


(  t  )  Voyez  ci-defTus  le  xxix^  §.  de  la  Première  Partie^» 
&  ci-defTus  dans  ce  même  xi^.  §,  noce  n. 


2  54       Mémoire  fur  ta  Pejîc  de  Mofcou  ^ 

N".     I. 

Poudre  Fum'igadve  Antïpejldcntïelle  forte  [u]^ 

v/L.  Feuilles  de  Genièvre  hachées  très-menu. 
Raclure  de  Bois  de  Gayac.     ,     .     . 
Baies  de  Genièvre  concafTées.    .    . 
Son  de  Froment.     .     de  chaque  vj.  livres.' 
Nitre  crud  réduit  en  poudre.    .    viij.  livres. 
Soufre  à  Canon  pulvérifé.     .     .     vj.  livres. 
Myrrhe ij,  livres. 

Qu'on  mêle  le  tout ,  &:  qu'on  en  faife  une  Pou- 
dre Fumigadve  ^  fuivant   les  règles  de  l'Art. 

Comme  cette  Poudre  contient ,  dans  fa  compo- 
fition  ,  une  grande  quantité  de  Nure  crud  &  de 
Soufre  ,  c'eft  pour  cette  raifon  qu'on  l'appelle  Pou^ 
dre  Fumigative  Antïpefdkntïdk  Forte.  Elle  était 
deftinée  à  nettoyer  l'intérieur  des  maifons ,  les 
lieux  où  l'on  avait  formé  des  dépôts  de  Pejliférés ^ 
\qs  habiliemens  quelconques  .  qui  avaient  couvert 
quelque  temps  les  Malades  ou  les  Morts  de  quel- 
que nature  qu'ils  fufTent ,  pourvu  que  la  Couleur 
n'en  fût  pas  trop  délicate. 


(«)  Fulvis  Fumalis  AntipeJlLlentiaU%  fortîs. 

^i,  Folior.  Juniper.  minutifT.  incifor.     .     .     . 

Rafurs    Ligni   Guajaci 

Baccar.  Junipeii  contufar.    ...... 

Furfurum   Tritici à  libr.  vj. 

Nitri  crudi  pulveiifat libr.  viij. 

Sulphur.  Ciuini  pulverifac libr.  vj. 

MyrrhcE libr.  ï). 

M.  &  F.  S.  Artem.  Pulvis  Fumalis^ 


Troijicmc  Partie,  iÇj 

N°.     I  I. 

Poudre  Fumlgaùve  Antlpejiilentidle  faible  (v); 

Çi.  Plante  d'Abrotanum  hachée  très-menu. 

V.  livres. 
Feuilles  de  Genièvre  hachées  de  même. 

iv.  livres. 
Baies  de  Genièvre  concaflTées.  .  iij.  livres. 
Nirre  crud  réduit  en  poudre.  .  iv.  livres. 
Soufre  à  Canon  pulvérifé.  ij.  livres  &  demie. 
Myrrhe j.  livre  &  demie. 

Qu'on  mêle  le  tout ,  &  qu'on  en  fafTe  une  Pou- 
dre Fumisadve ,  fuivant  les  relies  de  l'Art. 

Cette  Poudre  contient  aulli  du  Nkre  crud  &  du 
Soufre  j  mais  comme  la  Quantité  en  eft  moins 
grande ,  que  dans  la  Première  ,  on  l'appelle  Faible, 
Elle  fervait  aux  mêmes  ufages ,  avec  cette  Diffé- 
rence néanmoins  ,  qu'on  l'adoptait  de  Préférence 
pour  les  vêtemens  d'une  Couleur  délicate ,  &  pour 
les  meubles ,  qu'on  croyait  moins  imprégnés  du 
f^enin  peftilentiel. 

^»— —  Il  II  "  I  m 

(v)  Pulvis  Fumalis  AnnpeftiUntialis  micis. 

Ci,  Herb.  Abi'Otan.  minutifT.  incif.  ....  libr.  W 
Folior.  Juniper,  minutifli  incifor.     .     .     .     Jibr.  iy, 

Baccar.  Juniper,  concufar libr.  iij; 

Ni:ri  crudi  puiverifac libr.  iv. 

Sulph.  cirrini  pulverifat.  .  .  .  libr.  ij.  &  ferais. 
Myrrhe.. ,    libr.  j.  &  femis, 

M.  &  F.  S.  Artera  Pulvis  Fumails. 


3.^6       Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou  ^ 
N°.     I  I  I. 

Poudre  FumigativeAntipeJlikntidle  Odoriférante  (w)» 

Çi.  Racines  de  Calamus  Aromat.  hachées. 

iij.  livres; 

Encens ij.  Hvres. 

Succin. j.  Hvre 

Storax 

Fleurs  de  Rofes.  .  .    dé  chaque  demi-livre.' 

Myrrhe j.  livre. 

Nitre  crud  réduit  en  poudre,  j.  livre  &  demie. 
Soufre  à  Canon  pulvérifé.  ,  .    demi- livre. 

Qu'on  mêle  le  tout ,  &  qu'on  en  fafle  une  Po«- 
dre  Fumigadve ,  fuivant  les  règles  de  l'Art. 

Il  n'y  a  dans  cette  Dernière  qu'une  petite  quan- 
tité de  Nitre  ôc  de  Soufre:  ce  font  des  Ingrédiens 
odoriférants ,  qui  furabondent,  raifon  de  £3.  Déno- 
mination. Son  ufage  était  deftiné  aux  Etoffes  dont 
les  Couleurs  étaient  les  plus-délicates,  ou  à  celles 
fur  lefquelieson  avait  quelque  Doute  qu'elles  fuifent 
imbues  du    Firus  peftilentiel.  On  l'employait  aulïi 


(w)  Pulvis  Fumalis  AntipeJîllendaLis  Odoratus, 

^t.  Rad.  Calam,  Aiomatic.  incif.      ...     ;     libr.  iij; 

Olibani •     .     ,     .     libr.  ij. 

Suicini libr.  ]. 

Scyracis 

Flor.  Rofar à  libr.  femis. 

Mynhx libr.  )'. 

Nitri  crud.  pulverifat libr.  j.  &  feruis, 

Sulphur.  Citrin.  pulverifat libr.  femis. 

M.  &  F.  S.  Artem  Pulvalis  Fïmialb. 

pour 


Trol/ieme  PartU,  Içf 

pOMt  Parfumer  agréablement  rintérieuf  cîés  Mai- 
fo/is  (  ,v  )  ,  ne  pouvant  gâter  aucun  Ameublement , 
ni  nuire  à  la  Poitrine. 

La  Méthode  de  fe  fervlr  de  ces  Poudres  eft  de* 
plus  -  {impies  \  je  vais  la  décrire  telle  que  l'avait 
prefcrite  la  Commijjion  contre  la  Pejie.  On  commen- 
çait par  fermer  les  Fenêtres  3c  les  Portes  de  l'ap-' 
partement  qu'on  Voulait  Parfumer -^  on  bouchait  en- 
iuite  jufqu'aux  moindres  Fentes  ,  qui  pouvaienC 
donner  accès  à  VAir  :  fî  c'était  des  Linges  ou  des» 
Habits,  qu'on  voulût  nettoyer  du  P^irus  peftilentiel, 
on  étendait  dans  cet  appartement  des  Cordeaux  fur 
iefquels  ow  expofait  le  tout-  on  mettait  aux  Quatre 
coins  des  Réchauts  remplis  de  Charbons  ardents, 
ou  Un  au  centre ,  ii  l'appartement  n'était  pas  grand  j 
ôc  le  Parfumeur  [y],  revêtu  d'une  grande  Ro- 
dingote  ou  Surtout  de  toile  cirée  (  ;{ ) ,  &  bien  foi-» 
gneux  de  fe  garantir  du  Contact,  verfait  fur  ces 
Charbons  une  alfez  grande  quantité  de  Poudre^ 
pour  exciter  une  Fumée  épaife  ,  &  capable  de  pé- 
nétrer toutes  le5  chofes  expofées  à  fon  action.  Ilré- 
pétait  CQXZQ  Opération  deux  fois  par  jour  [a] ,  matin 


(x)  Voyez  ci-deffus  dans  ce  même  xi  .  § ,  note  /* 
{;y)  Tous  les  Parfumeurs  doivent  être  choifis  par  le 
Cùuverntment  ,  pour  qu'il  foit  bien  affaré  ,  que  tout  ce  qui 
a  été  empefté  ,  foi;  nettoyé  avec  la  plus-grande  attention, 
félon  V Iriftruilion  qu'ils  en  recevront.  Ils  doivent  encore 
avoir  à  leur  tête  une  Perfonne  de  confcicnce  ,  qui  exami-^ 
neta  leurs  Opérations ,  &  qui  leur  détendra  de  toucher  leâ 
endroits  infeftés  du  F'enin  peftilentiei ,  à  rpoins  qu'ils  ne 
prennent  toutes  ces  Précautions  ,  que  je  donne  dans  cettg 
partie ,  pour  ne  point  s'empefter» 

'  l)  Voyez  ci-delTus  dans  le  xxvii*.  §.  de  la  PreiTiiere 
Partie,  n^  ?  ,  &  dans  le  xxxi'.  note  j-. 

(a)  Il  fauî  obfeïreK   quçj   quand  rappartemciu  a  i%k. 

R 


*  5  8  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou  ^ 
ôc  foifj  &  la  conrinua.it  Quatre  jours  confécu-* 
tifsj  fi  l'exiftence  du  virus  dans  les  Hardes  était 
très-conftatéej  fi  au  contraire  elle  n'était  que  dou- 
teufe^  la  Fumigadon  ne  fe  faifait  que  Deux  ou  Trois 
jours  tout  au  plus.  A  la  fin  on  ouvrait  les  Portes 
ôc  les  Filtres  pour  donner  à  VAir  un  libre  cours ,, 
&  la  Semaine  une  fois  écoulée ,  on  reprenait  l'u- 
fage  de  ces  chofes  ainfi  Parfumées  ,  fans  aucune 
crainte  d'être  atteint  de  la  Contagion  peftilentielle. 
Une  P^emarque  à  faire,  &c  qui  n'eft  pas  fans  mé- 
rite ,  eft  la  nécQi^ité  pour  les  Parfumeurs  de  fortir 
promptement  de  V Appartement ,  après  avoir  verfé 
la  Poudre  fur  les  Charbons  ardents.  Celle  du  n°.  i^^ 
fur-tout  eft  dangereufe  pour  la  Poitrine  _,  à  caufe 
de  la  quantité  de  Soufre  qu'elle  contient  ^  &  dont 
les  Emanations  dans  l'air  attaquent  vivement  les 
Poumons ,  &  caufent  une  Suffocation  qui  pourrait 
devenir  mortelle  [b). 


rempli  de  Fumée  la  première  fois  ,  &  qu'on  vienc  une  feconJe 
faire  la  même  Opération ,  on  doit  chaque  fois ,  avant  d^ 
entrer  .  pour  arranger  les  Héchauts  avec  les  Charhons  ardents 
&  mettre  de  nouvelle  foudre^  avoir  foin  que  toutes  les  iv- 
nêtres  &  les  Fortes  loient  ouvertes ,  au  moins  pendant  une 
heure  ^  afin  que  pendant  ce  temps ,  la  Fumet  de  la  Première 
Opération  puifîe  lortir  entiéremen:  de  i'appaitemenc.  Après 
quoi ,  fermant  bien  toutes  les  Fenêtres  &.  les  Fortes  ,  de 
la  même  manière  qu'auparavant.,  on  doit  réitérer  les  mêmes 
Opérations^ 

[b)  Il  faut  que  chaque  Parfumeur  fe  donne  bien  de 
garde  de  la  Fumée  de  la  Poudre  du  Premier  Numéro,  car 
'  elle  infefte  tout  notre  corps.  Eii  effet ,  comme  j'étais  le 
Premier  à  i'infpeftjon  iur  toutes  les  Fumii>aiions  ,  qui  le 
faifaient  dans  les  Fabriques  de  la  Ville  ,  où  on  avait  â 
craindie  qu'il  ne  reliât  quelque  Germe  de  la  Pefte  dans  les 
dilférenres  Laints  ,  j'étais  (i  auentif  a  ces  Opérations  ,  que 
je  ne  pus  m'empêcher  d'entrer  IHuJieurs  Fois  ^  pour  vois 


.       ,  ^roijleme  Panlei  5  5  ^ 

:  §.  X  I  L 

Après  ce  que  je  viens  d'expofer ,  ce  ferait  une  er- 
reur de  ne  ponit  croire  à  i'efScaciré  ds?  ces  Poudres  :, 
DU  de  le  fouftraire  aux  Régies  générales  qu'on  a  pref- 
crites  pour  leur  ufage  à  la  Dejiruciioa  totale  du  venin 
peftilentiel ,  dans  une  Ville  que  ce  terrible  Fléau  au- 
rait ravagée.  Mais  je  crois  qu'il  ne  ferait  pas  hors  de 
propos  d'aller  encor-e  un  peu  plus  loin ,  &c  de  donner 
féparément  quelques  détails  fur  la  Manière  dont  on 
doit  nettoyer  tous  les  endroits  empeftés,  comme  les 
Boutiques  avec  les  marchandifes ,  les  Bureaux  avec  les 
papiers ,  les  Hôpitaux  ^  les  Maifons  avec  les  haraes, 
ies  Eglifes  m.êmes  ,  &c.  ,  puifque  tous  ces  endroits 
ne  me  parailTent  pas  indiftérents ,  fi  l'on  veut  trai-* 
ter  à  fond  un  objet  auiïi  important. 

À   R   T   I    c   L   E      L 

Je  commence  par  les  Eglifes.  On  fera  furpris^ 
fans  doute,  de  me  voir  entrer  dans  àes  détails 
fur  la  maniera  de  les  nettoyer.  Qui  doute  cepen- 
dant qu'il  n'y  ait  eu ,  de  temps  en  temps  ,  des  Pef- 
dfe'rés  qui  y  foient  venus  demander  du  foulage- 
ment  à  leurs  maux,  &  d'autres  qui,  frappés  comme 


Cl  les  Chambres  t  où  on  faifait  les  Fumigations ,  étaient  rem" 
plies  «le  Fumée  afîez  épaiiTe.  Cette  Attention  me  caufa  une 
Il  cruelle  Al^Udie  ,  que  toutes  mes  Articulations  en  furent, 
pour  aind  dire,  dilloquées  ;  les  Sourcils  ^  les  Paupières,  la 
Barhe  ,  &c,  me  tombèrent ,  &  je  devins  tout  livide  ;  j'étais 
même  menacé  de  tomber  dans  un  Marafme ,  &  de  finir  ma 
yie  avant  Ton  temps. 

R  ij 


%iSo  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcoîi^ 
fubitement ,  y  foient  morts  avant  la  fin  cîe  leur| 
prières ,  ou  que  des  Prêtres  &  ceux  qiii  les  fer- 
valent  n'y  foient  pas  morts  ?  Nous  avons  vu  a 
Mofcou  5  combien  de  Prêtres  &  combien  de  ceux 
qui  les  fervaient  font  morts  dans  ces  Afyks  de 
piété.  Dans  ces  Circonjlances  ^  il  faut  abfolument 
qu'une  telle  Eglife  foit  nettoyée. 

Ainfi  ,  dès  qu'une  pareille  Catajlrophe  fera  arri- 
vée ,  il  faudra  auffi-tôt  défendre  l'entrée  de  cette 
Eglife  jufqu'à  ï£xtinciion  totale  de  la  Pefte  [c),  ôc 


(c)  On  peut  voir  dans  le  Mémoire  ou  laDESCRiPTio» 
<îe  la  Pefte,  qui  a  régné  dans  l'Empire  de  RufTie,  Si  fur-touc 
à  Mofcou,  8cc.  pag.  131 ,  que  dans  le  temps  que  la  Fé/îs 
ïégna  dans  cette  Ville ,  on  y  ferma ,  par  ordre  du  Sains 
Synode  ,117  Eglijes ,  parce  que  tous  les  Frùres  Se  autres 
MccLéJîaftlques  ^  étaient  morts.  Preuve  combien  de  Prêtres^ 
ôc  autres  qui  les  fervaient,  y  font  péris  innocemment,  puis- 
que ,  pendant  un  fi  terrible  Fléau  ,  chaque  Chrétien  s'em- 
preH'aic  de  fe  confeffer ,  de  communier ,  &c. ,  &  que  les 
Frêtres  ne  connai liant  aucun  Moyen  de  fe  préferver  de  la 
Contagion  peftiientielle ,  agiffaient  encore  beaucoup  plus- 
jiial,  en  faifanc  très-fouvent ,  par  Dévotion^  des  Proceflions 
avec  des  Images,  &c.  :  ce  qu'on  ne  doit  jamais  faire  alors;, 
ils  périmaient  innocemment  eux-mêmes ,  par  cet  excès  de 
Dévotion^  &  donnaient  occafion  à  une  infinité  d'autres  de 
s'empefter  parla  grande  foule,  où  ils  fe  trouvaient  pendanc 
ces  Frocé[]ions.  Je  me  fuis  déjà  affez  amplement  exprimé 
ci-defTus  fur  cet  objet.  Cependant ,  je  ne  faurais  paffer  ici  fous 
fîlence,  ce  qu'un  Ecrivain  moderne  avance  dans  S  a  Nouvelle 
Hijloire  de  l'Empire  de  RuJJle.  Il  aflure  que  pendant  les  Ko." 
va^es  de  la  Pefte  à  Mofcou,  on  y  ferma  toutes  les  Eglifes  ;  ce 
qui  caufa  un  fi  grand  défordre  parmila  Fopulace  ,  qu'elle  (e 
révolta  ,  &  que  c^nt  Révolte  parvint  jufqu'au  meurtre.  (  Voyea 
ci-deffus  dans  le  xxvï°.  §.  de  la  Première  Partie  ,  pag.  91  Se 
<ji  ,  noces  c  Sid ,  ainfî  que  p.  106  ,  note  i>.)  Il  eft  vrai  qu'on 
y  ferma  quelques  Eglifes-,  mais  iîmplement  celles  on  les  Prêtres 
&  autres  EccléJiajUques  avaient  été  les  viftimes  de  ce  redou- 
lable  FUm,   A  quoi  bon  d'ailleurs  auraient-elles   été  ou-j 


Troijleme  Partie.  î(?i 

pour  lors  on  s'y  prendra  comme  je  vais  le  diécriie. 
Ceux  qui  feront  V Opération ,  doivent  être  abfolu- 
ment  choifis  parmi  les  Prêtres  mêmes,  &  autres 
Perfonnes  attachées  à  l'Eglife^  ils  s'habilleront  à 
la  manière  ci -devant  prefcrite  :  pour  les  Chirur- 
giens ,  Se  fur-tout  pour  ceux  qui  fervent  les  Ma- 
lades peftiférés ,  ils  auront  chacun  luie  Brojje  fixée 
fur  un  long  manche  de  bois  :  ils  en  frotteront  pre- 
mièrement tous  les  endroits  du  Portail^  qu'ils  foup- 
çonneront  avoir  été  touchés  par  quelque  Pejiiféré'. 
enfuite  ils  ouvriront  la  Porte  ,  &  en  y  entrant  y 
ils  feront  la  même  Opération  dans  l'intérieur  de 
VE-éifice  jufqu'à  la  hauteur  d'un  homme  ,  &  même 
plus.  Les  autels  ,  les  décorations ,  les  images  ,  la 
chaire ,  les  bancs ,  le  pavé ,  rien  ne  fera  épargné. 
On  trempera  à  cet  effet  la  BroJJe  dans  du  vinaigre 
pur  ou  coupé  d'eau,  ou  fimplement  dans  de  l'eau  j 
ce  qui  doit  varier  fuivant  les  circonftances  :  les 
endroits  ,  qui  peuvent  être  foupçonnés  d'avoir  été 
très- fréquemment  touchés  par  les  Pejiiférés^  doi- 
vent être  nettoyés  avec  une  plus  grande  attention , 
&  vice  verfà. 

Après  avoir  fait  cette  Opération  dans  tout  l'in- 
cérieur  de  VEglife  j  on  pafTera  avec  les  mêmes 
précautions  à  la  Sacrijlie ,  &  après  avoir  ouvert 
\qs  Armoires  Se  autres  endroits  où  fe  trouvent  les 
Habits  facerdotaux ,  Se  les  V^afes  facrés  ,  on  expo- 
fera  les  Habits  les  pluS-précieux  fur  ^qs  Cordeaux  , 


ver:es ,  puifqu'il  n'exiflaic  plus  aucun  des  Prêtres  qui  en 
tàifaienr  les  fondions.'  Combien  ne  lit-on  pas  de  fembla- 
hles  fauiïètés  ,  au  fujet  de  ce  vafte  Empire  ?  . .  . .  Combien 
de  faits  fans  probabilité  ?  . .  .  Combien  de  coiijeftures  fans 
fondement  ? .  .  .  Combien  de  narrations  injuftes  &  indignes 
d'être  mifes  au  jour l ,.,. 

R  iij 


%ëi  Memdife  fur  la  Pefle  de  Mofcou^ 
ou  dans  la  Sacnjlle  même ,  ou  dans  quelqu'antïé 
lieu  convenable  pour  les  Parfumer  à  la  manière 
prefcrite  ci-deirus,  dans  les  Règles  générales ,  ôc 
on  plongera  les  I^afes  dans  le  vinaigre  ,  ou  dans 
de  l'eau  vinaigrée ,  &c. ,  comme  je  viens  de  le 
dire.  Les  Livres  de  conféqaence ,  qui  n'ont  pas  été 
fréquemment  dans  les  mains  des  Pejiiferés,  feront 
bien  elfuyés  extérieurement  avec  un  Linge  trempe 
du  vinaigre  ,  ou  expofés  à  la  Fumigation  j  comme 
les  Ornemens  •  mais  les  Livres  de  peu  de  valeur^ 
qui  auront  chaque  jour  été  dans  les  mains  des 
Pefliférés  ,  ainfîque  les  Ornemens  de  même  nature, 
feront  réfervis  pour  le 'feu.  Quant  aux  Ameuble- 
mens  de  bois ,  on  les  lavera  avec  du  vinaigre ,  ou  avec 
de  l'eau  vinaigrée ,  ou  de  l'eau  fraîche.  Telles  font 
les  Règles  de  nettoyer  les  Eglifes  _,  &  les  Lotions 
ôc  autres  Opérations  néceiï'aires  répétées  quelque- 
fois ,  mettront  ces  édifices  confacrés  à  Dieu  ,  en 
état  de  recevoir  fes  Adorateurs  j  &  l'on  y  renou- 
velieî:a  fans  crainte  le  Service  divin. 

Article     IL 

Tout  ce  que  je  viens  d'expofer  pourra  fe  faire 
par  une  Compagnie  d'Ouvriers  &  de  Parfumeurs  ^ 
qui  fera  à  la  folde  du  Gouvernement  (*  ).  En 
doit  -  il  être  de  même  des  Maifons  des  Particuliers , 
où  il  y  a  eu  des  Pefliférés  ôc  des  Hardes  qui  leur  one 
fervi?  Celapourradevenirindifpenfablepour  celles, 
dont  la   PeJIe  aura  enlevé  tous  les  Habitans. 

En  ce  cas  ÏLnfpecleur  de  la  Compagnie  Aq^  Par- 


(*)  Voyez  dans  le  xi%   §.    de  cette   même  Farcie  ; 


Troijîeme  Partie,  16^ 

fumeurs  oxàonnev'x  k  fes  Subalternes  d'aller  ouvrir, 
dans  toutes  les  Maifons  qu'il  fe  propofe  de  nettoyer, 
les  Fenêtres  &c  les  Portes ,  &  de  les  tenir  ouvertes 
Cinq  à  Six  jours ,  afin  de  laifler  circuler  ï^ir  dans 
tous  les  appartemens.  Ils  feront  toujours  habillés  à 
la  manière  ci  -  defTus.  Après  ce  laps  de  temps  ,  on 
commencera  par  laver  les  Fenêtres ,  les  Portes ,  les 
Meubles  de  bois  ,  avec  de  Teau  acidulée  ou  falée  : 
on  nettoyera  les  Tableaux  ôc  les  TapiJJeries  avec 
des  Brojfes  trempées  de  la  même  eau  j  on  elTuyera 
les  Serrures  ôc  autres  garnitures  de  métal  ,  avec 
des  Linges  imbibés  de  vinaigre  ,  &  on  brûlera 
les  Chofes  de  peu  de  prix  :  enfuite  les  Fenêtres  , 
les  Portes  ,  les  Tuyaux  des  cheminées  ,  les  moin- 
dres Trous  ,  feront  bouchés  exactement  j  les  Cor-- 
deaux  tendus  ,  les  Habits  &  Linges  expofés  à  la  Fumi- 
gation pendant  le  temps  indiqué  ,  c'eft-à -dire  , 
Quatre pnTS ^  comptant  Deux  fois  par  jour,  &  en 
obfervanr  chaque  fois  toutes  les  Régies  ci-delTus 
mentionnées  (  d).  Après  quoi ,  le  tout  ayant  été 
expofé  de  nouveau  à  VAir  libre  ,  après  avoir  ouvert 
les  Fenêtres  &  les  Portes ,  pourra  fervir  à  fes  an- 
ciens ufages ,  fans  qu'on  doive  rien  craindre.  On 
a  éprouvé  à  Mofcou  ,  après  cqizq  dernière  Pefle  , 
qu'ayant  nettoyé  toutes  les  chofes  de  chaque  Mai- 
fon  ,  de  la  manière  prefcrite  ,  on  peut  fans  rifque 
y  entrer,  ôc  y  féjourner  tranquillement  (e  ). 


(d)  Voyez  ci-defTas  dans  le  xi*^.  §.  de  cette  même  Partie,, 
note  a. 

(e)  On  a  obfervé  à  Jk/ofcou ,  ainfî  que  dans  toutes  les 
autres  Pailles  de  l'Einpire  de  Ruffîe  ,  où  la  Pejte  a  fait  itt 
ravages  ,  dans  ce  xvrii'^.  Siècle  ,  que  les  Fumigations , 
S:c.  font  très-utiles  ;  parce  que,  dans  le  terrips  que  cette 
Capitale  a  été  ravagée  ,  le  nombre  des  Alaijons  y  raoncaiç 
à  ii538.  De  es  nombre,  €o^\  om  été  empeftées  &  neç.- 

R  iv 


i^4       Mémoire  fur  ta  Pejle  de  Mo/cou  j 

Cependant,  je  crois  qu'il  ferait  beaucoup  plaS^ 
commode  ,  &  que  le  Gouvernement  n'éprouveraic 
jamais  tant  de  difficultés ,  quand  il  aurait  à  nettoyer 
•  tout  à  la  fois  un  fi  grand  nombre  ,  tant  d'endroits  , 
que  de  hardes  ,  lorfque  la  Pejle  ferait  tout-à-fait 
finie  ,  s'il  avait  prefcrit ,  dès  le  Commencement  de 
fon  invafion  ,  toutes  les  Régies  nécelTaires  pour 
que  chacun  des  habitans  en  fut  bien  inffcruit  y  & 
dans  le  cas  où  il  refierait  des  habitans  dans  une  mai-r- 
fon  ,  il  paraît  que  tous  ces  foins  devraient  leur  être 
confiés.  Cette  fage  Prévoyance  n'expoferair  point 
VEtat  à  des  dépenfes  fuperflues  ,  &  donnerait  ei> 
même  temps  ,  aux  Propriétaires ,  des  refTources 
plus  promptes  contre  la  Contagion  ,  &  les  fauve- 
rait  des  dangers  de  la  rapine. 

Il  faudra,  en  conféquence  ,  enjoindre  à  chaque^ 
Particulier^  dès  qu'il,  y  aura  eu  quelque  Pejliféré 
dans  fa  maifon  ,  mort  ou  non  ,  de  bien  aérer  £on 
appartement  j  pour  ce  qui  regarde  les  chofes 
auxquelles  il  aura  touché  ,  de  brûler  celles  qu'on 
ne  voudra  point  garder  ,  &  d'expofer  d'abord  les 
autres  à  VAir ,  puis  les  bien  Parfumer  ,  ou  les 
laver  toutes,  fi  elles  font  immeriibles.  L'endroit 
où  le  Malade  aura  couché  ,  ne  doit  point  être 
oublié.  Il  eft  mêm.e  plus  que  probable  ,  que  tout 
fe  pafTera  avec  plus  d'exadtitude.  Qui  faura  mieux 


toyées,  &  3000,  qui  n'étaient  pas  d'un  grand  Prix,  8c 
où  les  Propriiiaires  font  péris  par  la  Pejle  ,  ont  été  entière- 
ment démolies.  Voyez  le  Mémoire  ou  la  Description 
de  la  Perte  ,  qui  a  régné  dans  l'Empire  de  Ruflie  ,  &  fur- 
tout  à  Mofcou  ,  &c.  pag.  ôO'i  &:-6  -y  &  comme  la  Pejle  ne 
parutnulle  part  pour  une  Seconde  fois ,  cela  prouve  évidem- 
ment que  toutes  ces  Précautions  font ,  chaque  fois  ,  d'iinç 
ïiécefTué  indifpenfabie  pour  n'en  plus  eue  attacjué» 


Troïfitmc  Partie»  2<?5 

iquViii  Propriétaire ,  ce  qui  doit  être  nettoyé  ou 
non  ?  Qui  veillera  mieux  à  ce  que  rien  ne  foit  fa- 
crihé  inutilement ,  ou  confervé  maî-à-propos  ?  Un 
homme,  qui  peut-être  a  été  Garde  -  Malade  ,  ne 
peut-il  pas  nettoyer ,  laver ,  parfumer  chez  lui ,  fans 
crainte  ,  comme  fans  retard  ?  Et  dès  que  l'époque 
du  befoin  eft  arrivée  ,  ne  vaut -il  pas  mieux  la  faiiir 
que  de  différer  ?  Je  donne  cette  Obfervadon  ,  pour 
avoir  vu  à  Mo/cou  beaucoup  de  difficultés ,  &  beau- 
coup d'obftacles  ,  tant  pour  les  Habitans  que  pour 
le  Gouvernement  même  :  &  je  prétends  que  tout  le 
nettoyement  doit  abfolument  être  fait  par  les  Pro- 
priétaires desmaifons.  Il  me  paraît ,. d'ailleurs,  qu'il 
fuffirait  au  Gouvernement  de  nommer  pour  chaque 
Quartier  ,  une  perionne  confciencieufe  ,  &c  inrel- 
hgente  ,  qui  aurait  conftamment  infpeétion  fur  les 
Particuliers  ,  dans  leurs  Opérations  ,  &:  qui  lui  en 
ferait  un  Rapport  circonftancié  ,  fans  introduire  in- 
diftinctemenr  par  -  tout  la  Compagnie  des  Parfu- 
meurs. Quant  aux  Maifons  où  il  n'y  a  plus  è^Ka- 
hitans  ,  il  me  femble  qu'elles  {ont  fpécialement  ré- 
servées aux  foins  du   Gouvernement. 


R    T     I    C    L    E 


I    I    I. 


J'ai  êié.]z.  parlé  des  Hardes'^  mais  je  crois  ne  pou- 
voir trop  m'étendre  fur  cet  objet ,  puifqu'il  m.érite 
une  Confideration  particulière.  0\\  fait  qu'elles  font 
efFecbivement  plus  -  fufceptibles  ,  que  tout  autre 
corps,  de  retenir  le  Venin  peililentiel ,  quelques 
Centaines  d'années  ,  fur-tout  ii  elles  ont  été  enfer- 
mées fans  avoir  été  nettoyées  ,  &  qu'elles  font  le 
Vcnicule  ordinaire  ,  qui  charie  la  Pejle  d'une  partie 
ûu  monde  à  l'autre.  En  effet ,  com.m.ent  la  Pejle 
peut-elle  être  tranfportée  de  Régions  en  Régions  ^ 


1  s  s  Mémoire  fur  la  Pejîe  dé  Mofcou  j 
quoique  très-éioignées  les  unes  des  autres ,  fi  et 
n'eft  par  le  moyen  des  Hardes  ,  ou  autres  pareilles 
mitieres  empeftées  ?  11  eft  également  vrai  que ,  dès 
qu'un  Péjliferé  les  a  touchées  ,  elles  font  un  Prin- 
cipe d'infedion  sûr  &  infaillible  ,  fur-tout ,  fi  on 
les  renferme  dans  des  Coffres  ,  des  Armoires  ,  des 
Commodes^  ôcc. 

Une  Règle  de  conduite  très-aifée  à  déduire  ,  eft 
qu'il  faut  promptement  les  en  tirer  ,  toutefois  avec 
les  Précautions  mentionnées  plus-haut ,  &  les  net- 
toyer ,  comme  j'ai  déjà  dit ,  dans  les  Epreuves  des 
trois  Poudres  Fumigatives  Antipeftilentielles  ('/). 
L'ufage  en  fera  proportionné  à  celui  des  Hardes , 
par  le  Peftiféré  ,  au  degré  du  F'irus ,  dont  on  les 
foupçonnera  empreignées  ,  &  à  la  délicateife  de 
la  couleur  dont  elles  font  revêtues.  Tous  ces  Dé- 
tails font  déjà  donnés  j  mais  ,  je  le  répète  ,  qu'on 
n'en  confie  l'exécution  qu'aux  feuls  Propriétaires  j 
perfonne  ne  peut  mieux  favoir  qu'eux  ,  ce  qui  a 
€té  plus  ou  moins  touché  ,  &  dans  quel  Degré  de 
la  maladie.  Ils  font  habitans  de  la  même  maifon  , 
&  peut-être  font -ils  delà  même  famille.  Ils  foa- 
mettront  tout  à  l'adion  des  Poudres  ,  félon  les 
règles  prefcrites ,  &  ne  feront  pas  tenté  de  renfer- 
mer quelques  Hardes  précieufes ,  avec  le  foupçon 
de  la  Pejle  ,  crainte ,  bien  fouvent  très-raifonnable , 
qu'elles  ne  foient  gâtées ,  fur  -  tout  pillées.  Que 
fais-je  ?  Ce  font  autant  de  raifons  ,  fans  en  alléguer 
beaucoup  d'autres,  qui  prouvent  que,  pour  éviter 
tous  ces  inconvéniens  ,  &  autres  difficultés ,  les 
Propriétaires  feuls  doivent  les  nettoyer  j  mais  il  faut 


(/)   Voyez   dans  le   x  i',    §.  de   cette  même   Partie, 
pag.  XJ4-155   &-zî6. 


Troijieme  Partie.  iGf 

iibfoliiment  que  la  Pcrfonne  choifie ,  pour  chaque 
Quartier ,  préiîde  chaque  fois  à  toutes  ces  Opéra- 
tions ,  Se  en  falfe  fon  rapport  au  Gouvernement. 


R    T    I    c    L    E 


I  V. 


Même  manière  d'agir ,  à  l'égard  des  Boutiques 
&  ^QS  Marchandifes  ,  qui  peuvent  y  être  conte- 
nues. Il  n'y  a  ici  qu'une  Difiinciion  à  faire  :  ou 
les  Marchands  font  morts  dans  la  Boutique  même , 
dans  laquelle  ils  fiifaient  leur  débit ,  ou  la  Mala- 
die les  y  a  alTaillis  ,  avant  qu'ils  aient  pafle  ailleurs  , 
ou  pour  mourir ,  ou  pour  y  chercher  leur  guéri- 
fon.  Dans  ce  dernier  cas  ,  il  y  a  moins  de  fufpi- 
cion  ,  tant  pour  ce  que  les  Boutiques  renferment , 
que  pour  les  autres  endroits  qu'ils  auraient  tou- 
chés. On  doit  conclure  de-là  que  les  Fumigations 
peuvent  être  fuflifamment  faites  en  peu  de  temps; 
au  lieu  que  ,  fi  la  Mort  eft  venue  les  y  faiiîr ,  & 
qu'en  réfîftant  à  its  allants  ,  ils  aient  eu  le  courage 
de  continuer  encore  leur  commerce ,  pendant  quel- 
que temps ,  avant  de  fuccomber ,  tout  ce  qui  eft 
fufceptible  de  pafïer  par  les  Lotions  ^  doit  être  lavé, 
comme  je  l'ai  enjoint ,  dans  les  Règles  de  nettoyer 
les  Eglifes ,  les  Maifons  ,  les  Hardes  ,  &c.  &  les 
autres  Marchandifes  feront  expofées  à  des  Fumï-^ 
gâtions  plus-longues ,  plus  ou  moins  actives ,  fui- 
vant  la  délicatelfe  de  leurs  couleurs. 

Avant  d'en  venir  à  cette  Opération  ,  on  penfe 
bien  que  ,  ii-tot  qu'une  Perfonne  fera  empeftée  y 
ou  morte,  dans  quelque  Boutique  que  ce  foit ,  cette 
Boutique^  ou  autre  endroit ,  doit  être  auiîi-tôt  exac- 
tement fermée  ,  jufqu'au  temps  de  la  nettoyer.  Si 
on  en  confie  l'entrée  à  quelqu'un ,  ce  ne  fera  qu'à 
quelques  Perfonnes  diftinguées ,  6c  d'uja  état  ref- 


1^8        Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcou_y 
pedable  ,  qui  pourvoyeroiit   à  ce  que   tout  foit 
nettoyé  avec  exaditude ,  &  qui  préviendront  tous 
les  défordres  qui  pourraient  ruiner  le  Commerce  du 
Marchand  par  des  enlévemens  furtifs ,  &c. 

Article     V. 

Les  Bureaux  Se  les  Archives  font  de  même  expo- 
fés  à  l'infedrion  ,  par  les  Commis  qui  peuvent  y 
être  afTaillis  ,  &  par  conféquent  tous  les  Papiers 
qui  ont  été  touchés  avant  leur  mort  ,  foit  dans  les 
jârchives ^{çÀt  dans  les  Bureaux  qu'ils  renferment, 
doivent  être  réputés  porter  le  J^enin  de  la  Pefte  , 
&  doivent  fubir  les  mêmes  Opérations  ,  que  toutes 
les  autres  chofes  empeftées. 

Dans  les  Bureaux  ,  où  plufieurs  Commis  fe  trou- 
vent ,  fi  quelqu'un  eft  infedé ,  ou  mon ,  on  ren- 
fermera tout-de -fuite  tous  fes  Papiers^  on  lavera 
foigneufement  la  Place  qu'il  occupait  ,  &  tout  cq 
qui  l'entoure,  avec  du  vinaigre,  ou  de  l'eau  aci- 
dulée ,  ou  falée  ,  &  après  avoir  défendu  à  fes  C0/2- 
freres  de  toucher  à  rien  ,  on  féparera  avec  Pré- 
caution  tous  les  papiers  qui  étaient  de  fa  partie. 
Les  moins  efTentiels ,  feront  plongés  dans  le  vinai- 
gre ,  &  mis  dans  une  chambre  à  part ,  pour  les 
fécher  [g  ).  Ceux  ,  au  contraire ,  qui  font  de  con- 


{g)  On  doit  faire  les  mêmes  Opérations  pour  les  Let- 
tres, quand  on  eft  obligé  d'en  recevoir  d'un  endroit  pefti- 
féré.  On  les  pique  encore  j  mais  ,.  fi  c'eft  quelque  Lettre 
qu'on  ne  doive  pas  piquer,  alors  on  peut  la  plonger  dans 
du  Finaigre  ,  enfuite  la  lécher  ,  &  cela  fuffira  pour  n'avoir 
aucune  crainte  de  la  prendre  j  puifqu'après  avoir  fubi  une 
telle  OpérAîion  ,  le  venia  de  la  l'ejie  fera  immanquable- 
ment détruit. 


Troijîeme  Partie.  zë^ 

fcquence  ,  de  pour  lefquels  on  redouterait  cetio 
immerfion  ,  on  les  expolera  ouverts  dans  une 
chambre  particulière  ,  <Sc  on  les  parfumera  pendant 
une  Semaine  ,  avec  la  vapeur  de  vinaigre ,  Quatre 
fois  par  jour  j  cette  vapeur  s'excite  en  veriant  la 
liqueur  fur  des  Briques,  ou  des  Cailloux  ardents: 
en  fuite  de  quoi ,  on  les  expofera  à  l'air  libre ,  au 
moins  pendant  une  Quinzaine.  Le  plus  sûr  cepen- 
dant ferait  de  Ïgs  plonger  dans  le  vinaigre ,  s'il  étaic 
poliible  ,  ôc  de  les  nettoyer  avec  foin.  Moyennant: 
cette  Opération  faite  exactement  ,  &  fans  riea 
omettre ,  car  la  moindre  omillion  peut  caufer  la 
Pejte  aux  autres  ,  la  tranquillité  peut  renaître  , 
dans  les  Bureaux  ;  &  li-tôt  qu'on  aura  pris  dans 
chaque  endroit  toutes  cqs  Précautions ,  qui  fonc 
très-iraciles  à  exécuter  au  plus  limple  particulier  , 
la  Pejle  ne  fera  jamais,  dans  aucune  ville  ,  im  li 
redoutable  Fléau. 

Dans  les  Archives  ,  c'eft  à-peu -près  la  même 
chofe.  Ces  dépôts  intéreffants  font  fujets  à  être  viii- 
tés  par  des  Commis ,  qui  ont  befoin  des  pièces  né- 
cellaires  à  leurs  recherches  :  ■  un  Commis  infecté 
peut  infecter  le  tout.  Que  faire  alors  ?  Fermer  le§ 
Fenêtres ,  les  Portes  ,  &  jufqu'aux  plus  petits  Trous  y 
faire  Six  jours  de  fuite ,  Quatre  fois  par  jour , 
des  Fumigations  de  vinaigre ,  de  façon  que  la  va- 
peur pénètre  tout  j  eflTuyer  en  fuite  tout  l'extérieur 
des  Paquets  ,  avec  la  même  liqueur  ,  puis  rouvrir 
tout  ce  qui  a  été  fermé  ,  pour  y  faire  circuler  l'air 
librement ,  pendant  une  Quinzaine  :  voilà  tout  le 
myftere.  Le  danger  ,  qui  par-là  s'éloigne  àts  Bu- 
reaux ,  doit  aulîi  difparaitre  des  Archives  ,  &  oa 
peut  faire  ufage  de  tous  les  Papiers  ,  fans  la  moin- 
dre crainte  de  s'empefter. 


Ijo       Mémoire  fur  la  Peftc  de  MofcoUl 

Article     VI. 

Kniffbns  cette  matière ,  &  difons  que  ,  s'il  efi: 
befoin  de  Précautions  ,  c'eft ,  fans  doute ,  pour 
nettoyer  les  Hôpitaux.  Quel  endroit  a  contenu  des 
Pejîiférés  en  plus  grand  nombre  ?  &  ne  doit-on  pas 
regarder  chaque  petite  fuuface  d'un  pareil  empla- 
cement,  comme  imprégnée  du  Virus  peftilentiel  ? 
Peur-il  y  avoir  des  moyens  trop  efficaces  pour 
le  détruire  complettement  ?  Je  ne  donne  ici,  pour 
exemple ,  que  l'Hôpital  du  Monaftere  Symonowsky  , 
pour  favoir  comment  il  faut  fe  conduire  ^  c'efl-à- 
dire  ,  comment  il  était  entretenu ,  pendant  que 
les  PeJliféres  y  exiftaient ,  &  comment  on  le  net- 
toyait. Puifqu'il  contenait,  dans  fa  vafte  étendue  ,' 
une  grande  Quantité  àt  Malades  (A),  pour  faci-* 
liter  le  Nettoyement  d'un  tel  endroit,  on  y  allu- 
mait chaque  jour,  durant  la  Pefie ^  un  Bûcher  , 
pendant  quelques  heures  ;  &  dès  qu'un  Pejliféré 
était  mort ,  on  portait  fur  ce  Bûcher^  tous  fes  ha- 
bits ,  pour  être  réduits  en  cendres.  De  tout  ce  qui 
avait  été  à  fon  ufage  ,  on  ne  confervait  que  le 
Lit  :  de  forte  qu'en  nettoyant,  à  la  i^i/zde  la  Pefte  , 
un  tel  vafte  Hôpital  ,on  n'y  trouvait  pas  une  grande 
Quantité  de  chofes  à  brûler. 

La  Pejle  finie ,  tous  ceux  qui  avaient  fervi  dans 
cet  Hôpital ,  &  qui  y  étaient  entrés  pour  y  cher- 
cher leur  guérifon  ,  furent  habillés  à  neuf,  depuis 


{h)  Voyez  ci-den"u.s  dans  le  x  v  i^  §.  de  la  Première 
Panie,  note^,  &  dans  le  x  x  v  1 1 1\  note  x -^  ainfi  que 
dans  AJa  Lettre  fur  les  Expériences  des  Friélions  Glaciales 
pour  la  Guétiron  de  la  Pefte ,  &c.  imprimée  â  Paris,  pag.  f, 
note  q. 


Troijieme  'Parût,  27ÎI 

îes  pieds  jufqu'à  la  tête,  &  leurs  anciens  vêtemens 
iubirent   le  même  fort  que  celui  des  morts.  Ces 
nouveaux  habits  étaient  pour  fe  rendre  au  lieu  de 
la  Quarantaine.   Cependant  ,  avant  d'y  pafTer ,  on 
leur  faifait  enlever  tous  les  lits,  nettoyer  toutes  les 
ordures  des  chambres,   mettre  au  feu  tout  ce  qui 
était  de  peu  de  valeur ,  laver  le  pavé  ditous  les  ameu- 
blemens,  ouvrir  les  fenêtres  &  les  portes  par-tout. 
Enfin  ,  ayant  nettoyé  cet  Hôpital ,  ils  en  fortirent , 
&   on  y  lailTa  circuler  l'air  pendant   Trois  mois. 
Ces  Trois  mois  révolus  ,  la  Compagnie  des  parfu- 
meurs  s'acquitta  de  fes  fonctions  ,  avec  le  dernier 
fcrupule  ,  &  nettoya  toutes  les  chambres  &  autres 
endroits  ,  félon  les  règles  prefcrites  pour  les  Maz- 
fons  empeftées  j  fur-tout  la    Poudre  N°.  P'  ,  fut 
employée  ,  accompagnée  néanmoins ,  pour  tout  ce 
qui  fe  trouvait  en  bois  ,   de  lotions  de  vinaigre  , 
éc  tous  les  murs  reblanchis  avec  de  la  chaux. 

Cette  même  cérémonie  fe  pratiqua  dans  les  autres 
Hôpitaux ,  qui  fe  rétablirent  aufii-tôt  en  Monajleres^ 
Le  germe  de  la  Pejie  y  avait  été  li  bien  détruit, 
par  cette  Méthode  ,  qu'aucun  des  Moines  qui  y 
xentrerent  ,  ne  relTentit  pas  la  plus  -  petite  attaque 
du  mal,  dont  on  avait  cherché  à  détruire  jufqu'au 
moindre  germe.  Tels  font  les  Moyens  les  plus-surs 
pour  nettoyer  tous  les  endroits  &:  toutes  les  chofes 
empeftées.  Je  les  donne  ici  comme  les  faits  les  plus 
léels  ,  &  qui  prouvent ,  que  dans  chaque  ville  où 
la  PeJie  a  fait  fes  ravages ,  le  Nettoyement  des  en- 
d.roits ,  &  des  chofes  empeftés^  eft  ixidifpeafabie- 
ment  néceiiaire ,  pour  qu  elle  ne  puilfe  lailTer  la 
moindre  chofe   de  fon  Germe  fatale. 


ïyi        Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcoui 
§.     X  I  I  î. 

Une  cliofe  qui  n'intéreiTera  pas  moins  le  Lec- 
teur j  c'eft  la  Dcfcrlption  des  moyens  ,  qui  fuient 
pris  à  Mofcou  ,  pendant  la  Pejie ,  pour  que  la  fub- 
lîftance  ne  manquât  point  aux  habitans ,  &  qu'il 
n'y  eut  aucune  interruption  dans  le  commerce ,  6c 
c  efc  par  où  je  finis  Mon  Mémoire. 

Il  eft  de  notoriété  publique  que  ,  lorfque  cette 
cruelle  Maladie  règne  quelque  part ,  on  empêche- 
les  marchandifes  d'en  fortir  ,  encore  plus  que  d'y 
entrer  ,  &  que  la  difette  à(ts  provifions  alimen- 
taires réunit  quelquefois  la  Famine  à  la  contap-ion. 
Pour  éloigner  de  fa  Capitale  un  pareil  malheur  , 
Catherine  II ,  cette  Grande  Législatrice ,  donna* 
ordre  de  ne  rien  épargner  (i)  pour  y  faire  les  arran- 
gemens  qu'on  aviferait  bien  être.  Voici  la  manière 
dont  le  tout  s'exécuta. 

I.  On  avait  fixé  ,  à  l'entrée  de  la  Ville ,  dans 
les  Quatre  coins  ,  un  emplacement ,  pour  y  tenir 
une  efpece  de  Foire  ou  de  Marché.  Cet  emplace- 
ment était  enferm-é  de  Baluftrades  ,  &  perfonne 
n'y  entrait  que  ceux  qui  venaient  de  la  Campagne, 
ou  ÛQS  Villes  voiiines ,  y  vendre  quelque  provifion. 
Chaque  Citoyen  qui  avait  befoin  de  faire  quelqu'em- 
plette  ,  s'y  rendait  au  jour  de  Marché ^  &c  du  dehors 
de  la  Baluftrade,  conférait  avec  le  Mi^rcAizW,  qui 
était  en  dedans ,  fur  ce  qui  lui  était  néceffaire  , 
convenait  avec  lui  j,  le  payait ,  &  s  en  retournaic 
chez  lui  avec  ce  qu'il  avait  acheté.  Le  Marchand ^  ' 


(i)  Voyez  ci-defTus  dans  le  xiiS  §.  de  la  Première 

Partie,  ^oie  w, 

de 


Troijietnt  Parue.  1,73' 

de  (on  coté ,  prenait  l'argent  de  fa  vente  ,  avec  les 
Précautions  y  dont  j'ai  déjà  parlé  tant  de  fois  ci- 
delfus ,  ôz  le  Marché  fini ,  chacun  fe  retirait  à  fa 
Campagne  ,  fans  entrer  dans  la  Ville. 

Il  arrivait  quelquefois  que  ceux-ci  ne  pouvaient 
fe  défaire  de  tout  ce  qu'ils  avaient  apporté.  Pour 
prévenir  des  frais  de  retour  j  &  pour  les  encoura- 
ger ,  on  avait  fait  conftruire  un  grand  Magajin ,  a 
côté  de  chaque  emplacement.  Un  Comm'iJJaire  y 
recevait  tout  ce  qu'on  n'avait  pu  vendre  ,  de  quelque 
nature  qu'il  fût ,  prenait  connaifTance  des  prix ,  ôc 
•  payait  les  T^endeurs  ,  pour  qu'ils  s'en  retournaffent 
tranquillement  chez  eux  j  fans  perte  de  temps.  De 
manière  que  les  Payfans,  des  environs  de  Mofcou^ 
étaient  chaque  fois  sûrs  de  vendre  leurs  marchan- 
difes  ;  ôc  les  Habitans  ne  manquaient  de  rien  pour 
leur  fubfiftance.  Par  ce  moyen  ^  qu'il  y  eût  Marché 
ou  non ,  le  débit  des  Provijions  fe  faifait  tou- 
jours ,  puifqu'on  pouvait  recourir  à  chaque  inftant 
au  Magajin  ,  &  y  acheter  tout  ce  dont  on  avait 
befoin.  Ainfi,  dans  Mo f cou  ,  une  honnête  abon- 
dance fubfifta  avec  la  Pejie  :  exemple  frappant  pour 
les  Villes  que  ce  Fléau  pourrait  affliger  par  la  mite. 
II.  Pareillement  ,  dès  qu'un  Marchand  voulait 
tranfporter  ailleurs  des  objets  de  commerce  ,  s'ils 
fortaient  d'une  Ville  empeftée ,  fans  aucune  Pré- 
caution ,  ils  devaient  immanquablement  empefter 
toutes  celles  où  ils  feraient  vendus.  Pour  prévenir 
un  tel  malheur  ,  chaque  Marchand  était  d'abord 
obligé  de  fe  tranfporter  chez  Vinfpecleur  du  Quar- 
tier :  celui-ci  lui  donnait ,  fur  fa  déclaration  ,  un 
Certificat  qu'il  n'y  avait  eu  perfonne  empeftée  ,  ni 
dans  fa  Mai/on  ,  ni  dans  fa  Boutique.  Muni  de  ce 
Certificat  j  il  pouvait  charger  fes  Marchandifes  ^ 
êc  les  faire  conduire  au  lieu  de  la  Quarantaine. 

S 


474  Mémoire  fur  la  Pejîe  de  Mofcoa^ 
C'était  un  vafte  édifice,  au  fortir  de  la  Ville ^  O'S 
l'on  vifitait  tout  ce  qui  était  deftiné  pour  l'étranger  , 
&■  où  on  l'expofait  pendant  quelque  temps ,  aux 
Fumigations  ci-devant  prefcrites.  U Infpecleur  de  la 
Quarantaine  recevait  ,  des  mains  du  Marchand^ 
fon  Certificat ,  &  l'état  de  (qs  marchandifes.  Il 
retenait  le  premier ,  &  communiquait  le  fécond 
au  Médecin  &  au  Chirurgien  qui  y  réfidaient  avec 
lui ,  tant  pour  le  vérifier  ,  que  pour  aflîgner  d'abord , 
pour  chaque  efpece  de  marchandife,  une  Chambre^ 
ou  un  Magajîn  ^  fuivant  la  qualité  &  la  quantité, 
afin  de  les  étendre  ,  de  manière  à  recevoir  les  Fw 
migations.  Dès  que  le  Marchand  avait  expofé  le 
tout ,  pour  lors  on  procédait  à  cette  Opération  j 
félon  les  Règles  que  j'ai  déjà  rapportées ,  &  con- 
formément aux  marchandifes.  Si-tôt  que  le  temps 
des  Fumigations  était  expiré ,  on  ouvrait  \ts  Fenê- 
tres ,  ôc  fi  c'était  dans  un  Magajin  _,  on  ouvrait  les 
Portes  ,  &  on  expofait  les  marchandifes  a  ÏAir 
libre  ,  les  unes  pour  Trois ,  les  autres  pour  Quatre  , 
Cinq  ou  Six  jours  ,  plus  ou  moins ,  fuivant  leur 
qualité.  U  Opération  ôc  iz  Quarantaine  Unie  ,  on 
formait  des  Ballots  du  tout  ,  &:  on  les  cachetait  , 
4u  Cachet  de  la  Commiflion  contre  la  Pefte ,  pour 
que  le  Marchand  ne  pût  ni  les  toucher,  ni  y  ajouter, 
jufqu'à  ce  qu'ils  parvinfTent  ,  fans  avoir  éprouvé 
de  mutation  ,  à  l'endroit  deftiné  ,  ôc  toutes  les  opé- 
rations de  la  Quarantaine  étaient  défignées  dans  le 
Certificat.  Ce  Sceau  était  accompagné  d'un  Attejlat 
4u  Médecin  ou  du  Chirurgien ,  qui  détaillait  toutes 
les  Précautions  prifes  ,  ôc  garantiflait  du  danger. 
Muni  de  ces  Certificats ,  le  Marchand  pafTait  par 
toutes  les  Quarantaines ,  fans  qu'on  touchât  à  fes  Bal- 
lots^ ôc  vendait  par-tout  fes  marchandifes.  Comme 
par  y  Attejlat ,  on  était  affuré  qu'elles  étaient  exemptes 


Troljîemi  Partie»  I75' 

(de  tout  Fènln  peftilentiel ,  perfonne  ne  craignait  de 
les  acheter. 

Ce  fut  par  ce  Moyen  que  le  Commerce  de' 
Mo/cou  continua  dans  toutes  fes  branches  ,  & 
qu'aucune  J^iiie  ne  fut  empeftée  ,  par  la  voie  de 
ùs  marchandifes  :  grâces  aux  efforts  de  la  Com-, 
mijjion  contre  la  Pejle,  à  qui  l'Empire  de  Ruffie  eft 
redevable  des  Poudres  Fumigativcs  AntïpeJlïLentielksy 
êc  qui  a  fu ,  la  première  ,  les  employer  avec  tant 
d'avantage.  Car  il  eft  certain  que  cette  première 
découverte  fut  faite  à  Mofcou  ,  &c  qu'on  n'avait 
jamais  exercé  le  Commerce  pendant  la  Pejle  j  mais 
qu'avec  toutes  ces  Précautions ,  on  l'exerça  dans 
cette  Capitale  fans  aucun  danger  pour  \qs  autres 
failles.  Par  ces  Moyens ,  on  y  fut  toujours ,  tant 
dans  l'abondance  de  vivres,  que  dans  une  facile 
circulation  du  commerce.  Bonheur  dont  on  n'avait 
joui  nulle  part  auparavant,  &  qui  peut-être  même 
avait  été  inconnu  jufqu'à  la  Pejle  de  Mofcou.  Ainfî 
fut  préfervé  en  particulier  Saint-Pétersbourg  ^  Ré- 
fîdence  de  Notre  Augufte  Impératrice  ,  centre 
de  toutes  les  Affaires  &  de  la  Correfpondance  de 
l'Etat.  Combien  de  dépêches  ,  de  munitions  de 
guerre  ,  de  marchandifes  mêmes ,  parvinrent  de 
Mofcou,  pendant  la  Pefte,  dans  cette  grande  Fille _, 
fans  la  moindre  fuite  facheufe ,  dans  aucun  endroit 
de  tout  ce  trajet  ?  Preuve  de  l'efficacité  de  toutes  ces 
Précautions ,  fans  lefquelles  Saint-Pétersbourg  n'eûc 
pas   été  à  couvert  du  même  Fléau. 

Quant  aux  Marchandifes  des  autres  failles  fuf- 
pectes ,  qui  devaient  être  tranfportées  à  Mofcou , 
on  prenait  fur  les  lieux ,  les  mêmes  Précautions, 
On  les  expofait  à  l'air  j  on  les  parfumait  avant  de  les 
emballer  \  on  fe  muniffait  également  de  Certificats^ 
qui  vérifiaient  ces  Opérations,  Une  fois  arrivées  â 


Z7^  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mo/cou  j 
la  Capitale ,  elles  fubiiTaient  toutes  ,  la  Quaran» 
taine  ,  &  quelques  autres  Précautions  ,  fuivant  l'en- 
droit d'où  elles  étaient  apportées ,  pour  ne  laifîèr 
aucun  doute  aux  Citoyens.,  qui  les  recevaient  enfuite, 
fans  crainte,  dans  leurs  Magajins  ,  c'eft-à-dire, 
après  que  cette  Capitale  fut  tout -à- fait  délivrée 
de  la  Pejle.  Aulîi  n'a-t-on  vu  nulle  part ,  dans 
l'Empire  de  Rulîie ,  renaître  ce  Fléau  terrible  ,  qui 
a  affligé  tant  d'autres  Royaumes  ,  Aqs  Trois  ou 
Quatre  ans  ,  parce  qu'on  ignorait  le  Moyen  de  lui 
oppofer  des  barrières  infurmontables  ,  ou  de  l'é- 
touffer. 

III.  On  ne  pouvait  naturellement  refufer  aux 
Perfonnes  la  liberté  qu'on  accordait  aux  marchan- 
difes.  Car  ,  fi  le  Gouvernement  en  agilfait  ainiî, 
combien  d'inconvéniens  pour  les  gens  d'affaires  ? 
Mais  comment  peut-on  fortir  d'une  Kille  empeftée , 
&  fe  rendre  à  celle  qui  ne  l'eft  pas  ,  fur-tout ,  s'il 
fallait  fe  rendre  à  une  ville  comme  Saint-Pétersbourg  y 
qui  doit  être  abfolument  garantie  de  la  Pefie  ?  On 
m.e  dira  ,  fans  doute ,  qu'il  ne  faut  permettre  à  per- 
fonne  d'y  entrer.  Pour  accorder  le  libre  exercice  àts 
voyages  &  en  écarter  le  péril ,  dn  avait  donc  aufïî 
ufé  de  Précautions. 

Un  Citoyen  de  Mofcou  avait-il  deifein  de  fe 
rendre  à  la  Réiidence  de  Notre  Augufte  Impéra- 
trice ,  dès-lors  il  devait  avertir,  de  fon  départ, 
Vinfpecleur  du  Quartier  j  lui  donner  une  lifte  de 
fes  Domejliques  ,  &  de  tout  fon  Equipage  :  lui 
notifier ,  fi  dans  la  maifon  ,  qu'il  habitait ,  il  y  avait 
eu  quelque  Pcjiiféréj  ou  non  :  en  cas  qu'il  yen 
eût  eu ,  fi  les  Quarante  jours  étaient  écoulés ,  depuis 
fa  guérifon  ou  fa  mort  ,  &  s'il  n'y  en  avait  pas 
eu  d'autres  pendant  tout  le  refte  du  temps  j  pour 
Jors  ,   Vinfpecleur  venait  j    avec  le  Médecin  ou  le 


Troijîcme  Partie,  177 

Chirurgien  ,  vihrer  î^s,  alentours  (/(:):  s'ils  fe  trou- 
vaient comme  lui ,  en  bonne  fanté  ,  il  faifait  à  k 
CommiJJlon  contre  la  Pejîe ,  un  Rapport  qui  le  con- 
firmait, &  en  même  temps  un  Regijlre  exad  de 
tout  ce  qu'il  devait  emporter  :  moyennant  ce  ,  il 
pallait  dans  la  Quarantaine,  hors  de  la  Ville  .,  o\l 
il  était  entretenu  fans  avoir  la  moindre  communi- 
cation avec  aucun  Citoyen  pendant  Quln-^e  jours  (/). 
Pendant  ce  temps  ,  le  Chirurgien  de  cette  Quaran- 
taine ,  expofait  tout  fon  bagage  ,  aux  Fumigations , 
pendant  Quatre  jours,  &  le  refte  du  temps  à  l'air 
libre.  La  Quarantaine  finie  ,  tout  était  remballé 
&z  cacheté  du  Cachet  de  ladite  Commilîion  ,  fauf 
les  chofes  qui  devaient  fervir  à  l'ufage  journalier. 
Les  Voyageurs  ,  en  partant ,  recevaient  un  état  de 
leurs  effets,  ligné  du  Préjldent  de  la  Commilfion  i*) , 
&z  un  Billet  de  la  Quarantaine  ,  fcellé  de  fon  Sceau. 
Tout  ce  qui  n'était  point  cacheté  ni  enregiftré  dans 
le  Certificat  j  de  quelqu'endroit  qu'il"  vînt ,  était 
brûlé  dans  les  autres  Quarantaines  fi.ir  ce  pafTage, 


[k)  Le  Sexe  a  été  vifité  par  une  Sage-Femme  appointée 
exprès  par  la  CommijJlon ,  pour  une  telle  fonftion.  Cette 
Femme  était  inftruite  de  tous  les  Signes  externes  de  la 
Pefte ,  par  lefquels  eile  pouvait  la  reconnaître  ,  &  avertir 
dans  rinftant  le  Médecin  de  la  Quarantaine. 

(/)  Dans  cette  Quarantaine  ,  il  y  avait  un  Chirurgien 
&  des  Gardes  ,  qui  logeaient  tous  intérieurement  fans  jamais 
fortir  :  le  devoir  du  Premier  était  de  faire  les  Fumigations^ 
&  d'obferver  la  fanté  des  Pajfagers  ;  les  autres  ,  à  prendre 
garde  que  perfonne  n'y  entrât  ni  n'en  fortît  ;  de  plus ,  un 
/kîédccin  qui  venait  chaque  jour ,  pour  y  faire  une  Infpe^iion 
générale,  conformément  à  tous  les  ordres  de  la  Quaran^ 
laine, 

{*)  Voyez  ci-deiïiis  dans  le  xxix\  §.  de  la  Première 
Partie ,  pag.  104. 

S  iij 


3.yt       Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mojcou^ 

ôc  le  Propriétaire  arrêté ,  au  premier  de  cq5  en- 
droits, jufqii'à  ce  qu'il  y  eût  fubi  la  Quarantaine 
la  plus-rigoureufe  ;  mais  fi  ce  Propriétaire  n'avait 
aucun  Certificat  qu'il  eut  tenu  lui-même ,  autre  part, 
une  Quarantaine  félon  toutes  les  Règles  j  il  ne 
pafTait  jamais  plus-loin. 

Ainfi  fut  confervée  la  liberté  du  paffage  aux 
Voyageurs ,  quoiqu'on  fît  un  peu  de  difficulté  fur 
cet  Article  ^  avec  coxio.  différence  cependant ,  que 
ceux  qui  venaient  des  Villes  non-infeétées ,  n'étaient 
point  aulTi  long  -  temps  féqueftrés  ,  que  ceux  qui 
étaient  partis  du  centre  de  la  Contagion ,  &  Saint- 
Pétersbourg  ,  malgré  l'importation  des  Marchant 
difes  ,  &  fur  -  tout  à^s  Munitions  de  guerre ,  n'en 
reçut  aucune  atteinte  (  m  ). 

IV.  Toutes  CQS  Exportations  fe  font  par  terre  , 
Se  je  ne  parlerai  point  des  Précautions  qui  exiftent 
déjà  dans  chaque  Royaume  pour  garantir  \qs  Li- 
mites ^  ôc  par  où  ne  peut  paffer  aucun  Voyageur _, 
ni  aucune  Marchandije  j  fans  y  faire  la  Quaran- 
taine ,  félon  toutes  les  Règles  ;  mais  je  veux  feu- 
lement dire  quelque  chofe  fur  les  objets  des  Impcrr- 
talions  ,  qui  fe  font  par  mer  ,  &  qui  peuvent  deve- 
nir dangereufes.  Elles  doivent  ,  par  conféquent , 
être  encore  fubordonnées  aux  foins  du  Gouverne- 
ment. 


[m)  Quand  la  Pejh  ravagea  Mofcou  le  plus-cruelIement , 
les  Quarantaines  étaient,  dans  ce  temps,  de  Quatre  femaines, 
dans  les  différents  endroits  de  ce  paflàge  ;  après  cela,  elles 
furent  diminuées  à  Trois,  enfuite  à  £)eux  y  enfin  elles 
furent  rout-à-faic  abolies.  Voyez  dans  le  Mémoire  ou  la 
Description  de  la  Perte,  qui  a  régné  dans  l'Empire  de 
Ruffie  ,  &  fur-tout  à  Mofcou  ,  &c.  pag.  ii8  ,  Article  ^, 
&  pag.  134,  où  font  inférées  toutes  les  Dejcriptions  les 
plus-détaillées  qui  concernent  ce  fujet. 


Troijîcmc  Partie»  i-jy 

Qu'un  T^aijfeau  arrive  dans  quelque  Port ,  de 
donne  le  Signal  qu'il  porte  des  Pcjlïfcrés  ,  doit-on 
conclure  de  là  que  les  Marchandifcs  foient  empeftées> 
&  dangereufes  pour  la  Ville  ?  Faudrait-il  qu'un  tel 
Vaijjeau  fut  brûlé  avec  toute  fa  cargaifon  ?  Ne^ 
peut-on  trouver  de  moyen  de  le  conferverentout? 
C'eft  un  cas  ,  fans  doute,  bien  fcabreux  ,  que  de 
déterminer ,  s'il  faut  conferver  &  les  Marchandifes  , 
dr  le  VaïjJ'eau  ;  cependant ,  il  me  femble  qu'il  eft 
poiîible  de  conferver  le  tout ,  &  voici  comment. 

li  paraît  qu'un  parti  fage  &  moins  deftru6teur 
ferait  d'ordonner  au  Capitaine  de  s'éloigner  ,  avec 
fon  Equipage  ,  dans  quelque  coin  écarté  du  Port, 
ou  de  la  Rade  :  d'en  interdire  l'approche  aux  autres 
F'aiJJeaux  ,  &   de  faire  monter  fur  fon  bord,  un 
Médecin  ou  un  Chirurgien,  qui  faurait  employer  les 
Précautions  néceifaires  ,  pour  ne  point  devenir  la 
vidime  de  fon  zèle ,  &  de  fon  obéilTance.  Ces 
Précautions  feront ,  d'engager  les  Rameurs  de  la 
Chaloupe  ,  de  laver  avec    des  brolfes  ,  trempées 
d.ans  de  l'eau  de   la  mer  ,    tous  les  endroits  du 
Vaijjeau  ,  par  où  il  doit  pafTer  ,  &  qu'il  doit  tou- 
cher de  fes  mains  :  s'il  eft  craintif,  il  peur  encore 
s'habiller ,  fe  chauffer ,  &  mettre  des  gants ,  de  la 
manière  que  j'ai  prefcrite  ci  -  deffus  ,  aux  Chirur- 
giens &  à  tous  ceux  qui  ferviront  les  Malades  dans 
les  Hôpitaux  peftiférés.  En  fe  préparant  ainfi ,   il 
montera  fur  le  Vaijjeau  ;   il  queftionnera  d'abord 
le  Capitaine  ôc  les  Matelots  fains  ,  fans  s'en  appro- 
cher de  près ,  fur  l'état  où  fe  trouvent  les  Malades  , 
fur  la  manière  dont   ceux-ci  ont  gagné   la  Pejie-y 
il  s'informera  de  leur  nombre  actuel ,  &  de  celui 
des  morts ,  ainii  que  de  tous  ceux  qui  feront  encore 
en  fanté.   Alors  il  s'adrefTera  aux  Malades  ,  leur 
demandera  les  Symptômes  qu'ils  éprouvent ,  ôc  les 

S  iv 


i8o  Mémoire  fur  la.  Pejle  de  Mofcou 3 
Signes  qu'ils  portent ,  d'où  il  pourra  conclure ,  s'ils» 
peuvent  fupporter  la  Maladie ,  ou  non.  Pour  ceux 
qu'il  efpérera  pouvoir  la  fupporter ,  il  leur  indi- 
quera les  Remèdes  les  plus-fimples  (  n  ).  Tout  ceci 
doit  fe  palTerfans  Contaclde^zn  ni  d'autre.  Enfuite, 
il  donnera ,  à  ceux  qui  font  en  fanté ,  les  Liflruclions 
nécelTaires  fur  la  manière  de  fe  conduire  ,  relati- 
vement aux  Malades  ,  &  enfeignera  à  ceux  qui  font 
Convalefcens ,  comment  ils  doivent  les  fervir  &  les 
gouverner,  tant  pour  les  AUmens ^  que  pour  les 
Remèdes  ,  pour  que  ceux  qui  font  encore  exempts 
de  la  Maladie  ,  ne  foient  pas  obligés  de  les  fervir  , 
èc  par-là  de  s'empefter.  Puis  il  repaiTera  dans  la 
Chaloupe  ,  qui  le  conduira  à  terre,  où  ,  pour  éviter 
la  moindre  crainte  pour  la  Ville  ^  on  établira  une 
K^uarantaine  ,  tant  pour  lui ,  que  pour  les  Rameurs  , 
tout  le  temps  que  leur  fervice  fera  nécelTaire,  ils 
le  rendront  chaque  jour  ,  fuivant  l'exigence  des 
cas,  avec  les  VixtvaQS  Précautions  ^  jufqu'à  l'extinc- 
tion totale  de  la  Maladie ,  pourvoyant ,  en  ©utre  , 
à  la  fubfiftance  de  tout  X Equipage ,  félon  que  la 
Ville  lui  fournira  ,  avec  les  Précautions  prefcrites. 
Tout  cela  doit  durer  jufqu'au  temps  où  tous  les 
Malades  feront  morts  ,  ou  auront  tout-à-fait  fur- 
palfé  la  Pejle. 

S'ils  fe  rétablifTent  tous  ,  à  cette  époque  ,  V Equi- 
page reftera  fur  le  vailTeau  encore ,  au  moins  Qua- 
rante jours.  Après  que  cette  Quarantaine  fera  écou- 
lée ,  &  que  perfonne  d'eux  n'aura  été  empefté , 
alors ,  on  pourra  être  sûr  que  le  Germe  de  la  Pelle 
eft  détruit. 


(«)  Voyez  ci-defïïis  dans  le  xxvii%  §.  de  la  Première 
Partie  ,  n"*.  i ,  li ,  m  ,  i  v  &  v. 


Troijîeme  Pardi.  18 1' 

Dans  ce  laps  de  temps  ,  le  Capitaine  fera  tenu 
de  donner,  au  Gouvernement  ,  un  rapport  circonf- 
tancié  ,  par  lequel  il  déclarera  en  quelle  Faille  il 
avait  pris  fa  Cargaifon  ,  ôc  en  quoi  elle  conlifte  : 
fi  cette  FiHe  avait  été  infedée  ou  non  :  comment 
la  Pejle  s'était  déclarée  parmi  V Equipage ,  qui  avait 
été  le  premier  empefté  ,  &  de  quelle  manière 
il  l'avait  été  ,  il  c'était  dans  la  même  Ville  .^  où  il 
avait  pris  fa  Cargaifon  ,  ou  dans  quelqu'autre  de 
fon  palfage  ,  ou  fi  fa  Cargaifon  n'en  était  pas  la 
fource.  Tous  cqs  détails  donneront  aux  Mimflres  , 
la  facilité  de  motiver  leurs  Ordonnances  j  qui  au- 
ront ,  ou  n'auront  pas  Rapport  à  la  Cargaifon. 

Qu'un  Vaiffeau  eût  pris  fa  Cargaifon  dans  une 
Ville  empeftée,  <Sc  qu'elle  eût  empefté  V Equipage -^ 
dans  ce  cas ,  iî-tôt  que  la  Quarantaine  ferait  finie , 
il  ferait  toujours  indifpenfable  de  bien  laver  tout 
l'intérieur  du  Vaijjeau  ,  d'ouvrir  les  Portes  du 
Tillac  ,  pour  expofer  la  Cargaifon  à  l'air  ,  fans 
cependant  la  toucher  ,  au  moins  pour  Quin-^e  jours  , 
&  de  faire  circuler  VAir  dans  toutes  les  chambres , 
ou  même  les  Parfumer  j  pour  une  plus  -  grande 
sûreté  {  0). 

Quant  à  la  Cargaifon  même  ,  tout  ce  qui  peut 
être  plongé  fera  lavé  ,  fi  on  le  croit  infeété  :  les 
autres  Marchandifes  ,  qui  ne  feront  point  fufcep- 


(o)  En  cas  que  tout  le  Monde  fût  péri  de  la  Pe/ie,  on 
devrait  alors  chercher  des  VoLontalres ,  moyennant  une  fomme 
d'argent,  pour  entreprendre  cette  affaire,  en  les  prévenant 
que  ,  fi-tôt  qu'ils  le  feraient  acquittés  de  cette  Commijjlon  , 
ils  devraient  tenir  une  (Quarantaine  exaûe;  &  dans  un  pareil 
cas,  on  devrait  abfolument  nettoyer  un  tel  Vaijjeau  comme 
un  Hôpital  peftiféré  ,  &  les  Marchandifes ,  comme  les 
chofss  qui  portent  la  plus-grande  quantité  de  Venin  pefti- 
lentiel. 


xSi  Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mo/cou  j 
tibles  d'immeillon  ,  feront  d'abord  parfumées  ^ 
fuivantles  ùegUs  prefcrites  ,  puis  expofées  auvent 
durant  la  Quarantaine  :  après  quoi  tout  ce  qui  avait 
écé  féqueftré,  pourra  fervir  fuivant  fa  deftination  5 
les  Marchandïfes  dans  le  commerce  ,  fans  la  moin-* 
dre  crainte  de  communiquer  hPeJle ,  Se  le  Vaijjeau 
pourra  fervir  pour  de  nouvelles  courfes ,  après  que 
fon  intérieur  aura  été  lavé  &  nettoyé  avec  la  plus- 
grande  atterition.  Au  refte  »  le  Médecin  ou  Chirur- 
gien expédié  pour  un  tel  fervice  ,  pourra  chaque 
fois  ajouter ,  félon  les  circonftances ,  plusieurs  autres 
PrécautLL,ns  ,  les  plus  -  nécelTaires  &  les  plus-con- 
venrbles,  pour  chaque  objet,  enfaifant  comparaifon» 
de  tout  ce  que  j'ai  donné  pour  le  Nettoiement  de 
différentes  chofes.  Grand  avantage ,  non-feulement 
pour  un  Négociant  qui ,  au  Heu  de  voir  dévorer  fa 
fortune  par  les  flammes  ,  la  conferve  ,  avec  les 
moyens  de  l'augmenter  j  mais  encore  pour  ^Etat 
en  général ,  qui  aurait  perdu  des  fommes  confîdé- 
rables,  que  le  Commerce  lui  procure,  par  des  échan- 
ges utiles  avec  les  autres  Nations. 

Il  ne  me  refte  plus  que  cette  Quejlion.  Que  faut-il 
faire  des  Cadavres  de  ceux  qui  meurent  dans  le 
port  ou  à  la  rade  ?  Faut-il  les  jetter  à  la  mer  ,  ou 
les  conduire  à  terre  pour  les  enterrer  ?  Il  me  paraît 
aifé  d'y  répondre. 

En  effet ,  un  Cadavre  jette  à  l'eau  ,  peut  devenir 
la  pâture  de  différents  PoiJJons  ,  ou  bien  être  pouffé 
fur  \qs  rivages  ,  pour  en  fervir  aux  Chiens.  Ces 
PoLJjons ,  fervis  fur  une  table  ,  doivent-ils  être  une 
nourriture  bien  faine  ?  Et  les  Chiens  qui  auront 
touché  un  pareil  Cadavre  en  le  dévorant  (/?  ) ,  peu- 


{p)  Voyez  un  cas ,  à-peu-près  femblable ,  dans  Ma  Lettre 


Trolfieme  Partie.  285 

vent  -  ils  être  fûrement  careffés  par  la  main  de  leur 
Maître  ?  Voilà  au  moins  des  doutes ,  fur  lefquels 
je  ne  conjedurerai  pourtant  pas  que  la  Pejîe  doive 
abfolument  renaître  parmi  les  Habïtans  •  mais 
qui  doivent  indifpenfablement  ,  ce  me  femble  , 
engager  à  un  autre  parti  j  c'eft-à-dire,  qu'on  inhume 
chaque  Cadavre. 

Comme  dans  un  Vaijfeau  marchand  ,  il  n'y  a 
jamais  grand  nombre  de  Monde  ^  par  conféquent, 
s'il  s'y  trouve  Une ,  Deux  ,  ou  fuppofons  Quatre 
perfonnes  mortes  ,  dès  qu'on  aurait  inftruit  le 
Médecin  ou  le  Chirurgien  ,  qui  les  doit  viiiter  le  pre- 
mier ,  &  qui  doit  être  dans  la  Quarantaine  ,  de 
la  mort  de  quelqu'un  ,  il  s'y  rendra  incelfamment 
d-ans  fa  Chaloupe ,  apportera  un  Cercueil ,  pour  que 
ceux  de  l'Equipage,  qui  auraient  déjà,  furmonté  la 
Pejle  ,  y  renferment  ce  Cadavre.  Et ,  en  cas  qu'il 
ne  s'y  trouve  perfonne  en  état  de  l'y  mettre  ,  on 
doit  le  faire  faire  par  quelques  autres  perfonnes 
hardies  ,  &  foudoyées  par  le  Gouvernement ,  qui  , 
avant  de  monter  fur  le  Vaiffeau ,  s'habilleront  de 
la  manière  ci  -  deifus  ,  prendront  le  Cadavre  avec 
quelques  Crochets  (q)  ,  le  mettront  ainfi  dans   le 


fur  les  Expériences  des  Friftions  Glaciales  pour  la  Guérifbn 
de  la  Pefte,  &c.  imprimée  à  Paris,  pag.  11 ,  note  i.  Notre 
Auguste  Souyeraine  ,  ayant  lu  le  Profpeiius  de  cet 
Ouvrage  ,  crJonna  à  S.  E.  le  Prince  de  X^iafémsky  ,  de 
me  communiquer ,  que  dans  le  Gouveinement  de  /S^ibourg , 
une  charogne  à' Ours  avait  caufé  une  Maladie  contagieufe, 
dont  moururent  tous  ceux  qui  avaient  eu  Contaéi  à  la  Peau 
de  cet  Ours ,  comme  auÏÏî  les  Animaux  qui  burent  de  la 
cuve ,  où  cette  Peau  avait  été  préparée. 

(^)  Je  puis  alTurer  avec  toute  la  fermeté  poflîble,  que, 
fi  tous  ceux  qui  doivent  inhumer  les  Cadavres  peftiférés, 
prennent  IssPrécauiions  requifes,  c'eft-à-dire,  s'ils s'hab'illect 


zS4  Mémoire  fur  la  Pejlc  de  Mofcou  3 
Cercueil ,  &  le  feront  pafTer  ,  bien  cloué  &  cal- 
feutré ,  dans  la  Chaloupe  ,  fur  la  terre ,  au  lieu 
de  la  Sépulture  ,  où  on  l'inhumera  dans  une  fofTe 
plus-profonde  qu'à  l'ordinaire.  Après  l'avoir  inhu- 
mé ainfi ,  les  Fojfoyeurs  fe  rendront  au  lieu  de  la 
Quarantaine  ,  fans  entrer  dans  la  Ville  ^  jufqu'à  ce 
que  le  temps  vienne  de  nettoyer  totalement  le 
Faijfeau  même.  Ce  fera  le  moyen,  félon  moi,  le 
plus  -  raifonnable  ôc  le  meilleur. 

Avec  toutes  ces  Précautions ,  on  pourrait  inhu- 
mer chaque  Cadavre  peftiféré ,  fans  avoir  la  moin- 
dre crainte  d'empefter  la  ville  ,  parce  que  ,  fî 
quelqu'un  6.QS  Fojfoyeurs  £q  trouve  empefté,  comme 
ils  feront  dans  la  Quarantaine  ,  on  fera  pour  lui  la 
même  chofe  que  pour  les  autres  ^  mais  (i  on  prend 
les  Précautions  avec  la  plus  -  grande  attention  ,  on 
peut  être  sûr  que  perfonne  ne  s'empeftera  ,  même 
parmi  les  FoJJoyeurs. 


d'une  Rodingoie  ou  Surtout ,  trempé  de  vinaigre ,  s'ils  ont  tles 
Gants  trempés  de  vinaigre  ,  s'ils  fe  Chauffent  de  la  manière 
ci-defTus  ,  s'ils  bouchent  leur  Ne-^  avec  du  coton  trempe 
de  vinaigre,  s'ils  tiennent  quelque  racine,  ou  autre  mafti- 
catoire  dans  leur  Bouche  ^  je  puis  afTurer ,  dis-je,  qu'ils  ne 
feront  jamais  empeftés ,  quand  même  ils  prendraient  chaque 
Cadavre  fans  crochets,  fur-tout  dans  le  cas  où  ils  n'en  au- 
raient pas  un  grand  nombre  à  inhumer.  Je  prouve  Mon 
Affertion  fur  ce  fujct ,  par  les  faits  réels.  Dans  le  temps 
que  la  Pefte  ravagea  Mofcou ,  le  Peuple  inhumait  clandef- 
tinement  les  Cadavres  peftiférés,  dans  fes  maifons.  Pour 
qu'il  ne  reftât  aucun  doute  pour  la  Ville  ,  on  les  déterra 
tous ,  &  le  nombre  en  monta  jufqu'à  un  Mille.  En  prenant 
ces  Précautions ,  quoique  Mille  cadavres  euffent  été  déter- 
rés, perfonne  de  ceux  qui  les  avaient  exhumés  ne  fut  em- 
pefté. Voyez  dans  le  xxxi*.  §.  de  la  Première  Partie, 
notes  w  &  £-;  ainfi  que  dans  le  Mémoire  ou  la  Descrip- 
tion de  la  Pefte ,  qui  a  régné  dans  l'Empire  de  Rufîîe, 
&  fur-tout  à  Mofcou,  &c.  pag,   138. 


Troifumc  Partk.  i%^ 

§.    XIV. 

Me  voici  enfin  parvenu  à  la  fin  de  Mon  Mé- 
moire :  une  partie  des  faits  qu'il  contient  fe  font 
paifé  fous  mes  yeux,  &  j'ai  fait  moi-même,  nombre 
de  fois ,  les  Opérations  qui  y  font  décrites.  Comme 
la  Pejie  ne  fe  communique  que  j^ar  le  Contaci ,  on 
voit  le  Fondement  de  la  méthode  que  j'ai  expofée 
dans  cette  Dernière  Partie  ;  comment  on  doitfe  pré- 
ferver  ,  dans  quelque  lieu  peftiféré  que  ce  foit  5 
Méthode  d'ailleurs  auiîi  fimple  que  falutaire,&:  dont 
j'ai  obfervé  fi  fouvent ,  avec  plaifir ,  les  effets  inat- 
tendus. 

Il  eft  beaucoup  d'autres  Ouvrages  ,  fur  cette  ma- 
tière ,  écrits  avec  plus  d'élégance  ,   &  remplis  de 
vues  plus  frappantes,  en  font-ils  plus  utiles  ?  Com- 
bien d'alïèrtions  hardies  n'y  trouve-t-on  pas ,  for- 
mellement démenties  par  la  vérité  ?  Que  de  chofes 
abfurdes  atteftées  avec  art ,  fur-tout  dans  cqs  écrits 
qu'ont  vu  naître  des  Siècles  reculés ,  enclins  à  la 
crédulité  ,  &  à  une  efpece  de  fuperftition  ?  Je  n'en 
relèverai  aucune  ,   par  refpeâ:  pour  les  morts ,  & 
par  la  crainte  d'exciter  l'animofité  des  vivants.  Ce 
que  j'ai  vu  &  obfervé,  compcfe  prefque  feul,  tout 
l'enfemble  de  Ce  Mémoire.   J'en  avais  déjà  fait  la 
matière  de    mes  entretiens  avec  quelques  Savans 
de  l'Europe  ,    toujours  avides    d'approfondir  des 
objets  nouveaux  ,  ou  peu  communs,  tels   que    la 
Pejie  ,   &  j'avais  banni  de  ces   entretiens  ,    toute 
Hypothefe  ,    pour  ne  parler  que  d'après  l'obferva- 
tion  raifonnée  &  la  pratique^  h' Accueil  qu'ils  ont 
fait  à  mes  expériences ,  &  aux  raifonnemens ,  dont 
je  les  appuyais  ,    m'a  enhardi  à  les  foumettre  à 
rimprelîion.  Je  ne  fuis  entré  ni  dans  le  dévelop- 


î8<j     Mémoire  fur  la  Pejle  de  Mofcouj  Sec: 

pement  des  caufes ,  ni  dans  celui  de  certains  phé- 
nomènes qu'on  croit  accompagner  la  Contagion  : 
j'ai  laifTé  aux  Médecins  célèbres  ,  le  foin  de  fcruter 
les  unes  ,  &  au  vulgaire ,  fa  crédulité  pour  les 
autres.  Si  je  fuis  defcendu  à.  quelques  détails  mi- 
nutieux ,  qui  rendent  Mon  lYavaii  trop  diffus  , 
c'eft  parce  que,  j'ai  cru  ne  devoir  rien  omettre  dans 
une  matière  de  cette  importance  ,  où  la  multipli- 
cité des  Malades  force  quelquefois  le  Peuple  â 
s'inftruire  ,  &  à  fe  préferver  ou  à  fe  guérir  par  lui- 
même.  Puiffe  l'humanité  en  retirer  tout  l'avan- 
tage que  je  défire,  &  Mes  Illustres  Confrères, 
éprouver  la  fatisfadtion  qu'ils  ambitionnent  dans 
leurs  recherches  !  Je  ferai  aflez  dédommagé  de  mes 
peines ,  pour  fentir  renaître  en  moi  l'ardeur  d«. 
nouveaux  facrifices. 

Fin  de  la  troijieme  &  dernière  Partie, 


ERRA  TA. 

AG.  5,  lignes  17,  en  Borîjlhenes  ,  lifez  ou  Borzjlhenes. 

7,  5,  Nowogord-Wéliky  ,  lifez  Hovogorod-Véltkj» 

13,  15,  fuivanss  ,  lifei  Tuivants. 

22,  on  doit  à,  l'inftanc ,  lifii  on  doit,  à  l'inftantj 

14,  27,  Tehouma,  Bouon ,  lifez  Tchouma  Bouon. 
33,  28,  Atipeltilentiale,  life^  Antipeftilentiale. 
44,  22,  è! Irtiche  ,  lifez  à'irtijche 

33,  des  29  au  degré,  lifei  des  2$  au  degré. 
109  ,              30  >  aufli  ,  lifei  ainlî. 

140,  3S  j  u  >  iifii  une. 

145  ,  32,  note/,  lifei  note  u. 

146,  33  ,  dans  la  II ,  lifei  dans  la  HI. 

34,  note/,  lifei  note  u, 
l(Î4,              23,  une.  B,  lifei  une.  femis. 
167,              27  ,  dr.  B,  lifei  dr.  femis. 

29,  dr.  B,  lij'e^  dr.  femis. 
174,  31,  dans  le  XV 1^.  lifei  dans  le  XIV*. 

I94i  3  +  ,  pag-   i<S4.  ^'/q  pag.  187.^ 

218  ,  12, civiles,  &domcftiques,Zi/e;{civilesàdomeftîque4'' 

2.i6  ,  I  î  ,  Se  je  ne  crois  pas ,  lifei  5c  je  ne  vois  pas. 


«yw— wrmiiiai.iiL]iAiLi[i-Ljlfiii..tj,iMyiiniiii     i  ,ii,  ,iiiii.v.^».<w 


APPROBATION. 

T 

J  'AI  lu  ,  par  ordre  ik  Monfeigneur  le  Gartîe  des  Sceaux, 
un  Manufcrit  ayant  pour  titre  :  ihémoire  Jur  L  t'cficf  de 
Jllojcou,  en  1771,  p-zr  M.  D.  Samoïlowitz  :  je  n'y  ai  rien 
trouvé  qui  m'ait  paru  pouvoir  en  empêcher  i'impreflion. 
A  Paris,  ce  14  Juin  1783. 

Signé j  CADET  DE  VAUX. 


PRIVILEGE    DU    ROI. 


1  -iO  U  I  s  ,  par  la  grâce  de  Dieu  ,  Roi  de  France  &  de  Navarre  î 
A  nos  amés  &c  féaux  Confeillers  ,  !es  Gens  cenans  nos  Cours  de 
Parlement,  Maîtres  des  Requêtes  o;dinaires  de  notre  Hôtel ,  Grand- 
Conleil,  Prévôt  de  Paris,  Êaillits,  Sénéchaux,  leurs  Lieutenans-Ci-» 
vils,  Se  autres  nos  Julticiers  qu'il  appartiendra;  SALUT  :  Notre  bien 
amé  le  Ceur  D.  Samoïlowitz  nous  a  fait  expofet  qu'il  dé- 
fîreroit  faire  imprimer  &  donner  au  Public  un  Ouvrage  de  fa 
compolîtion  ,  intitulé  :  Mémoire  fur  la  Pejîe  de  Mofcou  ;  s'il  nous 
plaifûic  lui  accorder  nos  Lettres  de  Privilège  à  ce  nécefTaire  :  A 
CES  CAUSES,  voulant  favorablement  traiter  l'Expofanc ,  noua 
lui  avons  permis  ôc  permettons  de  faire  imprimer  ledit  Ouvrage 
autant  de  fois  que  bon  lui  fembleca,  &  de  le  vendre,  faire  vendre 
par -tout  notre  Royaume.  Voulons  qu'il  jouifle  de  l'effet  du 
préfent  Privilège  pour  lui  &  fes  hoirs  à  perpétuité  ,  pourvu  qu'il 
ne  le  rétrocède  à  perfonne  ;  &  fi  cependant  il  jugeoit  à  propos 
d'en  faire  une  celïîon  ,  l'acte  qui  la  contiendra  fera  enregiftré  en  I» 
Chambre  Syndicale  de  Paris,  à  peme  de  nullité,  tant  du  Privilège 
que  delà  ceflicn,  &  alors  parle  tait  feul  de  la  ceflîon  enregillrée , 
la  durée  du  préfent  Privilège  fera  réduite  à  celle  de  la  vie  de 
l'Expofant  ,  ou  à  celle  de  dix  années  ,  à  compter  de  ce  jour  ,  fi 
l'Expofant  décède  avant  l'expiration  defdites  dix  années.  Le  tout 
conformément  aux  articles  IV  &  V  de  l'Arrêt  du  Confeil ,  du  30 
Août  1777  ,  portant  Règlement  fur  la  durée  des  Privilèges  en 
Librairie.  Faifons  defenfes  à  tous  Imprimeurs  ,  Libraires  &  autres 
personnes  Je  quelque  qualité  &:  condition  qu'elles  foient ,  l'en  in- 
troduire d'impreflion  étrangère  dans  aucun  lieu  de  notre  obéifTancej 
comme  auffi  d'imprimer  ou  faire  imprimer,  vendre  ,  faire  vendre, 
débiter  ni  contrefaire  ledit  Ouvrage  ,  fous  quelque  prétexte  que 
ce  puifle  être  ,  fans  la  perraiffion  exprefle  &z  par  écrit  dudit  Ex~ 
pofans,  ou  de  celui  qui  Je  repréfentera,  à  peine  de  faille  &  de  confif- 


tation  des  Exemplaires  contrefaîts,  de  fix  mille  livres  d'amendé; 
qui  ne  pourra  être  modérée  ,  pour  la  première  fois,  de  pareille 
amende  &  de  déchéance  d'état  en  cas  de  récidive  ,  &  de  tous 
dépens  ,  dommages  &  intérêts ,  conformément  à  l'Arrêt  du  Confeil 
du  30  Août  1777,  concernant  les  contrefaçons.  A  la  charge  que 
ces  préfentes  feront  enregiftrces  tout  au  long  fur  le  Rçgiftre  de 
la  Communauté  des  Imprimeurs  Se  Libraires  de  Paris  ,  dans  trois 
mois  de- la  date  d'icelles  ;  que  l'impreflion  dudit  Ouvrage  fera  faite 
dans  notre  Royaume  &  non  ailleurs  ,  en  bon  papier  &  beaux 
caraiSteres ,  conformément  aux  Réglemcns  de  la  Librairie  ,  à  peine 
de  déchéance  du  préfent  Privilège  :  qu'avant  de  l'expofer  en 
vente  ,  le  Manufcrit  qui  aura  fervi  de  copie  à  l'impreffion  dudic 
Ouvrage  ,  fera  remis  dans  le  même  état  où  l'Approbation  y  aura 
été  donnée  ,  es  mains  de  notre  très-cher  &  féal  Chevalier  ,  Garde 
des  Sceaux  de  France ,  le  Sieur  HUE  DE  Miromenil  ,  Comman- 
deur de  nos  Ordres  ;  qu'il  en  fera  enfuite  remis  deux  exemplaires 
dans  notre  Bibliothèque  publique ,  un  dans  celle  de  notre  Château 
du  Louvre,  &  un  dans  celle  de  notre  très-cher  &  féal  Chevalier, 
Chancelier  de  France  le  Sieur  DE  Maupeotj  :  &  un  dans  celle 
dudit  Sieur  HuE  DE  MlRuMENlL,  le  tout  à  peine  de  nullité  des 
Préfentes.  Du  contenu  defquellcs  vous  mandons  Se  enjoignons  de 
faire  jouir  ledit  Expofant  &:  fes  hoirs  ,  pleinement  &  paifi- 
blement ,  fans  fouffrir  qu'il  leur  foit  fait  aucun  trouble  ou  em- 
pêchement. Voulons  que  la  copie  des  Préfentes,  qui  fera  imprimée 
tout  au  long  au  commencement  ou  à  la  fin  dudit  Ouvrage ,  foie 
tenue  pour  duement  fignifiée  ,  &c  qu'aux  copies  coUationnées  par 
l'un  de  nos  amés  &  féaux  Confeillers-Secrétaires ,  foi  foit  ajoutée 
comme  à  l'original.  Conmiandons  au  premier  notre  Huiflier  ou  Ser- 
gent fur  ce  requis,  de  faire  pour  l'exécution  d'icelles  tous  Ades 
requis  &  néceflaires,  fans  demander  autre  permiflîon ,  &  nonobftant 
clameur  de  Haro,  Chartres  Normandes,  &  Lettres  à  ce  contraires  : 
car  tel  eft  notre  plaifir.  Donné  à  Paris  le  feizieme  jour  de  Juillcc 
l'an  de  grâce  mil  fept  cent  quatre-vingt-trois ,  &  de  notre  Règne 
le  huitième.  Par  le  Roi ,  en  fon  Confeil, 

Signé,   L  E  B  E  G  U  E. 

"Reglfirê  fur  le  Regtjîre  XXI  de  la  Chambre  Royale  &  Syndicale 
des  Libraires  &  Imprimeurs  de  Paris,  N°.  296^5,  fol.  512,  con~ 
formément  aux  difpojitions  énoncées  dans  le  préfent  Privilège ,  &  à 
la  charge  de  remettre  a  ladite  Chambre  les  huit  Exemplaires  prefi 
crits  par  V article  CVIII-  du  Règlement  de  17^3.  A  Paris,  ce  îz 
Juillet  1783. 

LE  CLERC,  Syndic. 

De  l'Imprimerie  de  P.  D.  COUTURIER, 
Quai  des  Auguftins ,  près  l'Eglife ,  au  Coq-